‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 55 sur 93 · LE HUMANISME ET LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

LE HUMANISME ET LA ROYAUTÉ

de Talliance du Romanisme et du pouvoir royal, sorti de l'esprit des Académies et des programmes universitaires ou des collèges de jésuites, un certain état d'âme particulier a été incontestablement produit et formulé par la littérature et par les arts. Il porta la France à s'abstraire comme principe ethnographique, à penser, à légiférer, non pas en vue de sa propre nationalité, mais en vue de l'humanité tout entière. C'est lui qui dictera, non pas une charte d'affranchissement du génie français, mais le code des droits de l'homme et du citoyen universel, code passe-partout applicable à tous les peuples de la terre. Cette tendance avait bien été un peu partagée par les autres nations de l'Europe, où l'unité essayait aussi de se faire par l'adoption du type uniforme de la civilisation latine. Mais elle ne fut nulle part plus développée qu'en France.

Je vous démontrerai à mon tour que l'Académie de peinture et de sculpture ne traita pas mieux les sentiments les plus délicats, les plus intimes, les plus individuels du cœur français, que sa sœur aînée, l'Académie française, ne traitaitles mêmes sentiments dans la personne de Jeanne d'Arc. Les deux sœurs n'étaient attendries et ne devenaient « sensibles » qu'au seul nom de Mucius Scœvola, de Decius, dont les hommes de loi romaine, devenus jacobins, évoquaient la mémoire.

Page 1