‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 39 sur 93 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

Mesdames, Messieurs,

Nous en avons fini avec l'exposé de la résistance de l'esprit gothique. N'oubliez pas la démonstration que je vous ai faite. Je considère cette démonstration comme excessivement importante et comme complètement inédite.

Nous allons reprendre aujourd'hui et achever de vous l'aire connaître le développement normal de l'esprit nouveau apporté par le xvii" siècle dans la décoration des édifices.

Nous avons déjà étudié dans l'architecture et l'ornement architectonique du xvu'' siècle : 1° le mouvement militaire ; 2° le mouvement civil; 3° une partie du mouvement religieux, les églises. Il nous reste à voir la seconde partie de ce mouvement religieux qui concerne les couvents, l'habitation des moines. Là, la rupture avec le passé est complète.

Les Bénédictins quelquefois, au xvn*" siècle, ont cherché à imiter le gothique dans les églises, vous l'avez vu; ils n'ont jamais cherché à imiter le gothique dans leurs couvents et dans leurs habitations. La preuve en est bien évidente à Saint-Maixent.

Tandis que le Frère Robert Plouvier construisait une église gothique en plein xvii'^ siècle, il donnait au cloître la forme de la décoration néo-classique. Il traitait le plan de l'abbaye renouvelée d'après le style d'architecture courante.

Des images rendront tout à l'heure ce point de fait parfaitement évident.

Cela prouve bien que le style gothique était considéré

comme essentiellement chrétien, comme uniquement relig-ieux. Ceux qui n'obéissent pas à des instincts de race et déducation, ceux qui raisonnent conservent les procédés de Tart gothique, uniquement à cause de son caractère religieux, et se bornent à rappliquer à léglise. Les bâtiments claustraux n'ont plus rien de la construction g'othique, excepté les murs qui sont quelquefois conservés. On mutile partout le gothique dont on ne veut plus et qu'on trouve incommode dans les habitudes de la vie.

Quel était ce style moderne inventé ou accepté par les moines ? (^est en France un style exclusivement laïque, imité de l'architecture classique à travers les interprétations de ^'itruve. Tous les besoins de la vie en commun sont satisfaits; mais, pour les satisfaire, on a exclusivement recours aux expédients de l'art contemporain du xvn'" siècle, c'est-à-dire aux expédients et aux procédés renouvelés des Grecs et des Romains et adaptés à la vie monacale des sujets du roi Louis XIII ou du roi Louis XI\'. La lumière pénètre partout à flots. La verrière est proscrite ou n'apparaît que décolorée. Les moines du xvn*^ siècle ont détruit une quantité énorme de vitraux. De larges escaliers, de vastes corridors donnent accès à de modestes cellules, robustement établies. On cherche la dignité, la sévérité, la simplicité.

Autour du monastère régulièrement bâti, à l'instar des édifices civils, et imposant par la masse de sa construction, des parterres et des jardins se dessinent pour assurer la bonne hygiène des habitants. Là c'était une habitude conservée du moyen âge. Dans ces parterres, limités par les anciens murs de clôture et par les fortifications du moyen âge, qui fréquemment survivent, on voit toujours de l'eau. Ces eaux courantes, qui rafraichissent l'atmosphère ambiante et deviennent indispensables à la santé d'une population agglomérée, sont un legs du moyen âge. Les règles monastiques, notamment celle des Bénédictins, prescrivaient la construction d'un moulin dans chaque monastère, dont l'emplacement, sur un sol vierge, était soigneusement cherché. Ces eaux courantes servaient en outre de réservoirs pour fournir en abondance le poisson nécessaire à l'alimentation d'une maison ecclésiastique, qui trouvait le supplément de sa nourriture dans son enclos et dans ses potagers. Partout les mêmes besoins avaient conduit au même plan, et les plans

furent assez uniformisés, comme vous le verrez tout à l'heure, sur le tableau lumineux.

La plupart des anciens monastères bénédictins servent aujourd'hui à abriter les principaux services publics d'un certain nombre de villes modernes : Le Mans (La Couture), Angers, Bernay, La Réole, Sainte-Croix de Bordeaux (l'École des Arts), Saint-Laumer de Blois (hôpital). A Bernay, toute l'administration, tous les services publics sont installés dans les bâtiments de l'ancienne abbaye. Saint- Aubin d'Angers est aujourd'hui la préfecture du département de Maine-et-Loire.

Esprit nouveau du Monarchisme au A' VY/- siècle. Je vous ai parlé au début de l'année de l'intensité de l'esprit religieux du xvu*' siècle. Je ne reviendrai pas sur ce point d'histoii'e. Je voudrais cependant avoir le temps de vous parler des monastères bénédictins du XVII'' siècle. Je les connais pour les avoir étudiés de près. J'ai eu l'occasion de dépouiller la correspondance des moines bénédictins du xvii*^ siècle. Ils formaient une charmante société. Voyez ^le livre du prince de Broglie : Saini-Germain-cles-Prés et la société du XVII'^ siècle.

Les monastères ont été de tout temps des modèles d'organisation et d'installation. Au moyen âge ils ont réalisé tous les progrès. Ils ont personnifié le progrès.

M. Albert Lenoir a pu, dans son livre V Architecture monastique, donner les règles qui ont présidé à la construction des monastères au moyen âge (Voyez le plan de Saint-Gall). — Canterbury. Prieuré de Bénédictins entre les années 1130 et 1174. Type d'un monastère bénédictin du xii*' siècle. — Saint-Martin-des-Champs à Paris. — Fontevrault. — Saint-Pierre de Vierzon. — L'aménagement et l'utilisation des eaux dans les monastères. — ^loulins dans l'enclos des monastères au moyen âge et dans les abbayes au xvii*^ siècle.

Modèles d'installation. Réfectoires et cuisines. - — Intérieurs. — Cloîtres d'abbayes. — Cloîtres d'inspiration vitruvienne. — Comparer le cloître de Saint-Maurde Glanfeuil avec le cloître de Sainte- Croix de Bordeaux.

(^ourajod a cité ensuite et sans doute projeté au tabltau les monastères qui suivent : Flavigny (Côte-d'Or). — Notro-Uanio des Blancs-Manteaux.

GuuRAJOD. Leçons III. 10

— Abbaye d'Orbais (Marnei; constructions de 1693 à 1699. — Abbayede Prémontré. — Saint-Austrémoine dissoire. — Saint-Cyprien de Poitiers.

— Saint-Éloi de Noyon. — Saint-Germain-des-Prés de Paris. — Saint- Jean-d'Angély. — Saint-Jouin-de-Marnes i Deux-Sèvres i. — Saint-Julien de Nouhailhé, 1690. — Saint-Pierre de Beaulieu, du diocèse de Limoges.

— Saint-Pierre de Brantôme. — Saint-Savin de Poitiers. — Saint- Sulpice de Bourges. — Saint-Wast d'Arras. — Sainte-Croix de Bordeaux. — Sainte-Livrade, 1688 ^Lot-et-Garonne). — La Trinité de Fécamp.

— La Trinité de Liron.

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