‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 29 sur 93 · LA FAÇADE DU DOME D'ORVIETO · texte numérisé non relu

LA FAÇADE DU DOME D'ORVIETO

Messieurs,

Nous en sommes restés, clans notre dernier entretien', aux sculptures delà cathédrale d'Orvieto. J'en ai parlé l'autre jour trop rapidement.

Vasari a osé les attribuer sans preuves et sans explication à Nicolas et à Jean de Pise. Je vous ai dit que cette opinion était inadmissible. Gela prouve que Vasari écrivait d'après les légendes plus ou moins répandues dans le vulgaii^e et non pas d'après des observations personnelles et raisonnées. Les attributions de Vasari sont excellentes, quand Vasari a eu au moins des documents authentiques. Mais il faut toujours discuter les attributions de Vasari, parce que la science et l'observation méthodique n'étaient pas encore nées au moment où il écrivait.

On a voulu attribuer aussi les sculptures d'Orvieto à Maitani et à quelques autres et les dater de 1310 environ. Mais la démonstration n'a pas pu être faite ; elle n'était même pas vraisemblable, M. Burckhard n'est pas affîrmatif, ilnomme Maitani, ou une génération d'artistes sortie de son atelier.

L'auteur des sculptures d'Orvieto ne peut être qu'un continuateur d'Andréa Pisano ou Andréa Pisano lui-même, dans une période spéciale de sa vie, dans une évolution toute particulière de son style. En tout cas, c'est un grand et un très grand artiste.

1. Cotte iiai'tie de la 9*^ leçon n'a pas été reti-iunée dans les notes.

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Ce travail ne se rattache à Giovanni Pisano, au fondateur de rÉcole gothique italienne, que par des liens très relâchés. Si Fesprit de Giovanni se manifeste dans certaines parties de la composition, en d'autres, ce même esprit s'est de beaucoup adouci et se montre châtié, amélioré par une génération au moins de sculpteurs.

Je voudrais vous faire examiner encore une fois les photographies des sculptures du dôme dOrvieto, en vous faisant bien sentir que ces sculptures ne peuvent pas être postérieures à l'œuvre d'Andréa Orcagna. Le style d'Andréa Orcagna trahit le sentiment de la fin d'une école. Dans les sculptures d'Orvieto, au contraire, il y a encore de la sève, de la verve et de la vigueur. Elles marquent, à mon avis, le point culminant de l'école pisane et s'approchent de la Renaissance, telle qu'elle s'épanouira soixante ou soixante-dix ans plus tard. Mais après elles, il y a eu une sorte de lacune : une éclipse dans l'histoire de l'art italien.

Remarquons que l'art ne marche pas par des progrès insensibles et continus. L'art s'avance quelquefois assez loin, pour reculer ensuite et revenir à son point de départ primitif, ou à peu près, et enfin pour le dépasser de nouveau. Nous avons déjà vu par exemple l'école italienne toucher du premier élan pendant la seconde moitié du xm** siècle à un point qu'elle mettra ensuite cent cinquante ans à atteindre, après l'avoir abandonné une première fois. L'effort de Nicolas de Pise était bien oublié quand l'école italienne, après s'être emparée de l'Europe et s'être inoculé de nouveau les principes de l'art romain, redevint complètement classique. Dans l'histoire de l'art, examinée de près, il y a, comme on dit vulgairement, des hauts et des bas. Ce n'est qu'après coup que s'établit la moyenne par l'addition et le mélange des quantités extrêmes en excès ou en déficit. On a dit de la nature qu'elle ne faisait pas de sauts. Natura non facit saltus. Cet axiome a été bien à tort appliqué à] l'art. C'est le propre de l'art au contraire de faire des sauts. 11 marche, s'arrête, puis repart. Je pourrais le comparer à l'aiguille d'une montre, dont le mouvement n'est pas continuel, mais dépend des crans de la roue qui la met en jeu.

C'est aussi une grande erreur que de croire et d'enseigner que

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tout marche parallèlement et proj^ressivement dans le développement d'une école d'art. C'est une grande erreur de penser que toutes les valeurs successives, que tous les maîtres et leurs différents styles peuvent isolément s'additionner les uns aux autres dans une même colonne et donner un résultat collectif exact par la réunion des efforts individuels. Ces maîtres sintluencent réciproquement et gravitent les uns autour des autres d'après certaines lois. Passez-moi le mot : c'est une astronomie spéciale qu'il faut posséder. Qu'ils soient cause première ou simple conséquence, les maîtres ne peuvent pas être isolés du cycle, du système particulier dans lequel ils se meuvent.

L'histoire de l'art ne se forme pas seulement de l'étude des individualités mais aussi de l'examen des groupes auxquels ces individualités appartiennent. Nous procéderons donc toujours par groupements, par école.

Je vous ai entretenus jusqu'à présent des fondateurs de l'école pisane et des coryphées de cette école.

Mais vous êtes loin de la connaître dans ses résultats et dans ses produits d'ensemble. Nous allons étudier l'école pisane^ à Pise d'abord et à Florence. Puis nous l'examinei^ons dans les principaux centres italiens qu'elle a conquis et envahis. Elle ne survécut guère à la mort d'Orcagna. C'est à proprement parler l'école de Giovanni Pisano et de Giotto. Après, commence par toute l'Italie, une autre école, gothique aussi, mais de plus en plus naturaliste, et qui est à mes yeux la mère véritable de la Renaissance sans aucun autre coefTicient emprunté à l'art antique. C'est l'école internationale de l'art de la tin du xiv*^ siècle, qui se i^approche quelquefois singulièrement du style de l'art français que je vous ai déjà montré.

Dans l'école pisane, à mesure qu'on s'éloigne de Giovanni Pisano et de Giotto, l'art va en diminuant. C'est une erreur de croire et d'enseigner qu'il y a eu progrès continu. Il y eut développement d'abord, puis rapide décadence. Enfin ce style mourut, et quelque chose de nouveau apparut aussi en Italie dans la seconde moitié et à la fin du xiv" siècle et surtout au commencement du xv". \'oilà pourquoi je crois qu'il est utile de faire finir la première période du xiv^ siècle après la mort d'Orcagna.

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A signaler à rattenlion : les sculptures du Louvre de l'école de Pise ; les anges qui ouvrent les rideaux près d'un tombeau dans la posture traditionnelle ; la Vierge d'Annonciation (de Campana), la Sybille donnée par M. Ronnaffé ; — les sculptures de Londres à Kensington ; les sculptures de Berlin ; — ma \'ierge de l'école de Pise ; la Vierge tenant son enfant écarté d'elle ; mon Annonciation venant de Venise; ma grande \'ierge du xiv*' siècle; l'évêque présenté par sainte Catherine.

A Florence, au Bargello, dans la grande salle des faïences de délia Robbia, une statue d'apôtre assez bien drapée et assez fine, en marbre, datant du xiv'' siècle. Les mains sont fines. Tête idéale d'après l'antique. Les plis ne sont pas lourds.

Dans les nouvelles salles du bas, nombreuses et affreuses figures du XI v'' siècle.

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