I.F COEFl'ICIFNT BARIÎARE
Sur les vicissitudes de l'invasion bourguignonne, voir, au point de vue politique et géographique, le livre de M. Long non. J'aurai l'occasion de reparler des Bourguignons à propos du caractère particulier de leur esprit national.
Leur établissement eut un caractère placide et véritablement empreint d'une certaine honnêteté sincère, d'une espèce de bonhomie. C'était une race à la fois d'un aspect terrible par sa stature gigantesque et dune humeur très débonnaire. Elle comptait soixante mille guerriers.
Diflerents des autres Germains, qui considéraient tout travail manuel comme une humiliation, les Bourguignons étaient pour la plupart ouvriers en bois, et, dans les intervalles de paix, gagnaient leur vie à leur métier de charpentiers, de menuisiers, etc.
C'est le type des montagnards du Jura français et de la Suisse.
Paul Orose dit c[ue « les Bourguignons vivaient au milieu des Romains non comme des sujets mais comme des frères ». [Adver- ^ sus juff anus ^ Hist. lih., Vil, cap. 32.)
Saxones. — Les Saxons, dit M. Longnon, qui fondèrent successivement, de 455 à 526, quatre royaumes dans l'île de Bretagne, jouèrent à peu près, dans les derniers temps de l'Empire romain, le rôle que leurs voisins de la mer du Nord, les Normands, devaient remplir à l'époque carolingienne.
Leurs incursions, ou bien plutôt encore les postes qu'ils parvinrent à établir sur les côtes des provinces romaines, valurent à certaines parties du littoral breton et aussi aux côtes gauloises qui s'étendent des bouches du Rhin à l'embouchure de la Loire, le nom de Liltus Saxonicum, rivage saxon, — qui apparaît pour la première fois dans la Notilia dignitatum, rédigée dans les premières années du v« siècle.
C'est donc au moins à cette époque qu'il est permis de faire remonter les colonies saxonnes que Grégoire nous apprend avoir existé de son temps dans la cité de Bayeuxet sur la Loire.
Les Saxons des bords de la Loire sont ceux que VHisloria Francorum mentionne à la date la plus ancienne, dans quelques phrases relatives aux événements de 463 à 472 environ. Voyez à ce sujet Grégoire de Tours et le résumé de M. Longnon.
Fortunat, évèque de Poitiers, qui loue F'élix, son collègue de CouRAjor». Le(:o.\s. 11
162 I.K COFFKICIENT BARBARE
Nantes (550-583), d'avoir soumis les Saxons à la loi du Christ, nous prouve que les Saxons s'étaient perpétués sans mélange sur le territoire de Nantes, jusqu'au dernier tiers du vi® siècle.
Les Saxons de la cité de Bayeux formaient peut-èti-e au temps de Grég'oire la majeure partie des habitants du territoire bajocasse, qui, sans doute, avait été dépeuplé vers le déclin de l'Empire romain par les pirates du .Nord, comme il le lut plus lard sous les faibles successeurs de Charlema^ne.
\ oyez à ce sujet l'explication et le c<inimenlaire du texte de Grégoire dans le livre de M. Longnon.
Une seconde mention des mêmes Saxons se trouve dans Vllisloria Francorum, à propos de l'expédition que Gontran dirigea en 590 contre la Bretagne.
Trois textes du ix** siècle montrent que le souvenir de ces étrangers n'était pas encore éteint au temps de Charles-le-Chauve, car une portion du territoire de Bayeux, dans laquelle se trouvait le village actuel d'Airan, à 17 kilomètres sud-ouest de Caen, vers les confins des anciennes cités de IJsieux et de Séez, était alors désignée sous le nom à'Ollingua Saxonia.
Des émigrants saxons parurent au vi'^ siècle en Provence et en Auvergne. Voir Longnon.
J'aurais bien d'autres peuplades à énumérer. Je me réserve de vous parler des Francs avec quelque détail, mais un autre jour.
Kn somme, rien n'empêcha non seulement de très nombreuses incursions et d'incessantes rascfa* ; mais encore rien n'empêcha l'établissement définitif de plusieurs grandes familles ethnographiques germaines sur le sol de la (laule, notamment des Burgondes et des Francs. Ces barbares se faisaient même quelquefois les auxiliaires des Romains contre un tiers envahisseur. Il ne faut pas oublier non plus que Home avait créé elle-même, au milieu de la Gaule, pendant sa domination, de petits foyers barbares. Dans un intérêt de défense, elle avait amené et elle entretenait, sur le sol, gaulois, des colonies de Scythes et de Germains. Un certain nombre de localités ont conservé, dans leur vocable, le souvenir de ces colonies établies par l'autorité impériale elle-même. Les noms de lieux de Sermaise, Sermoise, Sermizelle, etc., rappellent l'existence d'un poste scylhe : Sarmatie, Sarnialia. (iermaine, localité
près de Reims. raj3pelle la présence de tiermains, d'où son nom de Germania, etc., etc.
