‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 11 sur 124 · Badcn est le nom d*une petite ilc du golfe de Morbihan · texte numérisé non relu

Badcn est le nom d*une petite ilc du golfe de Morbihan

2. Décoration des sarcophages chrétiens du musée du temple Saint-Jean. Poitiers. — Voir les saixophages d'Antigny (notice Espérandieu, p. 25\ Les dessins qu'on y remarque rappellent par leurs formes certains dessins de l'cpoque gauloise. Voir les saix;ophages deSluilld (Kspérandicu, p. 25). Lu décoration de ce couvercle a été faite à la pointe avec un art et une originalité, ((ui donnent à penser au Père de la Croix qu'elle a été Tœuvrc de quelque ouvrier indigène à qui ce genre d'ornementation traditionnelle était particulièrement cher.

b'2 L* ELEMENT CELTIqUE OU GAULOIS

Parmi les produits des fouilles du mont Beuvray, on a rencontré beaucoup de poteries à dessins ondulés et en zigzags. On peut les voir au musée de l'Hôtel Rollin à Autun. Les similaires sont au musée de Saint-Germain.

Au musée de Niort, sur un vase de terre grise, se trouve un des éléments du dessin gaulois à rayures dirigées dans des sens différents * .

Les spirales constituent encore un des éléments de Tornementation gauloise. Dans son Art de terre chez les Poitevins^ M. Benjamin Fillon nous montre un type très intéressant de spirales et de zigzags sur un vase de verre*. La Phalène d* Au vers, le casque de Beru, le casque d'Amfreville nous en fournissent d'autres exemples '.

Quant au signe en S, c'est un idéogramme.

<( Il eût été plus rationnel, dit M. Flouest, de l'appeler la double erossetle ou la double spirale, »

L'élégance de ses enroulements a facilement prêté à ce signe les allures d'un motif ornemental. Il ne faut pas contester qu'en certains cas, dans quelques lieux et surtout à .des époques se rapprochant des temps modernes, il apparaisse uniquement comme moyen de décoration.

Mais ce n'est pas, dans son principe essentiel, un simple élément décoratif, une gracieuse alternance de spirales imaginées par la fantaisie d'un artiste et aussitôt propagée par ses émules ; c'est d'abord et avant tout un signe religieux, un symbole sacré, traduisant pour les initiés une idée mystique. Il appartient ainsi à la série des idéogrammes hiératiques.

1. Au musée des Antiquaires de TOuest à Poitiers, il existe des poteries noires du i" au V* siècle, décorées de traits en sens différents. — Des pierres de Tcpoque gauloise du musée Calvet à Avignon sont ornées également de dessins à stries. — Au sujet de Tornementation géométrique, on peut surtout consulter les volumes de dessin de M. Courault à la Bibliothèque nationale, et les dessins du recueil de M. Flouest.

2. A comparer avec le verre de Copenhague (V. le catalogue illustré du musée de Copenhague, p. 78).

3. Relativement aux spirales il y a d'intéressants rapprochements à opérer en étudiant les figures 24, 1 iO, 1 SI, 142, 144,145 de louvrage de M. Schliemann : Mycènes^ récit des recherches et découvertes faites à Mycènes et à Tirynlhe. Tout cela s'appelle Tornement mycénien et ressemble étrangement à Tornement gaulois.

Venu d'Orient ou d'Occident, comme la croix gammée ou Swastika, à une époque très reculée, cet idéogramme a suivi une marche parallèle et acquis une importance égale^ quoique moins remarquée. Il n'est peut-être pas de peuple de race aryenne chez qui on ne Tait rencontré.

Le signe en S* a favorisé la recherche d'arrangements divers, de modifications partielles, de groupements ingénieux, dont il a été fort habilement tiré parti, soit pour la décoration, soit même pour Faccentuation plus vive des conceptions qu'il représente. Le célèbre casque d'Amfreville acquis par le Musée du Louvre et plus récemment encore le beau disque en or, recueilli à Anvers et donné au Cabinet de France, ont prouvé, à la suite d'autres antiques, tout ce que signe offrait de ressources au goût délicat d'un habile artiste.

pRATERNiré ET ORIGINES COMMUNES DES RAGES CELTIQUE ET GERMA- NIQUE. — Certains systèmes d'art, certains principes de décoration, certains genres d'ornements sont en quelque sorte étemels. Depuis qu'ils ont été formulés pour la première fois par une civilisation, ils circulent dans le monde moral, comme le sang des races qui les inventèrent circule dans les veines des descendants de ces races.

