L'INFLUENCE SEPTENTRIONALE
Messieurs,
Nous nous occuperons encore aujourcriiui cleTinfluence nordique^ de l'influence très considérable exercée par Varl septentrional sur l'Europe entière à partir de l'époque des invasions.
Nous avons besoin d'insister pour vous l'aire bien comprendre quelle a été la source principale de l'art gothique, et pour vous montrer que c'est à tort que la vraie origine de notre art moderne a été systématiquement méconnue par une prétentieuse pédagogie qui voudrait exploiter encore impunément tous les préjugés classiques.
La question de la pénétration du centre et même, dans une certaine mesure, du midi de l'Europe par l'influence irlandaise, ang'losaxonne, tant au point de vue de l'art qu'au point de vue des idées, est un des gros problèmes de l'histoire moderne. \ ous avez vu mercredi deiMiier que saint Colomban et ses disciples propagèrent chez nous à la fois des principes moraux et des principes d'art, eux qui arrivèrent cum loto grecje philosophorum. Ces principes de raisonnement, inextricables comme leurs entrelacs, ces premiers fondements de la scolaslique du moyen âge, ils les propagèrent dans les contrées où se constituait laborieusement u cette forte race
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franco-germaine, qui recelait clans ses flancs l'avenir de la civilisalion chrétienne ». Jemprunte ces derniers mots à Montalembert que vous avez tous lu depuis mercredi dernier.
Je n"ai donc pas besoin d'insister sur les conséquences générales de la pénétration irlandaise et anglo-saxonne. Elle s'opéra seulement par les idées et compléta ce que d'autres invasions de même essence et plus effectives avaient déjà amené par des mélanges de sang. La vieille Europe occidentale, ranimée par cette transfusion de son esprit d'origine, reprenait conscience d'elle-même et retrou- \ait la liberté de sa pensée.
Ce qui ne s'était pas vu depuis ^'ercingétorix, comme l'a si bien compris M. Gaston Paris, en parlant de l'époque mérovingienne, se produisit alors. Dans un rapide éclair, la Gaule devenue la France eut une vision sommaire de sa personnalité, de son unité, de sa nationalité. Elle était, ou du moins elle se crut à tout jamais all'ranchie de Home. Hélas! elle avait compté sans les pédants du xvi^ siècle et sans les successeurs de ces phalanges aristocratiques du i^"" siècle avant l'ère, qui l'avaient vendue déjà une première fois.
Elle devait recevoir encore une fois le fatal baiser de l'Italie et les dangereuses caresses du monde gréco-romain.
Ge sentiment d'hostilité et d'opposition à l'esprit latin n'était pas moins vif chez les Francs que chez les autres barbares dont nous avons parlé.
Ge nom de Romain devait être tombé bien bas au vii^ siècle, puisque encore au x", alors que la fusion des races était déjà fort avancée, le longobard Liutprand, parlant à l'empereur Phocas, osait dire : « Nous autres Longobards, Saxons, Franks, Lotharingiens, Bavarois, Suèves, Bourguignons, nous méprisons si fort les Romains que nous ne connaissons pas de plus grave insulte à jeter à nos ennemis que de les appeler romains, ce nom signifiant pour nous le comble de l'ignominie, de la lâcheté, de l'avarice, de la luxure, en un mot de tous les vices '.
Le sentiment d'opposition et d'hostilité' se manifestait dans le domaine de l'art comme dans tout le reste. Le génie du .Nord et celui du Midi se heurtaient violemment. Les instincts et les tempé-