L'ECOLE PISANE EN DEHORS DE LA TOSCANE
Messielhs,
Dans notre précédente réunion, nous avons examiné l'école pisane prise dans son ensemble à Pise, à P'iorence, à Pistoja, en un mot en Toscane. Pour terminer l'étude complète de l'école pisane, il nous faut interroger maintenant les monuments que cette école a produits ou inspirés dans les autres provinces de l'Italie. Car, dans la première moitié du xiv" siècle, l'école pisane a dominé ou influencé toutes les écoles locales italiennes.
Une école d'artistes qu'on désigne sous le nom des Cosmali avait créé à Rome, vers le milieu du xn'^ siècle, un système d'architecture tout particulier. Cette école fleurit pendant plus de cent cinquante ans ; et durant ce temps, plusieurs générations d'artistes sortis d'une même famille enrichirent les églises de Rome et des environs des plus charmants monuments au point de vue décoratif.
Ils employaient à la décoration de ces monuments des mosaïques et des disques de porphyre, de serpentine, de i^ouge et de jaune antique et de tous ces marbres variés dont les mines romaines leur offraient une abondante carrière. L'effet de cette ornementation est des plus heureux, ^'oyez les cloîtres de Saint Paul hors les murs et le cloître du Latran, l'ambon de Saint-Laurent, les tombes de l'Ara Gœli.
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Au début, l'école des Cosmati s'inspirait, dans la décoration de ses monuments, de létude des édifices de Fart antique. A un certain moment, les Cosmati adoptèrent le style gothique, quand l'école de Pise en porta à Rome les enseignements. Séduit par roriginalité et l'élégance du ciborium dessiné par Arnolfo del Cambio pour l'église de Saint-Paul, Giovanni Cosmati abandonna les traditions classiques de ses ancêtres, en conservant leur système décoratif de la mosaïque. Les trois tombeaux de Rome qui portent son nom et que Giovanni Cosmati construisit en sept ans datent sans doute de l'époque où son talent était à l'apogée, mais nous ignorons la date précise de la mort de l'artiste.
Le tombeau du prélat espagnol Rodriguez Gonsalvi, à Sainte- Marie Majeure, consiste en un baldaquin gothique, orné à sa partie supérieure d'une mosaïque nous montrant le Cardinal présenté à la Vierge par saint Martin et saint Jérôme. Au-dessous repose l'effigie du défunt. Nappe d'autel qui retombe en plis anguleux, brisés et disposés symétriquement. Rideau à tringle ; anges soulevant le rideau.
Le tombeau de Gonzalve, évêque d'Albano, mort en 1299, érigé à Sainte-Marie-Majeure, est signé ainsi : Hoc opus fecit Johannes Magistri Cosnie Civis Romanus. Les anges sont médiocres et plus que médiocres. Quelle pauvre sculpture comparée à la nôtre! Ils sont flasques et vides.
Le tombeau de Guillaum.e Durand, évêque de Mendé (gravé dans Perkins, pi. LV), à Santa Maria Sopra Minerva, est une répétition de celui de Sainte Marie Majeure. Il est signé : Johanes filins Magistri Cosmati fecit hoc opus.
Autre répétition du même modèle dans l'église de Sainte-Balbine sur le mont Aventin. Le sarcophage, placé en retraite du nu du mur, est décoré de mosaïques et recouvert de la nappe d'autel ou du linceul ordinaire, aux plis symétriques.
Sculpté par Jean Cosma ou Cosmati, le tombeau à gauche de l'église de Sainte-Balbine est aussi signé : Johannes filius Magistri Cosmati fecit hoc opus, etc., etc. La tête est assez belle ; mais les mains sont lourdes et les plis bien raides. Mosaïques au-dessus. Ce stvle est supportable à cause de la couleur introduite, et l'ellet décoratif général est charmant.
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Même description à donner pour le tombeau du cardinal Anchera dans la sacristie de Sainte-Praxède ; pour celui du cardinal Matteo d'Acqua Sparla à l'Ara Celi, et pour celui du pape Boniface VIII dans la cryple de Saint-Pierre du Vatican, mort en 1303. La statue du tombeau de lévèque Acqua Sparla est banale de plis. La tête, quoique dure, est assez belle. Mais les ang-es qui tiennent la draperie sont affreux, hideux.
Si ces derniers monuments ne sont pas de Giovanni Gosmati, ils ont élé exécutés par son atelier, soit par un certain Adeodatus (Dieudonné) Gosmati, soit par Pasquale, auteur du chandelier pascal de Santa Maria in Cosmedin.
En dehors de Rome, il existe quelques autres monuments exécutés par les Gosmati, mais je n'ai pas le temps de les énumérer. Je parlerai seulement de ceux de l'Angleterre. Un artiste du nom de Pierre accompagna l'abbé ^^'are en Angleterre, pour exécuter la châsse d'Edouard le Gonfesseur dans l'abbaye de Westminster. Giest à ce Peter le Orfever, comme le désignent les monuments anglais de l'époque, et à un artiste nommé Odericus qui l'accompagna, qu'on doit la tablette commémorative ornée de mosa'iques de verre et le pavé placé devant le maître-autel.
