Bruxelles, 1«89, in-f<°, p. 13 et suiv
•i. L'architecture dite golhi<iuc doit-elle être ainsi déiionnnée '' Tiva'^e à part. Paris, in-«", 1892. p. 1.
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clîé le monde ancien au monde nouveau. II est certain qu'il y a eu une esthétique, une forme d'art qui a mérité d'être appelée f^othique et qui, après mille transformations, a conservé son nom d'origine. L'art néo-grec de Ravenne avait trouvé dans les grandes migrations des peuples gothiques un puissant élément de propagande. Ce que \'iolIet-le-Duc appelait si justement la « vase stagnante » de la décadence classique, païenne et romaine, a été traversé par les flots agités de certains courants purificateurs, par les eaux vives du byzantinisme et de l'esprit barbare.
Décadence ! répétons-nous sur tous les tons depuis Gibbon, comme des vieillards pleurant sur le Temple de Salomon et qui n'ont de regrets que pour un passé condamné par l'histoire et répudié avec horreur, à une heure décisive, par l'humanité transfigurée. Lente et pénible orientation nouvelle ! répondront ceux qui jugent les conséquences et qui regardent l'avenir. En tous cas, si la théorie de la décadence continue à être adoptée, cette décadence ne pourra plus, depuis les recherches entreprises dans le laboratoire du Louvre, être considérée comme une simple décomposition naturelle et automatique. On verra très nettement et très positivement intervenir un agent qui la précipite et qui la gouverne. C'est l'élément actif de la Barbarie, qu'il faut scrupuleusement observer pour remarquer dans quel sens il marche et s'il ne possède pas, lui aussi, des principes constitutionnels susceptibles d'une organisation et capables, en art comme en toute autre matière, d'engendrer cet ordre de choses nouveau qui a été le monde féodal.
Pourquoi a-t-on choisi l'épithèle de romane pour qualifier l'heure de la crise où le monde moderne a précisément et plus spécialement rompu avec le passé romain"? I/art roman peut conserver, s'il le veut, un nom accidentellement attribué par une erreur de la pédagogie. Ce nom ne lui conférera aucun privilège et ne lui créera aucun droit aux yeux de la science. Le seul nom que lui laisrera l'avenir sera celui d'arl féodal. L'art, en efîet, dans une société qu'il embellit, relève des mœurs comme les lois. L'expression définitive et complète, la constitution politique, la formule sociale du monde barbare a été la féodalité. Ce ne sont pas les législateurs de l'esclavage qui la lui avaient communiquée. Ce mode tout particulier d'organisation nationale n'est pas une conception latine. La
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culture européenne renouvelée par les Barbares a été conforme en tout, sauf quelquefois pour la langue, à lesprit et aux instincts barbares. L'art a fait partie de'la constitution de la féodalité et n'est que le résultat du tempérament des populations transformées. Il a dû sa force et son développement à un privilège de naissance, cestà-dire au fait de n'avoir pas été le produitfactice d'une composition savante, le legs onéreux d'une tradition étrangère et épuisée transmis par une aristocratie internationale, mais au contraire d'avoir été la satisfaction légitime d'un besoin social, l'épanouissement d'un instinct naturel et l'œuvre populaire d'une race.
Qui oserait dire aujourd'hui que la société chrétienne et féodale, que la civilisation de notre Occident est lîlle de l'antiquité latine, classique et païenne ? On a cependant osé avancer que l'art gothique est complètement sorti de l'art romain en passant par un état qu'on a, pour les besoins de la cause, qualifié de roman. Toute l'archéologie nationale, depuis cinquante ans, reposerait-elle donc sur une pétition de principes ? C'est la photographie qui nous répondra.