SEPTIEME ET HUITIEME LEÇON
L'ART ACADÉMIQUE LORRAIN
Mesdames, Messieurs,
Voyons ce qu'est devenu l'art Lorrain, depuis l'ordonnance de Léopold, dont je vous parlais à notre dernière leçon.
Toute la sculpture lorraine peut se résumer, à la fin du xvii'' siècle et au xvui'', dans la famille des Adam.
Fuessli, dans sa biog^raphie générale des artistes, Allgemeines Kiinsller Lexicon (Zurich, 1771-1779), dit positivement que Claude Adam était Lorrain : « Adamo, sculpteurlorrain, travailla, dit-il, à Home, où, en 1650, il exécuta, sous la direction du cavalier Bernin, la statue colossale en marbre du Gange, à la fontaine magnifique de la place Navone. D'autres auteurs l'appellent Claude le Français, d'où l'on doit inférer que son vrai nom était Claude Adam. (^et artiste est resté tout à fait ignoré de ses compatriotes et Ton ne trouve son nom ni dans Gueudeville ni dans d'autres livres français. On ne peut douter qu'il ne soit un parent très proche des Adam précédemment cités. »
M. Thirion partage l'avis de Fuessli. , Claude Adam était un ancêtre plus ou moins direct des autres Adam, qui sont plus connus . 1° Il y eut un Lambert Adam, fondeur sculpteur; 2° puis Jacob- Sigisbert Adam, fils de Lambert, né le 28 octobre 1670, dont parle Dom Galmet dans sa Biographie lorraine. Ce Jacob Sigisbert se maria en 1699 et épousa Sébastienne Léalle.
Jacob-Sigisbert Adam fut le père de trois Adam célèbres : Lambert-Sigisbert, Nicolas-Sébastien et François-Gaspard.
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Les Adam ont profité des leçons de leurs prédécesseurs, les habiles praticiens du bois, Bagard et autres.
Jacob-Sigisbert Adam n'est mentionné que pour des morceaux secondaires. Il faut faire exception seulement pour un groupe destiné aujardin du château de Lunéville (1715). Les quittances données par l'artiste sont en général relatives au payement des plus petits ouvrages. Kn 1701, A'ersement de quelques livres pour un Cupidon qu'il a exécuté, et pour des grenouilles à mettre à Tentour. du bassin de la table, au repas donné à Son Altesse Royale, le premier dimanche de carême (Thirion).
Puis, nouvelle somme payée à Adam, sculpteur, pour quatre figures, un cerf, deux gros chiens, huit autres plus petits, qui servent à décorer le même repas. En 1715, commande analogue pour le dimanche des Brandons. L'artiste fournit un cerf, deux grands dogues, huit chiens et quatre ligures d'animaux marins. I>e génie de Jacob-Sigisberl le portait évidemment vers les oeuvres agréables et faciles, dans lesquelles ses pelits-lîls excellèrent.
Voici ce qu'écrit Mariette (Abecedario) : <i Jacoh-Si'gisherl Adam, né à Nancy le "28 octobre H>70, père et instituteur des trois frères Adam, qui se sont transportés à Paris et y ont joui d'un certain crédit. Il faut croire que son génie le portait à traiter des sujets austères et peu gracieux, et qu'il en inspira de trop bonne heure le goût à ses enfants, ce qui a mis dans leur manière une sécheresse tout à fait déplaisante. Il avait appris la sculpture de César Bagard, sculpteur dont on prise beaucoup les talents en Lorraine. Adam le père est mort en 1747.
« Lanibert-Sicfisherl Adam, sculpteur de Nancy, lie le 10 février 1700. Élève de son père à Nancy. \'enu à Paris en 1719, mort à Paris en 1759. Cet artiste mettait dans tout ce qu'il faisait un goût sauvage et barbare, et ne se faisait regarder que parce qu'on imaginait que personne ne savait fouiller le marbre comme lui, et, pour le persuader, il faisait en sorte que tout formait trous dans ses ouvrages. Aussi ses figures ont-elles plutôt l'air de rochers que de tout autre chose. Il avait fait en marbre pour Ghoisy deux figures représentant la Chasse et la Pêche... qui n'auront pas manqué d'admirateurs dans un pays, où l'on ne connaît pas encore tout à fait le prix de la belle et noble simplicité ».