Les inscriptions de plusieurs villes de la Gaule évoquent le souvenir de garnisons barbares. Il y avait des Dalmates à Châlons-sur- Marne et dans plusieurs autres cités gauloises.
Theifhali. — (i Durant Tépoque impériale, dit M. Longnon, on vit s'établir sur divers point de la Gaule des auxiliaires de l'armée romaine recrutés parmi les populations de race germanique et scylhique. La Nolilia diqnitalum donne de précieuses indications sur les cantonnements qu'occupaient au temps d'Honorius, c'est-àdire au commencement du V siècle, ces auxiliaii'es barbares, et elle permet de saisir ainsi l'origine d'une peuplade établie dans le Poitou, les Taifali ou Theifah\ qu'on retrouve, 150 ans après la conlection de la Xolice des dignité.^, en possession de terres que leur avait attribuées un rescrit de l'Empereur. La Nolilia mentionne des Taifali non seulement dans l'empire d'Orient, mais aussi dans celui d'Occident et, dans ce dernier Elal, elle l'ait connaître les cavaliers de leur nation, cantonnés dans l'île de Bretagne, où ils étaient placés sous la direction du Coines Bnlanniariun. En Gaule, le prœfectus Sarmalharum et Taifalorum geiifilium réside à Poitiers ou dans le territoire de cette ville, où Grégoire a encore vu de son temps les Theiphali, vers ."iBl.
« L'évèque de Tours rapporte en outre que la région du Poitou où habitaient les Theiphali portail le nom de Theiphalia, dénomination qui a persisté jusqu'à nos jours dans celle de Tiffauges, chellieu de canton du département des Deux-Sèvres '. »
11 y avait aussi un préfet des Sarmates à Autun.
Telles étaient ces colonies de barbares que les Empereurs romains établirent, dès le iv*^ siècle, sur le territoire de l'empire, pour en taire des pépinières de soldats, le recrutement de l'armée devenant de plus en plus difficile et mauvais.
On appela ces colons barbares des lètes, et les terres qu'on leur assignait, terres létiqiies.
1 . Tifl'aupes est une commune de la Vendée (canton de Morta^yne) et non un clicf-lieu de canton des Deux-Sèvres, comme l'indique par erreur M. Longnon. — On trouve encore en Poitou beaucoup de villages, métairies, lieux dits, dont les noms rappellent l'occupation des Teiphales
164 I.E COEIFICIENT BARBARE
Celaient là, à n'en pas douter, a très bien dit M. Geffroy, autant d'envahissements successifs des Barbares dans l'Empire. Rome pouvait y opposer jadis une cohésion politique et une force d'absorption qui triomphaient aisément d'une barbarie encore confuse et peu disciplinée, mais l'énergie romaine s'était depuis lors amoindrie, tandis que la Germanie, instruite par la lutte, s'était, en quelque mesure, organisée à l'intérieur, de manière à ne plus envoyer au dehors que des éléments résistants ou moins prompts à se dissoudre. Ces premières et lentes infiltrations étaient bien le commencement de la conquête. L'ennemi prenait position au centre de la place, s'apprêtant à donner la main aux prochains agresseurs.
A la veille même de la Grande invasion de 406, l'évêque Synésius, adressant ses doléances à l'Empereur, jetait, dans son Discours sur la royauté^ un vrai cri d'alarme. « La garde de la patrie et des lois appartient, disait-il, à ceux qui ont intérêt à les défendre. Ce sont là les chiens dont parle Platon, chiens prédestinés à la garde du troupeau. Que si le berger mêle les loups à ses chiens, il aura beau les prendre jeunes et chercher à les apprivoiser, malheur à lui! Dès que les louveteaux auront senti la faiblesse ou la lâcheté des chiens, ils les étrangleront et avec eux le pasteur et le troupeau. »
Plus loin : « Que le moindre espoir de succès se présente à eux, nous verrons quelles arrière-pensées nourrissent en secret nos défenseurs d'aujourd'hui...
<( Les Barbares sont partout...
u Quoi ! il n'y a pas une seule de nos familles où quelque Goth ne soit homme de service !
M Dans nos villes, le maçon, le porteur d'eau, le portefaix sont des Goths. » Retenez le mot, le maçon était Goth.
Nous reconnaissons à cette propagande envahissante, à cette domesticité perfide la première phase de l'invasion germanique.
Cette période de l'invasion en suppose et en amène une autre qui est de conquête ouverte et souvent violente.
Car il y eut conquête, conquête réelle, il s'agit de l'affirmer comme l'a très bien fait M. Geffroy, s'appuyant sur Montesquieu contre les assertions des liomanistes acharnés et surtout de l'abbé Dubos. Il y eut conquête réelle, effective, positive.
\'ous voyez dans quelles grandes proportions l'élénjont germa-
nique s'était glissé en Gaule. Il y devint Télément prépondérant, le principe directeur.
