PENDANT LES PREMIERS TEMPS CHRÉTIENS
Messieurs,
Vous avez vu sommairement dans notre dernière réunion et dans Tentretien qui Ta suivi, ce qu'était Tart latin chrétien à Rome et dans le bassin de la Méditerranée pendant les cinq premiers siècles.
Vous avez constate les étroits rapports qui unissaient Tart chrétien et Tart païen d'où le premier est sorti, quant aux procédés et à l'exécution. Vous avez compris que le chan^fement de croyances frappa Part du paganisme d^une déchéance de plus. Cet art ne pouvait pas se transformer. Art d^aristocratie, indifférent au progrès des idées^ il ne vivait que de regrets, de traditions généalogiques, de vaniteux souvenirs. 11 se cramponnait au passé et prêchait la doctrine du sialu quo et de l'immobilité. II méprisait le présent et conspirait contre l'avenir.
Le christianisme^ qui précipitait le mouvement social, dut se contenter d'abord des moyens d'expression fournis par Tantiquité. Mais vous avez pu constater déjà les différences sensibles qui se révèlent en comparant l'art décadent d'une Pompéï à Tart naïf et brutal, quoique toujours vieillot, des nécropoles chrétiennes. - - , .
Nous allons aujourd'hui étudier la sculpture chréltenne en Gaule et passer en revue les principaux monuments qui nous la font connailre.
Autels dks premiers temps chrétiens en (îaui-e. — Autel du Ham, table en pierre chargée d'inscriptions, déposée à la Bibliothèque de Valofjnes et que M. deCaumont a décrite dans son Cours d'Antiquités, t. VI, p. 137 et suiv. C'est une table en pierre, d'un seul morceau, bordée d'une iiinulure saillante et portant une inscription attestant qu'elle avait été érigée an vir siècle sous l'épiscopat de Siùnt-h'romont, évoque de Coutaiices, (Gravure dans V Abécédaire de Cftumonl. Arch, Helig.. p. 4!t.) Une croix ancrée girai'ec <tu Irait orne le centre de la table; des croix nimbées occupent chaque angle de la partie concave de cette table. Tous let auteh anciens ont, comme celui du Ham, un encadrement saillant. C'est, ainsi que l'a Tait remarquer M. de Caumont, un caractère certain des autels antérieurs au xi° et au xii" siècle {Qg. 5).
W&^''i^'simmM
- Pai-lic (le l'nutel (lu Ilam.
Au musée du Temple Saint-Jean à Poitiers, table d'autel chrétien en marbre blanc découverte en 1880 chez un marbrier de Foiliers. Elle provient de l'ancienne église de Vouneuil-sous-Bîard et mesure l^S? de longueur sur 76 centimètres de largeur el 15 centimètres d'épaisseur. La surface est cncadi'éed'un filet et de deux gorges et légèrement creusée It une profondeur de ',i centimètres. Elle est ornée de cinq croix de consécration gravées aux angles et au centre. Elle est couverte d'une multitude de gralliles gravés rapidement à la pointe, rappelant les noms des pèlerins qui sont venus prier à cet autel-, pfl remarque, parmi eu^, les noms (leMaiuardus, Gimbaldus,
Berengarius, Aimericus, Ilaria. Ce monument remonte probablement au V* siècle (Voir un Mémoire de Mgr Barbier de Montault dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de VOuest^ premier trimestre de 1880, et les deux planches qui raccompagnent).
Table d*autel de Rodez. — « J'ai donné, dit Gaumont, Abécédaire p. 78, le spécimen d'un autel du vu® siècle (celui du Ham); je puis oITrir la table complète d'un autre autel conservée dans la cathédrale de Rodez. On lit sur le bord de cette table : Deus dedit^ episcopus indignus fierijussit hanc aram. L'évêque Dieudonné vivait au vi® siècle; maison croit que cette table d'autel a été refaite. C'est toujours un monument du plus haut intérêt que les explorateurs ont été plus portés à attribuer au ix° siècle qu'au vi*^. On voit au musée de Rodez quatre colonnes en marbre très élégantes, qui portaient cette table d'autel avant qu'elle eût été déplacée. »
A signaler également un autel du vestibule de la crypte de Sainte-Marthe de Tarascon. Cet autel, très étroit, est porté sur quatre colonnes et un pivot central.