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, Lambert-Sigisbert Adam se vantait d'être l'un des meilleurs adeptes du Bernin,
Preuve que TAllemagne était aussi infestée du goût italien du Bernin. Costume antique revêtu par les princes allemands. Tête d'un guerrier mourant dans la cour de l'Arsenal de Berlin, par An Ireas Schlûter (1664-1714). Schlûter est presque un contemporain des Adam. Comparer l'œuvre de Schliiter avec le morceau de réL'option à l'Académie de Lambert-Sigisbert Adam. Groupe de la Seine et de la Marrie, exécuté pour le duc d'Orléans (1734) ; Neptune et Amphitrite (1739) ; la Poésie lyrique (1750).
Xicolas-Séhastien Adam, né à Nancy le !22 mars 1705, mort à Paris le 27 mars 1778'. Le Prométhée déchiré par le Vautour, par Nicolas-Sébastien Adam, morceau de réception, 1762. Louvre. Lorsqu'il eut fait ses études à Paris et à Nancy, et quelques travaux dans le Midi de la France, il alla à Rome, où était son frère, et y demeura neuf ans. Il ne fut académicien que le 26 juin 1762 et il avait exposé, en 1738, le plâtre de Prométhée, dont le marbre a été son morceau de réception. Le plus important de ces travaux a été le tombeau de la reine de Pologne, femme de Stanislas, pour l'église de Bon-Secours, près Nancy, où on le voit de nos jours. Mariette
1. " Il est disciple de son frère; comme lui pensionnaire du roi à Rome. Quand il ai-riva à Paris, on fit beaucoup sonner son sçavoir et il fut souhaite dans lAcadémie. L'on s'apperçufc cependant bientôt qu'il manquait par les principes et que, pour jetter de la poudre aux yeux, il entreprenait des ouvrajjes difficiles à exécuter. Tel est le morceau sur lequel il a été reçu à l'Académie, en 1762, après s'être fait attendre des siècles. L'ouvrage qu'il s'était taillé pour parvenir à sa réception avait de quoi l'effrayer ; il avait donné l'essor à son génie et n'avait pas fait réflexion qu'autre chose est de modeler un morceau de scul])turc en terre, ou de faire en marbre. Effrayé du long et pénible travail où il allait s'engager, il différa le plus qu'il put et il en vint jusqu'à proposer qu'on le lui laissât exécuter en bronze. Mais l'Académie ne jugea pas à propos d'accepter une proposition, dont les suites étaient dangereuses. Il lui a fallu franchir le pas, et Dieu sçait si nos professeurs lui ont tenu compte de ce long travail qu'il s'était imposé. Le public, qui n'y connaît pas grandes choses, a été le seul qui en a été touché. Le marbre i-eprésente Prométhée, attaché sur le Caucase et déchiré par un Vautour. Lorsqu'on distribua les bas-reliefs pour la ciiapelle de Vei-sailles, il lui en échut un, et c'est, je pense, ce qu'il a fait de mieux (le martyre de Sainte-Victoire). En 1763, il a été élu adjoint à professeur et professeur (Mariette, op. cit.).
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désigne comme le meilleur ouvrage de Nicolas-Sébastien Adam le bas-relief qu'il a exécuté dans la chapelle de Versailles, dont le sujet est le martyre de sainte Victoire.
François-Gaspard Adam^ né, ainsi que ses deux frères, à Nancy, était le plus jeune d'entre eux; « il se forma dans leur école, et le roi de Prusse, ayant eu besoin d'un sculpteur pour les ouvrages dont il voulait enrichir son palais de Potsdam et de Sans-Souci, le lit venir à Berlin. Il y resta jusqu'à la mort de son frère aîné, arrivée en 1759. Pour lors il se fît revoir à Paris, et peu de temps après, il y finit ses jours en 1761 ».