Ce serait se tromper que de croire que les W'isigoths et d'autres barbares de race germanique avaient joué absolument le rôle de conquérants parmi des vaincus. Depuis longtemps ils vivaient à côté des Romains. La conquête n'avait pas de raison d'être violente, car elle s'opéra d'elle-même, sans résistance. Et s'ils se mirent en possession des deux tiers de la terre, ce fut non pas seulement par la force, mais à la suite de longues négociations et aussi en vertu d'un usage administratif auquel les sujets romains étaient habitués.
Les Barbares établis d'abord sur les terres de l'Empire y étaient venus non pas en ennemis, mais en alliés, en corps d'auxiliaires qui prenaient du service dans l'armée romaine. Ces auxiliaires, non moins que les légionnaires eux-mêmes, avaient droit aux concessions de territoire, prix ordinaire des services militaires ; des tribus entières furent ainsi colonisées de tout temps sur les frontières qu'elles étaient chargées de défendre, et une portion des terres et des serfs du pays leur était attribuée à titre de solde.
C'est là une question de fait dont vous avez pu entrevoir la solution par la démonstration que nous avons fournie de la longue et continuelle absorption de l'élément germain par la Gaule.
Je puis me couvrir, dans cette affirmation, des plus graves autorités.
« Le moyen âge, dit Littré [Etudes sur les Barbares et le moyen âge, 8*' édition, p. "23 de l'introduction), le moyen âge n'a pas été impunément fils de la période barbare. »
Je dois vous dire que Littré était un romaniste, un romanisant convaincu et irréductible. Il a fait le procès des Barbares et, pour lui, les invasions n'ont été qu'un malheur et n'ont rien apporté à l'humanité. Mais il ne peut pas se refuser à constater l'évidence : Le moyen âge a été le fils de la période barbare.
« La Germanie de Tacite, a très bien dit M. Gelfroy^ peut servir de point de départ, non pas uniquement à l'histoire de l'Allemagne, mais à celle de l'Angleterre et, en certaine mesure, à celle de la Fiance et des autres Etats de l'Europe. »
Si le temps nous reste à la fin du cours, je vous lirai la conclusion du livre de M. Geffrov.
16ft LE COEFFICIENT BARBARE
V.Q pacte féodal, la liaison, — le conlral féodal, pourrait-on dire avec plus de vérité que Rousseau n"a dit le contrat social, — le pacte féodal a été le plus important apport de la Société germanique dans le monde occidental. Cela ne peut pas être douteux.
Lehuérou pense dans son Histoire des Institutions carlovingiennes, écoutez bien, je cite, Lehuérou pense « que ce qu'on appelle féodalité, au x'" siècle et dans les siècles qui suivirent, n'était au tond que le jeu simple et naturel des principes et des coutumes d'après lesquels la lamille germanique s'était gouvernée de temps immémorial de l'autre côté du Rhin ; que les lois féodales n'étaient que la continuation ou le développement régulier d'un ordre de choses antérieur et que la conquête elle-même n'avait jamais interrompu. »
Montesquieu, Guizot, Augustin Thierry, Laferrière ont pensé et ont enseigné que la société féodale a eu, sinon une existence, du moins une origine et une nature germaniques. M. Fauche-Prunelle a fait un curieux travail juridique sur les survivances de l'esprit germanique dans le iJauphiné.
Cette opinion, qui vous surprend peut-être, tant elle est soigneusement étoullee dans l'éducation classique de l'enseignement secondaire (dont nous relevons tous par l'inellaçable souvenir du collège), cette opinion n'est cependant pas nouvelle. Dès 1560, vous entendez bien, dès lôtiO, au nom d'un patriotisme clairvoyant et essentiellement ombrageux, Etienne Pasquier la soutenait dans ses Recherches de la France.
Après avoir donné son compte à Paul Jove et aux auteurs italiens partisans de la seule culture classique, Pasquier s'exprimait ainsi en proclamant, tout comme le chansonnier populaire, que nous sommes à la fois Gaulois et Francs.
Ecoutez Pasquier [Recherches de la France, chap. II) :
« Car estant nostre Gaule tombée es mains de ces braves Français qui, par succession de temps, se naturalisèrent en ce pays comme légitimes Gaulois, il serait impossible de conter les hautes chevaleries qu'ils mirent à fin...
u Je veux donc conclure par cecy qu'il n'y eut oncques défaut de police (cela veut dire culture, gouvernement) bien ordonnée entre nos anciens Gaulois, ny consequemment occasion pour laquelle ils
deussenl du Romain encourir le nom de Barbares. Car, s'il nous faut passer plus bas et descendre au temps que les François s'impatronizèrenl de celte Gaule jusques à nous, je voudrais volontiers sçavoir qui esmeut nos nouveaux auteurs d'Italie (j'entends depuis trois cents ans en ça) à nous blasonner de tel titre. Premièrement, si nous considérons nos vieux François, lesquels tous frais esmolus passèrent de la Germanie en la Gaule, bien qu'ils n'eussent occasion d'estre de telle trempe que leurs successeurs, au moyen de perpétuelles guerres esquelles ils esloient seulement nourris. Si est-ce qu'un Procope et après lui Agathie qui touchèrent presque à leur aage, leur donnèrent sur toutes les autres nations qui passèrent d'outre le Rhin, louange de civilité et justice.