Au musée Borelly à Marseille, se trouve une table d'un autel chrétien des premiers siècles. C'est un exemple de la sculpture mérovingienne très châtiée. Il faut insister sur la valeur de cette sculpture qui est grecque de style (ne pas oublier que l'inscription est en grec).
Grands cimetières chrétiens en gaule. — Ce sont les sarcophages qui, plus encore que la décoration architectonique, nous renseignei*ont sur l'état de la sculpture en Gaule pendant les premiers temps chrétiens.
La Gaule possédait de nombreux cimetières très célèbres qui avaient besoin d'être approvisionnés de sarcophages.
Les tombes d'Autun sont célèbres dans la légende comme dans l'histoire. Grégoire de Tours nous parle de leur amoncellement au Polyandre de Saint- Pierre-l'Estrier qui a donné à la science de précieuses inscriptions chrétiennes. Grégoire parle des merveilles qui s'y produisaient sous les yeux des fidèles; il nous dit un miracle accompli lorsqu'on mit saint Cassieii au sépulcre. — De gloria confessorum (cap. 73 à 75). Un de ces monuments a probablement survécu : c'est le sarcophage de Saint-Francovée.
Le même Grégoire de Tours (Gloria Confessorum cap. 35 et 42) mentionne au vi* siècle, à Dijon et à Glermont, d'anciens sarcophages : marbres de Paras, dit-il, merveilleusement sculptés et représentant les miracles du Christ et des Apôtres,
Voilà donc l'existence de ces pièces dûment enregistrée au vi® siècle par celui qu'on a appelé le Père de notre histoire.
A Narbonne existait une nécropole nommée Embolas ; à Bordeaux, Saint-Seurin.
Au musée de Glermont, fragment d'un sarcophage chrétien d'un assez beau style. — Inscriptions chrétiennes du vi® siècle. Décoration de deux colombes buvant dans des calices sous deux arcades.
A Arles, les Aliscamps. — Grande allée des tombeaux à gros et lourds couvercles bombés, en dos d'âne ou plais, munis de quatre ou six oreilles. — Imbrices terminées par une antéfixe» Majestueuse allée des Aliscamps. Longues lignes de sarcophages rangés sur trois rangs. On dirait un dortoir d'hôpital. L'histoire y sommeille.
L'impression causée par la vue de ces cimetières apparents et par les monuments hors de terre, a été énorme dans la littérature et la pensée du moyen âge.
A Marseille, crypte de Saint-Victor. On voit dans cette crypte une construction antique. Ce sont de grands arcs à beaux claveaux extradossés. Un arc au moins est antique. Grotte taillée dans le roc. Ce sont bien là de véritables catacombes. On y remarque de véritables loculi taillés dans la pierre, comme à Rome, ils sont taillés dans la Pouzzolane. Sarcophages aussi superposés les uns aux autres. C'est vraiment très ancien et bien semblable aux catacombes de Rome. Les grappes de vigne placées sous l'intrados d'un arc près de la grotte dite de Saint-Lazare ne sont pas mérovingiennes. C'est plutôt antérieur, car le relief est très fort et très ressenti. Aux temps mérovingiens, la sculpture aurait bien moins de saillie. En résumé, l'abbaye de saint- Victor fondée au commencement du VI® siècle n'a fait probablement que consacrer l'existence d'un hypogée antérieur.
« Deux cent quatre-vingt-quinze sarcophages ou débris, tombes sans couvercles, couvercles sans tombes, voilà, dit M. Le Blant, (Sarcophages Chrétiens de la Gaule, Introd. p. xvii-xviii) ce que j'ai pu relever de monuments, seuls types de notre sculpture chrétienne du IV® au VI® siècle.
M En étudiant autrefois nos premières inscriptions chrétiennes, j'ai montré que leur répartition dans Tétendue de la Gaule y jalonnait, si Ton peut dire ainsi, la marche, le progrès de la foi nouvelle. »
Le IV* siècle, vers le milieu duquel se rencontre pour la première fois une épitaphe à date certaine, ne nous fournit que quatre monuments épigraphiques ; le v« en compte cinquante-quatre ; le vi®, cent trente et un ; il n'en est que vingt pour le vn®. On peut donc penser que nos premières inscriptions chrétiennes dépourvues de marques chronologiques se répartissent de même dans les âges et que le plus grand nombre d'entre elles appartiennent au vi'' siècle.
Ce qu'on a dit des inscriptions peut se dire des sculptures. Cependant il ne faut pas oublier qu'on a cessé de sculpter vers le vi^ siècle.
