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constitué à Paris, est à Nancy, d'après la loi et tout de 'suite, un modèle privilégié et patenté; c'est le modèle du gouvernement.
Je lui oppose l'accent personnel et particulier de l'école provinciale lorraine, avant l'introduction du classicisme.
Je vous ai déjà parlé de l'existence d'un élément germanique, très appréciable dans l'art lorrain, pendant le xvi*^ siècle. Cet élément est visible, vous ai-je dit l'année dernière, dans l'œuvre des Richier.
Ayant à traiter de l'art dans les provinces françaises de l'Est, j'ai à l'aire allusion à deux arts des pays voisins : à l'art flamand et à l'art allemand. Je n'ai pas à revenir sur l'art flamand, après la longue étude que je lui ai consacrée ici. — l'xoutez quelques considérations sur l'art allemand.
L'art allemand est naturaliste d'exécution, en restant très idéaliste d'inspiration. L'art allemand ne recherche pas la beauté avant tout. 11 recherche le caractère, il se distingue aussi par la tension du style.
Voyez par exemple les sculptures de Bamberg, les Vienjes sacfes et les Vierges folles de la cathédrale de Bàle, ou celles de Strasbourg. Ces ligures sont en grès rouge des Vosges. La matière est sortie du sol, comme l'expression est sortie du cœur de l'Alsace. Ces figures sont essentiellement nationales. Remarquer les fossettes des joues, les oreilles repliées sous le poids de la draperie. Tout cela, ce sont de charmantes notes d'étude d'après nature.
Les modèles qui ont servi aux artistes alsaciens du xiv^ siècle n'ont pas changé depuis. On les retrouve au xix*^ siècle, dans les tableaux de Jundt, de Brion, de Marchai, de Bapst . C'est la même nature.
Les mêmes traits se retrouvent dans l'hx'ole souabe du xv'- siècle, telle quelle est représentée au Musée de Berlin, dans la Vierge douloureuse de Zwickau (l'xole de Saxe), chez le Maître de Vaulel de Marie, chez Tilman Riemenschneider, chez Wohlgemuth (li.'i4- 15 19), peintre et sculpteur, dans la chapelle Sainte-Croix de Nuremberg. Wohlgemuth est le maître d'Albert Diirer.
Il faut voir aussi V Assomption, dans la chapelle de la Vierge de la Frauenkirke de Cracovie, la Mise au Tombeau par Adam Kraft de Nuremberg, 1496; \i\ Marie en prière, l'xole de Nuremberg, commencement du xvi'' siècle; une Tète de Roi Mage de la cathé-
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drale de Strasbourg', commencement du xvi^ siècle; un groupe de sculpture en bois du Musée germanique à Nuremberg. Albert Durer sera l'expression parfaite de cet art.
Revenons à l'art lorrain du xvi'' siècle.
Statue funéraire de René de Chalon, placée jadis au tombeau do ce prince, dans la chapelle des Princes à Bar-le-Duc, aujourd'hui au transept méridional de l'église Saint-Pierre à Bar-le-L)uc. René de Chalon était le mari d'Anne de Lorraine, fille du duc Antoine, lîené aA'ait été tué au siège de Saint-Dizier le 15 juillet 1544.
C'est la statue appelée la Mort, VEcorché, le Squelette. Ceux qui connaissent l'art et la littérature d'outre-Rhin, des xvi" et xvii" siècles et du commencement du xix*^, ne me démentiront pas. (Test le fanatisme, c'est l'ivresse, c'est la soif du néant, qui est un des caractères de l'esprit germanique, et qu'on retrouve partout, dans la philosophie et dans la littérature de l'Allemagne, à toutes les époques de son histoire.
Plus je le regarde, plus il me fait frémir, ce spectre grandiose, obsédant et vengeur. On dirait un vaincu irréductible qui, des hommes en appelle à Dieu, dans un magnifique geste de protestation, d'éloquence et d'élan vers Celui qui sonde les cœurs.
F^e septentrional qui a rendu si simplement une g-rande idée était véritablement un noble artiste et un penseur délicat.
II est rega-etlable seulement que la forme donnée à cette idée soit compliquée de détails repoussants.
Ligier Richier était pénétré de germanisme, et les inspirations de la mentalité septentrionale étaient un des ressorts de son génie.
Je vous en donnerai d'autres preuves.
L'atelier de Ligier Richier n'a malheureusement pas toujours (m cet accent hérokpie.
Abus dans l'atelier de Richier du genre macabre.
Statue funéraire de Philippe de Gueldre, seconde femme do René II, duc de Lorraine, posée sur le tombeau de cette princesse, au cloître du couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson, aujourd'hui dans la seconde chapelle de gauche, en entrant dans l'église des Cordeliers de Nancy.
Monument des Pourcelet au mur septentrional de l'église Saii.th'tienne, à Saint-Mihiel.
CouRAJOD. Leçons III. 22
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Monument funéraire de Warin de Gondrecourt.
Le sépulcre de léglise Saint-Etienne, à Saint-Mihiel, est de la dernière période de la vie de Ligier Richier. Il devait y travailler, quand il fut obligé de s'expatrier à Genève. Son lils Gérard Richier a pu et dû être son collaborateur.
Même au commencement du xvii'^ siècle et déjà sous la pression latine, mais sans embrigadement académique, la Lorraine avait eu un (lallot, un Deruet, un Claude Gelée.
L'application de l'ordonnance de Léopold suffît à faire complètement disparaître l'originalité de l'art lorrain.