Mystérieux hiéroglyphes, écritures dessinées, ils sont fixés sur les monuments par les générations successives qui ont déposé en quelque sorte leur signature et enregistré leur présence partout où elles ont passé ou régné.

Malgré les combinaisons infinies et les amalgames divers auxquels ces signes se prêtent, ils sont presque toujours assez facilement reconnaissables.

M. Dresser a dit avec raison dans son ouvrage sur \e Japon, son architecture, son art, et son industrie (1882) :

« Les formes ornementales et le système décoratif employés par un peuple ont plus d'importance que les faits ethnographiques ou les particularités d'architecture pour déterminer les relations et les migrations des races. »

1. Le S Gaulois se retrouve dans la décoration du filigrane du ^rifTon du musée d'Arras. (Voir la planche de Linas, p. 26^ et dans la décoration du vase de Gourdon de la Bibliothèque nationale (Voir le dessin donné par Bordier et Charion, t. I, p. 171. — C'est une preuve de la survivance de ce sijfno sfuis Ie^ Mérovingiens.)

54 LiuSMBNT CELTIQUE OU GAULOÎS

M. Pottiér est très ingénieusement revenu sur cette idée en août 1890 dans ]a Gazelle des Beàax^aris, au cours d'un charmant article intitulé : Grèce el Japon,

I/art ornemental gaulois ou celtique était un instinct commun à toutes les races indo-européennes. Il se retrouve encore dans Tart indien. Il y eut fusion de cet instinct. gaulois des décorations géométriques, et ondulantes avec Tesprit des peuplades germaines, saxonnes, angles, Scandinaves, qui participaient du même principe à un degré encore supérieur parce qu'elles étaient restées près de la source primitive.

La parenté originelle entre les Celtes et les Germains a été démontrée par M. d'Arbois de Jubainville au point de vue de la langue dans plusieurs mémoires dont voici les titres : Les Celles el les langues celliques^ leçon d'ouverlure du cours de langue el littéralure cellique fail au collège de France (Paris, .1982) et Celles el Germains, étude grammaticale (Extrait des Comptes rendus des séances de TAcadémie des Inscriptions, avril 1886). M. d'Arbois de Jubainville a traité de nouveau la question, dans la Nouvelle Bévue hislorique de Droil français et étranger et enfin il va la traiter encore une fois dans la Revue archéologique, *

Dans le travail que-j 'annonce, M. d'Arbois de Jubainville démontrera la fraternité ou tout au moins Talliance des deux langues au moyen de nouveaux arguments philologiques. Une des preuves qu'il fournira nous touche particulièrement. Le motif décoratif de la spirale, qui est commun aux deux arts celte et germain, est en même temps désigné par un même mot commun aux deux langues.

Il est utile de comparer les différents arts et les différentes civilisations. On enseigne en ethnographie que nos races de l'Ouest sont d'origine caucasienne. L'étude de l'art nous prouve également que certains éléments qu'on retrouve aux hautes époques dans la Russie méridionale ont existé et ont survécu dans l'art celtique. — Analogie signalée par Viollet-le-Duc entre les bijoux du Bosphore Cimmérien et certaines inspirations d'entrelacs de l'art celtique (casque de Beru).

1. L'article a paru dans la Revue Archéologique T. XVII, a*"" série, p. 187 : Les témoignages linguistiques de la civilisation commune aux Celtes et aux Germains pendant le V* et le IV* siècle avant J.-C.

DOCUMENTS COMPLÉMENTAIRES

Dans ces leçons le professeur a dû lire et commenter les textes suivants que nous avons retrouvés dans ses dossiers.

i® VioLLET-LE-Duc. Dictiofinaîre raisonné d'architecture, tome VIII, p. 189. Citations indiquant que Tart roman est composé de différents éléments.

2" ViOLLET-LE-Duc. Dictionnaire raisonné iV architecture y tome VIII, p. 194 et suivantes. Citation relative à la sculpture dans TIle-de-France à la fin du xi** siècle, dans laquelle Fauteur voit le réveil d'un esprit gaulois et des réminiscences de la sculpture gauloise.

