Edmont Le Blant, Inscriptions chéliennes de la Gaule
A'2S LES ORIGINES DK i/aRT GOTHIQIE
« Qiiod nullas veniens liomana génie fahrivil, Hoc vir bfirhnricn proie peregit opiis*. »
Et les commentateurs français de s'étonner naïvement que le nom de barbare puisse devenir un éloge!
Les Goths, avons-nous dit, bâtissaient des églises. Même sans le témoignage de Fortunat et même sans celui de Grégoire de Tours, qu'on pourrait également invoquer ^ à propos des constructions religieuses du roi Euric en Auvergne, ce fait ne serait pas douteux, puisque nous savons que, tout arienne qu'elle soit devenue, l'Aquitaine gothique n'en a pas moins été profondément chrétienne et que les sanctuaires y furent prodigués. Les fondations d'églises et d'abbayes sont là pour en témoigner. Mais les Goths ne se bornèrent pas à pratiquer leurs arts personnels ou leurs arts d'emprunt dans la limite des territoires envahis par eux, et ils prirent réellement part d'une manière générale à la direction du goût public en Occident. Ils s'appliquèrent encore à exporter les résultats de leur industrie et répandirent dans un assez vaste rayon les produits façonnés de leur main-d'ceuvre décorative. Le Nord de la Gaule, habité par leurs congénères et leurs rivaux, les Francs, c'est-à-dire par leurs vainqueurs de demain, fut quelquefois tributaire de leur fabrication. Sans parler des nombreux et importants trésors d'orfèvrerie que la victoire fit tomber dans les mains de la famille de Clovis^, les Francs leur demandèrent, pour quelques personnages de marque, des sarcophages de luxe qu'on ne pouvait alors se procurer ailleurs qu'en Aquitaine, à Arles et à R avenue, à moins d'oser exproprier de son propre tombeau un mort contemporain des époques précédentes de l'art romain. C'est ainsi que saint Drausin '', à Soissons, et qu'un personnage inhumé à Saint-Germain-des-Prés à Paris ^, dans cette église alors placée
1. Fortunat, Poésies mêlées, édition Charles Xisard, I)S87, ///). II,r.-irm. VIII, p. 67.
2. Grégoire de Tours, Hisl. eccles. des Francs, liv. II, chap. XX.
.3. F. de Lasteyrie, Histoire de l'orfèvrerie. Paris. 1S75, p. SO et 81. — Le trésor de Guarrazar.
-'à. Edmont Le Blant, Sarcophatfes de la Gniile. introduction, p. XI. XII, XVI, planche IV, n° 1.
5. Le couvercle placé actuellement sur le tombeau de saint Drausin était autrefois à Sainl-Germain-des-Prés, d'après le témoignage de Lenoir.
LES ORIGINES DE l'aRT GOTHIQUE 429
SOUS le vocable de saint A'incent et enrichie des dépouilles wisigothiques, reçurent la sépulture dans des cercueils de marbre, dont la provenance gothique ne peut être douteuse, non plus que l'exécution.
L'Aquitaine, sous les Wisigoths, fut, comme vous le voyez, le dernier dans l'ordre chronologique, et non le moins splendide dans l'ordre du mérite, des ateliers industriels de la sculpture funéraire antique; il était fort bien achalandé sous les Mérovingiens'. L'Aquitaine exportait aussi d'autres objets mobiliers rentrant dans la série des travaux de marbre. Ce qu'on appelait l'autel de Saint- Ladre à Saint-Denis, aujourd'hui au Louvre, provient vraisemblablement de la même fabrication, comme certains meubles d'usage religieux conservés dans les dépôts publics de la France et notamment au Musée de Marseille. Il y eut donc, aux temps mérovingiens, un art spécial de sculpture, et cet art était pratiqué dans le sud-ouest de la France par les Goths, puisque, par son caractère, il n'était pas autochtone et n'avait pu être importé que par eux, cest-à-dire par les convoyeurs de l'art byzantin ou par les riverains du bassin méditerranéen en contact avec l'Orient.
