SURVIVANCE DK L ART SEPTENTRIONAL
Il y a là, dans un portefeuille, la succession des formes monstrueuses transmises par la tradition septentrionale à travers l'époque romane et l'époque gothique. Ce sont les documents à l'aide desquels je vous ai fait ma dernière leçon. Je n'y reviendrai pas.
Je veux seulement vous montrer ce que vous n'avez pas compris, la suture de l'art barbare et de l'art roman.
La preuve par les entrelacs, j'ai commencé de la faire mercredi soir, 27 mai. Je la continuerai.
Mais, avant, je veux prouver la communication entre l'art roman et 1 art barbare par ce qu'on appelle les têtes plates : c'est-à-dire une certaine décoration empruntée aux fibules par la sculpture des éj;lises françaises et anglaises du xi^ et du xii® siècle. Ruprich Robert en a relevé un grand nombre dans son Architecture normande.
Comparez la fibule trouvée à Nottingham avec la porte de l'église de Saint-Contest dans le Calvados.
Vous n'avez pas oublié non plus, Messieurs, ce que l'examen des bronzes communiqués à la dernière séance nous a révélé sur le caractère oriental et Scandinave des provenances inspiratrices.
J'avais besoin de vous démontrer tout cela dès cette année. Car tout cela est non seulement discuté, mais est encore nié absolument dans des livres qui font autorité dans la science, comme vous le verrez tout à Theure ou ce soir.
Résumons les conclusions à tirer des nombreux faits observés. Examinons, une dernière fois, quelles ont pu et dû être les conséquences du changement apporté dans l'économie matérielle et morale de l'Europe occidentale par les invasions germaniques.
Deux des races barbares, les Ostrogoths et les Wisigoths, se sont laissé entamer, comme vous le savez, par la civilisation méridionale et, dans la construction en pierre, dans la sculpture de pierre et de marbre qu'ils ont de bonne heure adoptées, ils ont été les propagateurs de la culture néo-grecque, de la culture gréco-orientale, de la culture byzantine, et ils paraissent, dans leurs travaux monumentaux, avoir mis tout au moins une sourdine à leurs instincts nationaux, instincts collectifs communs à toutes les races germaniques.
Mais je vous ai dit qu'au point de vue de l'art industriel, au point de vue du tempérament et des instincts nationaux, les dilFé-
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rentes races de Barbares ne pouvaient génère être distinguées les unes des autres d'une manière j^énérale. et qu'il y avait nécessité à traiter leur histoire d'ensemble.
Elles témoignent toutes du même tempérament, tempérament puisé plus ou moins directement à une source unique, que je ne peux pas et que je ne veux pas localiser géographiquement d'une manière méticuleuse, — cela m'entraînerait trop loin — que je ne puis pas enfermer dans des limites de temps très fixes. Mais cette source unique a existé, et elle a été orientale.
La première preuve que j'en ai faite est suflisante, je l'estime, pour ceux qui sont en état d'analyser les œuvres d'art, pour ceux qui ont confiance dans les démonstrations qui résultent de l'évidence constatée par les yeux.
Je regrette qu'on n'ait pas fait suffisamment attention à la preuve très importante que j'ai fournie à l'aide de l'existence du trésor de NagySzent'Miklos conservé à Vienne, trésor considéré comme d'origine ostrogothe et, de toute manière, barbare. Un fac-similé vous attend au musée de TUnion centrale des arts décoratifs.
De même pour la démonstration qui résulte de la production de la fibule de Wittislingen et des similaires.
Je vous prie de méditer longuement devant ces monuments. A la rigueur, vous n'auriez besoin de rien faire en dehors de cela, en admettant que vous ayez une certaine éducation antérieure et que vous ayez au moins des lueurs sur ce qu'est l'expression de Tari oriental. Je ne peux pas me mettre à faire de l'enseignement primaire. Je suis obligé de supposer chez tous mes auditeurs une certaine dose de préparation.
Je suppose donc que vous connaissez sommairement dans son essence l'art oriental, il me suffît que ce soit même l'art oriental moderne.
Je suis sûr alors que vous serez de mon avis quand je vous affirmerai que quelques-uns des monuments qui vont défiler ou qui ont déjà défilé sous vos yeux sont pénétrés, à des degrés divers, de l'influence de l'art oriental ou qu'ils émanent de son essence ellemême.
