‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 5 sur 140 · Pa^e · texte numérisé non relu

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LES ORIGIMiS DE LART GOÏHIQLK 19

sance. Voici dans quels termes il s'exprime : <■ On a exaj^éré limporlance de liudépendance de ce qu'on appelle Técole latine*. Quand on cherche à démêler dans ce fonds commun la part de rOrient, il semble le plus souvent que ce fut de lui que vint l'initiative. L'Orient crée les types et les symboles, lOccident les accepte... C'est en Orient qu'on emploie d'abord le monogramme du Christ, la croix monogrammatique, la croix simple. C'est un Père d'Orient, pourtant peu favorable à l'art, qui le premier recommande aux lidèles les symboles du poisson, de l'ancre, de la colombe, etc. ; et ces mêmes symboles, si nous les cherchons à Rome, nous les rencontrons d'abord sur des inscriptions grecques. Déjà on retrouve ici une loi de partage qu'on observe sans cesse dans l'histoire du christianisme. L'imagination orientale est plus brillante et plus riche ; l'Occident l'emporte par l'esprit d'ordre et de règle ; moins créateur, il se défend mieux contre les exagérations. »

Les considérations que l'examen des monuments m'a inspirées n'ont rien, vous le voyez, qui puisse scandaliser personne. Le même auteur, M. Bayet, ne pense pas autrement dans maint endroit de VArt byzantin, p. II. « Ce fut en Orient, dit très bien M. Bayet, que naquit l'art chrétien. Pendant pliisieius siècles, en effet, le christianisme s'est propagé dans le monde sous des formes helléniques ; à Rome même, le grec était la langue olïicielle de lEglise, la langue des Evangiles, des liturgies et souvent des inscriptions funéraires... Tout semble indiquer que l'Orient a contribué pour une large part à la formation de l'art nouveau. »

M. Bayet a parfaitement raison. Du i" au vn*^ siècle, l'art romain, l'art gallo-romain, l'art latin lui-même, ne sont plus le véhicule unique et privilégié d'une pensée civilisatrice, le porte-drapeau dune législation supérieure, l'agent secret et momentané des décrets de la Providence. Il a cessé d'être indispensable à la marche de la civilisation. A ce moment, sui^■ant la grande expression de Bossuel,

1. Reiherclies pour servir à i liialoire de lu peinture et Je la sciilpliire chréliennesen Orient, p. 13S. « En Italie, des savants de mérite se refusent aujourd'hui à admettre ce rôle artistique de la Grèce : iisexagèrent volontiers l'impoi-tance et l'indépendance de ce qu'on appelle l'école latine. Mais il est à craindre que l'amour-propre national n'ait quelquefois trop de part dans ces revendications.

« Rome a senti la main de Dieu ». Tout autre était, dans Tordre des contributions ethnog'raphiques au but final, la position de Tart néo-grec.

Sans souillure originelle et sans compromettante hérédité, il avait récemment vu le jour au milieu de la plus grande crise morale que le monde ait traversée. Il était contemporain de l'elFort religieux qui venait daboutir et qui transformait l'humanité. La loi naissante du Christ remporta, naturellement, dans son essor.

On n'a pas fait assez attention à tout ce que, du i'' au vn'' siècle, la Syrie et la Grèce orientale renfermaient d'éléments intellectuels et de principes destinés à la plus profonde propagande. En elFet, ces petits pays, dans une fertilité subite, miraculeuse et inattendue, ont suffi à enfanter deux religions qui se partagent encore les croyances des hommes. Ils ont créé ou tout au moins préparé deux arts qui se sont longtemps, à eux seuls, disputé la terre. Reconnaissons dans la Grèce byzantine ou dans l'Asie hellénisée l'une des aïeules des deux plus grandes civilisations des temps modernes, le christianisme et rislamisme. Saluons en elle la nourrice de l'art gothique et de l'art arabe.

L'art byzantin : A iollel-le-Duc ' a très bien compris quelle était l'essence de ce principe nouveau. Il est né du mélange de l'art grec et de l'art asiatique, pénétré, dans un choc en retour, par l'ancien art gréco-romain et par ses dégénérescences latines.. On peut expliquer qu'il devint, malgré tout, une conception susceptible de progrès, une doctrine universelle douée d'expansion cosmopolite, inventant une esthétique spéciale plus conforme aux instincts de la société transformée et, enfin, comme le christianisme, dont il est l'image et l'émanation, ouvrant ses bras à l'univers.

« Si son originalité fut réelle, dit M. Bayet, son inlluence fui immense, dè.s l'origine. Au déclin de la civilisation antique, il maintint le culte du beau près de s'éteindre. Pendiinl luiile la première

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