3* RupnicH-RoBERT, Architecture normande, t. I, p. 182, fi'g. 192. Description d'un chapiteau d'Aurona (Lombardie). On voit sur le tailloir de ce chapiteau des spirales du style gaulois.

4" Lefèvre-Pontalis, Gazette archéologique, 1887, p. 29. Article relatif aux chapiteaux de Téglise de Chivry, que M. Fleury avait classés à Tépoque mérovingienne et qui datent en réalité du xi« siècle, d'après M. Lefèvre-Pontalis.

5» IIoNonÉ GiBERT, Le Musée d*Aix. Description du bas-relief gaulois trouvé dans Toppidum d' Entremont.

6» J. QuiGHERATy Mélanges, tome I, p. 402. Description d'une stèle du Musée d'Épinal.

?• A. Bertrand, La Gaule avant les Gaulois, p. 182. Etude sur le Swastika.

9^ Bi'HOT DE KEnsEn, Statistique monumentale du Cher. Époque gauloise.

10* Jules Quicherat, Mélanges, tome I, p. 412. Damasquinago du bronze à l'aide du fer.

11* A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, p. 376.

12* Jt'LEs QtiiciiERAT, Mélanges, tome I, p. 187. — Description d'une épée gauloise trouvée à Salon (Aube).

13* A. Flouest. Suite de la citation de M. Flouest, le signe en S, dont une partie a été utilisée dans la leçon. Bulletin Soc. Ant. de France 1884, p. 110 et 310.

14* F. Thiollier. — Le Forez pittoresque et monumental, tome I, p. 401. Description d'un chapiteau sur lequel on voit la croix gammée ou swastika.

15* Jules Quicherat, Mélanges, tome I, p. 402. L'art décoratif des Gaulois.

QUATRIÈME ETT CINQUIÈxME LEÇONS 7 et 14 JANVIER 1891.

Messieurs,

Nous examinerons aujourd'hui Télément ou coeflicicnt celto-lalin, presque purement latin qui est, vous le savez, l'un des plus importants dans le total général dont est formé Tart roman de la sculpture.

J'ai essayé, mercredi dernier, de vous donner, à Taide de nombreuses citations * et d'une rapide esquisse, une idée générale de ce qu'était la civilisation romaine de la décadence et une appréciation de sa valeur morale.

J'espère que vous avez lu et médité les livres que je vous ai signalés et qu'après avoir été demander la lumière aux sources historiques, vous comprenez maintenant de quel poids insupportable et exécré la culture païenne antique pesait sur le monde, et en particulier sur notre pays, pendant les cinq premiers siècles de notre ère.

Vous comprenez maintenant, comme moi, comment la civilisation antique s'était compromise, et enfin pourquoi la Gaule aspirait par tous les moyens à sortir de l'effroyable geôle sociale, administra-

1. Une conférence supplémentaire avait été employée parle professeur à Tanalyse et à la lecture des textes de Lactance et Salvien.

58 l'élément gallo-romain

tive et intellectuelle dans laquelle elle avait été enfermée par Rome.

Vous sentez que le terrain s'aplanit chaque jour de plus en plus durant plus de trois siècles, pour recevoir leB deux forces nouvelles qui s'approchent : le christianisme et les Barbares, c'est-à-dire le relèvement moral, d'une part, et, d'autre part, une modification poli^ tique et économique de la Société dans le sens des instincts personnels aux races du Nord.

Lisez donc à ce sujet le beau livre qui résuma une année de l'enseignement de M. Geffroy à la Sorbonne : Borne et les Barbares (Paris, Didier, 1874, in,-12). Vous verrez que, dans ma petite sphère de l'histoire de l'art, je ne fais que suivre une ligne parallèle à celle qu'ont fermement et virilement tracée les esprits les plus distingués de l'Université.

Sans doute le Monde romain et la province gallo-romaine — car il n'y a plus de patrie celtique — le monde romain de l'extrême occident tremble devant Tinconnu, et recule momentanément devant la crise qui doit l'enfanter à une vie nouvelle.

Il recule devant la guérison par le fer et par le feu ; m^is, malgré lui, inconsciemment quelquefois, comme vous avez pu -le voir dans Lactance et dans Salvien, ce monde aspire à une transformation. Il espère tout du Christ et de l'orientation nouvelle de la pensée vers le génie des races septentrionales.