Donc, au sommet de ma doctrine, relativement à la signification générale de l'art industriel des barbares, je poserai le principe de
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Texistence du caractère oriental qui régnera d'une manière générale sur le tout, à partir du moment où ces peuplades barbares, prises dans leur ensemble^ apparaissent sur notre sol européen. Je ne sais pas ce qui s'est passé antérieurement en fait; cherchez-le si vous voulez. On a dû le chercher historiquement. On le sait peutêtre. Je ne puis pas le connaître directement et de première main, et je ne veux pas m'en occuper. C'est affaire à l'histoire générale. Ne nous échappons pas par la tangente.
Je me bornerai à vous exposer les hypothèses inévitables que la vue. des monuments m'inspire sur le berceau commun des races barbares.
Vous devez tenir pour démontrée, au point de vue delà décoration, l'identité du génie germanique et Scandinave avec le génie oriental, et notamment la parenté du génie Scandinave avec le génie hindou. Celte parenté est, au point de vue de l'art, un fait matériel, indiscutable, supérieur à toutes les affirmations et à toutes les négations historiques, c'est-à-dire extrinsèques.
Quand on considère les choses sous îe rapport des formes et de leurs lois esthétiques, il est nécessaire — malgré toutes les restrictions que pourront faire les historiens du Danemark eux-mêmes, restrictions dont je vous donnerai connaissance ce soir, si vous voulez — il est nécessaire de croire à une communication directe, immédiate, intime, familiale entre les Barbares voyageurs marchant vers l'Occident du i*"" au x® siècle et les Hindous restés cantonnés dans la grande presqu'île asiatique, et avec les Persans qui n'ont pas cessé, ni les uns ni les autres, de pratiquer leur vieille esthétique nationale, et dont la liberté et la naïvelé n'ont pas été atteintes par le classicisme occidental du génie latin.
A qui étudie intrinsèquement l'art des Barbares, la même conclusion s'impose qu'aux philologues qui, eux, n'ont pas à tenir compte des faits historiques.
L'Inde apparaît comme une source plus ou moins immédiate, plus ou moins directe, mais nécessaire.
Puis je vous signalerai deux courants qui me paraissent simultanés dans l'art barbare, au moins du vi" au ix® siècle. Courants d'essence orientale tous les deux ; mais qui, quoique quelquefois confondus dans des pénétrations réciproques, peuvent se différen-
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cier. Le courant que je crois germanique pur et qui a trouvé son développement le plus complet dans Tart Scandinave et qui vient de rinde ou qui ressemble à ce qui s*est fait dans Tlnde de tout temps, et le courant également oriental, après ou avant certains contacts passifs ou actifs avec Byzance, et qui vient de la Perse et de l'Assyrie. L'art des fibules et de Torfèvrerie barbare trahit l'existence de ces deux courants.
Voilà le fil conducteur que vous devrez suivre dans le dédale des théories et des exemples qui ont été ou qui seront placés sous vos yeux.
Mais il y a une grosse question préalable et qu'il faut vider tout de suite.
Voilà bien de l'orientalisme, me direz-vous? Je ne fais cependant que reprendre et je ne vais faire que développer devant vous une des grandes vues inspirées à Viollet-le-Duc, par le génie de l'histoire de l'art *.
« Notre roman nous appartient sans nul doute, dit Viollet-le-Duc, mais partout il a un père étranger : ici romain, là byzantin, plus loin Nord-hindou. Nous l'avons élevé, nous l'avons fait ce qu'il est, mais à l'aide d'éléments qui viennent tous, sauf le romain, de rOrient. Et le romain lui-même d'où est-il venu ? Nous avons vu parfois quelques personnes s'émerveiller de ce que certains chapiteaux du xH® siècle avaient des rapports de ressemblance frappants avec l'ornementation des chapiteaux égyptiens des dernières dynasties. Cependant il n'y a rien là qui soit contraire à la logique des faits. Ces arts partent d'une même source commune aux grandes races qui ont peuplé une partie de l'Asie et de l'Europe, et il n'y a rien d'extraordinaire qu'un ornement sorti de l'Inde pour aller s'implanter en Egypte ressemble à un ornement sorti de l'Inde pour aller s'implanter dans l'ouest de l'Europe. Lorsque l'histoire des grandes émigrations aryennes sera bien connue depuis les plus anciennes jusqu'aux plus récentes, si l'on peut s'émerveiller, c'est qu'il n'y ait pas encore plus de similitudes entre toutes les productions d'art de ces peuplades sorties d'un même noyau et pourvues du même génie, c'est qu'on ait fait intervenir à travers ce
1, Dictionnaire raisonné, t. VIII, p. 183 et suivante».