En Gaule, le plus ancien des marbres chrétiens datés appartient à l'an 334 (Le Blant, Inlrod, des inscriptions chrétiennes de la Gaule.], Mais on peut, à l'aide de certains signes, arriver à fixer l'époque d'exécution de quelques monuments. Un relevé chronologique de l'ensemble des symboles gravés sur nos monuments d'épigraphie chrétienne antérieure au vni" siècle, permet d'estimer l'âge des inscriptions dépourvues de dates sur lesquelles ils se rencontrent souvent. M. Le Blant en a dressé le tableau.
Symbole de l'Ancre : C'est tout ce qu'il y a de plus ancien.
^ de l'an 347 à Tan 493.
A CO de 377 h 547.
Colombe, 378 à 6f2.
^ de 400 environ à 525 ou 540.
3 Épitaphe delà façade de l'église Saint-Martin.
Vase, de 450 à 563.
Poisson, de 474 à 631.
Vous avez vu ce qu'étaient les sarcophages, c'est- Couvercle de sar-
vj'i j* j uJi'jtJL cophaiçe avec le
à'dire les auges de pierre ou de marbre destmées à chrisme trouvé
former les tombeaux. Quand ces tombeaux étaient R**t^ ^^. réjçlise apparents, ils étaient ornés de sculptures ^ Poitiers.
1. Ils étaient, à rorigine, aussi bien en Gaule qu'en Italie, placés à découvert Boit sur de petits édicules soit dans des églises et des chapelles, soit cnfln sur des arcades, dans des cryptes ou des caveaux funéraires.
Fig. 6.
104 LA SïCrLPTVRE E5 GAIXE
Je VOUS ai montré comment les sarcophages étaient décorés dans Técole de sculpture de Rome.
Il y eut, dans le monde occidental, quatre écoles principales de ivculpture de sarcophages.
1" L*Ecole romaine qui exporta ses productions dans tout le bassin de la Méditerranée et surtout dans tout l*Occident.
2^ L^Ecole de Havenne, que nous étudierons à part en la rattachant à l'art byzantin, ce qu*on n*avait pas tenté jusqu'à présent. Je vous montrerai, en effet, que f école latine pare n'est pas restée longtemps maîtresse des idées en Italie. Je ferai voir de bonne heure, en Italie, la part de l'influence grecque et orientale, aussi bien dans la sculpture que dans Tarchi lecture.
3^ Au nombre des principales Ecoles de sculpture qui fournirent la Gaofe de sarcophages, il y eut TÉcole dWrles que je vous ai déjà signalée et que nous étudierons principalement aujourd'hui. On retrouve ses produits dans toute la France.
Elle est resiée purement romaine et latine.
4? Eniin, il y eut l'Ecole du Sud-Ouest, école qui au point de vue de ses origines et de ses inspirations^ a été bien à tort confondue ou mélangée jusqu'à présent avec l'Ecole d'Arles et avec l'Ecole romaine. Les archéologues ne se sont pas assez aperçus de la nécessité absolue qu'il y a d'enlever à l'Ecole latine pure la vaste entreprise de fabrication de tous les sarcophages du Sud-Ouest.
Je vous démontrerai que cette école du Sud-Ouest, loin de participer du style latin de l'Ecole d'Arles et de Rome, rappelle au contraire le style byzantin de Ravenne et se rattache par un contact plus ou moins direct à l'art chrétien de l'Orient. Ce point de fait est très important à mettre en relief.
L'interprétation symbolique des sujets est quelquefois dangereuse. Cependant la décoration de la sculpture des sarcophages vécut de symbolisme. Dans les premiers siècles du christianisme, les mosaïques, les peintures muraleset les sculptures des sarcophages représentaient souvent le Christ, les Apôtres et d'autres personnages, tantôt sous leur forme véritable, tantôt sous diverses formes emblématiques dont r usage fut conservé à partir du v® siècle.
« Ainsi, dit M. de Caumont [Abécédaire dArchéologie^ Arch. Jielig. p. 39), le Sauveur est souvent figuré par un Agneau élevé
sur un tertre d'où sortent quatre fleuves et auquel rendent hommage douze autres moutons représentant les douze apôtres. L'Agneau seul avec la croix représente Jésus-Christ. Tout le monde sait que la figure du Bon-Pasteur, portant un agneau sur ses épaules et tenant à la main la houlette ou pediim^ est l'image de la communauté chrétienne. Le bœuf, Tange, Taigle et le lion furent très anciennement les symboles des quatre évangélistes.