Gomme on comprend bien alors que l'avènement 4u niioyen «ige a pu être, et a été effectivement, une révolution sociale ; que la féodalité, si défigurée par la suite, a été, elle aussi, à son heure un immense bienfait, une des formes historiques de l'évolution sociale, l'œuvre librement poursuivie de toutes les races et de toutes les castes échappées à l'enfer de la décadence latine, réfugiées et groupées sous la protection de l'esprit aryen pur.

Comme on comprend bien cette vérité traitée jusqu'à présent de paradoxe : Le moyen âge c'était le progrès! ou, si vous voulez, la possibilité du progrès.

Tout se tient dans une civilisation. Quel crime pour la mémoire de la royauté française et de presque toutes les aristocraties positives ou morales de l'ancien régime que d'avoir conspiré avec le régime latin contre le pacte originel d'où la société chrétienne et

f/ÉLIBMKNT GALLO-ROMAIN 59

moderne était sortie ! Quelle faute pour la Révolution que d'avoir voulu réformer en toute chose, sans tenir compte des antécédents ethnographiques ! Quelle erreur que d'avoir voulu rester sourde à la voix de certains instincts héréditaires et inextinguibles, et de n'avoir fourni à l'expansion de la nation réorganisée^ d'autre moule et d'autre modèle que le moule et le modèle latins.

Arrivons aujourd'hui aux monuments. Vous connaissez déjà quelques sources : le Musée de Saint-Germain que je vous ai recommandé de visiter et où de nombreux monuments gallo-romains ont été groupés en originaux et en moulages, et le Musée du Trocàderô où se voient 16 stèles gallo-romaines, moulées d'après les originaux du Musée de Sens. Vous en trouverez d'informes photographies sur la table.

Comme indication, vous avez encore la carie de la^ Commission des Monuments historiques, puis la liste des monuments historiques^ chapitre spécial pour les monuments antiques. Enfin le Catalogue des Photographies de M. Mieuéement qui contient une centaine de numéros concernant les monuments antiques.

Je vous signalerai maintenant en bloc les catalogues de tous les musées archéologiques de France. C'est la matière gallo-romaine qui forme le fond de tous ces musées. Je citerai particulièrement les catalogues des Musées de Lyon, Amiens, Angers, Nantes^ Niort, Auxerre, Poitiers (Antiquaires de l'Ouest), Moulins, Toulouse, Aix, Marseille, etc.

Je ne peux pas vous donner lecture de la liste des monuments gallo-romains dont j'ai essayé de relever l'existence sur le sol français. Ce serait fastidieux.

Si quelqu'un d'entre vous. Messieurs, voulait entreprendre un travail sur la sculpture gallo-romaine, je lui communiquerai cette liste avec plaisir et en la complétant, car malgré sa longueur elle n'est pas complète. Elle ne sera jamais complète. On ne peut pas remuer le sol sans y trouver de nouveaux débris. Le nombre des monuments gallo-romains est effrayant. Rappelez- vous le mot de Quicherat pour qualifier le premier essor de la culture gallo-romaine. « La Gaule entra alors dans une ère de prospérité et de splendeur qu'elle n'a jamais retrouvée, même à l'époque moderne. »

En effet, ce fut une production folle. — La Gaule, si longtemps sans monuments» rattrapa le temps perdu. La bâtisse et la statuoma-

nie firent rage. La vieille aristocratie gauloise vendue à Rome et la classe moyenne enrichie et anoblie par ses fonctions et dignités s'en donnèrent à cœur joie. Elles étaient protégées par les gendarmes ci c'est le peuple qui payait. Lisez Lactance et Salvien.

Remarquez que la culture gallo-romaine fut essentiellement urbaine, citadine : elle ne pénétra pas le peuple des villages, des campagnes, des pagî^ les pagani, qui vivaient farouches au fond de leurs agrestes et rustiques retraites, fidèles aux croyances et aux traditions nationales. Ceux-ci furent longtemps hostiles, d'abord à la religion romaine et au culte de Rome et des Empereurs divinisés, ensuite rebelles à la foi chrétienne reçue d'abord par les villes et débutant seulement par faire des prosélytes dans le prolétariat des grandes agglomérations. Ils attendirent le rude apostolat de saint Martin, pour entrer, avec leur tempérament original, dans la communion catholique.

