‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 34 sur 93 · LES CONSTRUCTIONS CIVILES AU XYIU SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES CONSTRUCTIONS CIVILES AU XYIU SIÈCLE

Mesdames, Messieurs,

Le 4 avril prochain nous étudierons ce que je considère comme la chose la plus importante que j'aie à vous démontrer cette année, une chose qui me paraît être restée profondément inconnue et méconnue du grand public; je veux parler de la résistance du style national français en face de Tinvasion de Testhétique italienne.

Après vous avoir montré pendant ce premier semestre comment Tart français a disparu durant le xvn" siècle, sous Talluvion de l'invasion italienne, par suite de la complicité et de la trahison de la pédagogie classique, je vous ferai voir que l'art français n'était pas mort, mais au contraire ne demandait qu'à vivre.

On éleva encore des constructions romanes et gothiques en plein xvn^ siècle.

Il y eut encore, au xvn" et au xvni'' siècle, des hommes éclairés dans toutes les classes de cette société pervertie par sou éducation, il y en eut même parmi les adversaires les plus terribles de l'art français du moyen âge, même parmi les jésuites, pour déclarer que l'art gothique, que l'art national était le seul art religieux, le seul qui répondît au besoin d'une société moderne et chrétienne.

Beulé a ignoré cette réfutation anticipée de sa triste leçon du 6 janvier 1857.

Je vous ferai connaître cette réfutation avec tous les commentaires qu'elle comporte, et c'est par elle que "j'inaugurerai les entretiens du second semestre de cette année.

Ensuite, dans ce second semestre, nous parlerons surtout de la sculpture.

Jusqu'à présent je me suis appliqué à justifier par des preuves solides les principales allégations contenues dans ma leçon-programme de cette année. Maintenant que toutes mes affirmations reposent surdes preuves produites devant vous, mon programme du 6 décembre 1893 pourra vous être distribué sans danger. Vous saurez le comprendre et le défendre au besoin.

Je ne puis pas cependant tout haïr dans cet art italo-français, dans cet art latin du xvii'^ siècle. Il y a bien quelque chose de français dans Tarchitecture de Henri IV, surtout dans Tarchi lecture en brique, architecture polychrome, gaie, vivante, avenante, empruntée comme conception à la Flandre. Là encore nous avons été sauvés, nous avons été sauvegardés par une inspiration septentrionale.

Un mot de l'art de Henri IV au point de vue de la décoration architectonique. C'est à Henri IV qu'appartient, comme on sait, la première exécution de l'idée de réunir les Tuileries et le Louvre en un seul palais. Tous les souverains ont voulu avoir le moyen de se retirer en cas d'émeute (par exemple communication secrète et à couvert du Vatican avec le Ghâteau-Saint-Ange, communication du Palais Pitti et du Palais des Offices). Le Louvre, réuni aux Tuileries, enjambait par-dessus les murailles de Paris, et le roi de France ne pouvait plus être emprisonné dans l'enceinte parisienne.

Sans parler de la galerie du Louvre, Henri IV a laissé, dans sa capitale, deux traces importantes du goût de son époque pour les effets grandioses d'architecture. Ce sont la place Royale et la place Dauphine, vastes enceintes, la première carrée, la sgconde triangulaire, composées d'une série de bâtiments uniformes d'un aspect grand et sévère, égayé, pour toute décoration, par le mélange de la pierre et de la brique. La place Uoyalesurtout, avec ses trente-cinq pavillons, dont la régularité n'a rien de monotone, dont les ouvertures sont hautes et belles, la toiture énorme, et la base formée de 144 arcades, sous lesquelles le public peut librement circuler, présente un noble caractère. Commencée en 1605, elle fut achevée en 1612. La place Dauphine date de 1608.

(Test le temps où fut construit l'hôtel de Rambouillet, dont la

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célèbre marquise avait elle-même donné tous les plans et qui fut à la mode aussi bien que les réceptions littéraires qui s'y donnèrent. L'hôtel de Rambouillet fut le type des habitations rurales et urbaines pendant le premier tiers du xvii*^ siècle sous Henri IV et sous Louis XIII. « Sa cour, ses ailes, ses pavillons et son corps de logis ne sont à la vérité, dit Sauvai, que d'une médiocre grandeur, mais ils sont proportionnés et ordonnés avec tant d'art qu'ils s'imposent à la vue et paraissent beaucoup plus grands qu'ils ne sont en effet. C'est une maison de briques rehaussée d'embrasures, d'amortissements, de chaînes, de corniches, de frises, d'architraves et de pilastres de pierre. Quand Arthénice l'entreprit, la brique et la pierre étoient les seuls matériaux que l'on employât dans les grands bâtiments; ils avaient paru avec tant d'applaudissement sur les murailles de la place Dauphine, de la place Royale, des châteaux de Verneuil, de Montceaux, de Fontainebleau et de plusieurs autres édifices royaux et publics ! La rougeur de la brique, la blancheur de la pierre et la noirceur de l'ardoise faisoient une nuance de couleur si agréable qu'on s'en servait en ce temps-là dans tous les grands palais. Et Ton ne s'est avisé que cette variété les rendoit semblables à des châteaux de cartes que depuis que les maisons bourgeoises ont été bâties de cette manière. » '

Jusqu'au temps des grandes constructions élevées par Louis XI\', les édifices aux assises de pierre mariées avec la brique, surmontées de toitures énormes, et dont les proportions semblent exprimer la force et Iharmonie, constituèrent pour les monuments publics une architecture sensiblement alfranchie des imitations italiennes. Une architecture relativement nationale, on ce qu'elle se rapproche du Nord, continua de se dégager et de se répandre sous le règne de Louis XIII. On lui doit une foule de châteaux qui existent encore en France, ainsi qu'un assez grand nombre de magnifiques édifices publics, tels que les Hôtels de Ville de Reims (1627) et de Lyon, place des Terreaux, avant les remaniements entrepris sous Louis XIV.

