‹ Leçons professées à l'École du Louvre (1887-1896) (volume 4)Chapitre 33 sur 124 · L'ART BARBARE · texte numérisé non relu

L'ART BARBARE

Messieurs,

Aujourd'hui, j'ai à vous faire connaître le tempérament de Tant barbare. Il me faudra deux leçons entières pour vous communiquer les pièces. Vous ne pourrez comprendre cet art des fibules et des bijoux que quand vous en aurez vu beaucoup, et quand vous aurez beaucoup comparé.

Avant de vous communiquer ces pièces avec mes commentaires, il faut que je vous expose deux choses extraordinaires que j'ai à vous dire. Il faut surtout que je vous donne, par des citations, confiance dans ce que j'aurai à allirmer.

Vous avez vu, dans notre dernier entretien, quels furent, au point de vue ethnographique^ les éléments nouveaux introduits en Gaule par les Invasions.

Les principaux peuples envahisseurs étaient : les Bourguignon^^ les Goths {Wisigoths et Oslrogoths)^ enfin les Francs, c'est-à-dire un ensemble de peuples appartenant à la famille germanique.

Je vous ai montré, l'Histoire à la main, qu'il y eut communication, . inoculation, transfusion d'un sang nouveau, du sang barbare.

Aujourd'hui, je vais vous montrer qu'il y eut en même temps transfusion, inoculation d'un nouveau principe intellectuel, qu'il y

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eut corrélation entre les deux invasions matérielle et intellectuelle, que Tune se confirme et se constate à Taide de Tautre, et que, ainsi que Ta justement proclamé M. Geffroy, tout se réduit à une question de race.

\'ous avez déjà vu que pour soutenir la légitimité de leurs conclusions et la Homanisation contre nature et de plus en plus accentuée de la France, les Romanistes obstinés comme Tabbé Dubos, uvaionl été obligés de nier, contre Tévidence, la réalité de la conquête et le changement radical apporté par les races nouvelles dans Torientation juridique. Vous avez lu, je l'espère, la réfutation péromptoire que Montesquieu, dans Y Esprit des lois, a faite de cette inexacte et mensongère théorie. L'enseignement supérieur du droit est actuellement absolument hostile à la pensée de Dubos.

Mercredi donc^ j'ai fait allusion à la preuve parallèle que le droit féodal, issu de la conquête germanique, fournissait à notre démonstration.

Je pourrais également invoquer ce que nous révèle la pénétration des éléments germaniques dans notre langue ; et je vous renvoie, 1^ ce sujet, au livre de M. Gaston Paris, La littérature française au moyen âge. Vous verrez que je suis d'accord dans mes conclusions générales avec les savants qui traitent des mêmes époques en se plaçant à des points de vue différents.

Examinons maintenant, en matière d'art, les conséquences des Invasions. Voyons ce qui se passe en Gaule, dans ce pays en train de perdre son nom latin et de devenir la France, par suite de l'addition d'un élément nouveau à sa composition ethnographique et à sa personnalité morale et psychologique.

Comme les Barbares qui envahirent la Gaule venaient tous de la Germanie, ou l'avaient au moins traversée avant de passer le Rhin, il aurait été naturel de rechercher leur origine et de connaître d'abord ce qu'ils peuvent y avoir laissé pendant le séjour qu'ils y ont fait.

Cependant je n'ai pas voulu procéder ainsi.

J'ai voulu d'abord vous exposer ce qu''on trouve en France.

Je montrerai ensuite de quel coin du monde est partie l'importa* tion ; nous traiterons alors de Tart barbare universel.

Les études sur la période franque de l'histoire de Tart ont été trè» en retard*

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