NEUVIÈME, DIXIÈME ET ONZIÈME LEÇON
Mesdames, Messieurs,
Nous allons étudier aujourd'hui et analyser ce qu'on appelle l'art national du xvii^ siècle, au point de vue de l'architecture et de la décoration architectonique. Vous savez qu'à cause de l'importance de la question, je me suis décidé à insister beaucoup sur l'architecture, qui vous l'ait bien comprendre d'où vient l'inspiration nouvelle de la France. Aous venez de voir jusqu'où va. l'illusion des architectes pédants, quand ils croient restituer une construction antique. Ils donnent, de la meilleure foi du monde, comme le type de la Basilique décrite par Vitruve, quoi ? : une église jésuite de leur temps. Français et Italiens croyaient sincèrement être les purs et exacts interprètes de l'art antique. Mais voilà qui est plus fort; à Rome, on convertit un temple païen en église chrétienne. On recouvre le temple tant bien que mal et on marie le baroque le plus saugrenu au style même de l'antiquité. Qu'on fasse une gravure, et le tout passera pour antique. Je suis convaincu que c'est à la gravure que le style baroque a dû son grand succès. Tout ce qui était à Rome passait pour être en rapports plus ou moins intimes mais en rapports certains, indiscutables, prouvés, avec l'antiquité.
11 est intéressant de voir se développer le germe italien apporté surtout parles jésuites.
Ce germe se développe en éliminant progressivement et successi-
100 LE STYLE JÉSLITE
vement tous les élémeats français et chrétiens. Nous assisterons cette année, en spectateurs attristés, à la déformation de Part chrétien, nous qui avions assisté à sa formation aux premiers siècles de l'ère. Petit à petit, tout ce qui nest pas latin et romain est éliminé. Toute la sève barbare sera tarie. Les racines j,'-othiques et byzantines seront de plus en plus coupées. Les jésuites et à leur imitation les autres ordres relif^ieux entraînés par l'exemple ont déchristianisé et dégallicanisé l'art moderne de l'Europe. Ils ont répandu, parleur art exclusivement latin et par leur éducation purement latine, une semence de paganisme.
A partir de l'introduction du style uniforme jésuite, il n'y a plus moyen de classer chronologiquement les églises. Elles se ressemblent toutes. Pas de dilférence entre le wn'' siècle et le xvni"\ C'est toujours la même chose. Je vous le prouverai en faisant passer les églises sous vos yeux, en ayant soin de mélanger les époques. Bien souvent on ne peut pas distinguer davantage le style personnel de chacun des architectes du xvii" siècle, parce que tous ressemblent à un type commun et primordial qui est le type baroque, vulgarisé par les jésuites. Pas de différence quelquefois entre la France et ITtalie (Je vous montrerai cependant qu'il y a une dilTérence, je ferai ma preuve avec les œuvres du Père Guarini).
On peut courir l'Europe. Partout où il y a une église de jésuites on se croirait en Italie. Le même style a été imposé, importé partout. La chose est certaine pour qui a voyagé. La chose est également certaine pour qui veut consulter un recueil très curieux du cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, décrit récemment par M. Henri Bouchot : Piaule di diverse fahriche, recueil provenant des archives du Gesù à Rome.
Salomon de Brosse, François Mansart, Jacques Le Mercier, les pères Derand et Martellange ont attaché leurs noms à cette nouvelle transformation de l'art religieux en France,
Les ordonnances de Michel-Ange, de Vignole et de San Galle, assez sobres du reste, avaient prévalu depuis longtemps en Italie dans les ensembles; mais celle de Maderno et de délia Porta, un peu plus riches, furent, de préférence, les modèles des édifices construits par les jésuites. C'est ce dernier architecte, délia Porta,
LE STVI.E JESUITE
qui mit en vogue ces longues niches cintrées, enclavées elles-mêmes entre deux pilastres couronnés par un fronton ; genre de décoration dont les jésuites ont abusé, même pour les ouvertures de fenêtres.