On comprend alors que cette propagation du travail gothique ait créé, dès la première heure, une réelle et durable réputation à latelier dont il sortait. Dans le Nord, c'est-à-dire dans un milieu beaucoup plus profondément pénétré que le Midi d'éléments barbares et septentrionaux, où la construction en bois était certainement très employée, les ouvriers de la pierre, par leur rareté, devaient être pris en grande estime et particulièrement recherchés, comme leurs ouvrages. Aussi l'Aquitaine ne se borna pas à exporter des pierres travaillées ou du marbre manufacturé. Elle exporta encore des ouvriers des divers métiers de la construction. On aurait pu l'induire des faits déjà connus. Un texte le prouve directement; et maintenant vous vous rappelez que Gaumont a été le premier 11 l'exhumer des Acla. Sanctoruni des Bollandistes. Ge texte ruinait sa théorie. .Aussi Gaumont, s'en étant aperçu, a-t-il pris soin de le faire disparaître dans les éditions de son Ilisloire de l'architecture religieuse postérieures à 18'25. Mais il n'était
1. Edmont Le Blanl, Sarcnphay es clirétiens île la Gaule, introduction, p. XII.
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pas perdu pour toujours. Je ne m'attarderai pas à discuter la date et rattribution que Gaumont lui assigne ; il me suffît qu'il ne l'ait pas considéré comme postérieur au milieu du x*" siècle. Le document est capital.
A Rouen, à une époque où le pays est sous la domination l'ranque, non loin de ce lilliis saxonicum si ouvert aux influences septentrionales, un abbé veut construire une église en pierre. Il ne s'adresse pas aux ouvriers, s'il y en avait autour de lui, qui savaient encore mettre en œuvre les concrétions de matériaux, les agglomérations de pierrailles et de mortier pratiquées de préférence par les ateliers romains de la décadence. Il a recours à un maçon professant la taille de la pierre en grand ou, tout au moins, de moyen appareil [quadris lapidihus). Le narrateur, après avoir indiqué la nature du travail et celle de l'appareil, nomme la patrie des ouvriers qui raccomplissent. Si vous aviez tout à l'heure des doutes sur la fidélité de la tradition conservée par le langage et qui attribuait aux Goths l'initiative de la première architecture occidentale de la pierre, ces doutes doivent tomber, puisqu'un chroniqueur écrivant du vu® au x* siècle, contemporain peut-être de l'épanouissement de l'art gothique ou très légèrement postérieur, déclare que la main qui, en Normandie, façonnait la pierre dans des conditions déterminées était une main gothique. Ici le mot ne saurait être employé dans le sens que lui donneront plus tard Boileau et A'oltaire. Il faut le prendre nécessairement dans le sens littéral.
Sauvages, entend-on dire dédaigneusement de toutes parts à propos des Goths, parce qu'ils ne descendaient pas de l'aristocratie latihe des valets d'armée des légions i^omaines ni de la race épuisée des sénateurs gallo-romains. Leurs contemporains, qui les connaissaient bien et qui pouvaient comparer les races dont était composée cette étrange société qu'on persiste à appeler romaine', se montrèrent plus indulgents que nous. Quand, pour les juger, ils les rapprochèrent des vieilles nationalités européennes, ce n'est pas aux Romains qu'ils les opposèrent. On déclara que c'est avec
1. Sur la composition liylji-ide de cette société de la décadence romaine voyez ce que dit Viollet-le-Duc dans les Entretiens sur l'architecture, tome I.
les Grecs qu'ils pouv^aient rivaliser : « Gnvcis pœne consimiles. » C'est Jornandès et Dion Gassius qui parlaient ainsi*.
L'art de la pierre, clans sa forme rajeunie, dans celle de ses formes qui n'était pas le résultat dune simple décadence locale et spontanée, fut donc apporté à l'Occident par l'invasion gothique, après le contact de celle-ci avec Byzance et Ravenne. Il est très important d'insister et de remarquer tout d'abord deux conséquences qui découlent de ce fait.
L'art romain du V et du vi' siècle, — par là j'entends, non pas l'arl classique rétrospectif, mais l'art vivant tel qu'il était en ce moment pratiqué à Ravenne, c'est-à-dire l'art néo-grec ou byzantin, — se trouva tout d'un coup installé dans le Midi de la Gaule et en Espagne, avec son esthétique spéciale et complète, partout où pénétrèrent les Goths.
Cet art s'y montra avec des caractères déjà personnels qui devaient dill'érer sensiblement des productions de l'art de la pierre pratiqué par les survivants des ateliers gallo-romains, comme en différaient aussi ses inspirations décoratives que vous connaissez. Il est dès lors tout naturel que les habitants du Nord de la Gaule, qui ne savaient pas l'origine première d'un style qu'ils contemplaient pour la première fois, aient donné à ce style le nom des ouvriers qui le pratiquaient et l'aient appelé Varl (jolhique^ comme ils appelaient également région gothique, le pays natal de ces ouvriers.
