‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 37 sur 93 · RÉSISTANCES DE LART NATIONAL · texte numérisé non relu

RÉSISTANCES DE LART NATIONAL

Saint-Michel et à la façade de Saint-Maurice d'Angers, où l'on peut distinguer dans la sculpture trois époques : 1° l'époque primitive ; 2" une restauration du xv*^ siècle ; 3° une restauration dû xvii® siècle.

Mais l'endroit où il s'épanouit dans toute sa laideur, c'est la salle du sacre à l'archevêché de Reims. C'est odieux à regarder ; mais cela prouve que l'àme française, même dans les hautes classes de la société, revenait au sentiment national.

Ce sentiment de la modernité en date d'un certain nombre d'édilices construits rétrospectivement dans le goût du moyen âge ne m'est pas exclusivement personnel. M. Brutails, archiviste du département de la Gironde, en a été aussi très frappé, et il nous a signalé dans une brochure' de nombreux monuments de là région girondine conçus dans le goût du moyen âge, quoique leur exécution ne date que du xvii^ siècle. 11 y a eu des restitutions archéologique dans tous les temps. « Les architectes d'autrefois, dit M. Brulails, n'étaient pas tellement soumis aux préceptes acceptés de leur temps qu ils ne s'en écartassent parfois. Il leur arrivait d'imiter les monuments existants; quelques-uns ont môme laissé de véritables restaurations archéologiques dont je citerai une seule : je veux parler des travaux de réfection accomplis pendant le xiv"^ siècle dans les trois galeries du cloître d'Elne. » M. Brutails aurait pu parler du cloître deMoissac où le même fait s'est passé.

l"]n résumé, de ces deux causes, archaïsme inconscient d'une part, <trchaïs}ne inlenlionnel de l'antre, il résulte qu'un grand nombre d'édifices paraissent antérieurs à la date réelle de leur construction.

« A Langoiran, dit M. Brutails, un architecte a fait, en 1641, des voûtes sur nervures prismatiques et des fenêtres gothiques à remplage flamboyant. L'église d'Escaude a des voûtes gothiques de 1677. La voûte à nervures prismatiques placée sous le clocher de Puynormand paraît être de 1703. Le clocher de Baurech, dont le faîte datait de 16r2-1613, était gothique. L'église de Margueron a été rééditîée à la fin du xvii*^ siècle par un architecte de deux cents ans en retard. Je citerai rapidement les voûtes gothiques exécutées

1. J. A. Brutails. De la persistance des formes architecturales en Bordelais. A propos de l'église de Francs. Société archéologique de Bordeaux, t. X\il, 1893.

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au XVII® siècle à la cathédrale de Bazas et à l'abbatiale de la Réole, ce sont des exemples classiques pour des archéologues girondins. M. Des Moulins a noté à Saujon une église à fenêtres toutes ogivales, construite sous Louis XIV et même dans les dernières années de son règne; à Esnaudes, une tour à ouvertures en ogives du xv*^ siècle, construite cinq ans seulement avant la naissance de ce prince (1633).

« Jusque pendant la période moderne, larchitecture romane fit concurrence à l'architecture gothique. C'est que l'art roman avait eu sur le sol de la province une magnifique etïîorescence.

(( Ces considérations servent à expliquer pourquoi les formules romanes ont persisté jusqu'à nos jours. L'abside de Tourtérac, dont la conception générale est romane, porte deux inscriptions commémoratives de sa dédicace, laquelle eut lieu en Hi07. Non loin de là, labside de Montbadon est encore romane, bien qu'elle soit du xvHi*^ siècle. Certaines moulures donnent lieu de penser que les absides de Tayac et de Parsac, qui sont romanes par leur plan et par la proportion des pleins sur les vides, appartiennent réellement à une période moderne.

« A Francs, ce n'est pas seulement une partie de l'église, c'est l'église tout entière qui a été élevée en style roman au xvii® siècle. Ce très singulier monument, dit M. Brutails, n'a pas été décrit. La date de l'église de Francs est connue par deux inscriptions gravées, Tune sur un voussoir de la porte ouest, l'autre sur une plaque de cuivre qui fut trouvée dans l'épaisseur du mur... \'oici le texte tracé sur la pierre :

« Le 22 juin 1605, la première pierre de Téglise Saint-Martin de Frans a été posée par J. et P. Gouiîreteaux frères. »

La plaque de cuivre a été perdue, mais la légende quelle portait a été fidèlement reproduite dans un manuscrit... La voici :

« ...Quelque temps après le massacre... les Huguenots... prindrent le château de Frans et ruinèrent l'église parrochialle Saint-Martin, bâtie joignant icellui. Depuis, régnant Henri IV... ladite église fut resbatie en ce lieu par J. Prieur de Goufreteau... à ses despens et en son fons, en l'année 1605 ». En 1617, une visite épiscopale eut lieu et le procès-verbal rédigé à cette occasion parle de l'église de Francs comme d'un monument terminé.

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