LE ROMANISME ET LA ROYAUTÉ
servée pour imposer aux turbulences modernes le calme étouiïant et mortel de la Pax Romana. M. Gaston Paris a fait des « Kcoles, des Académies et des salons » [sic)àe la Gaule, aux temps romains, une peinture excellente, qu'on pourrait appliquer à l'œuvre de TKcole académique du xvii^ siècle, sans que le portrait cessât d'être ressemblant '.
Nous voyons clair entin dans le dédale longtemps obscur des origines de la F'rance moderne. En art, comme dans tout le reste, qui pourra nier les affinités instinctives du Romanisme et du pouvoir royal, dont le rôle ingrat et malheureux, à partir du règne des Bourbons, fut de remonter le courant de l'histoire en dehors du temps et du lieu où toute histoire nationale commençait pour nous et pour lui ? jN'a-t-il pas préparé la Révolution politique de la fin du xvni'' siècle, de compte à demi avec le Romanisme, par toutes sortes de moyens antipathiques à notre véritable tempérament paternel? Taine a démontré admirablement que la monarchie a l'ait l'unité et la centralisation de la France dans le domaine matériel et dans le domaine moral — Dieu sait que c'étaient de bonnes choses en elles-mêmes — mais par de mauvais moyens, qui compromirent d'abord celte monarchie et produisirent ensuite leurs funestes effets pendant la Révolution. La Royauté a légué à la République une nation unifiée ; c'est vrai. Mais la France n'avait acquis cette unité qu'en perdant la moitié de son caractère, comme autrefois, en parlant latin, elle avait déjà perdu la moitié de son âme, suivant la belle expression de M. Gaston Paris "-.
L'histoire de l'art démontre cette vérité mieux que l'étude de toutes les autres branches de la civilisation des xvn" et x\ni'^ siècles. Pour supprimer plus rapidement l'esprit particulariste et provincial qu'avait si soigneusement entretenu le haut moyen âge, la politique royale, aidée de la littérature et de l'art, fut amenée à affaiblir, à étouffer l'esprit français lui-même, à refroidir le cœur national, à attiédir le patriotisme rétrospectif.
La conscience naturelle, les instincts de race, la voix du sang furent remplacés, de toutes parts, par un esprit factice, par une