Thomas Michel, père de Clodion, beau-frère des trois Adam, premier sculpteur du roi de Prusse avant François-Gaspard Adam. Le frère aîné de Clodion, Sigisbert Michel, remplaça à Berlin François-Gaspard Adam.
Les Adam ne furent plus que des sculpteurs académiques, avec un accent provincial désagréable, parce qu'il subsistait quand même dans une bouche qui alTectait de le renier. Ils furent dii reste, deux d'entre eux, membres de l'Académie de Paris.
Cylïlé ne valut que par son apport industriel. L'Académie transcendante, unique, fondée par Léopold pour rivaliser avec tous les établissements similaires en Europe, n'avait pas à connaître de ses statuettes. Claude Michel, dit Clodion, échappa à la contrainte académique et officielle, par le caractère débraillé d'un art de cabinet secret, et par le côté industriel de ses productions, qui lui rendirent ht liberté par dessus la tête du grand art. Grand art, qui continuait à régir le monde où l'on s'ennuyait, et dans lequel on ne se dévergondait que selon les principes pédagogiques et les procédés italiens estampillés par l'Académie. Quand le pauvre Clodion ne fut plus soutenu par la prodigalité inépuisable de sa sensuelle clientèle, et qu'il voulut faire du grand art classique selon David, on sait à quoi il aboutit. Nous le verrons ce soir.
Je ne veux pas dire que tout fut rigoureusement et prudemment classique dans l'enseignement des Académies. Loin de là. L'art, imitant les mœurs les plus déplorables affichées par l'aristocratie, crut devoir se départir de sa rigidité et crut devoir chercher à faire preuve de légèreté et de polissonnerie. Je vous le prouA^erai quand je parlerai de l'esthétique académique, et je vous citerai les articles anonymes insérés par Gochin dans Mercure de France. L'art officiel
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tolère, il enseigne même le style de la bambochacle, comme ce bon Stanislas de Lorraine se donnait avec beaucoup de peines les dehors de l'attitude d'un homme de mœurs légères. Mais cette bambochade et celte fantaisie étaient souvent une gaîté l'aclice.
Le style monumental et triomphal introduit en Lorraine par la Direction académique est très curieux à étudier. Nous y insisterons, quand nous vous montrerons la projection lumineuse desmonuments de l'art lorrain. Là comme partout, vous constaterez la nature et la qualité exclusivement italienne de tous les produits d'un territoire quelconque soumis à la culture académique.
Académie et Latinisme, .\cadémie et Italie sont deux termes inséparables.
Le calme et la paix dont jouit alors la Lorraine, d'une manière plus constante, ne servirent pas du tout le génie provincial. Clar ce qui tue l'art, ce sont moins les malheurs politiques et les guerres que les mauvaises institutions et les fausses et antinationales pédagogies.
J'insiste sur la fatigante uniformité des constructions de Nancy. — Rien de lorrain ; rien de français. Tout y est latin et grec. Tout y est pénible pastiche, copie laborieuse, compilation et rapsodie.
La cathédrale est la copie de Sant'Andrea délia Valle à Rome. Les historiens de Nancy, même les modernes, le répètent avec lierté et s'en enorgueillissent. Le Nancy académique n'a pas un artiste original, et cependant le sol lorrain avait été jusque là très fécond. Et je pourrais remonter jusqu'aux temps romans, et faire allusion aux artistes lorrains, cités par Suger racontant l'érection de la basilique de Saint-Denis.
Le caractère exotique et profondément inlernational et italien de l'art lorrain, depuis qu'il était tombé sous la direction académique, est reconnu et proclamé aujourd'hui par le patriotisme lorrain, qui n'a pas encore sutlisamment réfléchi. On lit dans Aancif et la Lorraine, notice historique et scientifique, X\''^ congrès de l'.Association française pour l'avancement des sciences. Nancy, IS8(), p. 51, in-1'2 : <(C'est de 17.50 à 1752 que le centre de Nancy estentièrement transformé et devient ce beau décor d'opéra italien, qui reste encore aujourd'hui le titre le plus éclatant de cette ville à l'admiration des étrangers ».