Nous devons tout particulièrement remarquer aussi que, si cet art rajeuni de la pierre nous arriva d'abord d'Italie et de Grèce assez peu altéré par la version gothique, car les Goths se montrèrent d'abord les lidèles élèves des Grecs, il n'en passa pas moins par l'intermédiaire barbare. Il ne faudra jamais oublier que, dans une proportion appréciable, une part assez considérable de l'héritage de l'antiquité classique ne fut pas communiquée directement
1. I>es Goths. à lépoque où ils habitaient la Dacic, la Thrace et la Mésie, Ijosscdaient déjà une certaine civilisation. « Ils ne manquèrent pas d'hommes, dit Jornandès, qui les instruisirent dans la sagesse. Aussi les Goths furent les plus instruits de presque tous les Barbares, ils égalèrent presque les Grecs, comme le rapporte Di<m. qui a écrit en grec leur histoire et leurs annales » (Jornandès, De liehiis yeticis. édition de la collection Panckoucke p. 232.)
432 LES ORIGINES DE l'aRT GOTHIQUE
par les Anciens. Les hommes, les peuples qui furent les porteurs, les sauveteurs de la civilisation antique devenue néo-grecque, ne s'abstiendront pas à tout jamais de toute intervention personnelle, et ils ne pourront pas non plus indéfiniment tenir en bride le génie spécial et national commun à toutes les races barbares. On prévoit donc facilement l'évolution incessante, latente et progressive que devait subir l'art byzantin cultivé par des mains gothiques, surtout à mesure que l'influenoe des Barbares acclimatés dans le Midi se trouva remplacée par l'influence des Barbares, de même tempérament, installés dans le Nord, à mesure que la nation gothique déclina et pencha vers la ruine, quand cette branche aînée de la famille des envahisseurs septentrionaux, à la fois écrasée dans le Nord de la Gaule par les Francs et dans le Midi de l'Espagne par les Arabes, fut remplacée dans son rôle sur le théâtre du monde par une autre branche de la même tige ethnographique qui, elle, n'avait pas reçu directement la grelîe byzantine ; quand on vit entrer définitivement en scène un peuple nouveau qui, avant même d'avoir subi la pénétration des caractères les plus absolus de l'extrême barbarie du Nord, était déjà regardé, dans ses mœurs et dans ses institutions, comme le plus intransigeant et le plus indépendant des envahisseurs de l'Empire. Ce peuple s'appelait les Francs.
Ce n'est pas encore tout. Qu'à cette barbarie bien caractérisée déjà et établie chez nous dans les provinces comprises entre la Manche et la Loire, qu'à cette barbarie militaire et conquérante, demeurant fermée, plus que toute autre, en Gaule, aux pénétralions de la civilisation méridionale, viennent se joindre, pendant plusieurs siècles, des alllux incessants de sang barbare par l'absorption des éléments ethnographiques Saxons et Normands, et alors il résultera de tous ces mélanges un étal particulier de l'esprit occidental et de la conscience française dans lequel les souvenirs de la règle gallo-romaine, méridionale et même byzantine, iront de plus en plus en s'elTaçant ' .
\'oilà, éclairée par l'histoire, celle observation si naïve, si sincère, si juste de Félibien et tous nos vieux auteurs qui, jugeant
1. Cf. Viollet-le-Due, Enlreliens sur l'Archileclnre, passini et notamment tome I, liuitième entretien, p. 35.'i et suivantes.
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en artistes l'essence des choses, distinguent deux espèces d'architecture barbare, deux genres de g-othique, celui qu'ils appellent le gothique grossier, lourd, primitif et qui est le gothique galloromain ou plutôt byzantin, et l'autre qu'ils appellent le gothique léger et qui est le gothique septentrional, c'est-à-dire l'œuvre personnelle du génie du Nord, sensiblement alTranchi des lois méridionales dans un milieu où il domine.
