Lecoy de la Marche, Académie de France à Bome, p
4. Les artistes français à l'étranger, Paris, 1876, in-8°. — Auguste Castan, Le sculpteur français, Pierre-Etienne Monnot, 1888, in-S".
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Italiens eux-mêmes avaient le sentiment de la décadence italienne ' .
Un des meilleurs directeurs de l'Académie, Poërson, eut enfin, dans un jour de franchise, le courage de demander la suppression de cette institution et il motiva très judicieusement sa proposition. Son réquisitoire est accablant. Vous le lirez au moins en extrait.
« Je crois (autant que Monseigneur le jugera à propos) que Sa « Majesté pourrait s'épargner la dépense de cette académie, qui, « quelque zèle et quelques soins que vostre bonté prenne, ne peut « répondre aux idées que l'on a eues de former d'habillés g'ens et « d'en tirer de belles copies, tant d'architecture que de peinture et « de sculpture.
« Premièrement, Monseigneur, pour l'architecture, excepté le « Panthéon ou Rotonde, le Colysée et quelques colonnes, il ne nous « reste rien de considérable de l'antiquité pour instruire les étu- « diants ; et, parmy les modernes, la grande église de Saint-Pierre « et peu d'autres peuvent fournir à nos voyag"eurs prévenus de « quoy se rescrier. Ainsy, Monseigneur, je suis persuadé, comme « je l'ai dit mille fois à M. Hardoin, qui a le bonheur d'estre « auprès de vous, que les excelents et admirables ouvrages dont a vous avez orné la France sont des moyens plus sûrs pour faire de « bons architectes que tout ce que l'on voit dans Rome. A l'égard « de la peinture, les lieux où sont les belles choses qui ont acquis « tant de réputation à cette ville sont quasi tout ruinés et de plus « fermés aux estudians, de manière qu'il y a peu de fruit à en espe- « rer et beaucoup à craindre de l'oisiveté que les jeunes gens con- « tractent aisément en ce pais. Et quant à la sculpture, ce qui est « moderne donne assez générallement dans le goust faux et bizarre; i( pour les antiques, ayant les figures mouUées en France, il n'est « pas absolument nécessaire de venir icy. La preuve est que, depuis « que je suis à Rome, je n'ai veu ni italien ni aucun estranger copier « les marbres : l'on se contente de dessiner ou modeler d'après les « piastres, dans lesquels l'on trouve plus de facilitez,
« Toutes ces considérations. Monseigneur, me forcent, malgré « l'honneur et le plaisir que j'ay d'estre icy sous votre protection,
1. "Voir une lettre de Poërson, du 8 novembi-e 1710. (Lecoy de la Marche, Académie de France ù Rome, p. 147).
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« de prendre la liberté de vous remontrer très respectueusement « que le Roy pourait esviter cette dépense dans ces conjonctures « où les Allemands disent qu'ils veulent establir leurs droits en ce « pays ; et je crois qu'il suflirait d'avoir un magasin et un gardien « pour les caisses ' . »
Malheureusement le duc d'Anlin était trop courtisan pour ne pas flatter la manie de Louis XI\ ', absolument convaincu qu'il était le continuateur d'Auguste en faisant pratiquer, à Rome et dans son royaume, l'art romain. En même temps, l'esprit public en France, grisé par la pédagogie latine, n'avait nullement perception de la vérité. Le parti des Honnestes gens^ nous dirions aujourd'hui des Bacheliers, était favorable au maintien de l'école de Rome. Il n'a jamais cessé de l'être, et l'Ecole de Rome a toujours fait partie intégrante du baccalauréat. Charles Perrault nous en a prévenus dès le xvu*^ siècle.
Dans un petit livre datant de 1681, très bien analysé par ^L de Ghennevières au courant du tome III (p. 247) de ses Peintres provinciaux de Vancienne France, Jacques Restout, une manière d'enfant terrible, s'est chargé, avec une incroyable na'iveté, de montrer jusqu'où pouvait s'étendre l'esprit de discipline académique, capable d'organiser la déportation des élèves de son école. L'auteur imagine qu'un règlement est promulgué par Sa Majesté la Peinture, qu'on suppose souveraine absolue et qui légifère hypothétiquement dans le domaine où elle règne, ^'oici un extrait de ce règlement :
« Art. P^ — Que dans chaque province il y ait un inquisiteur de « la peinture auquel seront présentés tous ceux qui voudront « embrasser l'étude de notre science, pour les examiner, etc.
Art. VI. — Que l'on oblige les Etudiants d'aller en Italie après « le temps de leur épreuve, et qu'ils y demeurent au moins quatre « années; qu'ils y fréquentent assidûment les Académies où il y « aura des maistres entretenus pour les enseigner.
« Mon goût pour l'absolu, » ajoute M. de Ghennevières, » ne fut jamais équivoque, mais j'avoue qu'en lisant les conclusions motivées
1. Lecoy de la Marche, Académie de France ù Rome, p. 136 et siiiv. — A. de Montaigrlon, Correspondance des Directeurs de l'Académie de France, t. III, p. 208, Lettre de Poërson, du 23 juillet 1707.
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que Jacques Restout a données à son petit livre, qui sont les modes d'application de cette réforme... il passe en moi un frisson libéral; cette révocation de l'édit de Nantes, appliquée à la peinture, est d'un comique qui vous donne la chair de poule; c'est la Terreur portée dans les arts. »
Oui, c'est la Terreur. Et, pour ma part, ne pouvant oublier plus longtemps que la théorie formulée par Jacques Restout, et publiée à Caen en 1681, était l'exact résumé de la pédagogie de lart du xvii'' siècle et le programme de la doctrine académique, j'oserai ajouter à mon tour : A quand le 9 thermidor?
On enseignait toutes sortes de choses aux élèves de l'École des élèves protégés, c'est-à-dire aux étudiants de l'École des Beaux- Arts (sections de peinture et de sculpture), qui, faisaient un stage à Paris avant de partir pour l'Académie de France à Rome. On leur lisait V Histoire des Juifs du P. Galmet; on leur faisait connaître Hérodote, Thucydide, Xénophon, Tacite et Tite-Live '. Mais on ne leur disait pas un mot d'histoire de France, et si, comme Rollin, on faisait la moindre allusion à l'état de l'art en France entre l'antiquité classique et le siècle de Louis XH , c'était pour leur inspirer le mépris de cet art ^. On les préparait ainsi de longue main aux mystères de la religion nouvelle, avant qu'ils n'allassent abjurer à Rome leurs derniers sentiments de Français.
Ceux-là même, qui, parmi les artistes, échappaient au redoutable privilège d'être expatriés, n'étaient pas, pour cela seul, à l'abri de la contagion. Le poison importé chez nous y était généreusement distribué à domicile et colporté par des mains charitables. On mit à la portée de toute la nation le vaccin de l'art italien, comme plus tard, dans l'ordre physiologique, on mettra celui de Jenner. Etant devenue en quelque sorte obligatoire, celte inoculation devait naturellement être facilement contractée. Non seulement Mtruve fut