Plusieurs autres animaux expriment des idées symboliques. Les colombes sont prises pour l'image de la pureté et de la douceur chrétienne. Le paon et le phénix sont l'emblème de l'immortalité de l'âme et de la félicité éternelle. Les cerfs ou les daims qui viennent se désaltérer à une fontaine figurent les chrétiens aspirant aux eaux vivifiantes. Les poissons étaient l'emblème de la qualité du chrétien.
Ce n'était point seulement par la parole que le fidèle confessait sa croyance; les images, ces livres des illettrés, servaient encore à la faire éclater.
Parmi les représentations diverses qui attestent la foi de nos pères dans la Renaissance du corps, il en est deux que je dois signaler : le mort figuré debout et en prière; Daniel qui annonça la résurrection et que Dieu délivra des lions comme il nous a sauvés de la mort (E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, tome II, n« 467, p. 165).
Il faut examiner soigneusement la sculpture des premiers temps chrétiens; elle a reçu quelquefois l'empreinte de deux époques.
Les chrétiens des premiers siècles utilisèrent, pour se procurer des sarcophages, les débris des monuments romains qu'ils avaient à leur portée et s'en firent des tombeaux. A Bayeux, à Poitiers et dans beaucoup d'autres villes, ils avaient creusé des cercueils dans des colonnes milliaires. A Vieux, toujours en Normandie, une frise corinthienne avait été employée de même. A Poitiers, couvercle de petit sarcophage d'enfant taillé dans une statue. Autre sarcophage creusé dans une colonne. A Angers se voient des sarcophages et leurs couvercles pris dans des architraves.
Ecole latine des sarcophages de la gaule. — Cette école est surtout représentée par l'atelier d'Arles.
Je VOUS ai montré comment les sarcophages étaient décorés dans l'école de sculpture de Rome.
Il y eut, dans le monde occidental, quatre écoles principales de sculpture de sarcophages.
\^ L'École romaine qui exporta ses productions dans tout le bassin de la Méditerranée et surtout dans tout TOccident.
2<* L'École de Ravenne, que nous étudierons à part en la rattachant à Tart byzantin, ce qu'on n'avait pas tenté jusqu'à présent. Je vous montrerai, en effet, que Vécole latine pure n'est pas restée longtemps maîtresse des idées en Italie. Je ferai voir de bonne heure, en Italie, la part de l'influence grecque et orientale, aussi bien dans la sculpture que dans l'architecture.
3° Au nombre des principales Kcoles de sculpture qui fournirent la Gaofe de sarcophages, il y eut l'École d'Arles que je vous ai déjà signalée et que nous étudierons principalement aujourd'hui. On retrouve ses produits dans toute la France.
Elle est restée purement romaine et latine.
4° Enfin, il y eut l'École du Sud-Ouest, école qui au point de vue de ses origines et de ses inspirations^ a été bien à tort confondue ou mélangée jusqu'à présent avecl'Ecole d'Arles et avec FÉcole romaine. Les archéologues ne se sont pas assez aperçus de la nécessité absolue qu'il y a d'enlever à TÉcole latine pure la vaste entreprise de fabrication de tous les sarcophages du Sud-Ouest.
Je vous démontrerai que cette école du Sud-Ouest, loin de participer du style latin de l'Ecole d'Arles et de Rome, rappelle au contraire le style byzantin de Ravenne et se rattache par un contact plus ou moins direct à l'art chrétien de l'Orient. Ce point de faites! très important à mettre en relief.
L'interprétation symbolique des sujets est quelquefois dangereuse. Cependant la décoration de la sculpture des sarcophages vécut de symbolisme. Dans lespremiers siècles du christianisme, les mosaïques, les peintures murales et les sculptures des sarcophages représentaient souvent le Christ, les Apôtres et d'autres personnages, tantôt sous leur forme véritable, tantôt sous diverses formes emblématiques dont l'usage fut conservé à partir du v° siècle.