Le même fait s'est passé à l'autre extrémité du bassin méditerranéen, sur les frontières de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, pour l'autre branche des arts modernes sortie de la souche byzantine ou néo-grecque, c'est-à-dire pour l'art arabe. Cet art a traversé lui aussi deux périodes, une première période de lourdeiy relative, de gravité, de sévérité, tant qu'il fut sous la tutelle directe des Grecs et des Byzantins, puis une seconde période qui dure encore, où les instincts de l'esprit barbare, persan et hindou, s'afîranchirent de tout joug classique et transformèrent, au bénéfice de l'esthétique purement orientale, le germe primitif de la culture grecque qu'ils avaient contracté. Il n'est donc pas étonnant quel'art arabe et l'art gothique, issus tous les deuxde la même origine antique, affranchis tous les deux, dans les mêmes conditions, par des influences barbares, émanant du génie des mêmes races asiatiques, aient pu quelquefois se rencontrer sans même avoir songé à s'imiter réciproquement. Mais revenons à l'art gothique.
Sans doute, dans cette succession d'ingérences différentes, à travers des vicissitudes sans nombre, d'incessantes fluctuations et de notables interruptions, la dose de l'influence barbare avait toujours été en augmentant. Mais le nom originel donné à l'art de la pierre par quelques-uns des Barbares, qui en avaient reçu communication des (ioths sous sa première forme néo-grecque, paraît n'avoir pas changé. Ce ne serait pas le premier exemple d'un mot de la langue devenant le plus ancien et le plus authentique des témoignages historiques.
Cette doctrine, si hardie ou si extraordinaire qu'elle puisse CouRAjoD, Leçons 28
134 I.KS ORIGINES DE I,\\RT GOTlIlQlE
paraître, n'a rien cependant qui doive scandaliser personne. C'est peut-être la première fois qu'elle ose se produire en France dans l'enseij,'nément public; mais, dans sa conclusion, sinon dans la plupart des arguments, elle n'est pas nouvelle. Elle peut même justifier des origines les plus avouables et se recommander des plus honorables autorités. Elle a vu le jour le 10 août 1837 dans une séance de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, après la mort de son auteur ; et cet auteur n'était rien moins qu'Eméric David, membre de cette même Académie.
La pensée d'Eméric David, une fois qu'il ne fut plus là pour se défendre, ne put lui survivre. A peine connue,. elle fut immédiatement étoulîée par une note assez perfide insérée dans le Bullelin monunienlal* à la suite de sa publication. Depuis, il n'en fut jamais question dans le recueil de ^L de Caumont et la théorie romaniste continua de triompher.
Sans vouloir me porter garant de tout ce qu'Eméric David a cru pouvoir avancer en f837, je suis saisi d'admiration en face de la clairvoyance, suppléant à TinsufTisance des moyens d'observation chez un archéologue qui ne disposait ni de la photographie, ni du moulage comparé, ni de la facilité des confrontations. Il a cependant presque tout deviné. Lisez son article. Le temps me manque pour en faire de longs extraits :
« Les Goths étaient à peu près ce que sont encore les Lombards, maçons, architectes, gagnant leur vie à bâtir...
« Ce qu'il faut surtout remarquer dans l'intervalle écoulé depuis l'entrée des Goths en France jusqu'à leur sortie, pensait encore Eméric David, c'est que les peuples, regardés comme des ignorants et des Barbares et comme uniquement propres à piller et à détruire, étaient au contraire des Bâtisseurs d'édifices d'une grande richesse-.
i< Disons-nous, ajoutait Eméric David, qu un peuple entier ne donne pas une dénomination sans une cause. Si nous donnons le
1. « Nota. Les Rédacleurs du Dullelitt ont cru devoii' reproduire, sans y hif.v ciiAXGEH, cet article qu'ils avaient reçu de M. Enicrie l)a\id, peu de temps avant sa mort, et que l'Académie des Inscriptions a\ait fait lire dans sa séance publique de IS'Î7. vliiiltelin tnonuniental. lomc V , année I.S39, p. 403.
2. Méinnire surin ikhioDiinalinn et les jx'(fles de iarchilecliire dile gothique, dans le liallelin nionumental, tome V, année Is30, pp. 382-103.
LÉS ORIGINES DE i/aUT GOTHIQUE 435
titre de (jolhi(fne à un genre de bâtiment... nous l'avons appelé gothique, parce que les Goths se sont rendus célèbres dans une sorte de bâtisse, à laquelle les personnes riches, les abbés, les prélats ont pris à leur exemple une grande part '.