« Et si de ces bons vieux pères François, il nous plaist venir à la commune police, que de maux en nous, nous observons... elc
« Toutes choses par moy déduites par manière d'avant jeu, non point que par elles j'entende déprimer en aucune façon l'Italien ; mais aussi afin qu'il entende que nous ne sommes à luy inférieurs ny en police et bonnes mœurs, ny en bonne conduite de guerre, soit que nous advisions l'ancienne Gaule ou nostre nouvelle France. »
Eh bien, Messieurs, je pense, moi aussi, qu'en matière d'art, Vêlement germanique, jusqu'à présent négligé comme l'élément gaulois, a eu une part considérable, très appréciable dans la création, dans la formation de l'art moderne. Et c'est l'existence de cette participation que je m'appliquerai à vous démontrer par de'?. monuments et des preuves historiques pendant une partie du second semestre de cette année.
Les envahisseurs ont pu conserver quelque temps pour euxmêmes leurs mœurs, leurs habitudes, leur costume et leur langage ; mais leurs nouveaux devoirs de maîtres vis-à-vis des vaincus les obligent, peu à peu, à partager les habitudes de ceux-ci. Les chefs de clans, — ■ nomades bien entendu comme tous ces barbares, ou tout au moins dune extrême mobilité, — se transforment, malgré tout, en souverains et en seigneurs ou propriétaires relativement sédentaires, en princes tout au moins enfermés dans des limites fixes. Et, en tout cas, ces souverains, princes, seigneurs et propriétaires possèdent des villes ou des ruines de villes qui ont besoin pour vivre, s'organiser et s'administrer, de certains édifices n'ayant
rien à redouter ni du feu, ni de lintempérie des saisons. Ces édilices, si pauv^res fussent-ils, appelaient une décoration et nont pas pu ne pas la recevoir. I/Eg'lise surtout, à laquelle tous les barbares se convertirent assez rapidement, a d'impérieux besoins moraux à satisfaire. Il lui faut des lieux de réunion clos et couverts pour la prière en commun et la célébration des mystères du culte.
Quand il s'agit de construire en pierre, c'est-à-dire à la romaine, il est bien entendu que les Barbares ne peuvent pas faire autrement que de s'adresser à la main-d'œuvre gallo-romaine. Pas plus que les Gaulois, avant la conquête italienne, ils n'ont appris, dans les forêts de la Germanie, à tailler la pierre, ni à sculpter. Ils n'ont pas étudié les différents ordres grecs, ni les règles qui président à leur érection. Même, dans le plus bas état d'abjection où l'art était tombé, ils ne savent pas dessiner le moindre chapiteau corinthien, ni le plus pauvre chapiteau composite. Nous connaissons, par leur informe et grossier monnayage, quelle est leur maladresse et leur gaucherie lorsqu'ils veulent imiter ou contrefaire la monnaie galloromaine — qui était loin cependant de constituer des chefsd'œuvre — et quand ils veulent succéder aux droits et aux devoirs du fisc impérial romain.
S'ils sont assez puissants pour faire la loi politique par la force, ils ne sont pas assez nombreux pour modifier immédiatement l'esthétique courante. Car si Ovide tiansporté chez les Scythes était devenu dans l'opinion de ceux-ci un barbare, les Scythes et les Germains resteront à plus forte raison barbares et étrangers chez les Gallo-Romains.
Tout cela est bien certain. Aussi a\ons-nous vu déjà que toutes les constructions en matériaux durables de l'époque mérovingienne, surtout les églises (dont nous possédons quelques chapiteaux qui ont survécu), aussi avons-nous vu que toutes ces constructions étaient restées fidèles aux inspirations de l'esthétique méridionale, représentée alors par l'école byzantine, même quand ces constructions étaient ordonnées par les Barbares sur le sol conquis ou concédé, en un mot, occupé par eux. Les constructions en pierre de l'époque mérovingienne sont donc entièrement l'expression du travail du peuple envahi, et la main des barbares ne peut pas s'y reconnaître dans l'exécution.
Je VOUS prouverai combien il est vrai que la construction en pierre a été exclusivement le privilège de la race envahie. Celte démonstration peut se faire à l'aide d'un texte législatif rédigé par les Lombards, qui règle, comme pour un service public, la condition des maçons et qui institue une série de prix couranls, de tarifs pour la main-d'œuvre. Tant pour les colonnes, tant pour les fenêtres, tant pour ceci, tant pour cela, etc.. Les gens du pays de Gôme étaient déjà en possession du privilège.de fournir des constructions à toute une partie de l'Occident. Ce que ces modestes ouvriers, les Comacini, propageaient sous le nom pompeux de travail à la Romaine, opuf< romanum ou more romano, ne pouvait être qu'une grossière architecture et une déplorable sculpture byzantine ou ravennate mélangée de vieilles pratiques d'atelier des corporations d'ouvriers de l'ancien Empire d'Occident, telles que ces pratiques avaient été transmises dans les familles d'artisans par un héritage obligatoire, ainsi que je vous l'ai montré d'après le beau livre de M. Choisy. Sont-ce des ouvriers de celle espèce qui ont travaillé à Grenoble?