« Ainsi, dit M. de Caumont [Abécédaire (T Archéologie ^ Arch. Jielig. p. 39), le Sauveur est souvent figuré par un Agneau élevé
LA SCrLPTURE EN GAULE 105
sur un tertre d'où sortent quatre fleuves et auquel rendent hommage douze autres moutons représentant les douze apôtres. L'Agneau seul avec la croix représente Jésus-Christ. Tout le monde sait que la figure du Bon-Pasteur, portant un agneau sur ses épaules et tenant à la main la houlette ou pedum^ est l'image de la communauté chrétienne. Le bœuf, Tange, Taigle et le lion furent très anciennement les symboles des quatre évangélistes.
Plusieurs autres animaux expriment des idées symboliques. Les colombes sont prises pour l'image de la pureté et de la douceur chrétienne. Le paon et le phénix sont Temblèrae de l'immortalité de Tâme et de la félicité éternelle. Les cerfs ou les daims qui viennent se désaltérer à une fontaine figurent les chrétiens aspirant aux eaux vivifiantes. Les poissons étaient l'emblème de la qualité du chrétien.
Ce n'était point seulement par la parole que le fidèle confessait sa croyance; les images, ces livres des illettrés, servaient encore à la faire éclater.
Parmi les représentations diverses qui attestent la foi de nos pères dans la Renaissance du corps, il en est deux que je dois signaler : le mort figuré debout et en prière; Daniel qui annonça la résurrection et que Dieu délivra des lions comme il nous a sauvés de la mort (E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gau/e, tome II, n« 467, p. 165).
Il faut examiner soigneusement la sculpture des premiers temps chrétiens; elle a reçu quelquefois l'empreinte de deux époques.
Les chrétiens des premiers siècles utilisèrent, pour se procurer des sarcophages, les débris des monuments romains qu'ils avaient à leur portée et s'en firent des tombeaux. A Bayeux, à Poitiers et dans beaucoup d'autres villes, ils avaient creusé des cercueils dans des colonnes milliaires. A Vieux, toujours en Normandie, une frise corinthienne avait été employée de même. A Poitiers, couvercle de petit sarcophage d'enfant taillé dans une statue. Autre sarcophage creusé dans une colonne. A Angers se voient des sarcophages et leurs couvercles pris dans des architraves.
Ecole latine des sarcophages de la gaule. — Cette école est surtout représentée par l'atelier d'Arles.
Je VOUS ai montré comment les sarcophages étaient décorés dans Técole de sculpture de Rome.
II y eut, dans le monde occidental, quatre écoles principales de sculpture de sarcophages.
1** L'Ecole romaine qui exporta ses productions dans tout le bassin de la Méditerranée et surtout dans tout TOccident.
2<* L'Ecole de Ravenne, que nous étudierons à part en la rattachant à Tart byzantin, ce qu'on n'avait pas tenté jusqu'à présent. Je vous montrerai, en elTet, que V école latine pure n'est pas restée longtemps maîtresse des idées en Italie. Je ferai voir de bonne heure, en Italie, la part de Tinfluence grecque et orientale, aussi bien dans la sculpture que dans l'architecture.
3° Au nombre des principales Ecoles de sculpture qui fournirent la Gaok de sarcophages, il y eut l'École d'Arles que je vous ai déjà signalée et que nous étudierons principalement aujourd'hui. On retrouve ses produits dans toute la France.
Elle est restée purement romaine et latine.
A9 Enfm, il y eut l'Ecole du Sud-Ouest, école qui au point de vue de ses origines et de ses inspirations^ a été bien à tort confondue ou mélangée jusqu'à présent avec l'Ecole d'Arles et avec l'Ecole romaine. Les archéologues ne se sont pas assez aperçus de la nécessité absolue qu'il y a d'enlever à TEcole latine pure la vaste entreprise de fabrication de tous les sarcophages du Sud-Ouest.
Je vous démontrerai que cette école du Sud-Ouest, loin de participer du style latin de T Ecole d'Arles et de Rome, rappelle au contraire le style byzantin de Ravenne et se rattache par un contact plus ou moins direct à l'art chrétien de l'Orient. Ce point de fait est très important à mettre en relief.