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jfrttutl iH>uranl une race latine et qu'on ait englobé Celtes, Kimris, Holjros, Normands, Burgondes, Wisigoths, Francs, tous Indo-EurojHHnis, dans cette race dite latine, c'est-à-dire confinée sur quelques hootares de l'Italie centrale *. »
(\*(lo lecture d'un livre qui devrait être dans toutes les mains NOUS fatigue peut-être. Vous seriez tentés de me dire que vous êtes convaincus . Il n'en est rien, car vous n'avez pas pu encore approfoiulir la question.
Mais il faut que vous sachiez qu'il en a cuit terriblement à Viollot-le-Duc, pour avoir osé soutenir cette thèse.
On a condensé dans un volume l'expression de toutes les attaques, dont l'illustre érudit avait été l'objet et on a versé le tout sur sa mémoire.
Le volume dont je parle émane d'un savant et d'un archéologue abolument distingué, pour lequel je professe la plus sincère estime ; ce volume, Viollet-le-Duc et sa doctrine archéologique par Anthyme Saint- Paul, fait autorité dans la science. Vous y verrez que la doctrine de VioUet-le-Duc que je reprends ici pour mon compte est regardée comme une dangereuse et ridicule hérésie.
w \'iollet-le-Duc, a-t-on imprimé dans ce livre, n'est pas l'inventeur du système des influences orientales : d'autres l'avaient rêvé avant lui, et les formes très variées qu'elles ont revêtues montrent déjà que ces théories s'appuient à peu près exclusivement sur des appréciations personnelles. »
1/auteur ajoute :
« La thèse, d*après laquelle l'ornementation romane serait puisée « aux monuments arsacides ou sassanides de la Perse, aux monuu ments égyptiens du temps de Ptolémée et jusqu'aux traditions « venues de l'Inde, est une des plus hardies qu'ait imaginées l'éru- « dition contemporaine. »
Vous comprenez ce que veut dire le mot hardies : c'est l'épithète risquée qui est dans la pensée de l'auteur.
« Imagine-t-on nos moines, nos marchands et nos croisés du xi® ou du XII® siècle, en quête d'éclectisme et voyageant comme nos amateurs d'aujourd'hui, leur carnet à la main, choisissant avec la
1. Viollet-le-Duc. Dictionnaire raisonné d architecture, tome VIII, p. 189,
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i^agaclté d'archéologues consommés, les lypes anciens à l'exclusion des plus récents et les dessinant assez bien pour être en état de les reproduire avec fidélité à leur retour dans leur patrie?
« Si Viollet-le-Duc avait connu les monuments Khmers, qui offrent aussi d'assez nombreuses analogies de détail avec la sculpture romane, on aurait eu, à n'en pas douter, à discuter avec lui sur les influences cambodgiennes. »
Ce passage est emprunté à un article paru antérieurement à la publication de VArt russe. Or dans VArl russe, précisément, Viollet-le-Duc n'a pas hésité à comparer les monuments cambodgiens aux monuments occidentaux au point de vue du développement parallèle de principes analogues dans leur essence !
Pauvre Viollet-le-Duc! Vous comprenez, Messieurs, si je compatis à sa mésaventure au moment où, pour obéir à ma conscience, je suis obligé d'affronter les mêmes ironies.
Conclure avec les traditionnels, ou passer pour grotesque. Pas de milieu.
Vous sentez donc que dans l'état où elle se posait, la question se trouvait préjugée.
Vous pouviez penser que la théorie de l'influence orientale est une rêverie. Je me suis appliqué alors à démontrer le contraire. Avant tout, je devais vous débarrasser de cette funeste erreur et faire cesser le fol éclat de rire qui agite encore le grand public, ce bon public qui est si heureux quand il voit des savants autorisés lui fournir toutes sortes de bonnes raisons pour légitimer son scepticisme et encourager sa paresse et son mépris pour le progrès.
La transmission du style oriental à l'Occident ne s'est pas faite grâce à l'influence des touristes du xi** siècle, comme le propose ironiquement le critique de Viollet-le-Duc.
La transmission de ce style oriental s'est faite par la voie des invasions.
Les porteurs des principes de l'orientalisme, principes déjà présents dans l'âme des peuples celtes, ont été les peuples d'origine indo-germanique représentés principalement par trois de leurs familles les plus importantes, les Francs, les Saxons et les Scandinaves.
CorRAJoi», Lk(;(»>>. 15
i*2fi SL*RVIVAN*CE De L*ART SËPTËNl-ttlONAf.
Je ne les sépare pas les unes des autres. Elles ont répandu le même art et le même principe.
Nous avions été déjà fortement germanisés et retrempés dans nos sources aryennes et orientales par l'introduction des éléments francs, burgondes et, à un point de vue spécial, goths, wisigoths et ostrogoths.