Ce travail ne pouvait être que le produit de la plus abêtissante tradition, s'épuisant de plus en plus el ne sachant se ranimer par rien. Pour la maçonnerie et le travail de la pierre, il est donc bien évident que tout devait dépendre de la main-d'(iHivre appelée Romaine, et que nous savons avoir été déjà si fortement byzantine. Mais, de ce que nous ne possédons pas une seule trace de l'art de construire et de sculpter chez les Barbares, s'ensuit-il, comme l'opinion générale paraît incliner à le croire, qu'il n'y ait pas eu d'art barbare et que cet art n'ait pu avoir aucune influence ultérieure sur le développement de la civilisation? Est-il admissible que les hommes du Nord n'aient pas eu une archilecture de bois quelconque, une archilecture ayant son esthétique propre el destinée à abriter séculairement, tant bien que mal, la société politique, l'organisation sociale qui arrivait toute formée sur l'Occident, si bien formée et formulée qu'elle se promulguait immédiatement dans la langue des vaincus. Les Barbares, donl nous descendons par une filialion indisculable, dans des proportions très considérables, étaient-ils à ce point inférieurs aux moins civilisés des sauvages de l'Amérique?
Cependant je prévois les plaisanteries qui accueilleraient, en ce moment, Ihypothèse d'une architecture barbare rudimentaire. Je ne veux pas insister. Je ferais la partie trop belle aux contradicteurs, étant données les habitudes de la critique contemporaine, qui trop souvent néf^Iijj^e létude des monuments qu'elle est hors d'état de comprendre, pour se retrancher derrière les formules imprimées et les opinions consacrées par les livres. .Aux savants appliqués ou intéressés à défendre sur ce point le statu quo, je ne puis pas opposer encore un seul monument directement démonstratif. Je me charge seulement de fournir ultérieurement un fondement à celte hypothèse.
J'étudierai avec vous de très près, sur certains monuments de la période romane, le reflet de cette architecture barbare, qui eut trois ou quatre siècles pour se montrer, timidement sans doute, sur notre sol, pour y exister et pour y exercer une influence morale et pittoresque parfaitement appréciable, mais qui a négligé de faire enregistrer son état civil pour la loupe des historiens de notre temps.
On prévoit en astronomie et on constate même légitimement l'existence de certains astres sans les voir, et uniquement par le vide que leur absence crée dans les calculs. Nous agirons de même en archéologie. Qu on nous traite si l'on veut de visionnaire. Nous en appellerons à Leverrier.
Mais ce que je ne puis pas encore établir en fait, je puis du moins le faire pressentir, je puis indiquer des tendances.
11 y a eu, en art, un tempérament barbare, et ce tempérament on peut l'apprécier.
Ces peuplades qui venaient s'épanouir à notre soleil et prendre de gré ou de force place à notre foyer apportaient quelque chose avec elles. On n a jamais voulu sérieusement tenir compte du contingent intellectuel et moral, de la contribution très considérable qu elles sont venues verser à la civilisation occidentale. On a toujours all'ecté de croire que leur coeflicient personnel avait été rapidement absorbé par le milieu gallo-romain ou du moins par le milieu qu'on croyait exclusivement gallo-romain et qui était simplement, depuis le christianisme, gallo-byzantin.
Eh bien ! Ces peuplades barbares si redoutées des lettrés imbéciles de la décadence latine du iv'' au vi*" siècle que je vous ai cités,
si méprisées par les héritiers directs fie ceux-ci, les pédants de la Renaissance classique, dont notre Pasquier a l'ail si bonne justice, ces peuplades apportaient quelque chose avec elles. Ce quelque chose, ce bagaye, c était leurs ma'urs, leur manière de vivre, leur tempérament. Ce tempérament ne lui pas du tout absorbé, ni annihilé immédiatement. Il continua au contraire à se développer pur de tout mélange, même sur le sol de la Gaule. Le partisan le plus convaincu de la tradition gallo-romaine exclusive. Jules Quicherat, n'a pas pu s'empêcher de le constater quand il dit que la société barbare pénétra chez nous avec ses mœurs et continua de les pratiquer (Voir V Histoire du costume en ^France).
Pénétrant donc avec sa civilisation, — nous sommes autorisés à employer ce mot puisque nous connaissons par des textes le droit barbare, ce droit dont il ne faut parler qu'avec respect, car c est de lui que nos institutions publiques et politiques sont sorties, — pénétrant donc chez nous avec sa civilisation, le monde barbare la pratiqua aussi bien dans l'habitalion que dans le costume.