L'interprétation symbolique des sujets est quelquefois dangereuse. Cependant la décoration de la sculpture des sarcophages vécut de symbolisme. Dans lespremiers siècles du christianisme, les mosaïques, les peintures murales et les sculptures des sarcophages représentaient souvent le Christ, les Apôtres et d'autres personnages, tantôt sous leur forme véritable, tantôt sous diverses formes emblématiques dont l'usage fut conservé à partir du v« siècle.
tt Ainsi, dit M. de Caumont [Abécédaire dWrchéologie, Arch. Jielig. p. 39), le Sauveur est souvent figuré par un Agneau élevé
LA SCrLPTL'RE EN GAULE 105
sur un tertre d'où sortent quatre fleuves et auquel rendent hommage douze autres moutons représentant les douze apôtres. L'Agneau seul avec la croix représente Jésus-Christ. Tout le monde sait que la figure du Bon-Pasteur, portant un agneau sur ses épaules et tenant à la main la houlette ou pedum^ est Timage de la communauté chrétienne. Le bœuf, Tange, Taigle et le lion furent très anciennement les symboles des quatre évangélistes.
Plusieurs autres animaux expriment des idées symboliques. Les colombes sont prises pour l'image de la pureté et de la douceur chrétienne. Le paon et le phénix sont l'emblème de l'immortalité de Tâme et de la félicité éternelle. Les cerfs ou les daims qui viennent se désaltérer à une fontaine figurent les chrétiens aspirant aux eaux vivifiantes. Les poissons étaient l'emblème de la qualité du chrétien.
Ce n'était point seulement par la parole que le fidèle confessait sa croyance; les images, ces livres des illettrés, servaient encore à la faire éclater.
Parmi les représentations diverses qui attestent la foi de nos pères dans la Renaissance du corps, il en est deux que je dois signaler : le mort figuré debout et en prière; Daniel qui annonça la résurrection et que Dieu délivra des lions comme il nous a sauvés de la mort (E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule^ tome II, n« 467, p. 165).
Il faut examiner soigneusement la sculpture des premiers temps chrétiens; elle a reçu quelquefois l'empreinte de deux époques.
Les chrétiens des premiers siècles utilisèrent, pour se procurer des sarcophages, les débris des monuments romains qu'ils avaient à leur portée et s'en firent des tombeaux. A Bayeux, à Poitiers et dans beaucoup d'autres villes, ils avaient creusé des cercueils dans des colonnes milliaires. A Vieux, toujours en Normandie, une frise corinthienne avait été employée de même. A Poitiers, couvercle de petit sarcophage d'enfant taillé dans une statue. Autre sarcophage creusé dans une colonne. A Angers se voient des sarcophages et leurs couvercles pris dans des architraves.
Ecole latixb des sarcophages de la gaule, — Cette école est surtout représentée par l'atelier d\\rlcs.
Je VOUS ai montré comment les sarcophages étaient décorés dans l'école de sculpture de Rome.
Il y eut, dans le monde occidental, quatre écoles principales de sculpture de sarcophages.
1" L'École romaine qui exporta ses productions dans tout le bassin de la Méditerranée et surtout dans tout l'Occident.
2^ L'Ecole de Ravenne, que nous étudierons à part en la rattachant à l'art byzantin, ce qu'on n'avait pas tenté jusqu'à présent. Je vous montrerai, en effet, que V école latine pure n'est pas restée longtemps maîtresse des idées en Italie. Je ferai voir de bonne heure, en Italie, la part de l'influence grecque et orientale, aussi bien dans la sculpture que dans l'architecture.
3° Au nombre des principales Kcoles de sculpture qui fournirent la Gaofe de sarcophages, il y eut l'Ecole d'Arles que je vous ai déjà signalée et que nous étudierons principalement aujourd'hui. On retrouve ses produits dans toute la France.
Elle est restée purement romaine et latine.
4» Enfin, il y eut l'Ecole du Sud-Ouest, école qui au point de vue de ses origines et de ses inspirations^ a été bien à tort confondue ou mélangée jusqu'à présent avec l'Ecole d'Arles et avec TEcole romaine. Les archéologues ne se sont pas assez aperçus de la nécessité absolue qu'il y a d'enlever à TEcoIe latine pure la vaste entreprise de fabrication de tous les sarcophages du Sud-Ouest.
Je vous démontrerai que cette école du Sud-Ouest, loin de parliciper du style latin de l'Ecole d'Arles et de Rome, rappelle au contraire le style byzantin de Ravenne et se rattache par un contact plus ou moins direct à l'art chrétien de l'Orient. Ce point de fait est très important à mettre en relief.
L'interprétation symbolique des sujets est quelquefois dangereuse. Cependant la décoration de la sculpture des sarcophages vécut de symbolisme. Dans les premiers siècles du christianisme, les mosaïques, les peintures murales et les sculptures des sarcophages représentaient souvent le Christ, les Apôtres et d'autres pei'sonnages, tantôt sous leur forme véritable, tantôt sous diverses formes emblématiques dont l'usage fut conservé à partir du v® siècle.