Décor d'opéra italien î Ce n'est pas moi qui ai trouvé ce mot
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admirable. Triste éloge et critique bien sincère, puisqu'elle est inconsciente.
Au moment où je produirai les imag^es, je vous ferai remarquer cependant que précisément cest l'élément industriel qui a prospéré à Nancy, et que l'Académie, au moins théoriquement, était plutôt fondée contre cet élément industriel que pour lui et en sa faveur. L'Académie cherchait, par ses principes pédagogiques, à pénétrer et à abolir l'art industriel local, par l'infusion à haute dose de la science archéologique et de l'imitation latine. L'art industriel des Lainour, des Ci/fflé et des Clodion se développa en dépit de l'Académie doctrinale.
Le serrurier Lamour reproduit, en l'allégeant, le style de Meissonnier et d'Oppenord. Maisj'ai suflîsamnient démontré que tout cela était d'origine italienne, de style baroque, et nullement classique, et que tout cela, — dès le milieu du xvni'' siècle — était sévèrement proscrit par le véritable esprit académique. Les articles que Cochin publie dans le Mercure de France sont là pour le prouver. Donc, avec ses principes pédagogiques, l'Académie de Léopold, continuée par Stanislas, n'a servi en rien à ceu.v des artistes lorrains qui ont réussi. Il faut lui attribuer une funeste influence sur les autres. Elle n'a pas fait de bien. I*]lle a fait beaucoup de mal.
Pour connaître l'architecture à Nancy, feuilletons le livre des fondations de Stanislas, où sont contenus les comptes des principales constructions de Nancy.
La cathédrale de Nancy est une œuvre entièrement de l'époque académique.
L? duc Charles III avait jeté, en 1003, les fondements de l'église primatiale. Léopold reprit le projet formé par son ancêtre de doter Nancy d'une basilique. Mais, faute de fonds, il ne put rien faire. L .3 septembre 1703, le prince François, son frère, posa solennellement la première pierre de la cathédrale actuelle, dont Mansard et Bo^lrand avaient fourni les plans; mais le travail se ralentit au bout de quelques années, cessa tout à fait en 1716, et reprit en 1719 ; la toiture ne fut terminée qu'en 1721, les tours en 1723, les flèches en I72G. Le pauvre souverain n'eut pas même la satisfaction de voir achever le monument, qui lui coûta 610.000 livres, et dont la décoration architecturale a soulevé avec raison de vives critiques.
L'église ne fut terminée qu'en 174"2 et coûta, de 1730 à cette date,
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135.000 livres. Le total de la dépense est de 745.000 livres (Anguin. Monographie de la, cathédrale de Nancy, 1882).
Kglise Saint-Sébastien, construite de 1719 à 1731 par l'architecte Jean-Nicolas Jennesson. Les sculptures de la façade et de Tintérieur sont dues à Joseph-Dieudonné Pierre, vulgairement appelé Dieudonné, et à Jean Vallier, tous deux de Nancy. On dit que celle église possède un christ de Bagard.
Église Saint-Jean, temple protestant, ancienne église des Prémoutrés, construite de 1713 à 1758.
L'artiste, à qui Nancy doit principalement sa physionomie monumentale, s'appelait Emmanuel Héré. Emmanuel Héré est 111s d'un médecin de Nancy, qui était l'ami de BotFrand. 11 s'adonna de bonne heure à l'architecture et devint un des plus habiles artisles du XVIII'' siècle. Héré a également travaillé à Lunéville et il avait fait, entres autres choses, dans les jardins du château, un kiosque dont \'ollaire a dil :
J'ai vu ce salon magnilique, Moitié turc et moitié cliinois, Où le goût moderne et l'antique, Sans se nuire, ont uni leurs lois.
Voltaire a condamné dun mot, sans le savoir, le rococo de Héré, l'arl qui n'avait rien de lorrain ni de français : lart moitié turc et moitié chinois.
Place royale ou place Stanislas par Héré.
Statue de Louis X\\ remplacée en 1831 par celle de Stanislas. Comparer les deux: statues.