Ce serait trop nous éloigner de notre cadre que de rappeler ici comment les architectes en étaient arrivés peu à peu aux types de Saint-Pierre de Rome, du Gesù, de Sant'Andrea délia Valle et de Saint-Louis des Français. Constatons seulement que les églises de jésuites se composaient généralement d'une seule nef accompagnée de chapelles avec transept (et quelquefois un dôme à l'intersection), décorées de colonnes ou de pilastres dans la hauteur des arcades des chapelles. La façade était formée le plus souvent d'une ordonnance de deux ordres. Celui du bas, le plus grand, embrassait avec quatre pilastres la largeur de la nef et des chapelles; celui du haut, moins grand, encadrait la surélévation de la nef avec deux pilastres accostés d'immenses consoles servant de contrefort; cet ordre supportait enfin un fronton accusant ainsi le prolongement de la toiture ; la porte d'entrée, plus ou moins décorée, était ordinairement surmontée dune rosace ronde.
C'est, du reste, sur ce type, qu'en dehors des jésuites, avec ou sans bas-côtés, les architectes de l'Europe ont travaillé jusque vers la lin du xvui" siècle.
La compagnie de Jésus a compté dans son sein de nombreux architectes. KUe eut le père Pozzo en Italie. Eu France, Derand, Clausse et surtout Ftienne Martellange.
Etienne Martellange est né à Lyon eu lâBS. Il est mort le 3 octobre 1641, âgé de 7'2 ans. Martellange fut admis dans la Société de Jésus à Avignon le "24 février 1590. Il fut nommé simple coadjuleur temporel, et il garda ce titre toute sa vie.
En ce moment, les jésuites rentraient en France et se trouvaient appelés à la direction de nombreux établissements d'instruction publique. Le rôle de Martellange était donc tracé : de fait, il devenait l'architecte général de Tordre dans les provinces de Lyon, de Toulouse et même de Paris et accompagnait les PP; provinciaux dans leurs visites, au moment où les traités étaient passés avec les administrations municipales, pour l'organisation des collèges.
C'est ainsi qu'il a fourni dans un grand nombre d'établissements des plans et mémoires, dont Texécution fut laissée aux entrepreneurs et g^ens compétents de la localité ; il se bornait à y revenir de temps à autre, lorsqu'il se présentait une difficulté ou lorsque de nouveaux plans étaient nécessaires.
« On verra, dit M. Henri Bouchot [Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XLMI, année 1886, p. 22), quelle grande part le modeste coadjuteur temporel, pour donner à Martellange son véritable titre, sut se faire dans Tarchitecture française des règnes de Henri I\' et de Louis XHI. Sans doute, il y a beaucoup à dire des monuments créés par lui sur un type un peu uniforme, massif et souvent sans grâce, mais il lui faut tenir compte du moment où il était venu. Imbu des théories de \'ignole, nourri des principes d'architecture puisés à Rome, il inonda la France d'églises lourdes et froides, mais non sans puissance, dont le plus grand nombre se voient encore. A ce compte il n'est pas mauvais de compléter le travail de M. Charvet dans la mesure du possible, espérant qu'une nouvelle édition de son livre deviendra définitive à l'aide de nos remarques. »
Saint-Paul *:îaint-Louis (Piganiol, édition de 1765, t. V, p. 3). « Le père François Derrand et le frère Martel-Ange, jésuites, avaient travaillé à l'envi au dessin général de cette église (la Maison professe). Le dernier qui était très habile architecte, s'était proposé, dans son dessin d'imiter l'église du Jésus de Rome, qui a été bâtie par le fameux Vignole et qui est une des plus belles qu'il y ait en Ualie. Le P. Derrand, au contraire, n'avait copié que luimême et malheureusement les jésuites préférèrent son dessin à celui de Mai*tellange . »
Martellange laissa à Orléans un ouvrage de sa main, la façade de l'église Saint-Maclou, démolie en 18i8. Cette construction remontait à 1622 et 1623.
Martellange travailla à la Maison des jésuites de Roanne'. Remaniement postérieur de 1679 à 1687.
1. Sur toutes ces constructions, voir le recueil Hd. 4c. du Cabinet des Estampes, et Bouchot, Bibliothèque de l'École des Chartes, t. XLVII, 1886. Consulter Charvet, Etienne Martellange. Mém. de la Soc. lilt. hist. et archéol. de Lyon, 1871 (années 1872-1873).
Paris, Novicial des Jésuites, 1628. — « Plusieurs auteurs ont prétendu avec d'Argenville que Martellange ne s'était occupé du Noviciat qu'à la fin de sa vie. Comme nous le disions, il dut en faire le couronnement, mais il avait conçu l'idée de cet établissement longtemps auparavant, puisqu'en 1617, il en avait donné un projet, (lettre du '2'2 novembre 1622, citée par Charvet, pp. 94-95).
