GALLO-ROMAIN
parlerai aussi des entrepôts et notamment de celui de Quarré-lcs- Tombes prèsd'Avallon. Je vous dirai quelques mots tout à l'heure des ateliers de marbres pyrénéens.
Pendant les temps gallo-romains, quelques monuments de marbre sont arrivés dans certaines villes, à Poitiers notamment, tout taillés. L'n architecte commandait ses assises dessinées sur une épure ou seulement les parties sculptées en marbre de ses assises, aux chantiers, à la carrière. Là, ces assises ou ces parties d'assises sculptées recevaient un signe, un numéro, d'après un plan d'assemblage expédié par l'architecte. A l'arrivée du produit inanufacluré, on n'avait plus qu'à poser, à la place indiquée par le numéro, l'assise, le morceau de marbre. Le P, de la Croix a relevé sur certaines parties des Thermes de Poitiei-s des preuves non équivoques, de ces numérotations. On lit sur deux pierres :
Sextag tinislrœ, VI"' sinistra',
Terliua dextrœ, m-" dextrte. (Cf. &s- 1 «t ^l-
Le même musée de la société des Antiquaires de l'Ouest, .si prodigieusement enrichi et si bien aménagé par le Père de la Croix, pos-
L KLKMENT GALL(»-ROMAlN
sède une suite de moulures en marbre des bas temps gallo-romains, peut-être des temps mérovingiens. Ces moulures de marbre ont probablement été expédiées à Poitiers, toutes taillées pour être distribuées à certaines places comme des incrustations, au milieu des constructions des iv'*, v*', vi** ou vn® siècles.
Je vous montrerai bientôt sur quelques monuments de basse époque Temploi de ces morceaux de pierre choisie et taillée, alors qu'il n'existait plus que de rares foyers d'art où l'ont sût encore dresser quelques profils.
Fig. 2. — Buse des Thermes Homuins de Poitiers portant la iiienliun III I).
Il y eut donc hors de Gaule et en Gaule des fabriques de sculpture et de morceaux d'architecture ; il y eut des agences latines de travaux de construction.
Il faut faire pour Tépoque gallo-romaine le travail que j'ai fait devant vous Tannée dernière, pour retrouver les foyers de Tart italien épanouis sur la côte méditerranéenne, et d'où l'influence de la Renaissance classique a rayonné sur notre pays. Nous n'aurons pas la ressource de pouvoir fouiller chez les notaires et de faire nos preuves à l'aide de textes historiques. Mais nous saurons bien nous en passer. Il faudra chercher les centres d'industrie dans les environs des principaux gisements de marbre français, et d'abord nous serons conduits directement aux Pyrénées^ où l'art français n'a jamais cessé de s'approvisionner depuis les temps gallo-romains.
Le Musée de Toulouse possède très probablement quelques produits d'un atelier où la sculpture gallo-romaine s'exécutait dans d'assez grandes proportions et dans d'assez bonnes conditions. Je fais allusion aux monuments découverts à Marlres-Tolosanes,
l'élément gallo-romaln 81
M. Boschach disait, dès 1865, dans son excellent catalogue du Musée de Toulouse : « Un temple, une habitation de plaisance artistenient décorée par la magnificence d'un possesseur inconnu et peutêtre aussi un chantier permanent de marbrerie 9Ù Von exploitait^ pour les besoins de la plaine (bustes, tombes, cippes, autels votifs) les brèches blanches venues par eau des hautes vallées de la Garonne, tels paraissent être, jusqu'à ce jour, les seuls établissements antiques dont les fouilles de Martres ont constaté Texistence. » Voilà ce qui s'appelle avoir le flair de l'archéologue.
Depuis, en 1889, M. Albert Lebègue, dans un article intitulé : Cne école inédite de sculpture gallo-romaine^^ est revenu sur les questions soulevées par les monuments sortis des fouilles de Martres- Tolosanes, Je crois que M. Lebègue a tort de refuser au dépôt de sculpture exhumé-à Martres la qualité d'atelier si bien devinée et comprise par M. Roschach ; mais il a tiré de ses recherches quelques 1res utiles et très intéressantes conclusions.
« On a retrouvé à Martres-Tolosanes, dit-il, les productions nombreuses d'une école gallo-romaine, imitée des anciens, sans être servile, entachée parfois de barbarie gauloise et s'efforçant ailleurs de s'éleverjusqu'à la pureté grecque. On y distingue plusieurs styles et on pourrait la subdiviser en petites écoles. Ces œuvres sont en marbre du pays, presque toujours en marbre de Sost ou de Saint-Béat. » M. Lebègue remarque que ces sculptures se rapprochent par leurs qualités de certaines médailles exécutées en Gaule. « La même aventure, dit-il, est arrivée jadis aux premières médailles des empereurs gallo-romains, de Postumus à Tetricus (258-273), que l'on a découvertes. Les plus belles imitent le bon style ancien, quelquefois d'assez près et forment une série fort différente des monnaies impériales qui précédèrent et qui suivirent. »
11 y eut donc en Gaule, sous Postumus, une renaissance artistique manifestée par les médailles et Ton peut tenir pour certain que la sculpture suivit cette heureuse impulsion. Quand l'état galloromain que cet empereur avait fondé s'absorba de nouveau dans l'unité impériale, les progrès de Fart monétaire furent naturellement entravés, mais rien ne prouve que la statuaire n'ait pas continué son évolution.