« Ainsi, dit M. de Caumont {Abécédaire d'Archéologie^ Arch, Jielig. p. 39), le Sauveur est souvent figuré par un Agneau élevé
sur un tertre d'où sortentquatre fleuves et auquel rendent hommage douze autres moutons représentant les douze apôtres. L'Agneau seul avec la croix représente Jésus-Christ. Tout le monde sait que la figure du Bon-Pasteur, portant un agneau sur ses épaules et tenant à la main la houlette ou pedam, est Timage de la communauté chrétienne. Le bœuf, Tange, Taigle et le lion furent très anciennement les symboles des quatre évangélistes.
Plusieurs autres animaux expriment des idées symboliques. Les colombes sont prises pour l'image de la pureté et de la douceur chrétienne. Le paon et le phénix sont l'emblème de l'immortalité <le l*âme et de la félicité éternelle. Les cerfs ou les daims qui viennent se désaltérer à une fontaine figurent les chrétiens aspirant aux eaux vivifiantes. Les poissons étaient l'emblème de la qualité du chrétien.
Ce n'était point seulement par la parole que le fidèle confessait sa croyance; les images, ces livres des illettrés, servaient encore à la faire éclater.
Parmi les représentations diverses qui attestent la foi de nos pères dans la Renaissance du corps, il en est deux que je dois signaler : le mort figuré debout et en prière; Daniel qui annonça la résurrection et que Dieu délivra des lions comme il nous a sauvés de la mort (E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, tome II, n* 467, p. 165).
II faut examiner soigneusement la sculpture des premiers temps chrétiens; elle a reçu quelquefois l'empreinte de deux époques.
I^s chrétiens des premiers siècles utilisèrent, pour se procurer des sarcophages, les débris des monuments romains qu'ils avaient à leur portée et s'en firent des tombeaux. A Baveux, c'i Poitiers et dans beaucoup d'autres villes, ils avaient creusé des cercueils dans des colonnes milliaires. A Vieux, toujours en Normandie, une frise corinthienne avait été employée de même. A Poitiers, couvercle de petit sarcophage d'enfant taillé dans une statue. Autre sarcophage creusé dans une colonne. A Angers se voient des sarcophages et leurs couvercles pris dans des architraves.
Ecole latine des sarcophages de la gaule. — Cette école est surtout représentée par l'atelier d'Arles.
« Le type adopté dans le bassin du Rhône, dit M. Le Blant [Sarc. d^ Arles, intr. p. vi), procède des modèles romains. A peine reconnaît-on quelque différence entre les marbres chrétiens d'Arles et ceux de Rome, alors que toutes les écoles ou tous les ateliers industriels diffèrent entre eux. »
Un certain nombre de sujets ont été notés comme absolument particuliers à Arles, entre autres le Passage de la Mer Rouge,
tt A Arles, dit M. Le Blant, la présence de la croix et du monogramme (ou chrisme)^ indique un âge postérieur au triomphe du Christianisme. » [Ibid, p. iv)
Mais les formules des inscriptions que portent deux des tombes de cette ville, Tidentité de leur aspect avec celui des sarcophages à dates certaines, suffisent à attester que le plus grand nombre appartient au ive ou au V® siècle. Donc, une fois pour toutes, presque tous les sarcophages gallo-romains, latins-chrétiens dans les Gaules, quand ils sont décorés de sculptures importantes, datent du iv^ou du v® siècle ^
L'art romain dans le milieu hellénisé de la Provence est bien supérieur au gallo-romain ordinaire. Ce que vous avez vu aux temps gaulois (sculpture d'Entremont au musée d'Aix-en-Provence), ce que vous avez vu aux temps gallo-romains (arcs de triomphe de la Provence, monuments de Vienne etc.) se produit encore aux temps chrétiens. L'air est imprégné d'essence grecque. Ce qui se passe làbas au fond de la Méditerranée, dans le milieu oriental pénétré de la civilisation grecque, se reproduit presque identiquement dans la Gaule méridionale. Un chapiteau de marbre du musée d'Arles pourrait être aussi bien un monument de la Syrie.
1. Pour les sujets, lire la table alphabétique des matières de M. Le Blant, dans son livre des Sarcophages chrétiens de la Gaule,