Malgré tout, Tart de surface, Tart des fonctionnaires et des latinisés triompha et s'épanouit. Malgré son caractère essentiellement superficiel et aristocratique, la culture gallo-romaine fut momentanément d'une extrême fécondité. Seulement, comme elle était factice et antipathique aux instincts nationaux, elle ne parvint pas à gagner la campagne, ni à jeter des racines dans le petit peuple, et quand l'aristocratie gauloise eut été dévorée par la fiscalité et l'administration romaine, cette culture disparut complètement. Il n'y eut plus que des sauvages paysans, pagani^ qui n'étaient latins que par la langue.

Voilà pourquoi vous avez déjà vu, et vous verrez encore, notamment sur les tombes chrétiennes du musée du temple Saint- Jean à Poitiers, les principes de la décoration gauloise et les instincts celtiques se ranimer pendant les temps mérovingiens et lutter, dans certains centres, avec les doctrines de l'esthétique classique. Le sentiment national avait été conservé et sauvé par les habitants des campagnes que la culture latine n'avait pas entamés. Il put être ainsi communiqué au style roman et se transmettre par lui à l'art gothique.

Enumération des Monuments gallo-romains. — Nous les diviserons en catégories : arcs de triomphe, amphithéâtres et théâtres, bains, temples, statues et bas-reliefs.

L^éLEMBNT GALLO-AOMAI^ 6l

Les arcs de triomphe étaient placés à l'entrée des villes ou sur les routes. Ils étaient nombreux en Gaule, car il en est resté à Trêves, à Reims, à Besançon, à Langres, à Carpentras, à Gavaillon, à Saint- Hemy, à Orange, à Saint-Chamas et à Saintes. Celui de Saintes a une date certaine ; il remonte à Tibère et porte le nom de Germanicus (\'oir la notice de M. Audiat). C'est un type. C'est le plus ancien daté.

Certains amphithéâtres pouvaient contenir des vingtaines de mille ou trentaines de mille spectateurs.

On peut faire le compte des localités existant encore en France qui ont conservé jusqu'à nos jours quelques traces des théâtres et des cirques dont elles furent dotées au temps de l'administration gallo-romaine. Plus de cinquante. Voici les noms : Agen, Angers, Aniibes, Arles (deux monuments), Autun (trois monuments), Bavay (deux monum.), Besançon, Béziers, Bonnée (Loiret), Bordeaux (un amphithéâtre appelé aussi Palais Galien), Bourges (deux monum.), Cahors, Chêne vière (près Montargis), Dôle, Doué (Maineet-Loire), Drevent (Cher), Evreux, Fréjus (deux monum.), Gran (Vosges), I^ngres (deux monum.), Levroux (Indre), Lillebonne, Limoges (deux monum.), Lisieux, Lyon (deux monum.), Mandeure, Le Mans, Marseille, Metz^ Moissans (Jura), Narbonne, Néris, Nîmes, Orange (trois monum.), Orléans, Paris, Périgueux (deux monum.), Poitiers, Reims, Rodez, Saint-Bertrand-de-Comminge, Saint -Michel- de -Touch, Saintes, Sauipur, Sceaux (près Montargis), Senlis, Sens, Soissons, Tintignac (près Tulle), Tours, Vaison, Valogne, Vienne (quatre monum.).

Théâtres proprement dits : surtout Arles et Orange; celui d'Orange est le plus beau de tous ceux qui sont connus.

Toutes les eaux thermales ont été connues et exploitées par les Romains : Vichy, Neris, Pougues, Aix, Royat, Le Mont-Dore, Bourbon-rArchambault. Partout des monuments.

Dans les grandes villes, thermes de grandes proportions. A Paris, le palais des Thermes aujourd'hui THôtel de Cluny. Je vous en parlerai plus loin.

Lieux de réunion, de Casinos, villes de plaisirs, comme Sanxay, la ville découverte par le Père Camille de la Croix, près de Poitiers, et qui a fait tant de bruit il y a quelques années. (.Aujourd'hui classé parmi les monuments historiques.)

6â L ÉLÉMENT GALLO-ROMAlN

Il y en eut certainement beaucoup d'autres. On en trouve encore là où passe la charrue et où les forêts ont poussé.

