‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 62 sur 93 · LA SCILI-TURE AU TEMPS D HENRI IV · texte numérisé non relu

LA SCILI-TURE AU TEMPS D HENRI IV

Un des hommes représentés porte un costume à trousses très relevées, comme on en portait au commencement de Henri I\' et même sous Henri HI. L'autre personnage a la culotte bouffante, jarretée d'un gros chou comme sous Henri IV. La femme a la collerette et le corsage que portait Marie de Médicis. Lenoir attribuait l'ensemble de ce monument à Germain Pilon. Ce qui me paraît inexact, matérielle«ient et évidemment pour l'une des figures d'homme, mais ce qui est suggestif, quand on veut réfléchir que le monument continue certainement l'esprit de l'école de Germain Pilon

L'exécution de ce mausolée ou dune partie de ce mausolée, sur lequel je n'ai pas de renseig'^nements d'archives, pourrait dater de l'année 1596, époque de la mort de Madeleine de l'Aubespine, femme de F'rançois de A illeroy.

Passons à l'étude de quelques autres monuments se rattachant bien incontestablement à l'époque de Henri W , c'est-à-dire aux sculptures qui forment l'iconographie du roi.

La statue du Louvre. — Je parle de la statue en marbre que je vous ai fait voir dans les salles des sculptures de la Renaissance. Celte statue, avant de faire partie du Musée des Monuments français, a été à Saint-t^loud et à Monceaux.

Henri IV couronné de laurier. — Tête de bronze, sur piédouche de marbre bleu turquoise. On lit dans le Rapport du comte de Nieuwerkerke, p. 51, 1856 : Inconnu, tète d'Henri IV en bronze, 4,000 francs.

Il y avait une autre statue d'Henri I\^ au Musée des Monuments français. Celle-là était en costume militaire. Elle est exécrable. Elle a été envoyée au château de Pau.

Nous verrons tout à l'heure le Henri I\' du Pont-Neuf, de Jean de Bologne et Pielro Tacca, à propos de l'œuvre de Francheville et de Bordoni.

Effigies de Henri I\' modelées en cire à l'occasion de ses obsèques. — Au lendemain de la mort de Henril\', GuillaumeDupré et Germain Jacquet, dit Grenoble, furent chargés officiellement, en vue des funérailles, de modeler chacun un buste en cire du roi.

Bourdin d'Orléans s'adjoignit volontairement à cette sorte de concours. Nous savons ce fait par une lettre de Malherbe [Œuvres com-

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plèles. Edition Lalanne, t. III, p. 173, 177, 178 et 179) : « L'on prépare les funérailles du roi ; je crois que vendredi prochain, l'effigie

sera mise en public Il se fît deux effigies par commandement.

Dupré en fit une et Grenoble l'autre ; il s'en fît une troisième par un Baudin (lisez Boudin, d'Orléans), qui le voulut faire de tête sans en être prié. Celle de Grenoble l'emporta, pour ce qu'il eut des amis; elle ressemblait fort à la vérité, mais elle était rouge et était faite en poupée du Palais. Celle de Dupré, au gré de tout le monde, était parfaite ; je fus pour la voir, mais elle était déjà vendue. Je vis celle de Baudin, qui n'était point mal. Cette effigie fut vêtue d'un pourpoint de satin cramoisi rouge, d'une robe de velours violet fleurdelisé et doublée d'hermines » (Cf. Jal, Dictionnaire de biographie et d'histoire aux mots Henri IV^ et Isaac Briot).

M. Germain Bapst prétend que l'efrigie de Dupré serait aujourd'hui conservée à Chantilly. Le buste de cire de Henri IV, conservé à Chantilly, est gravé dans la Gazette des Beaux-Arts, t. XXH', 2« période, p. 199.

Œuvres de maîtres connus de l'époque de Henri IV. — Collaboration de Francheville à la statue équestre de Henri IV.

La statue équestre de Henri IV est de Jean de Bologne et de Pietro Tacca. Mais les quatre figures du piédestal sont de Francheville, comme composition, et exécutées par Francesco Bordoni, son gendre. Sur François Bordoni, voir les Nouvelles archives de l'art français, t. IV, p. 31 et 32, p. 249.

Bordoni, après avoir travaillé aux Esclaves, travailla aux basreliefs de bronze du piédestal de la statue d'Henri IV au Pont Neuf, en même temps que Bourdin (Michel F') et que Barthélémy Tremblay. Ce travail eut lieu en 1635 par ordre du cardinal de Richelieu. Ces bas-reliefs étaient bien meilleurs que les Esclaves. Voyez à cet égard l'opinion de Sauvai [Antiquités et recherches^ t. i, p. 236).

Le Pont-Neuf est curieux en lui-même. A propos des travaux de Henri IV au Pont-Neuf, voir ce que dit Sauvai [Antiquités et recherches, t. I, p. 233) sur les Mascarons du Pont-Neuf. En sorte, dit-il, à la suite d'une description du Pont-Neuf « qu'il ne se trouve aucun savant, qui ne fasse un très grand cas de

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cette belle union de masques, de consoles et de corniches et jamais presque ils ne regardent ce pont sans les considérer.

« Quant à ces masques, on peut dire en général qu'ils sont tous d'une assés misérable manière, le nombre des bons en étant si petit, qu'il faut avoir la vue bonne pour les pouvoir discerner parmi une si grande quantité.

« Je pense néanmoins en avoir détaché plus d'une trentaine de cette mauvaise confusion; et dans cette trentaine en avoir compté plus de vingt qui méritent qu'on jette les yeux dessus, surtout à cause de leur bizarrerie.

« Si ce pont eût été achevé, Pilon qui a conduit ces bons masques, aurait continué les autres tout de même; mais cette grande entreprise fut interrompue par les troubles, et notre sculpteur obligé d'abandonner son travail. Depuis, à la vérité, l'ouvrage a été repris et continué, mais dans un tems que les guerres avoient chassé les Beaux arts du royaume, et qu'on payait assez mal toutes sortes d'ouvriers. »

C'est le moment de parler de ces nombreux masques ou mascarons du Louvre, qui y ont été prodigués par Jean Goujon et son école et qui, en dégénérant, ont été continués sous Henri IV, en perdant petit à petit leur expression caprine, satyresque et grotesque.

Le moyen âge a connu le mascaron sous le nom de fête de feuilles, mais sans rapport avec la tète de bouc. Il y en a dans la sculpture du xm'^ siècle. Villard de Honnecourt en a dessiné. Voyez les planches 9, 41 et 42 de VAlhiirn publié par Lassus.

Le mol mascaron est, ainsi que l'objet qu'il désigne, une importation italienne et un élément décoratif d'essence classique. Maschera veut dire masque en italien. A Rome, il y a une rue qui s'appelle Via Maschera cl'oro. Mascherone est l'augmentatif de Maschera et veut dire grand masque.

Je vais vous rappeler le style des mascarons de Jean Goujon, en vous montrant ceux de l'hôtel Carnavalet (projections).

Le mascaron sons Louis XV. — Pont et Fontaines de Juvisy. On commença l'exécution du pont en 1727. Les fontaines

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sont surmontées de groupes qui représentent des trophées à la gloire du roi Louis XV. L'un est de Goustou le jeune, c'est-à-dire de Guillaume Goustou ; il représente le Temps qui porte le médaillon de Louis XV couronné par un génie; au bas est la discorde sous la figure d'une femme. L'autre est un groupe d'enfants qui soutiennent un globe aux armes de France.

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