SURVIVANCE DE L ART SEPTENTRIONAL
Toulouse. Sainl-Sernin. Chapiteaux à entrelacs, près des chapiteaux encastrés dans le mur du midi.
Chinon. Façade de Téglise Saint-Mexme. A côté de pierres insérées dans la construction et décorées de rosaces, on remarque d'autres pierres décorées d'entrelacs, de style mérovingien.
Glermont- Ferra nd. Musée. Plusieurs plaques décorées d'entrelacs, mais datant des xi® et xii® siècles et ne se rattachant aux arts des peuples barbares que par la tradition, comme à San-Abondio de Gôme
Arles. Aux Aliscamps, grand sarcophage décoré avec des niveaux en croix. Grandes rosaces. Entrelacs, les mêmes qu'au Musée, sur une plaque.
Sur le même sarcophage, entrelacs et croix de forme longobarclique.
Survivance de l'art des entrelacs mérovingiens.
Croix à entrelacs :
» Eglise d'Avor.
Eglise de Jassy ou Jussy.
Eglise de Vornay.
(Voir la Statistique monumentale du Cher.)
Très belle croix à entrelacs à Mehun-sur-Yèvre, sur la porte du clocher. (Bon dessin dans les cartons de la Commission des monuments historiques).
« Il ne reste en France que bien peu de constructions qui remontent à la seconde race, disait en 1850 le docteur Rigollot [Mém, de la Soc. des antiq. de Picardie, tome X p. 191). On sait que Charlemagne fit venir de Rome des architectes et des sculpteurs qui, à Aix-la-Ghapelle et à Lorsch, érigèrent des édifices dans le goût des monuments qu'il avait admirés dans ses voyages en Italie. Mais sans doute que dans les églises des villages et les humbles chapelles qui se bâtirent loin de ses yeux, par les ouvriers du pays, et surtout dans les nombreuses constructions qui appartiennent au xi® siècle, on doit retrouver encore beaucoup de traces du style d'ornementation importé par les peuples du Nord et que l'on peut désigner ici, sans erreur, par le nom de gothique. >>
Le principe de la décoration barbare n'a pas été un principe
SURVIVANCE DE L ART SKPTK.NTRIONAL 'ï^é
communiqué par la décadence romaine. J'estime que c'est un sentiment spontané, instinctif, dicté par la loi d'un tempérament ethnographique. La décoration industrielle des Barbares, perfectionnée comme elle Tétait aux v« et vi« siècles, devait compter plusieurs siècles de traditions nationales quand elle fut mise en rapport avec la décadence latine. Qu'avait-elle à emprunter, aux v® et vi" siècles, aux réminiscences affaiblies de celle-ci, elle qui avait à cette époque un long passé et des souvenirs précis de la source commune?
Les éléments décoratifs des peuples septentrionaux sont tous à peu près identiques. Il faudrait donc que chacun de ces peuples eût reçu simultanément et contemporainement la communication romaine et que cette communication se fût faite sur une immense échelle, étant connu que ces peuples ne communiquaient pas facilement entre eux et se combattaient les uns les autres pour s'arracher les lambeaux de l'empire romain.
On peut certainement constater l'existence d'assez nombreux entrelacs sur des pavements romains et sur des mosaïques galloromaines, mais qu'est-ce que cela à côté de l'incalculable quantité de monuments de l'industrie barbare, exclusivement barbare, industrie primordiale, autochtone, née sans contact possible avec l'art de la décadence romaine, industrie sortie tout entière du génie de tous les peuples du Nord, Francs, Saxons, Burgondes, Normands, Scandinaves? Ce génie, à l'origine, avait aussi touché Tart grec avant la définitive orientation spéciale et méridionale de celui-ci.
