MARS, 30 MARS, 6 AVRIL, 27 AVRIL
ETUDE DE L'ART LOMBARD
{Suite.)
Les quinzième, seizième, dix-septième leçons se sont passées en projections et en commentaires oraux des monuments décrits et publics dans les ouvrages de MM. A. Choisy, IWrl de hùlir chez les Byzantins ; Marquis de Vogiié, le Temple île Jérusalem et la Syrie centrale; de Hossi, Bulletin d'Archéologie chétienne; Laharle, Histoire des Aris industriels ; Reusens, .,4rr/jeoior//e chrétienne: de Lasteyrie, le Trésor de Guarrazar : Ch. Bayet, Art byzantin; Ch. Diehl, Ravenne: Revoil, Architecture romane du midi de la France; Gailhabaud, l'Architecture du V' au XYII' siècle; docteur J. Rud. Rahn, Ravenna, Eine Kunstffeschitliche Studie ; Callanco. Saint-Marc de Venise; de Dartein, Architecture lombarde; Ed. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule.
La quinzième leçon, la leçon du 28 mars, a été consacrée à l'examen des monuments suivants :
Rotonde de Brescia.
Campanile de San-Satiro à Milan.
Saint- Ambroise de Milan.
Ancienne cathédrale de Die (Drôme).
Église d'Embrun (Hautes-AlpcsV
Église Saint- Worle de Châtillon-sur-Seine.
Cathédrale de Tournus.
Chœur et transept sud de l'église de Hérent (Belgique), xn* siècle.
Porche de Saint-Barthélémy à Liège (xi* siècle).
Église de Trêves.
Sainte-Marie du Capitole.
Saint-Geréon (Cologne).
Saint-Trophime à Arles.
398 ÉTUDE DE l'art LOMBARD
Spécimens de pilastres et darcatures en Alsace.
Église de Honcourt (HupshofTeni.
Absides riiénanes et tours de l'éfiflise Sainl-Géréon à Coloj^jne.
Tour octofîone de Bàgc-Ie-Chàtel (Aini. '
Basilique de Trêves.
Mur intérieur du baptistère d'AUiate (ix" siècle .
Détail d'une partie de l'abside et du chœur à Saint-Anibroise de Milan (ix' siècle.
Arcalures à Saint-Ambroise de Milan.
Eglise de Saint-Thomas in Limine près d'Almenno (xn' siècle^/.
Arcatures au transept nord de l'église de Hérent (xn' siècle).
Eglises d'Avor, de Vornay (Cher),
Eglise de Thaon (Calvados).
Eglise de Civray (Vienne).
Eglise de Pont-l'Abbé Charente'.
Façade de l'église Saint-Pierre in ciel d'Oro à Pavie.
Église de Saint-Jean in Borgo à Pavie.
Ruines du prieuré de Saint-Botolphe (Essex).
Église Saint-Honorine à Graville.
Abside de l'église Saint-Vincent in Prato, de Milan ;^ix" siècle).
La Rotonde de Saint-Bénigne de Dijon.
Dans la seizième leçon, le professeur s'est occupe du plan des édifices, pour démontrer que, même sur ce terrain, l'influence orientale s'est exercée. Pour sa démonstration, il a emprunté le plan des églises suivantes : Sainte-Marie in Cosmedin de Rome. Sainte-Marie in Dominica, Saint-Georges de Valpolicella, église d'AUiate (Lombardie , Saint-Michel de Capoue.
n s'est également occupé des chapiteaux à treillages. Il a cité ceux de l'ancien ciboire de Saint-Clément de Rome, de Tourmanin Syrie centrale), de la porte du Temple de Salomon à Jérusalem, de Saint-Marc de Venise, etc. Il pensait que ce genre de décoration absolument inconnu à l'art classique venait d'Orient et principalement de Syrie.
Voici un fragment de la dix-septième leçon que nous avons trouvé parmi ditrérentes notes non classées :
Nous allons continuer, Messieurs, à examiner les monuments à l'aide desquels j'ai essayé de vous faire connaître les caractères distinctifs de l'art lombard ou plus exactement les caractères de l'art pratiqué en Italie, sous les diverses appellations de latinobarbare, de byzantino-barbare, du ix" au x* siècle.
Vous avez pu remarquer qu'il existe en Italie une grande sobriété, une grande sagesse dans tous les motifs de décoration des monuments de Monza. On voit la même chose que dans l'art pratiqué à Ravenne par Théodoric au commencement du vi" siècle. C'est l'art byzantin sévère, dans la nudité, la sérénité de la tradition géniale gréco-romaine. C'est de l'art nouveau, mais contenu encore par l'art ancien.
ÉTUDE DE l'art LOMBARD 399
L'entrelacs existe, mais il n'est pas exclusif. Il n'affecte pas encore les formes emportées et fantaisistes qu'il prendra bientôt chez les Barbares et dans l'Italie elle-même avec l'influence croissante de l'élément constructeur goth et de l'élément constructeur lombard, qui puise à pleines mains dans le bagage de la décoration byzantine et néo-grecque. C'est ce que nous verrons tout à l'heure, dans les monuments du vni'* siècle.