Il y eut un rinforzando dans la germanisation par suite de l'introduction sur notre sol, comme sur le sol anglais, de l'élément saxon, anglo-saxon et de l'élément danois ou normand.
Aryens et septentrionaux déjà comme Celtes, nous sommes devenus encore plus aryens et plus septentrionaux comme Francs et partiellement comme saxons et normands.
Et nous, les Français^ les bons vieux pères français de Pasquier, nous avons cru, sur Taflirmation des pédants de la Renaissance du XVI" siècle, nous avons cru que nous étions simplement une variété de latins, et nous avons dit cela à nos enfants, et nous avons emprisonné le génie héréditaire, nous l'avons mutilé et nous l'avons livré au démon du Midi... Quelle méconnaissance de notre psychologie nationale !
Vous avez déjà vu que ce sentiment de la pénétration germanique et Scandinave, Viollet-le-Duc, avec son incomparable sagacité, en avait eu conscience par la seule analyse des œuvres d'art. Il l'avait hardiment affirmée et il avait montré que cette influence n'était qu'un anneau de la longue chaîne qui nous rattachait à des origines indo-germaniques.
Cette conclusion était d'ailleurs conforme aux conclusions précédemment formulées par une autre branche de la science, par la philologie. Je m'appliquerai à vous en démontrer la justesse par la comparaison des œuvres d'art et par les preuves directes de la communication entre l'Occident et l'Orient, que les monuments proclament.
Mais, me disent parfois que^lques amis que j'ai l'honneur de compter dans ce sympathique auditoire, à quoi bon reprendre la lutte soutenue par \'iollet-le-Duc, puisque la cause est gagnée?
La cause est gagnée peut-être devant quelques-uns d'entre vous, Messieurs. Mais c'est une grave erreur de croire que les défenseurs de l'art national doivent ou puissent désarmer. Jugez-en.
ï>lRVlVANCE DE i/aRT SKI'TENTRIoNAL Û'2^
Il y a juste douze jours aujourd'hui, — c'était le 22 mai 1891, — dans cette Ecole nationale des Beaux-arts de Paris, longtemps fermée à tout enseignement de l'art français (peinture, sculpture, architecture), dans cet hémicycle qui, pour les oreilles délicates, résonne encore après vingt-cinq ans des sifllets sous lesquels la parole de Viollet-le-Duc a été éloulfée, une voix doublement autorisée s'est élevée pour proclamer que, « si nous ne pouvons oublier qu'avant la Renaissance et rinfluence italienne nous avions été, avec les seules ressources de notre génie originel, les initiateurs du moyen Age, nous sommes, cependant, les héritiers directs d'Athènes et de Rome et que c'est chez nous et par nous que la civilisation gréco-latine a repris Thégémonie du monde. »
J'ai cité textuellement. Précieux aveu !
Oui sans doute, c'est vrai. Nous sommes devenus les continuateurs d'une décadence étrangère. Nous sommes les champions posthumes de l'antiquité païenne. Rome revit en nous, grâce aux efforts d'une savante pédagogie antinationale. Nous possédons un art accessible à une élite infernalionale d'initiés latins, un art qui s'applique à n'avoir ni âge, ni patrie et qui dédaigne de satisfaire les besoins de son temps et les exigences du climat natal, un art qui pour être compris exige toute une culture spéciale. L'idéal des temps gallo-romains a été reconstitue par l'Etat.
Devons-nous en être (îers?
La civilisation romaine a tué la Gaule et momentanéfnent engourdi l'Ame celtique. Je vous l'ai rappelé. La civilisation barbare, au contraire, a fait la France et a déterminé la personnalité de son art.
Devons-nous livrer une seconde fois à Rome l'âme de notre pays, nous l'élite, nous l'aristocratie intellectuelle de la France, imitant en cela la coupable aristocratie gauloise des temps gallo-romains? L'avenir ne nous le pardonnerait pas. Si l'art du moyen âge n'existait pas, il faudrait l'inventer, puisqu'il a été, comme je vous le montre chaque jour, l'expression sincère du tempérament de la patrie après le mélange des races. Nous n'avons qu'à le reprendre cet art du moyen âge, non pour le copier servilement et inintelligemment comme une langue morte, ce qui serait funeste; mais pour développer les principes dont il a vécu pondant dix siècles, principes féconds et généreux qui n'ont pas cessé de faire partie de notre caractère ethnographique et de noire conscience nationale.
