‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 70 sur 93 · VINGT-QUATRIÈME ET VINGT-CINQUIÈME LEÇONS · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME ET VINGT-CINQUIÈME LEÇONS

Dans la vingt-quatrième leçon, Courajod c< continua à examiner les familles d'arlistes qui, sous Henri IV et Louis XllI, travaillèrent pour le roi et la noblesse: » Il parla des ("ochet, en s'arrêtant un moment sur Christophe Cochet qui, en 1618, était à Rome «estudiant entretenu par le Roi ». 11 revint sur les Francine, en se servant des documents publiés l)ar M. Couard, en 1895 *, et qui complètent le livre de M. Bart : les Francine^ leur généalogie, etc. <i Ainsi, disait-il, pendant toute la première moitié du xvii'' siècle, les surintendants des jardins et fontaines de France ont tous été des Italiens. Le père de l'ingénieur liydrographo et du dessinateur de Versailles ne parlait pas même français en 1655; je m'en doutais bien ».

« Vous vous souvenez, ajoutait-il, qu'à une époque où je n'avais pas dans les mains tous les documents précis, je vous ai affirmé hardiment, par Ia comparaison esthétique des jardins dits français avec les jardins italiens, que les jai'dins de F'ontainebleau, que ceux du château de Saint- Germain-en-Laye de Henri IV, que les jardins de Rueil, dessinés pour Richelieu, que le Versailles pittoresque, si vanté comme œuvre française, ({ue tout cela n'était qu'un i)asliche très habile d'œuvres italiennes, que tout cela au fond n'était qu'une inspiration de l'Italie ».

Puis Courajod dit quelques mots de Pierre et François Lheureux, sculpteurs sous le règne d'Henri IV, de Nicolas Cambrai, le père de Simon Guillain, de Jean Mansart, sculpteur du roi, et de quelques autres artistes du xvii'^ siècle.

Il consacra une leçon aux Boudin et Bourdin. Nous en avons retrouvé les notes suivantes.

1. Réunions des Sociétés des Beaux-Arts des départements. Compte rendu des séances de 1894.

Il existait en France, dans le premiers tiers du xvii« siècle, deux familles d'artistes qui travaillèrent à Paris et dans un rayon assez rapproché de Paris. Une analogie de nom à fait confondre entre elles ces deux familles d'artistes, et a singulièrement embrouillé leur généalogie et leur biographie.

L'une s'appelait Boudin et l'autre Bourdin. Les contemporains altérèrent très fréquemment leurs noms.

Sauvai, dans l'édition imprimée en 1724, dit indifféremment Boudin, Bordin et Bourdin, en parlant du même individu.

Les Boudin. — Thomas Boudin était parisien, il habitait rue Montorgueil, sur la paroisse Saint-Eustache. Thomas Boudin fait baptiser en 1604 son fils Guillaume. Le parrain est Guillaume Périer, sculpteur du roi.

En 1607 et 1608, il a des filles. En 1610, il lui naît un fils qui est tenu sur les fonts baptismaux par Barthélémy Tremblay.

A partir du 2 juin 1610, il va exécuter à Chartres, pour le tour du chœur de la cathédrale, quatre groupes en pierre : la Résurrection^ les Disciples d'Emniaiis^ les Trois Maries et Saint-Thomas, ainsi qu'un évêque dans une niche. Les quatre groupes existent encore. Ils sont placés du côté nord. Le dernier versement de fonds eut lieu le 6 juillet 1611, et un des groupes porte la date de 1611. En août suivant, le 21, Thomas Boudin passe un nouveau marché pour trois groupes : la Tentation de Jésus-Christ, la Çhananéenne et la Transfiguration. Ils sont terminés en 1612, et l'un d'eux porte celle date à côlé du nom de l'artiste.

« Les anciens registres de l'Hôtel de Ville de Paris, cités par M. Leroux de Lincy, dans l'histoire qu'il a publiée de ce monument, font connaître que Thomas Boudin est lauteur de la belle cheminée de la salle du Trône, qui est au sud, en face de celle que Pierre Biard le père avait faite en 1608. Thomas Boudin s'était engagé à la livrer complètement achevée, le jour de la saint Jean de l'année 1618, moyennant cinq milles livres tournois. »

En 1619 ou environ, tombeau de Diane de France, duchesse d'Angoulême, fille naturelle de Henri IL

Thomas Boudin, maître sculpteur, fut un des signataires des statuts que la communauté des maîtres-peintres et sculpteurs revisa le

16 janvier 1619. Jal, Dictionn., p. 258. Il se trouve sur la liste des artistes pensionnés par la Cour en 1618 et 1625, Nouvelles archives de r art français, 1872, p. 12.

Barthélémy Boudin, fils de Thomas, n'était connu que par un document publié par Jal, jusqu'à un récent mémoire de M. Paul Vitry sur le tombeau de Sully à Nogent-le-Rotrou, inséré dans la Bévue archéologique.

Le tombeau de Sully à Nogent-le-Rotrou est signé : B. Boudin F. 1642. Nous l'apprécierons tout à l'heure.

Les Bourdin. — Michel Bourdin I*"" est né probablement dans les dix ou quinze dernières années du xvi® siècle. Pas de documents précis ni sur sa naissance, ni sur sa mort. Il était d'Orléans : 11 signe, à la suite de son nom, Aurelius et Aurel., abréviation de Aurelianensis.

Michel Bourdin I*''' signe, en 1619, les statuts des maîtres peintres et sculpteurs, comme son quasi-homonyme, Thomas Boudin.

Il y a des œuvres signées de Michel Bourdin l" dans les environs de Sens, de Creil et du Mans.

