LE ROMANISME ET L'ITALIE
Dans la première partie de la quatrième leçon, Courajod reprit et résuma la théorie exposée dans les trois premières : il la suivit dans la littérature et dans quelques faits sociaux. Il montra une fois de plus « comment le Romanisme, pratiqué par les Académies, s'était systématiquement appliqué à éliminer de la pensée française tout ce qui était naturel et vivant ". Puis il formula cette conclusion, qui fut une des idées dominantes de son cours : a l'École de David est l'aboutissement nécessaire de la doctrine académique. »
A l'exemple de Taine montrant la révolution politique de la fin du xvni" siècle préparée de longue main par tout l'ancien régime, il ne me sera pas bien difficile de vous prouver que la réforme de David et l'aboutissement de l'école française à l'impasse de la 4'^ classe de l'Institut étaient virtuellement contenus dans les institutions de Colbert et de Louis XI\\
La Révolution fut ingrate au point de vue de l'art comme au point de vue politique. Elle renia ses pères et les exécuta aussi bien dans ses livres et ses déclamations que sur la place publique, sans pouvoir toutefois anéantir son état civil, ni tromper l'histoire, ni falsifier sa généalogie. Sous la plume et par la voix de ses esthéticiens et de ses rhéteurs, elle conspua inconsidérément les fondateurs de sa propre doctrine et persista jusqu'à la lin à ne pas vouloir les reconnaître. David détruisit l'Académie de peinture par jalousie jacobine, mais il se hâta, par intérêt doctrinal, par nécessité, de la reconstituer, de la rendre bien autrement intolérante et définitivement intolérable.
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En effet, à moins de reA'enir franchement aux traditions politiquement, géographiquement et ethnographiquement nationales, on ne pouvait plus se passer de cette institution. C'était la clef de voûte de tout un système qui, de notre art spontané et instinctif du moyen âge, avait fait un art factice, conventionnel, idéologique, international, et d'essence purement latine, sous la mensongère étiquette du nom français. La France, grisée par le succès, se consolait d'avoir perdu dans la bataille son uniforme, son mot d'ordre, son cri de guerre ; elle ne regardait plus les couleurs du drapeau qu'elle portait, du moment que ce drapeau était acclamé et se montrait partout au premier rang. Mais David, en agissant comme il l'a fait, n'était que le dernier voltigeur de Louis \IV. Il reconstruisait la Bastille et la geôle qu'il prétendait avoir démolies.
David, Ghaussard et les autres pontifes républicains du dogme académique ne doivent pas nous donner le change quand ils insultent Le Brun, bafouent et suppriment la vieille Académie. Deseine l'a très bien démontré sans avoir toujours le sentiment de l'œuvre accomplie par lui. Ce que les révolutionnaires critiquent dans l'esthétique ci-devant officielle de l'institution royale, ce n'est pas le principe lui-même, c'est seulement l'interprétation relâchée, la pratique dégénérée de ce principe. Ce que David « proscrit » dans Le Brun, c'est précisément la partie du talent de cet artiste que nous prisons le plus aujourd'hui, ce qui subsiste encore en lui de la liberté et de la personnalité de l'art moderne, ce qu'il a su nous conserver de l'esprit et de l'atmosphère morale de son temps. Dans l'œuvre de l'Académie, David ne hait que les qualités.
Au moment où Bénezech, ministre de l'intérieur, dans un mémorable discours-programme, disait aux artistes de l'école française le 9 floréal an IV : « La liberté vous invite à retracer ses triomphes... Ayez un caractère national et que les générations qui vous succéderont ne puissent vous reprocher de n'avoir pas paru français dans l'époque la plus remarquable de notre histoire^. » Eh bien! c'est à ce moment précis que, par une ironie singulière, l'art de la République a été, comme le sera celui de l'Empire, tout ce qu'il y a de moins personnel.
l. Cette phrase a servi d'épigraphe à VHisloire de l'Art pendant la Révolution, de Jules Renouvier.