‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 2)Chapitre 86 sur 140 · Kinhardi annales fuldenses. Pertz. I · texte numérisé non relu

Kinhardi annales fuldenses. Pertz. I

LES ORIGINES PE i/aRT GOTIIIQLE 427

Golhs; car je vous ai fait long-uement étudier cette famille de monuments dont les caractères distinctifs, dont le style particulier sont faciles à remarquer.

La Guienne, la Septimanie, la Narbonnaise en sont pleines. Vous savez combien ils diffèrent, par la décoration, des autres familles de monuments de la même industrie. Vous avez discerné les affinités qu'ils présentent avec Tart byzantin et avec l'art oriental ; et la date approximative de leur exécution comme le lieu de leur production étant hors de doute' — car ils sont trop nombreux pour avoir été importés d'Italie et d'Orient — on ne peut refuser de voir en eux un spécimen très positif du travail de la pierre pratiqué aux vi" et vu" siècles dans le Languedoc, pendant la domination des ^^'isigoths.

Les travaux de construction et même de restauration des Goths, tant Wisigoths qu'Ostrogoths, ont trouvé des historiens pour les raconter, soit que l'Italie, soit que l'Espagne, soit que le Midi de la Gaule en aient été le théâtre. Ces travaux furent partout très considérables. Je vous les ai déjà énumérés, les livres de Cassiodore, de Jornandès, d'Isidore de Séville, à la main. Ils constituèrent une véritable période de civilisation qui éblouit certainement les yeux de l'Europe occidentale. Cette culture, dont le souvenir n'est pas encore effacé dans le langage moderne, trouva même, dès son début, de justes appréciateurs parmi ses contemporains.

Les Goths bâtissaient des églises. Ces œuvres étaient assez importantes et d'un caractère assez spécial pour frapper l'esprit des habitants de l'Aquitaine et pour se faire remarquer des Romains eux-»nêmes. Fortunat, tout décadent et tout latin qu'il fût, naturellement peu favorable à la cultui'e gothique, ne put pas cependant s'empêcher de féliciter le duc Launebode d'avoir, à Toulouse, élevé, avec sa propre énergie et son initiative barbare, une église à Saint-Sernin, « Il n'y avait pas de temple, dit Fortunat, à l'endroit où le saint fut martyrisé. Ce n'est qu'après des siècles que Launebode, alors duc, en construisit un. Ainsi, ce qu'aucun Romain n'avait fait, un homme de race barbare l'exécuta :

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