Dictionnaire raisonné d'archileclure, t. III, p
464 LA COLONNE DANS l/AnCIIITECTURÈ ROMANE
(( Il est certain que la colonne isolée est employée par les architectes romans tout autrement qu'elle ne le lut chez les Romains. »
Les Romains, si ce n'est dans les derniers temps du Bas-Empire et dans l'architecture dite byzantine, n'employèrent généralement les colonnes qu'en les surmontant de l'entablement, c'est-à-dire qu'ils n'employèrent que des ordi'es complets.
Comme aurait dit La Bruyère, c'est un membre d'architecture amphibie que la colonne : c'est à la fois un support et un ornement, pris tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre, suivant que le principe antique {,'allo-romain ou le principe barbare l'ont emporté.
La colonne ornement, même aux temps romans, existait dans l'architecture, où elle fut souvent prise par ceux-mèmes qui pratiquèrent cette architecture pour un simple ornement. Les Bourguignons, par exemple, la traitèrent comme un simple détail de décoration puisqu'ils lui donnèrent quelquefois la forme torse et la décorèrent de cordelettes et la couvrirent d'un réseau ou d'un filet comme à Saint-Lazare d'Avallon ; ce qui est une absurdité inspirée par une malsaine recherche de décadence latine. Mais ce sont là des exceptions qui n'infirment pas la règle. Partout ailleurs, ce fut la signification du support qui l'emporta, et je crois qu'il est utile de remarquer que, malgré les aberrations isolées de quelques écoles trop fidèles aux conseils de l'antiquité gallo-romaine, depuis l'invention du pilier roman cantonné, la colonne n'a plus cessé en Occident d'être en fonction, de travailler, de porter et de soutenir quelque chose, d'avoir la part principale de tout effort, de faire partie de l'économie de l'édifice, d'en former l'ossature et le squelette.
Viollet-le-l)uc, après avoir fait comprendre en quoi le principe de l'architecture gothique diffère complètement du principe de la construction romaine, w comment les procédés qui conviennent à l'une ne peuvent convenir à l'autre, comment les deux méthodes sont la conséquence de civilisations, d'idées et de systèmes opposés, » comment l'élasticité étant la première de toutes les conditions à remplir dans les monuments élevés sur des points d'appui grêles, il fallait pourtant trouver à côté de cette élasticité, une rigidité et une résistance absolue, en arrive en blâmant les erreurs et les excès des cons-
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tructeurs de la cathédrale de Beauvais à comparer celle-ci à « une cage d'osier ' . »
Nous ne sommes déjà plus si loin des opinions si ridiculisées de Félibien, de Millin, etc.
D'une façon générale, jusqu'au xi" siècle, la construction en pierre a toujours été exclusivement dans des mains romaines ou galloromaines, byzantines, gothiques ou lombardes ; en tout cas elle a relt?vé d'une direction essentiellement méridionale dans sa transmission. Le sentiment du monstrueux et du grotesque, qui ne lui est sans doute pas étranger, ne s"y fait pas sentir d'une manière très appréciable, sauf dans l'architecture et la décoration lombardes pénétrées, elles aussi, d'éléments barbares d'origine et de transmission septentrionales^. Mais en somme, l'esprit septentrional n'a pas encore pris en France complètement possession de la direction absolue des idées. Il n'agit que par voie dinlluence bien indirecte et bien lointaine.
En dehors de l'ornementation qui, elle, comme vous le savez, n'a jamais cessé d'être en majeure partie inspirée par l'art byzantin, c'està-dire par l'art plus ou moins direclenient oriental, grec et syrien, l'inllucnce de l'art septentrional ne dépassa pas en France l'importance qu'il prit dans l'art lombard et dans lart byzantin de l'Italie. Comme je viens de le dire, une renaissance carolingienne, monacale et savante, s'était épanouie sous la main de Charlemagne et sous celle de ses premiers successeurs. Cette renaissance, sans faire disparaître la dualité des influences principales grecque et latine, sans effacer dans la décoration la prépondérance de l'école byzantine néo-grecque et orientale, avait, dans le domaine de l'architecture, donné le pas incontestablement à l'art latiil, à l'art galloromain, consulté dans les édifices dépendant des travaux publics. Ce mouvement fut peut-être plus vif en France, en Allemagne et dans les monuments irlandais et anglo-saxons que partout ailleurs. Mais à partir du xi*" siècle il en fut autrement. L'art tout entier, celui dont usait la nation tout entière, qui s'est fondue et dont les castes ethnographiques ont disparu, lart fut pratiqué directement par les