‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 3)Chapitre 79 sur 93 · LES THÉORICIENS DE L'ACADEMIE · texte numérisé non relu

LES THÉORICIENS DE L'ACADEMIE

Mesdames, Messieurs,

La théorie officielle de lart d'Etat fui professée au noui de rAcadémie de peinture et sculpture par le premier de ses secrétaires perpétuels Henri Testelin (Documents graphiques tirés du livre de Henri Testelin). D'autres livres répandaient la même doctrine, tels que ISart de peinture de C. A. Du Fresnoy (écrit eu latin et traduit en français, enrichi de remarques, corrigé et augmenté). Troisième édition, Paris, 168Î.

Les principaux théoriciens sont Les Fréart de Chambray et de Chantelou, amis personnels du Poussin, et notamment Roland Fréart^ Sieur de Chambray, l'auteur de Vidée de la perfection de l;i peinture, 1672, in-4°.

Le plus remarquable, d'un consentement unanime, et le plus fort (les historiens de l'art et des esthéticiens du xvn^ siècle est certainement Félibien des Avaux. C'était un homme du bel air, un littérateur de cour, un ami des Académies, un Français bien raffiné et un Parisien de tempérament.

C'est le confident de Colbert, c'est-à-dire de l'administration des arts ; c'est le protagoniste de cet art soi-disant français, que Louis XIV, comme on le proclame de toutes parts, croit inaugurer : c'est le porte-paroles, on pourrait presque dire, le secrétaire perpétuel de l'Académie de peinture et de sculpture; c'est l'historiographe officiel des bâtiments du roi. Eh bien! Félibien est en grande partie un copiste de l'Italie dans le fond et dans la forme.

8r)() LES THÉORICIENS DE i/aCADÉMIE

Je puis affirmer, sur un témoignage de la plus grande autorité, celui de Félibien, que le Songe de Poliphile a été le Vade mecum, le principal Bréviaire des artistes de son temps. Dans le domaine de la théorie, il fit plus de mal chez nous pour la perversion de nos idées naturelles que le texte même de \'itruve ' .

Sensible dès le xvi'" siècle'^, Tinlluence du Songe de Poliphile fut très considérable en France au xvii'' siècle '^, dans cette France volage, inconstante, qui négligeait son patrimoine paternel, éblouie par la richesse convoitée de l'héritage maudit qu'elle parvint à recueillir.

L'art et surtout la théorie de l'art se préoccupèrent extraordinairement de l'ouvrage de PY. Colonna. Non seulement Lesueur s'en inspira dans la composition de huit tableaux, dont l'un est conservé au Musée de Rouen ^. Non seulement ces compositions de Lesueur devinrent les modèles et les cartons d'une suite de tapisseries exécutées aux Gobelins — ce qui est le signe certain de la popularité — mais encore tous les traités d'esthétique du xvii*" siècle empruntèrent à ce livre le fond de leurs divagations sentimentales ou scientifiques et la forme même grotesque, particulière et bien caractéristique, du génie italien.

Le songe réglementaire imité de l\H ypnerotoniachie devint chez nous aussi obligatoire dans les traités sur la peinture, la sculpture et 1 architecture, que dans les tragédies des académiciens français. Je ferai devant vous la confrontation du premier livre français de doctrine académique, la l^einture d'Hilaire Pader, avec les modèles italiens.

A partir du xvii^ siècle, toutes les billevesées, tous les songes creux (ceci dit sous la réserve de l'œuvre géniale de Léonard de Vinci), tous les manuels, toutes les formules, toutes les recettes d'alchimie artiste, tous les onguents, tous les orviétans des bateleurs ultramonlains, oubliés déjà ou dédaignés en Italie, prennent

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