Les bicoques romaines, comme il y en a à Pompéï et comme on en découvre tous les jours chez nous, les maisonnettes élégantes et étroites dans lesquelles les Gallo-Romains des classes dirigeantes abritaient leur paresseux sommeil, après avoir, pendant les heures du jour, parodié sur les places publiques, dans les bains et sous les portiques, la vie désœuvrée de la foule romaine, ces bicoques et ces cabines ne pouvaient suOîre à loger la smala, des envahisseurs septentrionaux. Chez ceux-ci, l'homme en contact direct et continuel avec la nature ne vit pas isolé d'une vie factice, enfermé dans les murailles d'une ville. Entouré de sa femme, d'un troupeau d'enfants et de serviteurs, d'un bataillon do guerriers associés à sa forlune, traînant derrière lui des convois d'animaux et de bagages, il mène la vie de chef de clan. Il lui faut de rapides constructions pour abriter sa bande. Car, non seulement sous le ciel glacé qu'il abandonne, mais même encore sous notre climat, sa vie errante ne peut se contenter de la tente du nomade méridional, de l'autre nomade de sud, de l'Arabe, qui presque à la même époque se met aussi à pousser en avant son mobile foyer.
A ce chef mérovingien qui veut s'établir sur le sol gaulois, qu'offrait donc l'art gallo-romain, qui n'avait jamais élevé que des
temples, des amphithéâtres el des édifices d'édilité ou d'utilité publique? Qu'offrait cette civilisation de carrefour el de place publique qui n'avait jamais connu ni respecté le Home? Elle offrait ces étroits terriers à lapins, qu'on appelle une villa gallo-romaine. Gela ne pouvait satisfaire le barbare.
Il fut donc forcé, pouvons-nous et devons-nous conclure, à conserver d'abord sur notre sol ses habitudes de constructeur en bois.
Il improvisa des baraquements, des salles où il rassemblait ses fidèles pour délibérer avec eux ou pour s'y livrer à ces orgies qui caractérisaient ou accompagnaient tous les actes mémorables de sa vie. Ces constructions provisoires, en matières périssables, dont le feu ne tardait jamais à avoir raison, n'ont pas laissé de traces.
Et, comme de cette architecture et de sa décoration rien n'a survécu, on a nié son existence parce quelle n"a pas eu de \'itruve pour la défendre et que, pour la connaître, il ne suffit pas d'être uniquement bachelier es lettres. Pourtant certains textes contemporains que j'aurai à commenter plus tard, en parlant de la construction en bois d'églises, désignent implicitement cette architecture des barbares en qualifiant la construction en pierre, d'habitude romaine.
De plus, relisez \e Dictionnaire raisonné d'architecture de \ iolletle-Duc, au mot salle.
Vous verrez avec quelle perspicacité le clairvoyant artiste a compris et deviné l'importance et l'influence prolongée et indirecte que, dès son premier contact, a eues l'art barbare sur l'architecture de l'avenir, sur l'architecture gothique. Le hall, la salle, l'aménagement tout entier du château, ce ne sont pas les Gallo-Romains avec leur architecture civile de clapiers, de colombiers et de poulaillers, qui auraient jamais inventé cela, ni qui ont rien préparé pour la solution du problème !
l'^l le château féodal élevé sur la motte féodale !
Là, je liens mes contradicteurs. On est bien obligé de reconnaître que le château féodal a existé en bois à l'époque primitive. L'unanimité des auteurs le proclame.
Ce sera pour moi un argumenl important.
Il y a des preuves de son existence.
Le château féodal, son principe répondant à un besoin, la grande
LE COEFFICIKNT BAKBARK
salle crassemblée où vit la famille réunie, où se prêtent les serments, où se font les réceptions, où se donnent les audiences, les repas, les représentations théâtrales, où se récitent les chansons de geste, où se rendent les jugements, voilà ce que nous devons, avec tant d'autres choses, à Part barbare et à la culture septentrionale.
Presque tout le monde féodal : droit, poésie épique, institutions publiques et privées, principes moraux et sociaux, respect et égalité de la femme, piété profonde et intime, culte intérieur, tout cela, après le christianisme, nous vient des Barbares. Tacite nous en a déjà parlé. Relisons le livre de M. Geffroy. Ne rougissons donc pas de leur devoir en plus quelques principes en matière d'art.
Depuis le xiii^ siècle et même depuis le xn'' — il y a longtemps déjà — on a commencé à nier cette dette. On a conspiré par tous les moyens contre la vérité pour nous rattacher fallacieusement au monde latin et païen qu'on jugeait de plus noble race. On a enfin rayé de notre généalogie un ancêtre qui avait droit d y figurer.
C'est celui que Pasquier appelait avec émotion et un certain orgueil : Noire bon vieux père François devenu légitimement Gaulois.
Lisez les premières pages généreuses et chaleureuses d'Etienne Pasquier, et vous verrez qu'il n'était pas moins bon patriote qu'excellent historien et qu'il savait rendre justice aux Barbares.
Défions-nous de la sirène! Elle est si commode, la culture latine, une fois qu'on l'a adoptée par une convention comme l'on fait d'une fable au théâtre !
Mais, je le répète, ça été un crime d'imposer au monde vivant et au monde moderne le moule d'une civilisation que ce monde avait condamnée à bon escient et qui était morte. Le devoir des historiens modernes est de démontrer l'erreur des jurisconsultes et des hommes d'Etat qui, depuis le moyen âge lui-même, n'ont pas cessé de travailler à la romanisation à outrance de l'Occident.
