Le Cicérone, édition française, tome II, page
2. Cochin, dans le Mercure de France, de 1754, Supplication aux orfèvres, ciseleurs, sculpteurs en bois, pour les apartements et autres par une Société d'architectes, et la Lettre à M. l'ahhé R*" , sur une très mauvaise plaisanterie c[u' il a laissé imprimer dans le Mercure de Décembre 1751, par une Société d'architectes qui pourraient bien être de premier mérite et de la première réputation quoiqu'ils ne soient pas de l'Académie. — M. H. Destailleur, Notice sur quelques artistes français, architectes, dessinateurs, graveurs du XVI' au XVIII" siècle, Paris, 1863, page 222 : « Je suis d'autant plus porté à croire quOppenord, dit M. Destailleur, partageait les idées de Meissonier, que je possède un livre de dessins exécutés par lui en Italie, et que tous sont des croquis ou des études d'après les œuvres du Borromini et de son école. — Anatole de Montaiglon, Correspondance des Directeurs de l'Académie de France à Rome, tome III, p. ii, note. M. de Montaiglon — qui n'est pas suspect d'animosité contre lAcadéniie de France à Rome, puisqu'il en publie consciencieusement la Correspondance — a rédigé contre Oppenord un véritable réquisitoire : « Peut-être, dit-il, serait-il resté plus raisonnable s'il n'avait pas été à Uonie. » Quel aveu !
3. La Correspondance des Directeurs de l'Académie de France à Rome avec les surintendants des bâtiments du Roi, est remplie des preuves innombrables de ce fait. Voyez notamment la lettre de Le Teulière à Villacerf, du 7 octobre 1692, tome I, page 327 ; la réponse de Villacerf, tome I, page 332; la lettre de Villacerf, du 11 septembre 1694, tome II, page 66; la lettre de La Teulière, du 11 septembre 1696, tome II, page 263 ; la lettre du même à Villacerf, du 21 août 1696, tome II, page 258; la lettre de Villacerf à La Teulière, du 7 octobre 1696, tome II, page 268; la lettre de La Teulière à Villacerf, du 3 juin 1698, tome II, page 400. Oppenord quitta Rome le 10 juin 1698. Ibidem, tome II, page 401.
Api'ès avoir immobilisé et momifié l'art français par la création de l'Académie de peinture et sculpture, et par la fondation de l'Ecole de Rome, l'administration française se chargea encore, au moyen des mêmes institutions, de débaucher l'art national. On était allé chercher en Italie et à Rome des règles positives, des croyances sévères, un culte ascétique et purifié, un art rétrospectif comme celui du Poussin. On en rapporta aux dernièi'es heures du xvii^ siècle et pendant les vingt premières années du xviii^ siècle le plus abominable dévergondage. Et à force de copier l'Italie moderne, au lieu de copier — ce qui était encore moins dangereux — la Rome antique, on exaspéra les esprits sensés et on rendit possible et presque nécessaire la révolution de David, préparée dès 1750 ^ Cette révolution devait ensuite nous replonger plus profondément encore dans l'ornière latine et romaine.
Est-ce à dire qu'il n'y aura rien à louer dans l'œuvre de cette longue période dont nous abordons l'examen ? Vous prévoyez bien que je ne saurais refuser mon admiration à ce qui en sera vraiment digne. La sculpture et les arts plastiques de la décoration, l'édilité urbaine malgré sa monotonie, les travaux publics si remarquables et si patriotiquement intelligents dans tout l'Ouest et tout le Midi de la France, la discipline dans l'art et la conception vraiment supérieure de la caserne et du couvent, le sentiment de la grâce sans trop d'afféterie, de la dignité sans raideur, de la grandeur sans boursouflure, toutes ces nobles qualités de l'art du xvii*^ siècle auront en moi un sincère appréciateur et un défenseur convaincu. Mes réserves, aujourd'hui, portent sur un ensemble considéré de haut et dans l'abstraction des principes. Ma censure, qui n'aura rien de morose, sera plus d'une fois désarmée dans l'examen de chaque espèce individuelle, et tel prévenu, cité à cette barre, plaidera trop spirituellement sa cause pour n'être pas immédiatement acquitté.