Voici un autre point sur lequel il n'y a pas lieu de renouveler les protestations que j'ai dû faire entendre au sujet de l'art religieux. Dans l'art latin du xv!!*" siècle, le côté militaire est très respectable et presque recommandable. Je vous ai parlé de San Michèle et de

son influence sur toute l'architecture européenne. Dans l'ordre militaire, cette influence n'avait pas d'inconvénient. — (Parler d'ensemble des constructions militaires et maritimes de l'Ouest et du Midi). Plus tard, sous Louis XIV^, constructions de Vauban dans le Nord et dans l'Est, surtout la F'ranche-Gomté. Grand mouvement d'architecture en F'rance par les conquêtes de Louis XIV.

C'est avec un vrai chagrin que je vois tomber les fortifications d'Arras. Nous n'avons pu les sauver. La ville veut s'agrandir et se donner de l'air. Elle étoufl'ait dans le corset de ses murailles.

Le temps me manque pour vous parler dignement de Richelieu et de son influence ou plutôt de l'influence de sa politique dans les arts. C'est le côté militaire et maritime. Quand ils ont mis des proues de navires et des ancres sur tout ce qui appartenait à Richelieu, les artistes de son temps nont fait que devancer la postérité, en proclamant que le grand cardinal était le fondateur de la marine française.

Rrouage était autrefois une place de guerre très forte, dont on aperçoit encore de loin les beaux bastions en pierre et les remparts plantés d'arbres magnifiques. A l'intérieur, rues droites et désertes, bordées d'un grand nombre de maisons inhabitées ou en ruines. Elle olFre un aspect désolé. Les grands seigneurs avaient des maisons à Brouage comme ils en avaient à Richelieu. Marie Mancini, pendant que Mazarin allait signer la paix des Pyrénées sur la Bidassoa, fut reléguée par son oncle à Brouage, d'où elle écrivait à Louis XIV. (Voyez le Palais Mazarin du marquis de Laborde).

Ediliié. — Nous pouvons connaître les idées du xvii*^ siècle en matière d'édilité. Par exemple, étudiez la situation d'Henrichemont, fondé en 1609 par Sully. C'est un village du département du Cher. Cette création resta incomplète par suite de la mort de Henri IV.

Je viens de parler tout à l'heure de la place Royale et de la place Dauphine. La ville de Richelieu est la ville type du xvii*^ siècle. '

Rochefort et les constructions maritimes de Louis XIV. — Les fortifications de Rochefort donnent bien l'idée de la ville forte du xvii*^ siècle, comme on la comprenait sous Colbert avant les perfectionnements apportés par \'auban. Il faut faire le tour des murailles

1, Courajod lavait ctiidice spécialenuMit à l'aide de projections à propos tie Le Mercier.

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et des fossés de Rochefort. C'est un type de la défense militaire dans l'Ouest de la France, pendant la première moitié du rè^me de Louis XIV, de même que Brouage nous donne le type de la défense militaire au temps de Louis XIII.

Architecture civile du XVIP' siècle. — Vous trouverez beaucoup de renseignements sur la construction des hôtels du xvii* siècle dans Sauvai : Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, rédigée vers 1670, et publiée en ]7'24.

Liste de monuments étudiés. — Cassel (Nord), style Henri 1\', peut-être même antérieur. — Cadillac. Kpoque Henri I\'. — Toulouse. Le Capitole, partie Henri I\' . — Hôtel de A'ille de La Rochelle. — Les Noës (Aube). Style Henri IV. Comparer avec les arcades de Fontainebleau et avec celles de La Flèche. — Style Henri IV ou Louis XIII à Bar-ie-Duc. — Petit logis assez propre de style Henri I\', appelé le Donjon à Orbais (Marne). — Fontaine du château de Sauvebœuf (Dordogne, IBIO), etc.

Architecture Louis XIII. — Ancien palais archiépiscopal de Cambray. Construction de Févêque Vanderbuch vers 1620. — Palais Cardinal, c'est-à-dire aujourd'hui, après sa métamorphose. Palais Royal, par Lemercier. — L'Hôtel de Ville de Reims, type d'architecture Louis XIII à date certaine, 1627. — Dijon, Hôtel de \'esvrottes. — Langres, style Louis XIII, 1620. — Place des Converts à Montauban, 1627.

Transition du style Louis XIII au style Louis XIV : 1650-1660. — Hôtel de Lauzun. — L'hôtel Lambert (de Le Vau, 1645) environ. — Vincennes, de 1650 à 1660.

Courajod a dû faire succéder à ces monuments de la première moitié du xvii" siècle quelques monuments de la seconde moitié. Mais nous n'avons retrouvé dans ces notes que ces mots : architecture civile au temps de Louis XIV; puis : architecture du wiii" siècle, conséquence de celle du xvii''. Ils inditjuent au moins le sens de ses développements.

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