Le tempérament barbare. — La lecture de l'admirable livre de Tacite sur les Mœurs des Germains n'a pas pu toujours éclairer l'enseignement de l'histoire, tant était puissant le préjugé classique.
Pour un grand nombre d'auteurs, les renseignements transmis
174 I.K COKFFICIENT BARBARE
par Tacite ne donnent pas des Germains une idée beaucoup plus haute que celle qu'on peut avoir des peuplades actuelles de l'Amérique septentrionale ou de l'Afrique intérieure.
Guizot, lui-même, dans la Civilisation en France, tome I^"", s'est laissé aller à comparer les principaux traits de la physionomie de ces peuples avec ceux que les voyageurs modernes ont signalés chez les sauvages.
Nous nous sommes trompés nous-mêmes dans l'appréciation de
I art des premiers siècles qui virent les invasions germaniques et qui leur succédèrent.
Pour nous renseigner, nous n'avons interrogé qu'un des représentants de la culture artiste des temps mérovingiens et carolingiens : nous n'avons examiné qu'une des branches de cette culture et précisément celle qui n a pas été cultivée par les Barbares, les Wisigoths exceptés, à savoir : l'architecture en pierre et la grande sculpture taillée dans la même matière.
Et nous nous en allons, chaque jour, déplorant sur un ton magistral et pédantesque la décadence de l'art européen à partir du contact de la civilisation antique avec les Barbares. Mais ces œuvres souvent répugnantes que nous montrent les vu*", vin^, ix*" et xe siècles, elles ne sont pas imputables aux Barbares, à ces pauvres Barbares que nous en retidons fort injustement responsables.
Ces œuvres sont uniquement et précisément le produit inintelligent de la tradition latine ou dune interpin-lation maladroite de l'inspiration byzantine.
Il n y a rien là de harbure ou presque rien en dehors de quel- . ques éléments de décoration.
Laissons aux derniers représentants de la pensée gallo-romaine ce qui leur appartient. C'est à eux (juOn doit demander compte de cette pourriture et de cette sauvagerie.
L'art barbare, à ce moment, est représenté par tout autre chose.
II est représenté par une architecture sommaire, mais certainement décorative, qui a existé positivement, bien qu'elle nous échappe dans son expression matérielle. Les Barbares sont arrivés nécessairement avec la seule architecture ' qu'ils avaient pu pratiquer dans leurs solitudes boisées, avec une architecture de chalets, que nous retrouverons dans les monuments postérieurs de la Scandina-
vie et clans la décoration romane de l'Onest et dn Nord de la France.
L'art barbare est représenté alors et surtout affirmé dans son tempérament par l'art des fibules et par la décoration des objets mobiliers.
Et je me charp;e de vous démontrer que c était un art très avancé, très ralliné, très supérieur, que cet art barbare qui s'épanouit dans les monuments anglo-sa.Kons, sur les pierres gravées et sculptées de l'.Angleterre. Il est si raffiné, si remarquable, cet art barbare méconnu, que des artistes de bibliothèque et des archéologues de cabinet l'ont revendiqué comme une simple émanation de l'art antique gréco-romain.
M. Eugène Miintz a soutenu récemment le caractère romain et classique dune partie du dessin des entrelacs, méandres et autres arabesques de la miniature hiberno-saxone. G est une thèse qui est nécessaire pour achever, ainsi que le dit l'auteur, » de nous montrer quelle unité la civilisation romaine avait imposée dans les contrées les plus lointaines aux moindres productions de l'art ».
Pour moi, le principe de la décoration barbare n"a pas été un principe communiqué parla décadence romaine. J'estime que c'est un sentiment spontané, instinctif, dicté par la loi d'un tempérament ethnographique, puisé à une source orientale.
La décoration industrielle des Barbares, perfectionnée comme elle l'était aux v*- et vi' siècles, devait compter plusieurs siècles de tradition nationale quand elle fut mise en rapports avec la décadence latine. Qu'avait-elle à emprunter, à cette époque, aux réminiscences affaiblies de celle-ci, elle qui, à cette époque, avait déjà un long passé et des souvenirs précis remontant à la source commune?
Il y a toute une civilisation qui existe du i\'' au x*^ siècle et que nous ignorons.
A nous de la reconstituer.
QUIiNZlKME LKÇOX
L'ART BARBARE
Messieurs,
Aujourcrhui, j'ai à vous faire connaître le tempérament de Tart barbare. Il me faudra deux leçons entières pour vous communiquer les pièces, ^'ous ne pourrez comprendre cet art des libules et des bijoux que quand vous en aurez vu beaucoup, et quand vous aurez beaucoup comparé.
Avant de vous communiquer ces pièces avec mes commentaires, il faut que je vous expose deux choses extraordinaii'es que j'ai à vous dire. 11 faut surtout que je vous donne, par des citations, conliance dans ce que j'aurai à allirmer.