Toutes les villes eurent des temples.

Sans parler de ceux de Vienne, de Nîmes, qui sont encore debout, on pourrait presque reconstruire ceux de Sens, de Saintes et du Puy. On en possède presque toutes les pierres, — notamment pour les fragments conservés au musée du Puy.

Voir le produit des fouilles de Saintes qui remplissent un Musée, et les fragments conservés à Dijon dans les substructions de Téglise Saint-Etienne.

La statue était le rêve de tous les grands fonctionnaires. Sidoine, à la suite d'une longue série de vilenies, avait fini par mériter la sienne dans un édifice public. On trouve partout des morceaux de statues. Les bustes pendant les premiers siècles ont dû fourmiller.

Quant aux bas-reliefs, sans compter les frises des temples, les monuments funéraires et les enseignes de mai^chands nous en ont conservé les plus intéressants spécimens.

Il faut voir la salle XXII du musée de Saint-Germain, et il faut lire les pages 44, 45, 46 et 47 du catalogue de M. Reinach. Rien n'est plus curieux et plus instructif. Arrêtez-vous devant un marchand de pommes qui crie sa marchandise : Mala mulieres^ mulieresmeœ ; voulez-vous des pommes, mesdames.

A Sens des stèles proviennent des murs romains de la ville, et ces murs peuvent être approximativement datés. Ils furent construits très probablement après la première invasion sérieuse des Francs et des V'andales en 275. Les édifices éloignés du centre de la ville furent alors abattus, et leurs matériaux employés à la construction des murailles de défense. En 356, ces murs étaient élevés et utilisables. Quand, cette même année 356, les Alamans et les Francs vinrent assiéger Sens, la ville, défendue par le César Julien, résista pendant trente jours et força les Barbares à se retirer.

La plupart des stèles qui nous sont parvenues et qu'on rencontre dans les musées de province peuvent être approximativement datées par le même procédé ; car elles ont presque toutes la même provenance et viennent des murs gallo-romains élevés autour des chefslieux de Civitales, pendant les m" et iv° siècles, avec tous les matériaux des édifices antiques démolis. Je vous ai expliqué dans la pré-

cëdente leçon que la Gaule, affaiblie et épuisée par radministraiion et la fiscalité romaine, s'était endormie dans la mollesse et qu'elle avait eu un terrible réveil, quand les Barbares étaient venus Tenvahir. Elle improvisa une défense, et construitsit hâtivement des remparts avec les débris de ses palais et de ses temples et les inutiles instruments de sa vanité et de son luxe. Le même fait se passe dans toutes les grandes villes de la Gaule et notamment à Paris.

\'oyez le mémoire de Quicherat : La rue et le château de Haulefeuille à Paris* ;

U Etude sur les textes de lois romaines expliquant la destruction de* monuments dans les derniers temps de T Empire d'Occident par M. de la Marsonnière* ; dans le Bulletin monumental de 1878, un article de M. Henri Schuermans : A propos des remparts d'Arlon et de Tongres, Cet auteur fixe de 277 à 306 l'édification des remparts dans la plupart des villes de la Gaule.

A Auxerre, vei*s le milieu du iv® siècle, sous la menace des invasions barbares, des murs, dont on retrouve des vestiges à l'intérieur de la ville actuelle, furent construits avec les matériaux des temples et des édifices publics.

Ce mur de défense d'Auxerre était achevé en 386, puisque saint Amateur, à cette époque, fit reconstruire dans l'intérieur des fortifications la basilique fondée sur la rive droite de l'Yonne par saint PcUerin.

Sur le musée de Sens, il faut consulter trente planches de photogravures publiées par la Société archéologique de cette ville sous le titre de Musée gallo-romain de Sens, — Le Musée de Sens a été en outre Tobjet d'un très bon article dans le Bulletin des Musées du 15 octobre 1890, signé de M. Maurice Prou.

Si les monuments abondent, ils ne sont pas faciles à classer dans un ordre chronologique. Rien n'est plus difficile à dater exactement qu'une sculpture gallo-romaine.

Quicherat a formule celte vérité quand il a écrit dans un de ses rapports au Comité des travaux historiques ^ à propos d'une communication faite par un des correspondants du Ministère :

Page 1