« Toutefois les documents précis conservés au département des Estampes de la Bibliothèque nationale ne le montrent guère occupé de cette œuvre avant 1628. Le 14 février de cette année, il indique, dans un plan très explicite et très clair, l'état des travaux à cette date précise : Ichnographia dornus prohationis soc. Jesu in suburhio Parisiaco Sancti Gerinani, facta 24 fehruarii 1628. Color ceruleus indical quœ œdificata sant, croceus vero qua œdificamla md. 4b. fd. 172.)
« Deux ans après ces premiers détails, Martellange nous initie aux travaux faits ou à faire. C'est d'abord (Ub. 9, fol. 2) une vue des bâtiments élevés du côté du jardin et portant comme légende : « Du liovitial de Paris 1630. » L'église n'est point commencée encore ; elle est simplement figurée par un dessin de fondation dans le jardin à droite, et le chœury est marqué par une croix. Cet excellent dessin d'architecture ne pouvait être plus complet et plus explicite. Dès ce temps même, Martellange a arrêté son plan et donné sa façade (Hd. 4 b. folio 176). Tout était donc convenu et arrêté en 1630, mais rien n'était encore mis en œuvre.
<( L'année suivante, 1631, les fondations de l'église sortent de terre. Martellange nous les montre dans un dessin portant comme légende : u Des fondations de l'église du Novitial de Paris, 1631. » (Ub. 9 fol. 3).
« Le 23 septembre 1634, trois ans après, notre architecte donne une vue d'ensemble du Noviciat. L'église est à moitié de façade, jusqu'à la frise environ ».
Martellange écrit sur un autre croquis : « Aspect contre le Novicial de Paris, 1634, 23 septembre » [Ilnd., folio 5), etc. Avec le collège de Roanne, le Noviciat de Paris est une des constructions qui ont le plus retenu Martellange. Longtemps après, l'édifice ayant été terminé, le graveur Lepautre en traça sur cuivre la façade et la coupe. Martellange annote lui-même cette reproduction et la date
104 LE STVLE JÉSUITE
de 1640, un an avant de mourir /^Hd r, fol. 25i, 255;. Il avait mis dans cette œuvre toute sa science pratique et tous ses soins (Cf. Bouchot, ihid).
« Le célèbre et remarquable monastère de la \'isitation, où est installé actuellement le lycée de Moulins, possède une chapelle charmante, qui semble calquée sur le modèle de celle du Noviciat des Jésuites de Paris, détruit actuellement et dû à Martellange ». Mais elle n'est pas de Martellange. Bien que la \'isitation de Moulins ait été fondée le "25 août 1616, ce qui permettrait encore de l'attribuer à Martellange, la chapelle n'était pas élevée en 16i5, puisque le corps de Henri de Montmorency, qui y repose sous un maj^nifique mausolée, ne put y être transporté que dix ans plus tard, le 19 novembre 1655. et que cette chapelle est due à un architecte du nom de Ling:ré. M"''" de Montmorency en avait posé la première pierre le 21 juillet lt)48, sept ans après la mort de Martellange.
La chapelle de la Visitation de Moulins est donc la copie d'un ouvrage de Martellange. Cela démontre la grande réputation qu'avaient acquise ses travaux. Comparez l'œuvre de Martellange avec l'œuvre de Lemercier à Richelieu et à la Sorbonne ; comparez également avec le Gesù et avec Saint-Ignace à Rome, quoique saint Ignace, d'exécution, lui soit postérieur.
La Flèche. — (Voir Charvet, p. 88). De 1606 à 1608, marché passé avec un entrepreneur général nommé Féron, sieur de Longue- Mazière, qui se chargea de bâtir l'église, la sacristie, le clocher, la salle des actes, celle de la bibliothèque, etc.
En 1608, nouveau marché passé avec le même entrepreneur pour donner plus d'épaisseur aux murs, piliers, pilastres, arcs-boutants de l'église.
Un troisième traité intervint entre le même entrepreneur et les jésuites, en 1610, par lequel il s obligea, pour la somme de 18.00(^ livres, à faire construire les deux jubés du transept, etc.