Vous avez vu, dans notre dernier entretien, quels furent, au point de vue ethnographique, les éléments nouveaux introduits en Gaule par les Invasions.
Les principaux peuples envahisseurs étaient : les Bourguignons, les Goths [Wisigoths et Ostrogoths), enfin les Francs, c'est-à-dire un ensemble de peuples appartenant à la famille germanique.
Je vous ai montré, l'Histoire à la main, qu'il y eut communication, inoculation, transfusion d'un sang nouveau, du sang barbare.
Aujourd'hui, je vais vous montrer qu'il y eut en même temps transfusion, inoculation d'un nouveau principe intellectuel, qu'il y GouRAjou. Leçons. 12
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eut corrélation entre les deux inA'asions matérielle et intellectuelle, que Tune se confirme et se constate à Faide de l'autre, et que, ainsi que la justement proclamé M. Geffroy, tout se réduit à une question de race.
^"ous avez déjà vu que pour soutenir la légitimité de leurs conclusions et la Romanisation contre nature et de plus en plus accentuée de la France, les Romanistes obstinés comme Tabbé Dubos, avaient été obligés de nier, contre l'évidence, la réalité de la conquête et le changement radical apporté par les races nouvelles dans l'orientation juridique. \ ous avez lu, je l'espère, la réfutation péremptoire que Montesquieu, dans l'Esprit des lois, a faite de cette inexacte et mensongère théorie. L'enseignement supérieur du droit est actuellement absolument hostile à la pensée de Dubos.
Mercredi donc, j'ai fait allusion à la preuve parallèle que le droit féodal, issu de la conquête germanique, fournissait à notre démonstration.
Je pourrais également invoquer ce que nous révèle la pénétration des éléments germaniques dans notre langue ; et je vous renvoie, à ce sujet, au livre de M. Gaston Paris, La littérature française au moyen âge. Vous verrez que je suis d'accord dans mes conclusions générales avec les savants qui traitent des mêmes époques en se plaçant à des points de vue différents.
Examinons maintenant, en matière d'art, les conséquences des Invasions. Voyons ce qui se passe en Gaule, dans ce pays en train de perdre son nom latin et de devenir la France, par suite de l'addition d'un élément nouveau à sa composition ethnographique et à sa personnalité morale et psychologique.
Comme les Barbares qui envahirent la Gaule venaient tous de la Germanie, ou l'avaient au moins traversée avant de passer le Rhin, il aurait été naturel de rechercher leur origine et de connaître d'abord ce qu'ils peuvent y avoir laissé pendant le séjour qu'ils y ont fait.
Cependant je n'ai pas voulu procéder ainsi.
J'ai voulu d'abord vous exposer ce qu'on trouve en France.
Je montrerai ensuite de quel coin du monde est partie l'importation ; nous traiterons alors de l'art barbare universel.
Les études sur la période franque de l'histoire de l'art ont été trèiî en retard.
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En effet, avant l'exploration systématique des cimetières francs, un bien petit nombre de découvertes parurent favoriser ces études et le peu que le hasard produisit fut mal apprécié.
Si le nom de Ghildéric n'avait pas été gravé sur le chaton de la bague qui faisait partie du Trésor de Tournay, on n'aurait jamais pensé à attribuer cet ensemble d'orfèvrerie à l'époque mérovingienne.
Montfaucon, à propos d'une g-rosse boucle de baudrier en fer, plaquée d'argent, munie de son ardillon et de sa plaque, trouvée à Montbellet près de Màcon en 1705, gravée et décrite par le D"" Rigollot, conservée au Cabinet des antiques de la Bibliothèque nationale, Montfaucon croyait que c'était l'ornement de tête d'une femme gauloise.
Dom Martin, dans son ouvrage : lu Beliç/iou des Gaulois ^^ n'est pas plus fort que Montfaucon. 11 attribuait le même usage et la même provenance ethnographique à une boucle en métal qui faisait partie du Cabinet de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
En 1817, Grivaud de la Vincelle, dans son Recueil de monuments antiques, la plupart inédits et découverts dans l'ancienne Gaule'^, reconnut des ceintures dans les prétendus ornements de tête. Mais il soutint toujours que le tout était gaulois.
« Ces plaques, disait-il, sont d'un métal composé qui paraît semblable à celui des anciennes médailles gauloises. »
Jusqu'aux premiers travaux de M. Baudot, tous les objets francs ou barbares trouvés en France passaient pour être Gaulois.
On ne sut rien, en effet, de positif sur cette matière avant un des plus grands événements de ce siècle, c'est-à-dire avant l'exploration l'aisonnée et systématique des cimetières francs, barbares et germains de l'Europe.
La science en était là, lorsqu'en 1829, certaines circonstances amenèrent àCharnay, M. Heni'i Baudot. Il vit, chez un paysan, un vase en terre dont les caractères étrangers à la poterie romaine attirèrent son attention. Il apprit que des armes en fer et des bijoux
1. La religion des Gaulois tirées îles plus pures sources de ranliquité. Paris 1727, 2 vol in-4".