« Nos pères avaient deux manières de construire les grands édifices; l'une était le mode ancien, le mode national, gallican; il consistait à bâlir de bois ; l'autre se nommait étranger, romain, nouveau, gothique; c'était l'art de bâtir de pierres, qiiadris lapidiJjiis'-; les Goths excellèrent dans ce dernier genre au point qu'ils furent mandés, architectes et ouvriers, pour bâtir Saint- Pierre-le-Vif à Rouen. De la vient le nom de Gothique. On n'eut égard ni à la diirérence qui existait entre le gothique pesant et le gothique léger, entre le Gothique des Goths et le gothique postérieur. On se rappela seulement que les Goths aimaient à construire de grands édifices et qu'ils les bâtissaient avec des pierres carrées, travaillées au marteau, quadri.s et dedolatis lapidihus, manu gothica. On ne considéra que la pierre et le bois; on ne vit que la matière première. Tout ce qui était en bois fut appelé national, gallican ; tout ce qui était en pierre fut appelé gothique. \'oilà, je crois, la dilFérence. Une fois donnée, cette dénomination de gothique ne changea plus.... Les peuples ne changent pas facilement leur langage. D'ailleurs les Goths avaient laissé une assez brillante réputation partout où ils ont été appelés comme maçons ^. »
Pour avoir été posthume, le mémoire d'Eméric David n'était pas une improvisation tardive de sa vieillesse, ni l'expression incertaine d'une pensée allaiblie par l'âge. Il y a longtemps que le savant auteur de Vllistoire de la peinture et de Vllistoire de la sculpture du moyen âge nourrissait sur ce point des sentiments qui furent ceux de toute sa vie. Dans ses Recherches sur Vart sla-
1. Éméi-ic David, Mémoire sur lii (khiDiniiinlion et les lètfles de larchilecliire dite ijolhitiue, dans le Ihillelin innnainentul, tunie V, annûe 1839, p. 387.
2. ConlV-rez ce que les abbés lîoui-assé et Chevalier ont dit dans les Hectierclies liisloriqnes et arcIiéolo(ji([iies des enlises romanes en Touraine du vr au XI" siècle, p. 37 et 38.
3. Éméi-ic David, .l/e»io(re sur la dénoininulion el les règles de Varcbileclure dite GoUiique, dans le BaUelin monumenUil, tome V, année 1839. p. 102.
tiiaire considéré chez les Anciens et les Modernes \ ouvrage couronné, en octobre 1800, par l'Académie des Inscriptions, Eméric David les avait déjà formellement exprimés.
M. Anthyme Saint-Paul, dans son Annucure de Varchêologue français de 1878, faisant allusion à Tépithète injurieuse de gothique, a fort bien dit^ : « Les Goths, tout le monde le sait, furent ceux des Barbares qui se polirent le plus vite au contact des Romains; la cour wisigothe de Toulouse était un vrai foyer de civilisation, alors que la puissance romaine n'était pas encore complètement éteinte, et c'est dans une ordonnance du roi ostrogoth Théodoric que se trouve la plus ancienne trace des principes qui président aujourd'hui à toute bonne restauration. »
M. Alphonse Wauters est arrivé, de son côté, aux mêmes conclusions. Il a soutenu la même thèse dans une conférence donnée à l'Hôtel de ville de Bruxelles le 12 avril 1889 et intitulée V Architecture romane dans ses diverses transformations^. Pour le savant belge, le Boman primitif dans le sens du mot employé par Caumont, c'est-à-dire l'architecture antérieure au xi'' siècle, en tout ce qui concerne la pierre, n'est pas autre chose que l'art des Goths.
Enfin, il y a quelques mois seulement, M. Raoul Rosières défendait les mêmes idées dans la Revue archéologique etdémontrait que la dénomination de gothique devait être maintenue à l'art de la pierre au moyen âge '.
On dira tout ce que l'on voudra des Goths. Ils ont, aux yeux des Romains de la décadence et des Romanistes de tous les temps, personnifié certains instincts communs à toutes les races indo-germaniques. Aux yeux de leurs frères barbares, ils ont eu le mérite de devenir leurs premiers éducateurs pour certains arts empruntés à la civilisation antique. Ils ont été l'anneau providentiel qui a ratta-
1. Recherches sur l'art statuaire considéré ctiez les anciens et les modernes ou mémoire sur celle (lueslion proposée par l'Instihit national de France: Quelles onl élé les causes de la perf'eclion de la sculpture anli(iue et quels seroienl les moi/ens d'y alleindre'.' Ouvrage couronné \y,\v l'Institut national le 15 \endoniiaire an IX. Nouvelle édition, Paris, in-12, ]>. 250 et 251.