L'animal, la faune continue d'exister dans l'ornementation, comme il existait dans l'art néo-grec et gréco-latin des catacombes alors à l'état de symbole, ainsi que nous l'avons vu sur les sarcophages chrétiens. Mais c'est là tout.
Pour être très catégoriquement néo-grec, l'ornement n'en conserve pas moins une allure, une attitude classique réservée, pondérée, un peu rigoriste.
L'animal monstrueux n'apparaît pas encore. Le vieux levain aryen n'a pas encore opéré la métamorphose complète des habitudes de la décoration. L'instinct de l'art nouveau est tenu en bride par les sévères doctrines du passé.
Les peuples jeunes ou plutôt partiellement rajeunis par l'introduction de quelques éléments nouveaux, les peuples qui pratiquèrent l'art du vu** siècle, nous apparaissent encore légèrement courbés sous la verge de fer des traditions aristocratiques, académiques et vitruviennes.
Entendons-nous bien ! •
L'art est certainement populaire et redevenu démocratique depuis qu'il est chrétien. Il parle la langue universelle comprise de toutes les classes sociales et imposée par les classes populaires qui ont été les premières à devenir chrétiennes. Mais cet art, pour populaire qu'il soit, n'est pas encore parvenu à se dégager entièrement des esthétiques antérieures et de leurs doctrines.
La même chose s'est passée en Asie pendant la première et admirable éclosion de la primitive école néo-grecque.
Il y a, dans l'histoire de l'art, une première heure charmante, une de ces heures que vous connaissez déjà par le tableau que je vous ai fait autrefois des débuts de la Renaissance classique en Europe. Ce n'est pas le plein midi, c'est l'aurore d'un beau jour. Ce n'est pas le mariage d'un principe avec un autre principe, c'est-
4(»0 ÉTUDE DE l'art LOMBARD
à-dire l'absorption de l'un des deux principes par l'autre. Ce sont les fiançailles de ces deux principes, en quelque sorte. Il y a là quelque chose d'un peu guindé, d'un peu timide, d'un peu discret, mais de charmant. Il y a propension ; il n'y a pas encore abandon.
L'Orient se fait sentir. Il impose en général sa loi décorative. Mais l'Orient n'est pas le maître absolu. Son esprit n'a pas encore pénétré l'Occident. Il n'est pas venu secouer, échauffer les ferments orientaux des races barbares établies en Occident.
Il n'a pas réveillé la Belle au bois dormant ou la Valkyrie des légendes germaniques.
L'art qui se charge de satisfaire les besoins des peuples nouveaux ou renouvelés n'ose pas s'abandonner sans contrainte à toutes les aspirations qu'il trouve dans son cœur. Il est contenu par une sorte de respect humain, par une sorte de convention tacite, par un code de civilité puérile et honnête, par une sorte de pudeur craintive. Je le répète, c'est un état curieux et charmant.
Une période de cent ans s'écoule.
Du commencement du vu* siècle, nous allons brusquement passer au vni" siècle.
Comme au théâtre, changement à vue.
A présent nous sommes loin des fiançailles.
Le mariage est consommé. Nous sommes dans ce qu'on appelle la lune de miel.
La leçon s'est terminée en projections. Voici, d'après des notes prises au cours, le résumé des explications données par le professeur :
On n'a pour se rendre compte du changement survenu qu'à regarder le ciborium de Valpolicella, daté de 712. Il porte une inscription qui donne le nom de l'artiste, Magister Ursus, et celui du roi sous lequel le monument fut élevé : Liutprand. Cet architecte Ursus de\ait être un lombard ; on a trou\c ce nom sur d'autres monuments. On y voit en germe tout ce qui sera plus tard l'art roman et c'est ce qui permet de dire que l'art lombard est l'anneau qui relie l'art grec oriental à l'art roman.
Le baptistère de Cividale, daté de 737, est tout à fait oriental d'ornementation et barbare d'exécution ; des animaux fantastiques et monstrueux s'y mêlent à des palmettes. Il y a même un palmier avec un régime de dattes et un tronc contourné, qui passera dans l'art russe, frère de l'art roman par ses origines.
La balustrade du baptistère date de 762 à 776 ; les mêmes caractères s'y retrouvent.
ÉTUDE DE l'art LOMBARD 401
Cet art lombard s'est répandu dans toute l'Italie ; à Venise, à Sainte -Marie des-Anj^es à Assise, dans tout le Frioul, à Bologne, à Spolète, etc., on retrouve ces ornements d'origine grecque, de transcription lombarde.
La dix-huitième leçon fut consacrée à une visite au musée du Trocadéro.
Nous donnons ci-après un fragment écrit de la dix-neuvième leçon retrouve dans les notes de Courajod.
CoiiHAjou. Leçons.