« Enlîn, en 1611, le même entrepreneur fut déchargé de ce qui lui restait à faire à l'église, à condition que les jésuites ne lui •J^ayeraient pas les 18.000 livres consenties en 1610. C'est à cause des difficultés qui résultèrent de cet arrêt dans les travaux, que Louis XIII envoya en 1612, ^lartellange à La Flèche atin de faire achever l'église et les bâtiments du collège. ■>
Nous savons que l'église fut commencée en 1607, la première pierre ayant été posée le 7 juin, et qu'elle ne fut achevée qu'en 1621 ; il y avait donc cinq ans qu'on y travaillait quand Martellange fut envoyé.
L'autel est l'œuvre de Pierre Corhueau, architecte de Laval, qui s'engagea, en 1633, à l'exécuter, moyennant la somme de 7,000 livres, trois septiers de blé et trois pipes de vin.
« Nous nous sommes étendus sur ces détails historiques, dit jM . Charvet, parce quil nous sem]:)le que Martellange a dû avoir une grande influence sur ces travaux. Nous n'entendons pas avancer pour cela qu'il en soit l'auleur unique ; mais si, comme l'a fort bien fait remarquer Marchand de Burbure, en général l'église du collège de La Flèche est en petit ce que l'église du Noviciat des jésuites de Paris est en grand, rien ne prouve non plus qu'il n'y ait pas eu lapins grande parL ».
Remarquez bien qu'on n'a pas encore trahi dans la silhouelte de cet édifice les lois du climat. Nous avons remarqué la même persistance des toits français c^ans l'architecture civile. Martellange comme Lemercier n'osait encore rien contre les traditions nationales de la toiture. Les ouvriers de la corporation de couvreurs n'étaient pas encore corrompus par les enseignements académiques.
Carpenlnis. — L'église du collège était de la composition de Martellange, qui a présidé aux premiers travaux. Elle ressemble an Noviciat de Paris. La première pierre fut posée en 1628. Puis il y eut une interruption dans les travaux qui furent repris en 1660. Le dôme est terminé en 16S7. Une partie notable est donc postérieure à la mort de Martellange (\'oir Charvet, p. 68 et 69).
« L'église fut édifiée assez tard vers 1628. M. Charvet pense que l'on se servit des plans de Martellange, à cause de l'identité de ce monument avec celui du Noviciat de Paris. Nous croyons qu'il n'en est rien ; ce bâtiment, dans les projets de notre artiste, ne ressemblait en rien à celui du Noviciat » (Bouchot).
Le Puy. — L'église du collège du Pu}''en \'elay a été exécutée sur les plans de Martellange. La décoration intérieure est formée d'un pilastre toscan couronné par une grosse architrave, au-dessus de laquelle retombent les voûtes. Les arcs des chapelles sont en plein cintre.
Les tribunes sont ménagées soit dans les arcades formées par les chapelles latérales à la nef, soit dans les transepts.
« C'est là encore, dit M. Charvet,une des dispositions adoptées que nous retrouverons partout, sauf le système de construction, de décoration. A Téglise du Puy, ces tribunes, quoique prévues dans le projet, sont établies en bois sur un arc excessivement surbaissé, qui oflre, par dessous, les nervures diagonales et perpendiculaires d'une voûte de la lin du xv® siècle, retombant sur des culs-de-lampe. »
Ce parti pris est, comme on le voit, très rationnel, et ne manque pas d'originalité ; naturellement la rampe d'appui est formée de balustres tournés.
Eglises de style Jésmie en France.
Chavninnt. — Eglise des jésuites : Le 26 avril 1629, le vicaire général de l'évèque de Langres autorise la bénédiction de la première pierre (Archives de la Haute-Marne, D 3, n" 1). Le 21 novembre 1640, consécration et dédicace de l'église des jésuites de Chaumont par frère Laurent Michel, abbé du 'V'al des Ecoliers.
Le tabernacle est détruit. Sans date, mais xvii" siècle : devis du tabernacle que M. Mignot s'engage de faire pour le collège, moyennant la somme de 400 livres (Archives de la Haute-Marne, D 3, n° 2). C'est un modèle en petit d'une église de jésuites à litalienne.