Ce thème, il existe à l'état fondamental et avec une saveur dHn« vention, une puissance héréditaire de race, une valeur d'industrie nationale, dans les monuments figurés de tous les peuples barbares dès le iv** siècle, avant que tous ces barbares n'aient eu de contact prolongé avec le monde gréco-romain, dans la dernière période de sa civilisation, avec le petit noyau ethnographique latin du bassin de la Méditerranée. Il n'y a, à ce propos, communion d'idée pour les barbares qu'avec la civilisation persane, orientale et avec le berceau des races caucasiennes et des peuples indo-européens. Les races m,éridionales ont pu être les convoyeuses de ce style à d'autres époques, mais, en tout cas, elles ne l'ont pas clé au moment des invasions barbares. A ce moment les races du midi, tout en se souvenant vaguement du vieux thème décoratif, étaient de beaucoup en
-***^ ïilRVlVANCE DE L ART SEPfENtRIONAL
«vamH\ et les populations g^erm a niques, au contraire, restées fidèles au seiUimenl primitif, étaient en retard et avaient conservé encore intact le dépôt primitif de la première révélation.
kuand ou a vu ces ornements à une époque très civilisée, comme I opoque du xir siècle par exemple, conservant encore une expression spéciale, essentiellement barbare, on remonte de proche en pn>one et on finit par s'apercevoir que leur source ne peut être qu exclusivement barbare.
i>u a discuté Toriginalité de leur style. Plutôt que d'être un art appris et emprunté, c'est un art de race.
Je ne pense pas que cet art des fibules, des instruments familiers, cet art populaire et essentiellement intime, soit dû à une communication de 1 art antique, étroitement considéré dans sa physionomie classique des deux derniers siècles avant Jésus-Christ.
Je me refuse à voir dans le stvle de la décoration barbare la smipie émanation d'un élément gréco-romain dégénéré. Sur la primitive source orientale, je serai d'accord avec tout le monde. Je trouve là une analogie avec Tart persan, avec Tart de l'époque sassanide. Je remonterai même beaucoup plus loin, jusqu'à la manifestation des monuments dits de l'époque mycénienne. C'est de 1 art universel indo-européen en contact plus ou moins immédiat avec ses sources.
Le principe décoratif, pour retrouver sa puissance et son incroyable fécondité, a dû jaillir d'un tronc qui n'avait pas été abâtardi par une culture romaine.
Si les principes de la miniature irlandaise ou hiberno-saxonne se rapprochent de l'esprit de lart de l'antiquité grecque, ce n'est pas à l'art des dernières périodes qu'ils ressemblent, c'est à ce même art représenté dans ses plus hautes périodes primitives, c'est-à-dire dans la phase parcourue sept ou huit siècles avant notre ère.
Pourquoi ce principe dans des conditions de fantaisie et de fantastique spéciaux et particuliers, se développa-t-il principalement dans le Nord de l'Europe, sur le sol celtique et sur le passage des peuples gerntaniques?
Les ornements formés d'entrelacs et de spirales pourraient, d'après M. Bertrand*, être regardés comme celto-scythes. On en retrouve
1, Cil(i par E. Miint/.. Éluder iconographiques sur le moi/en Age, p. 148 (note).
SrHVIVANCË DE i/aRT «iEPTËXTRlONAL "J^O
quelques-uns « chez les Celtes du Danube et, en particulier, chez les populations primitives de la Hongrie, dès le iv^ siècle, sinon antérieurement, puis chez les Goths, Burgondes, Wisigoths avant leur entrée en Gaule, ainsi que chez les Saxons avant leur prise de possession des côtes de T Angleterre »...
DOCUMENTS COMPLEMENTAIRES
BlBLIOGRAPrilE DE LA 22^ LEÇON
VioLLET-LE-Duc, DicUonnaire raisonné d* architecture^ tome 8, p. 185. En Saintonge et en Poitou apparaissent des influences qui ne sont dues ni aux traditions romaines ni aux voyages d'outre-mer. Ces influences sont dues aux rapports que ces contrées eurent dès le x® siècle avec les Normands. Les hordes normandes venaient du Danemark, des bords de la mer du Nord, de la Scandinavie, où l'on retrouve encore aujourd'hui des ustensiles d'un grand intérêt, en ce qu'ils ont avec l'ornementation hindoue des rapports frappants.
VINGT-TROISIÈME LEÇON 10 JiiN 1891