‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 54 sur 93 · La littérature française au moyen âge, p · texte numérisé non relu

La littérature française au moyen âge, p

2l4 LE ROMAMSME ET LA ROYAUTÉ

idéologie vague ' , par un veule sentiment qui nous rattachait, au moyen d'une généalogie fantaisiste, à des origines de contes de fées. On ne nous fit pas tout à fait descendre des dieux de l'Olympe latin, mais, tout au moins, d'une humanité surhumaine ayant vécu sous d'autres climats et célébrée dans les classes par une rhétorique de collège de jésuites et par des discours latins de lauréats. On nous a habitués, petit à petit, à nous croire les successeurs désignés et nécessaires des Grecs et des Romains de tragédie. On osa donner la continuation de leurs destinées comme but unique à l'activité des temps modernes. Nous oubliâmes, à ce métier, que nous étions un des principaux peuples rachetés de l'esclavage latin par la morale du Christ-. Nous perdîmes aussi la notion de notre mentalité septentrionale. Nous cessâmes de nous dire fils des Gaulois, surtout des Francs^. Nous rougîmes d'avoir vu le jour sur la terre sacrée, nommée la « douce France » par des trouvères ridiculisés, qu'on traitait de gothiques et de barbares.

Écoutez Voltaire : « Je viens de lire un auteur qui commence par ces mots: Les Francs dont nous descendons. Eh! mon ami, qui vous a dit que vous descendiez en droite ligne d'un Franc?... La prétendue loi salique, écrite, dit-on, par des barbares, est une des plus absurdes chimères dont on nous ait jamais bercés. Il serait bien étrange que les Francs eussent écrit dans leurs marais un code considérable... Ce qu'il y a de plus ridicule, c'est qu'on nous donne cette loi salique en latin, comme si des sauvages, errant au delà du Rhin, avaient appris la langue latine... Quelle que soit l'époque où les coutumes nommées loi salique aient été rédigées sur une ancienne tradition, il est bien certain que les Francs n'étaient pas de grands législateurs.^ »

Issu, dans notre direction morale et notre éducation pédagogique,

1. Voyez Taine, Les origines de la France contemporaine, Vancien Régime, p. 257 à 260, p. 426 et suivantes.

2. Taine, Origines de la France contemporaine, l'ancien régime, p. 380 et suivantes. — Chàteaubriant, Génie du christianisme, Œuvres complètes 1843, t. III, p. 3 et dernier chapitre du livre sixième.

3. Voyez Etienne Pasquier, Les recherches de la France. — Raoul Frary, La, Question du latin.

4. Voltaire, Dictionnaire philosophique, Œuvres complètes, t. XL, p. 344, 345, 346.

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