ChAlons-suj--Marne. — Notons, en passant, que le collège de Châlons-sur-Marne a été construit au xvn*^ siècle et terminé en 1678 par un jésuite du nom fie Paul Clausse, lequel se trouvait exactement dans la même position que Martellange, c'est-à-dire coadjuteur temporel et qui fut aussi, à ce qu'il paraît, un artiste distingué'.
Bordeaux. — Notre-Dame, ancienne église Saint-Dominique. On lit dans Bordes,' Histoire des monuments anciens et modernes de la ville de Bordeaux, t. H, p. 60. « L'église actuelle de Saint-Dominique ou des Jacobins, élevée ou réédifiée en 1701, fut achevée en
1. Cette église a été démolie récemment. Une reproduction de la façade se trouve dans la Notice sur la. cliapelle du Collège de Chàlons-sur-Marne, par le P. Carrez, Chàlons, Imp. Martin, 1898, in-8° (Note communiquée par M. A- Roserot).
1707 sur les dessins de Jean, lun des frères prêcheurs ou dominicains de cette ville... L'auteur fut évidemment dominé par les procédés les plus usités en son temps et se conforma à des règles défectueuses. »
Cnlhédrule de La Rochelle. — La première pierre de la cathédrale de La Rochelle fut posée le 8 juin 1742. Cette église fut longtemps en construction. Le 27 juin 1784, Mgr François-Joseph- Emmanuel de Crussol d'Uzès lit, en grande pompe, la bénédiction de la nouvelle cathédrale. Dans la brochure de l'abbé Gholet sur la cathédrale de La Rochelle, il est établi que la construction est de Gabriel le père. Comparer l'intérieur de La Rochelle avec l'intérieur de certaines églises dessinées par Martellange.
Arras. — L'église de Saint-Waast fut commencée par les religieux vers 1755 et continuée à l'intérieur, de 1814 à 1833. C'est tout à fait colossal eu fait, et cela a l'air très petit, faute d'échelle. En tout cas, c'est aifreux.
Paris. — Façade de l'Oratoire Saint-IIonoré, par Caqué, architecte-entrepreneur, de 1733 à 1745. C'est le type convenu universel. Il pourrait être du xvn" siècle.
Langres. — Cathédrale de Saint-Mammès. L'ancien portail a été démoli en 1760, et l'on jeta alors les fondements de la façade actuelle. Le plus élevé des trois étages qui la composent est orné de pilastres corinthiens et surmonté d'une balustrade. L'étage intermédiaire a des colonnes ioniques, et l'inférieur est conçu d'après les règles de l'ordre dorique. Un fronton occupe l'espace entre les deux tours ; à la hauteur de l'étage ionique, deux statues colossales, la Vierge et saint Jean, sont assises au pied de la croix plantée au sommet du triangle. « L'architecture de ce portail, moins lourde que majestueuse, est digne du célèbre d'Aviler, sur les dessins duquel il fut construit '. Pour être juste, nous ajouterons qu'il a le défaut des devantures imaginées en Italie au xvii*' siècle et dont le goût se répandit dans toute l'Europe catholique. Un portail Hgurant plusieurs étages devant un édifice dont l'intérieur n'en a pas, est un contre-sens. »
Saint-Jean-d Aiiffély . — Rapprochez la façade de l'église de
l. D'Aviler était mort en 1700.
108 LE STVLE JÉSUITE
Saint-Jean d'Angély de Téglise de Langres, des églises de Nancy et de l'Est, des églises de La Rochelle et Montauban et de l'église Saint-Sulpice à Paris.
Paris. — Sainte-Elisabeth, 1628-1646.
Les It}valides de Jules Ilardouin Mansart. Comparer l'intérieur de l'église de la Flèche avec l'intérieur de l'église des Invalides. Citer ce qu'a dit Vitet, quand il soutient le caractère français de l'église des Invalides et du cloître. \'itet s'est trompé. Rien n'est plus italien. C'est à une église de fabrication italienne que nous avons confié le dépôt des monuments de notre gloire militaire française. Tout cela, c'est à un degré quelconque de la décoction de baroque italien ou de style jésuite. Voilà un monument qu'on peut flétrir du qualificatif de sntis patrie.
Le Val-de-Griice, commencé en 1645 par François Mansard, qui donne les plans. Il conslruil jusqu'à neuf pieds hors du sol. Le Mercier lui succède, jusqu'en 1654. Après lui vient Le Muet et enfin Le Duc.
