RÉSISTANCES DE LART NATIONAL
« Il ne s'agit donc pas, dil fort bien M. Brutails, d'une restauration mais d'une reconstruction totale effectuée au début du xvii" siècle. L'église démolie en 1578 par les protestants a été rebâtie à partir de 1605 sur un autre emplacement.
Enfin, au xviii* siècle, tant dans le monde littéraire que dans le monde artiste, à l'insu de la pédagogie officielle et classique, il se l'ait une réaction dans le sens de la justice vis-à-vis de l'art français et national.
Fremin, président au bureau des linances de Paris, est l'auteur de Mémoires critiques sur V architecture, Paris 1702, in-12. A la page 2'2, (quatrième lettre^ on lit : « L'architecture est un art de bâtir selon l'objet, selon le sujet et selon le lieu. Par cette définition, je désigne que l'architecture n'est rien moins que la simple connaissance des cinq ordres. Je fais entendre que cette connaissance y est dans l'architecture la moindre partie et qu'un architecte qui ne sait parler que des mesures des cinq ordres est un architecte très petit et très mince ».
« Le premier soin 'd'un architecte en faisant son dessin est de concevoir la lin pour laquelle on lui ordonne un bâtiment. C'est l'objet; il doit, ayant bien compris l'usage propre du bâtiment, imaginer et arranger tout ce qui naturellement doit s'assortir à cette lin, dessiner dans sa tête tout son édifice, examiner si tout ce qu'il pense a une union parfaite; si dans cette union toutes les parties y trouvent leur juste convenance et un rapport régulier. Et c'est ce que j'entends bâtir selon le sujet...
« Entre tous les ouvrages qu'il y a dans Paris, je choisirai à l'égard de ceux qui sont publics, l'église Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, Saint-Eustache, Saint-Sulpice. \\)us verrez dans la conduite de l'église de N-D. et de la Sainte-Chapelle, deux édifices faits selon Tobjet, selon le sujet et selon le lieu. Et vous verrez dans la conduite de Saint-Eustache et de Saint-Sulpice, deux édifices où il n'y a pas eu ni raison, ni jugement, ni prudence.
« Saint-Sulpice: genre de fausse construction. Les entêtements qu'ont les architectes de ne songer qu'à la parure au lieu de songer à la commodité et à l'aisance ».
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Il y eul (les jésuites très éclairés qui pensèrent très justement sur la question qui nous occupe.
Le P. Laurier, jésuite, écrit clans son Ess,^i sur l'archileclure^ Paris, 1753, in-12, au chapitre IV sur la manière de bntir les églises. « Les églises sont de tous les édilices ceux où un architecte a plus d'occasion de mettre en œuvre toutes les merveilles de son art. Destinées à renfermer dans leur sein une nombreuse multitude qui y porte ridée religieuse du Dieu qu'elle vient adorer, nos églises laissent à l'architecte la liberté de travailler en grand, et ne mettent point de bornes à la noblesse de ses idées... Il est étonnant que nous ayons si peu d'églises qui méritent d'intéresser une curiosité éclairée. Pour moi, je suis convaincu que jusqu'à présent nous n'avons point eu le vrai goût de ces sortes de bâtiments. Nos églises gothiques sont encore ce que nous avons déplus passable. A travers cette foule d'ornements grotesques qui les déparent beaucoup, on y sent, je ne sais quel air de grandeur et de majesté qui saisit. On y trouve le facile et le délicat, il n'y a que le simple et le naturel qui y manquent. Nous avons renoncé avec raison aux bizarerries de l'architecture moderne, nous sommes revenus à l'antique : mais il semble que nous ayons perdu à ce retour de bon goût. En nous éloignant des modernes, nous avons quité la délicatesse; en recourant aux anciens, nous avons rencontré la pesanteur : mais c'est que nous n'avons fait que la moitié du chemin. Nous sommes restés dans l'entre-deux, et il en est résulté une nouvelle sorte d'architecture qui n'est antique qu'à demi et qui pourrait faire regretter l'abandon général que nous avons fait de l'architecture moderne.
« ...J'entre dans l'église de Notre-Dame, c'est à Paris, le plus considérable de nos édifices gothiques, et il n'est pas à beaucoup près de la beauté de certains autres qu'on admire dans les provinces. Cependant, au premier coup d'oeil, mes regards sont arrêtés, mon imagination est frappée par l'étendue, la hauteur, le dégagement de cette vaste nef; je suis forcé de donner quelques moments à la surprise qu'excite dans moi le majestueux de l'ensemble. Revenu de cette première admiration, si je m'attache au détail, je trouve des absurdités sans nombre : mais j'en rejette le blâme sur le malheur des temps. De sorte qu'après avoir bien épluché, bien
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critiqué, revenu au milieu de celte nef, j'admire encore et il reste dans moi une impression qui me fait dire : ^'oilà bien des défauts; mais voilà qui est grand. De là, je passe à Saint-Sulpice, église la plus considérable de toutes celles que nous avons bâties dans le goût de l'architecture antique. Je ne suis ni frappé, ni saisi ; je trouve l'édifice fort au-dessous de sa réputation. Je ne vois que des épaisseurs et des masses. Ce sont de grosses arcades enchâssées entre de gros pilastres, d'un ordre corinthien très lourd et très gros, et par dessus le tout une grosse voûte dont la pesanteur fait craindre pour l'insuffisance de ses gros appuis » (p. 199-203). [(]f. également, p. 148-149, p. i-S^-SS-Sj.
Il y eut donc au xvni'^ siècle un très vague sentiment de la justice et de la légitimité du style national. Le sentiment d'admiration involontaire exista même chez les praticiens. Blondel chercha à s'en inspirer pour donner à ses édifices le caractère religieux qui leur manquait.