Place d'Alliance, 1706. Fontaine par Cylllé, imitée de la Fontaine de la place Navone à Home.
.\ Commercy, le château, dont Henri de \'audemont Ut démolir une partie, fut reconstruit, dans le style grandiose du xvii" siècle, par l'architecte bénédictin Dom Léopold Durand, sur les données du programme italien. Le duc de Lorraine, Stanislas, à son tour l'embellit encore et en lit une véritable résidence princière. Le château est aujourd'hui une caserne de cavalerie.
Les faits sont connus sans être encore jugés. Car on n'ose pas dégager la loi morale et inlellectuelle dont ces faits sont l'expression et le résultat.
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Ce que j'ai à vous démontrer par des procédés scientifiques, pour avoir le droit d'en tirer des conclusions catégoriques et inexorablement sévères, est déjà pressenti, deviné, compris par certains esprits éclairés. Malheureusement, malgré leur indépendance et leur absolue bonne foi, ces esprits n'ont pas encore su reconnaître et proclamer les rapports de cause à effet, qui font de la ville de Nancv la réalisation partielle de la pensée académique, s'imposant légalement, obligatoirement, par le complot aristocratique, à un pavs quelconque, et apportant, n'importe où elle s'applique, la traduction française d'une esthétique internationale à base exclusivement italienne.
l-'coutez encore les auteurs de l'ouvrage : Aa/jcy el, lu Lorraine, p. 186. « Le vrai livre de l'histoire de lart lorrain au xviii*' siècle, c'est Nancy même; la ville neuve est tout entière une ville Louis XV, créée d'un seul coup, sur un seul plan, par la collaboration admirablement concertée et unifiée d'architectes, de sculpteurs, de peintres, de décorateurs et d'ornemanistes éminents, dont le dernier duc, Stanislas Leczinski, roi de Pologne, a su, pendant toute la durée de son règne, grouper les talents et diriger l'émulation. A ce développement monumental de Nanc}', ajoutez deux appendices similaires, Lunéville et Commercy, autres résidences de Stanislas, et vous aurez la complète expression de l'ensemble des Beaux-Arts en Lorraine au xviii'- siècle. Cet ensemble, on peut le dire, est le type le plus parfait du goût de l'époque, non seulement pour la Lorraine et la France, mais pour l'Europe. »
\'oilà donc le cosmopolitisme de l'art italien, convoyé par la spéculation académique sous le pavillon français, parfaitement reconnu et dévoilé.
Les mêmes auteurs n'ont pas moins bien stigmatisé la décadence,, l'abaissement et la diminution nécessaire, qui sont la résultante de toute influence académique.
« Ce qui caractérise, disent-ils [Ibidem, p. 190), le niou\ement artistique de cette apogée, c'est moins l'originalité des tempéraments que la subordination intelligente et féconde de leurs talents à la décoration collective d'un nouveau Nancy. Point de personnalités puissantes et indépendantes, comme celles d'un Richier, d'un Callot ou d'un Claude Lorrain. Le slvle
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(le l'époque est trop une mode qui impose sa lormule, pour que les artistes pensent à s'en affranchir ou à se risquer dans les voies individuelles. Au lieu que les génies du xvi" et du xvii*^ siècle, poursuivaient librement, chacun dans son sens préféré, un idéal propre, nous voyons les beaux talents du xviii*^ siècle se rapprocher et s'assouplir mutuellement dans l'association. »
Partant cet art n'est pas populaire. Sans contact avec l'ambiance dans laquelle il apparaît, il aurait pu se produire n'importe où, dans des conditions identiques.
C'est l'expression de la pensée d'une réunion, dune société de pédants élégants, sans virilité et sans patrie; c'est la conception falote, spirituelle, légère, d'une aristocratie d'internationalistes sans croyances, sans instincts de race et sans tempérament.
La ville de Nancy est, en fait et en droit, la ville académique, par excellence. Elle a réalisé un idéal d'art. Cet idéal est mesquin, bourgeois, sans souffle génial, sans sincérité. Il n'est pas national: il n'est ni lorrain, ni français.