D'après Ruprich Robert, ce serait de Mansart et de Le Duc que l'édifice, terminé en 1665, porterait la marque. \^oir Ruprich Robert. Lcqlise et le monastère dn Val-de-Gràce.
Eglise dWvignon. — Cf. Cauron. Les Jésuites à Avignon., p. 56 et suiv. « La façade de cette église fut construite en 1620 aux frais et par les soins du chevalier Gérard d'Aubres. Elle coûta 8,000 livres. Placée au-dessus d'un perron de plusieurs marches, elle est à triple portique et sur le modèle, quoique plus ornée, de celle du Cesù de Rome. De grands pilastres corinthiens la soutiennent et portent un second ordre couronné d'un pignon qui élève une croix de fer doré au-dessus des maisons voisines.
« Des niches se creusent entre les pilastres au-dessus de tables, veuves aujourd'hui de leurs inscriptions. L'intérieur, digne de Vignole, tient le milieu entre celle tlu Gesù de Rome et celle du collège Romain. La voûte, par une bizarrerie inconcevable de l'architecte, présente encore sur ses cotés l'arc ogival. Une ornementation des plus riches exhibe une luxuriante végétation sur toutes les parties saillantes de la nef et sur les élégantes tribunes qui décorent son pourtour. L'église ne fut achevée qu'après 1632. »
Blois. •— Saint-'Vincent , autrefois l'Immaculée Conception,
LE STVLE JÉSUITE 109
place Saint- Vincent ; ancienne église des jésuites; date : de 1626 à 1670. Le monument élevé par M"^ de Montpensier à Gaston son père existe encore à droite du maître-autel.
Bordeaux. — Saint-Paul, dit M. Marionneau, est, de toutes les églises de Bordeaux et peut-être de France, celle qui ressemble le plus au Gesù.
Lyon. La Ti'inité. — Preuve de l'existence du goùl baroque dans cet établissement.
Jésuites de Saint-Omer.
Nantes. Eglise Sainte-Croix. — Saunnir. Notre-Dame des Ardilliers. — Quimper. Chapelle de l'Hospice. — Bordeaux. Saint-Bruno (1620). Eglise Saint-Louis. — Poitiers. Séminaire. — Cambrai. Cathédrale. — Montauhan. Cathédrale (achevée en 1739). — Nice. Cathédrale. — Pamiers. Cathédrale. — Paris. Monuments d'après des gravures anciennes : Les Feuillants (1624, François Mansarl). Minimes de la Place Royale (François Mansart). Le Temple Sainte- Marie (1637, François Mansart). Saint-Nicolas du Chardonnet (1669). L'Oratoire. Les Petits-Pères (1739, Cartault). Les Barnabiles (1703, Cartault). La Charité (1731, De Cotte). Saint-Roch (1739, façade de De Cotte et Gabriel). Filles de Sainte-Elisabeth (fondées par Marie de Médicis en 1616).
Parmi les architectes, l'artiste le plus à la mode du règne de Louis XIII, ce fut certainement Jacques Le Mercier.
Examinons un peu son oeuvre.
Le Mercier construisit la Sorbonne où Richelieu devait avoir son tombeau. Il éleva l'Oratoire Saint-IIonoré, que Métezeau avait commencé pour le cardinal de Bérulle. Jal nous apprend qu'il travailla à la construction primitive de l'église Saint-Roch. Enfin, il travailla beaucoup au Val-de-Grâce, après François Mansart. La veuve de Le Mercier toucha une somme de 1,500 livres en 1655, tant à cause des services que son mari a rendus à la construction de l'église, « qu'en considération de ce qu'elle a remis aux mains du sieur Le Muet, aussi architecte du bâtiment, tous plans, desseings et mémoires qui ont été faits par le dit sieur Le Mercier touchant la dite église, w Le Mercier était mort en 1654, ou au mois de janvier 1655, avant le 29 janvier, date de cette quittance.
110 LE STYLE JKSriTE
Jacques Le Mercier est l'auteur du vieux Palais Royal, qu'on appelait le Palais Cardinal. Il en reste encore ce que l'on appelle la galerie des Proues, en entrant au Palais Royal par la rue de \'alois.
