LA SCULPTURE AU TEMPS D'HENRI IV
Courajod consacra sa dixième leçon à l'appeler ce qu'il avait dit sur les ascendants français ou italiens des sculpteurs nationaux du xvii® «t du xviiie siècle. Il montra par quelques exemples comment le xvi'' siècle avait préparé le xvii^. Mais il insista aussi sur les différences d'esprit, sinon d'esthétique, entre ces deux époques, et il « opposa les caryatides de Jean Goujon à celles de Sarrazin «, « l'esthétique pure et idéale de la première renaissance à l'esprit pédant de la seconde ». Nous n'avons retrouvé que des fragments de cette leçon, qui lui servit de transition pour arriver à l'étude détaillée de la sculpture au début du xvn® siècle.
Henri IV est le véritable fondateur de la monarchie absolue ' . Il se sert de tous les moyens pour atteindre son but politique. Il ■exploite les arts comme le reste. Henri IV, en vrai Bourbon qu'il était, ne fut pas plus artiste que le Valois Louis XI. Mais rien, pas même l'art, n'échappa à l'asservissement de toutes les forces sociales qu'il voulut armer et embrigader pour le soutien et le triomphe <le sa cause.
Je dois vous signaler d'abord une des sources principales de ren- ■seignements sur les artistes de la première moitié du xvii" siècle : •« Liste des artistes et artisans employés à l'embellissement et à l'entretien des châteaux royaux du Louvre, des Tuileries, de Fontainebleau, de Saint Germain, etc., de 1605 à 1656, dans les Nouvelles archives de V art français^ année 1872, t. I, p. 1 et suivantes. »
1. Courajod avait écrit : rappeler ce que j'ai dit sur Henri IV, à propos de l'architecture.
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Il existe aussi un document très curieux. C'est le compte des travaux dart entrepris pour lentrée de Marie de Médicis à Paris en 1610. On y voit le nom des principaux artistes du règne de Henri IV.
Avant d'aborder les sculpteurs, auteurs bien connus et bien déterminés d oeuvres certaines, je vais vous faire voir quelques monuments de date établie, mais d'auteurs inconnus. Statue funéraire de Nicolas de Grimonville. baron de Larchant, mort en 159'2. — Statue funéraire de Diane de \'ivonne de la Châtaignerie. — Statue funéraire de Claude Espence, mort en 1571 '. — Statue funéraire de Claude de l'Aubespine, morte en 1613. — Philippe Desportes, mort à l'abbaye de Bon-Port, le 5 octobre 1606. ancien numéro 156 du catalogue de M. Barbet de Jouy. Le tombeau fut érigé par Théobald Desportes, frère de Philippe. C'était le numéro 546 du Musée des Monumenls français -, de Lenoir.
Deux statues aujourd'hui au Musée du Louvre représentent très bien Fart du commencement du xvii" siècle, dans ses communications avec l'art du xvi*^. Ce sont la statue de Catherine de Clermont-Tonnerre et la statue de la première femme de Jacques Thou, M"^ de Barbançon-Cany.
La statue de Catherine de Clermont-Tonnerre, morte en 1603 et provenant de l'Are Maria, est un chef-d'œuvre digne de Pilon. Remarquez qu'elle porte l'empreinte de son atelier. La statue de M"" de Barbançon-Cany est d'une autre manière un peu plus froide. Sauvai, ordinairement si bien informé et si clairvoyant, dit que cette statue est de Prieur.
J'aurais dû vous entretenir d'un monument très important qui peut servir, lui aussi, à expliquer la transition du xvi^ au xvn^ siècle. C'est le tombeau de la famille de Villeroy, venu à la Révolution aux Petits Augustins et retourné dans l'église de Magny-en-\'exin après 1816. M. Gonse en a parlé dans son Histoire de la sculpture française, en le rattachant pour une des figures à Bourdin et pour les deux autres à* François Anguier. Depuis, j'ai revu ces marbres ; je suis porté à les vieillir et à y remarquer presque une œuvre du temps d'Henri IV. Et j'ai compris leur valeur comme chaînon historique entre le xvi*^ et le xvii® siècle.