"i^S srRviVANCE De l^ht septentrional
Ahv sovxwNAVK. — Je prends Tart Scandinave, parce qu'il a été la |4us oner^ique expression de Tart indo-germanique.
U laut nMnaix]uer que dans Touest de la France, partout où s'était ivpiuuluo rinvasion normande, c'est là que le style de décoration de ro|HH|«o des Vikings, suprême expression de Tart Scandinave, s'est |hm*|hMuô et prolongé dans l'art roman de la manière la plus sen-
(40II0 survivance s'est fait sentir dans tout l'art roman français et tdIouuuuL
M«is elle n'est nulle part plus affirmée que dans nos provinces de Touosl, r'osl-à-dire dans les provinces où l'art Scandinave et danois, l'url des \'ikings, a eu le plus de facilité pour s'implanter par suite de riuvMsion et de la pénétration des Scandinaves et des Danois.
Morne observation à faire pour le Cotentin, pour le territoire uoluel des départements du Calvados et surtout de la Manche. Le (loloutin, du vi*" au x« siècle, a été le Jutland de la France, de la (laulo. Il est devenu une petite province Scandinave.
La cathédrale de Bayeux, dans ses parties les plus anciennes, est un témoin qui suffirait à lui seul à établir l'influence septentrionale ol orientale subie par le pays. Bayeux fut un centre important d'inlluence Scandinave : Bajocacensis civitas fruitur frequenlius Danica lingua quam roniana.
Ils se sont misa deux, et même à trois, pour ridiculiser Viollet-le- Duc, à propos des sources orientales qu'il prétendait reconnaître dans une partie de l'art roman. « Franchement, disent-ils, les orij»ines persanes, égyptiennes, hindoues et gauloises de notre art roman nous semblent tenir du merveilleux ».
« Nous croyons devoir faire observer, à propos de l'influence normande en Poitou, combien il est singulier qu'elle se soit exercée précisément dans un pays où les pirates du Nord ne firent que des incursions dévastatrices, alors qu'eUe est presque insensible dans la province où ils fondèrent un établissement durable. »
Ils oubliaient les monuments de Bayeux. Ils ne savaient pas qu'on parlait encore le Scandinave à Bayeux au x® et au xi" siècle : c'est Dudon de Saint-Quentin qui l'affirme.
De nombreux esprits ont été frappés depuis longtemps de la pénétration des éléments saxons et normands dans toute la France.
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Voici ce que disait un historien, il y a déjà longtemps : (Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, éd. in- 12, p. 328). f
« Au commencement du x® siècle, une lettre du pape Jean iV, * Tarchevêquede Reims, Hervé, réj,'la la conduite du clergé de France • à l'égard des Normands convertis.
« Ce document nous donne deux lumières. Premièrement, il montre combien la conquête normande pénétra plus profondément qu'on ne pense, puisqu'elle avait jeté ses colonies jusque dans le diocèse de Reims.
a En second lieu, il annonce la politique de civilisation et de.paix qui, peu d'années après, devait présider au traité de Saint-Clair-sur- Epte, et, en confirmant au duc Rollon la possession de la Normandie, tourner au profit de la France et de la chrétienté la dernière des invasions. »
Il y a plusieurs autres preuves de Tincontestable pénétration des éléments à la fois septentrionaux et orientaux, ressentie très profondément par Toccident de l'Europe et surtout par la France, du vi® au x" siècle, le long du littoral appelé, comme je vous l'ai prouvé, dès le vi" siècle, Littus Saxonicum. Vous n'avez pas oublié non plus la très juste observation de M. Longnon, qui considère les Saxons comme de simples précurseurs des Danois, les deux peuples appartenant à la même famille ethnographique.
En Angleterre et sur les côtes de la France l'invasion saxonne précéda et prépara l'invasion danoise et normande.
La prise de possession fut complète et absolue. 11 n'y a que l'histoire de l'art telle qu'elle est enseignée dans certains livres, qui ose encore nier ces résultats.
L'Université est aujourd'hui admirablement et très intelligem-^ ment renseignée. Je parle non seulement de renseignement supérieur, mais encore de l'enseignement secondaire. J*ai l'honneur de parler devant quelques pères de famille et, étant donnée l'éducatioi) antérieure que j'ai reçue comme eux et avec eux, j'ai peur de les scandaliser par la hardiesse de mes doctrines. Je serais beaucoup plus à mon aise si je parlais devant leurs enfants.
Les élèves de nos lycées sont mieux préparés que nous ne l'avons été nous-mêmes à voir clair dans ces questions et, bon gré mal gré, il va falloir, du haut en bas de l'échelle, renouveler notre histoire*