Le Mercier était l'auteur du château, de l'église et des plans généraux de la ville de Richelieu. J'ai recueilli au Musée du Louvre deux colonnes roslrales érigées par Lemercier devant le château de Richelieu; je les ai trouvées dans le parc de la Malmaison où Alexandre Lenoir les avait portées en 1806, pour décorer la maison de campagne de Napoléon et de Joséphine. Richelieu était grand amiral de France.
Au Louvre, Le Mercier construit le Pavillon central, dit pavillon de l'Horloge. Ce grand pavillon est décoré des cariatides de Jacques Sarrazin.
Le Mercier proposa de quadrupler la construction du Louvre et de couper les quatre façades, copiées sur la façade primitive, par quatre grands pavillons. L'addition de ces quatre pavillons, dit \ itet, avait un autre avantage : elle fournissait à Le Mercier le motif naturel de quatre grands vestibules donnant des accès faciles et commodes dans le palais. Un seul de ces vestibules, celui de l'Ouest, a été exécuté par lui et avec un rare bonheur ; il est vrai qu'on peut y reconnaître une réminiscence assez peu déguisée de l'entrée du Palais Farnèse.
Le Mercier a certainement contracté en Italie la pratique du st^'le de Vignole et de délia Porta. Il a continué à la répandre en France. Son type d'église est devenu français mais était d'origine italien et jésuite.
Malgré le parti pris général, je ne suis pas seul à penser ce que je vous démontre. M. Lemonnier, il y a quelques mois, s'exprimait ainsi : « Lemercier édifia une somptueuse église (à Richelieu) en acceptant toulcs les données du style jésuite. P'aute de temps ou faute d'imagination, il se borna à répéter et à reproduire des formules. II y eut autant d'abstraction dans l'exécution que dans la pensée première. « [Larl français au leiups de Richelieu el de Mazarin,
Ce que toute la France va imiter, le modèle n'est lui-même — ce n'est pas moi qui le dis — n'est lui-même qu'une copie du
style jésuite. On se borna à répéter et à reproduire des formules. Il faudra comparer l'église de Richelieu et la Sorbonne avec la façade des jésuites du Père Martellange construite en 1630.
Quant au retable de l'église de Richelieu, qu'il soit contemporain ou légèrement postérieur, il n'en est pas moins conçu suivant les données de Jean Lepautre, quand celui-ci nous fournit des modèles qu'il déclare à la romaine ou à rilalienne.
Quant à lui-même, ce retable serait postérieur aux: types fournis par Jean Lepautre, cependant il n'en est pas moins certain que ce n'est pas le type fourni par l'église de Richelieu qui est allé régenter le goût ultramontain et créer une mode en Italie. La mode existait à Rome et nous n'avons fait que la prendre.
Comparer l'intérieur et les tribunes de V Oratoire par Le Mercier avec les tribunes des Invalides et avec celles du Gesù à Rome.
Regardez Tîien le berceau pénétré. C'est le procédé italien de la voûte de Saint-Pierre de Rome. Ce procédé au xvu'' siècle se recommandait même de l'antiqiiité. Rappelez-vous que dans la restitution d'une basilique vitruvienne proposée par Perrault, ce procédé apparaît. Ce désagréable, ce hideux procédé de construction avait donc été rapporté de Rome en France. Il fit rage au xvn*^ siècle, Il n'y aura pas moyen de l'arracher jusqu'à la fin du xvin® siècle.
Nous allons examiner maintenant de quels types principaux essentiellement italiens cette architecture des jésuites découlait.
Abordons les vrais types italiens du style baroque adopté et propagé par les jésuites. Les articles de Gailhabaud sur les églises jésuites, dans le tome IV des Monuments anciens et modernes, sont assez bien faits. Il faut que les élèves de l'école du Louvre les lisent. En voici quelques extraits :
Eglise de Gesù. — « Considérée dans son ensemble et analysée dans ses détails, la façade du Jésus, qu'on peut presque citer comme le prototype de celles des églises jésuitiques de l'Italie et d'une grande partie de l'Europe catholique, présente un caractère et des dispositions à peu près inusitées jusqu'alors. Bien qu'on retrouve dans une église de Perugia , dans celle de Sainte-Marie Nouvelle à Florence, l'idée première de cette disposition, on doit
cependant a-souer que ces diflerentes compositions nolîrent pas un système aussi complet. Toutctois, on pourrait admettre que délia Porta s'inspira peut-être d'un de ces types, qu'il voulut le modifier et même le développer, en y agençant des frontons, des pilastres, des ailerons, et en constituant enfin ce type d'un genre, qui fut servilement imité au xvn'' siècle par tous les architectes, ses successeurs.