1. Le livre-journal de Lazare Duvaux, Paris, 1873, in-S", tome I, page xxxix et XL.
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Mais, pour une école d'art, c'est opérer sur un mauvais terrain que d'avoir à retenir des sentiments et non d'en inspirer, d'avoir à modérer le rôle de l'exécutant et non pas d'exciter son enthousiasme, de garder une position réservée au lieu de s'abandonner aux suggestions de la conscience populaire. L'art français de la première moitié du xvii* siècle, après avoir changé de drapeau — ce qui est peu justifiable quand on est sous les armes — n'a pas gagné de batailles; il n'a pas débordé, ni enfahi ; il a fait mine de défendre sa citadelle. Sans doute, s'il a subi le mot d'ordre imposé par la pédagogie latine à tout l'Occident de l'Europe, il a protesté dans son for intérieur; et, en répétant ce mot d'ordre, il ne l'a prononcé qu'avec son accent particulier. Soit. Mais il n'y a pas à nier un fait évident. Le style de l'art français à ce moment était presque exclusivement d'origine étrangère; il n'était pas issu naturellement du mélange des essences ethnographiques dont notre race avait été formée par l'histoire. C'était la Gaule une seconde fois embrigadée ' par Rome. Dans ce langage, importé et subi, le génie français ne put manifester sa personnalité que par certainesVéticences, ni maintenir son indépendance que par des restrictions mentales. De là plane sur l'art du xvii" siècle une atmosphère de tristesse, de froideur, de retenue, de fierté contenue vis-à-vis des ingérences étrangères. En vérité, nous professâmes alors un art de protestation décente et souvent de résignation.
A partir du dernier tiers du xvii*^ siècle, c'est autre chose. Le principe italien est toujours le principe universellement inspirateur, mais il est pratiqué par la France avec une indépendance relative. La France ne se fait plus d'illusion sur la valeur de l'Italie moderne, tout en conservant son fétichisme vis-à-vis de l'antiquité classique. La France va même à Rome braver la concurrence de toute la latinité coalisée. Elle est victorieuse. Elle envahit l'Europe. Mais elle dépense les trésors de son intelligence au bénéfice d'un autre génie que le sien. Elle couvre son propre territoire d'œuvres qui sont la gloire du génie latin, mais qui encombrent son sol, sans satisfaire la plupart de ses besoins, et lui font oublier ses instincts nationaux.
Colbert s'est donc trompé quand, au lieu de réagir contre les mœurs et les habitudes des classes dirigeantes, ses contemporaines,
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au lieu de revenir au courant populaire, il a définitivement imposé à la France l'esthétique méridionale et classique patronée par la ligue des honnestes gens et des lettrés. Depuis le xvii^ siècle nous ne sommes plus véritablement Français dans le sens employé par Etienne Pasquier.
Le succès définitif, comme le bonheur absolu, ne peut pas se trouver légitimement et impunément en dehors des voies tracées par la nature. Le xvii*' siècle a violé les lois de la psychologie nationale. Voilà pourquoi il n'a pas pu créer un art fécond comme celui du moyen âge. Malgré les succès relatifs sur des rivaux aussi pervertis que lui, il a mérité de n'aboutir, en fin de compte, qu'à des avortements, de n'enfanter que monstres hybrides. Il n'était pas digne d'une autre postérité. Il était condamné à produire un art n'ayant d'autre alternative que le pastiche ou l'impuissance.
Malheur aux peuples qui méconnaissent leur vocation et qui désertent les sentiers de la prédestination providentielle!
Redevenons bien vite ce que nous avons été conformément aux inspirations de notre conscience, à savoir les premiers d'entre les ouvriers de la grande œuvre barbare, gothique et occidentale. Reprenons notre rang dans la vaste armée européenne, qui n'est pas latine en majorité. Formons de nouveau ce régiment d'avantgarde dont l'histoire s'est appelée (lesla Dei per Francos.
Rompons définitivement toute alliance compromettante avec une civilisation condamnée par ses souillures. Arrachons- nous, une seconde fois, à l'étreinte mortelle de Rome païenne , et que le xix*' siècle ne finisse pas sans que nous nous soyons retrouvés sincèrement, ouvertement, complètement et absolument français.
DEUXIÈME LEÇON 13 Décembre 1893.