Vierge d'Orléans ou Notre-Dame-de-Pitié, et sa décoration de marbre blanc et noir. Cette décoration eut lieu au moment où on apporta dans cette chapelle, en 1622, le cœur du fils du comte de Saint- Pol, duc de Fronsac, tué au siège de Montpellier.

Un dessin de Gaignières, conservé à la Bibliothèque Nationale, nous fait connaître qu'il existait avant la Révolution, dans une église du Mans, un mausolée érigé à Robert Garnier, et qui était signé Michel Bourdin parisiensis fecit. Est-ce là l'œuvre de Michel \" où celle de Michel II? Je n'en sais rien.

Statue funéraire de Jean Bardeau, 1632. Signé : Michel Bourdin.

Tombeau de Saint- Valérien (Yonne). On lit dans une notice sur Saint- Valérien, publiée dans T. lunua/re (/e V Yonne, de 1844, sous la signature de M. Bordot, archéologue local. « Au-dessous de la statue du Christ, on voit le nom de l'auteur de ce riche monument : M. Bourdin F ».

Ce monument a été signalé par M. Vaudin.

C'est le tombeau de Pierre Dauvet.

Pierre Dauvet est un soldat du temps de Louis XIII, mort en

Statues en bois de Saint-Gervais,

Rien ne prouve que Michel Bourdin ait sculpté le tombeau de Diane de Poitiers.

Il faut remarquer que Michel Bourdin 1^^ fut un artiste indépendant, ne travaillant jamaispour le roi ou la très haute noblesse. 11 fut souvent employé en province. Il ne fut jamais que domicilié à Paris. En 1609, il eut un fils qui fut Michel II. Il eut ensuite plusieurs enfants, et notamment, en 1615, une lille, qui eut pour parrain son confrère Barthélémy Tremblay.

La collaboration de Michel P"" avec son fils Michel II est possible ; elle est même probable. C'est Michel F'^qui a donné la note caractéristique dans Tœuvre collective (s'il y a) de la famille Bourdin.

Caractéristique du talent de Michel Bourdin I*"^, défini par ses contemporains. Le style trapu des figures, Sauvai l'avait déjà observé.

Michel Bourdin II, 1609-1678. II ne fut pas de l'Académie. .\u fond, Michel II Bourdin n'est pas un artiste très intéressant. Il pratiqua surtout l'art rétrospectif. Il fabriqua, évidemment au rabais, pour des religieux économes et des érudits, des monuments dont ceux-ci lui dictaient les lignes générales, d'après des hypothèses et des conjectures littéraires et historiques. Il mit l'art à la portée des petites bourses et l'histoire figurée à la portée des petites intelligences bourgeoises du xvu® siècle.

Michel II Bourdin et le tombeau de Childebert, à Saint-Germaindes-Prés. Le 4 octobre 1656, le prieur de la Maison, Dom Bernard Audebert, assisté d'un autre religieux, passait marché avec Michel Bourdin, sculpteur et peintre à Paris, pour la reconstruction du nouveau tombeau du fondateur de l'abbaye.

Le marché, dont nous avons retrouvé le texte, entre dans les détails les plus minutieux sur les dimensions, les matériaux et la décoration de la nouvelle tombe. Elle aura 8 pieds 2 pouces de long, 3 pieds 8 pouces de large, et 3 pieds, soit un mètre environ de hauteur. L'ensemble du massif sera construit en pierre de liais; il aura pour décoration des plâtres et des plaques de marbre noir, appliquées contre les faces latérales et portant les nouvelles inscriptions rédigées par les religieux, etc.. L'ancienne effigie du

XI® siècle doit être placée par les soins de Bourdin sur le monument, avec une saillie de deux pouces environ. Les deux bouts du tombeau porteront les écussons du roi et du monastèi'e.

Œuvres des Boudin et des Bourdin (projections). La figure de Louis XI pour l'Eglise de Cléry par Michel Bourdin.

u Le tombeau de Louis XI », dit Lenoir u avait été mutilé avec fureur par les habitants de Cléry. La tête, qui est un chef-d'œuvre pour son expression vraie, avait été décollée et brisée en ti'ois morceaux. Après de longues recherches, ayant pu réunir tous les débris qui composaient le monument, je l'ai fait restaurer en son premier état. » Après 1815, le monument de Louis XI revint à Cléry. On lit sur le coussin l'inscription suivante : Michael Bourdin aurelianensis, 1622. La figure de Louis XI par Michel Bourdin a été l'éparée par Beauvallet, le restaurateur ordinaire de Lenoir.

Statue de la Vierge dans la cathédrale d'Orléans.

Statue d'Amador de La Porte, grand prieur de France. N" 173 du Catalogue du Musée des Monuments français. A^'ant de venir au Musée des Petits-Augustins (aujourd'hui au Louvre), la statue d'Amador de la Porte se trouvait dans l'église du Temple à Paris. Amador de la Porte mourut en 1640. Marbre un peu lourd, brutal et pataud, mais sincère et bon enfant. Il ressemble un peu au tableau de Terburg du Musée du Louvre, qu'on appelle le Galant militaire. Amador de la Porte est un gros et grand bourgeois, ventripotent et podagre. C'est une espèce de Porthos.

Quelle opposition entre la franche bonhomie de la sculpture du gros Amador de la Porte et la prétentieuse nullité de la sculpture de Souvré de Goutenvaux, par François Anguier, qui a l'air d'un ténor de province en maillot chair! On dirait qu'il va chanter le dernier acte d'un opéra à la fin duquel il doit mourir.

Cela fait bien comprendre en quoi consiste l'apport du sentiment académique dans l'art du commencement du xvn*^ siècle.

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