« Entrons maintenant dans l'intérieur de l'église. Ici encore, et lorsqu'on jette un rapide coup d'œil sur les diverses parties de l'ceuvre, les impressions sont insolites et étranges. Partout un luxe, une richesse et une magnificence qui éblouissent, mais que réprouve le bon goût ; car on y sent les idées dominantes de l'époque, c'està-dire cette manie, cet engouement du bizarre et de la surcharg-e en matière de décoration, l'action enfin du Bernin et de Borromini, mais plus encore celle de leurs élèves et de leurs imitateurs, qui surenchérirent par leurs excentricités sur les écarts déjà blâmables de ces deux maîtres. L'analyse de cet intérieur forme tout naturellement deux divisions bien tranchées, se rapportant chacune à l'œuvre des deux artistes qui se succédèrent pour l'achèvement de cette construction. Au premier, esprit sévère et tout imbu des idées de la Renaissance classique, reviennent les parties inférieures, celles qui s'élèvent jusqu'à l'attique supportant la voûte, tandis qu'au second appartiennent tous les travaux complémentaires.
(i Des imitations plus ou moins heureuses des œuvres de \'ignole, modifiées selon les pays, soit dans les formes soit dans les détails, en passant par les mains d architectes divei's, couvrirent bientôt l'Europe d'édifices qui trahissent à peu près tous une même communauté d'origine. Ce génie darchilecture ou, si Ion préfère, ce style, dont le ]irincipal type se voit à Rome dans l'église de Jésus, commencée par \'ignole et terminée par Jacques de la Porte, son élève, reçut, comme on le sait, le nom d'architecture jésuitique ou des jésuites, et on le reconnaît à des caractères distinctifs qu'on retrouve sur tous les monuments religieux érigés alors dans les différentes villes de l'Europe où les membres de cette Compagnie s'établirent. »
Comparer l'intérieur du Gesù avec l'intérieur de l'Oratoire de
Jacques Lemercier, avec l'intérieur des Invalides et avec La Flèche. — Comparer certaines parties de l'église du Gesù avec l'église Saint-Paul de Bordeaux. — Il n'y a pas si loin du Gesù à la Sorbonne. Donc il n'y a pas d'art français chez Lemercier.
Le Gesù a la voûte en berceau pénétré par l'ouverture des fenêtres. C'est donc bien de là que nous vient cette laide disposition d'architecture.
Comme les Romans qui, eux aussi, pratiquèrent la voûte en berceau, s'étaient mieux tirés de la difliculté !
Saint-Ignace. — Premiers plans demandés à Domenico Zampieri. Le cardinal Louis Ludovisi, neveu du pape Grégoire XV, pose la première pierre en 16"26. L'église n'était pas totalement terminée à sa mort en 1685. Le dessin adopté fut celui du Père Grassi. Le Père Grassi ne termina pas. La façade fut exécutée par l'AIgarde et TAlgarde ne fit que copier presque la porte du Gesù. Les travaux n'étaient point encore achevés complètement en 1685. Le style de l'église Saint-Ignace, c'est le style créé par Vignole au Gesù vers 1573, remanié par Jacopo délia Porta, et aggravé encore par le maniérisme italien. Comparer Saint-Ignace avec l'œuvre de Lemercier qui, d'exécution, lui est antérieure, mais qui contient les mêmes principes, qui sont ceux de \"ignole et de Délia Porta.
Saint-Louis-des-Français. — Façade de stA'le baroque par Giacomo délia Porta (^"oir Burckhardt, tome II, p. 273). Sont également de Giacomo délia Porta les façades de Santa Maria di JNIonti, de Santa Caterina dei Funari. Relisez le bel article de Burckhardl sur l'architecture baroque dans le Cicérone.
Types divers d'architecture italienne qui ont pu influencer aussi l'art français : Saint-Pierre de Rome, église du Rédempteur à \'enise. « L'église du Rédempteur est le nec plus iiHi-a du classicisme moderne w, dit Gailhabaud. — Saint Andréa della \'alle, type cité par Burckhardt comme le type moyen d'art jésuite-classique.
Coi'RAjoD. Leçons III.