La tin du xni® siècle et l'école g'othique nous ont laissé à Rome un monument plus important encore que tous ceux que je viens de nommer. G'est la statue de Gharles d'Anjou conservée au Gapitole.
« Sur le vieux Gapitole, dit Gregorovius [Geschichte (1er Stadt Rom.^ V, 633), là où les Romains des premiers jours avaient dressé aux héros, aux empereurs, des statuesaujourd'hui mutilées ou disparues, leurs descendants dég'énérés élevèrent une statue grossière à leur sénateur, ce pillard gaulois, ce Néron du moyen âge, Gharles d'Anjou » (c'est un Allemand qui parle).
II était g'rand, sa charpente était puissante, son maintien était celui d'un roi. Les traits de son visage olivâtre étaient accentués, durs, son regard sombre inspirait la terreur. Le portrait que nous ont laissé les documents littéraires de l'époque est à peu près confirmé par l'apparence de la statue. Figure massive, rudement travaillée et par endroits à peine dégrossie. Le roi, assis sur un trône à têtes de lion, est l'evêtu d'une longue robe et du manteau royal; il est couronné et, d'une main ferme, il tient le sceptre appuyé sur la
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cuisse droite. Il semble quou ait voulu faire un portrait. Quand la statue fut-elle exécutée ? Pendant lun des deux consulats de Charles d'Anjou, c'est-à-dire soit de 1-268 à 1-278, soit de 1-281 à 128i (Voir dans le catalogue de l'exposition du musée industriel de Rome en 1885 une note de M. Stevenson).
Quoique bien gothique d'expression générale, le Giborium de Santa Cecilia, attribué à Arnolfo, est empreint dune imitation antique très sensible. Le saint, au-dessus du chapiteau de droite, est copié, pour les jambes, sur un Mithra. Il porte le pantalon collant oriental et les chaussures asiatiques. La sainte de l'autre côté a une tête antique ou, si l'on veut, pondérée et impersonnelle comme une œuvre antique. La tête du cheval, également, est pleine du style antique, mais tous les plis sont bien gothiques. Et, je le répète, l'expression générale est gothique.
Comme exemple de la laideur du gothique italien du xiv" siècle, on, doit citer le Ciborium de Saint-Jean de Latran. Derrière le chœur, refait récemment, et dans un corridor moderne, Boniface V'III agenouillé. Mauvaise et lourde sculpture. Ce n'est pas meilleur que la statue couchée qui est à Saint-Pierre, ni que le Charles d'Anjou.
Dans les Grottes vaiicanes^ tombeau de Boniface A'III, dans le goût des Cosmati ou de l'école pisane. Cependant non, c'est meilleur que l'école pisane. Le principe gothique peut venir de Pise, mais la sculpture a plus de noblesse, plus de dignité.
Le comble de la laideur et de la grossièreté, c'est l'art pisan tel qu'il fut pratiqué à Naples. Cette appréciation s'impose à tous ceux qui connaissent les monuments napolitains du xiv'' siècle. La sculpture gothique des principales églises de Naples est une chose hideuse et repoussante.
Pour qu'on ne puisse pas m'accuser de parti pris, je vais invoquer l'opinion de Perkins. « Peu de temps après la mort de Robert, dit Perkins, la reine Jeanne écrivit, le Ifijanvier 1343, à son fidèle sujet Jacobus de Pactis pour lui annoncer quelle avait ordonné aux sculpteurs florentins, les frères Sancius et Johannes, d'élever dans l'église de Santa Chiara un monument à la mémoire de son grand-père. Ces artistes, d'ailleurs complètement inconnus, érigèrent l'imposante construction qui surmonte la porte conduisant au chœur des religieuses et domine le maitre-autel. — Je reconnais que ce monument
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est d'une nature assez grandiose, mais d'une singulière brutalité », — « Le baldaquin gothique, dit Perkins, sympathique quand même à cette œuvre, le baldaquin gothique s'appuie sur les colonnes accouplées qui sont décorées de statuettes des Vertus, très bien drapées; quelques-unes sont d'un sentiment charmant. » Cette concession une fois faite, Perkins ne peut s'empêcher, dans sa description, de protester contre cette odieuse sculpture : « Au dessus d'un pavillon de tentures, ajoute-t-il, s'élève un immense tabernacle décoré d'une statue de grandeur naturelle du roi assis et portant sceptre et couronne (pi. LUI). Les traits du visage sont raides et durs. Les yeux sans expression aucune et la figure lourde et mal proportionnée. »
Le caractère toscan du monument de Robert se retrouve dans toutes les lombes de la nef de Santa Chiara et notamment dans celle du duc Charles. Quoique l'elfet général soit riche, les figures, froides et sans animation aucune, n'ont guère de valeur qu'au point de vue décoratif. Elles sont bien inférieures aux statues sculptées vers cette époque par Balduccio di Pisa sur la tombe de saint Pierre martyr, à Milan; et, cependant, leur auteur inconnu avait pu, de même que Balduccio, subir l'influence vivifiante de Giotto qui, après avoir quitté Milan où l'avait appelé Azzo Msconti, était venu travailler pour le roi Robert.
Le seul morceau de sculpture de Santa Chiara qui rappelle ce grand peintre est le bas-relief représentant l'âme de Marie de Durazzo, encore enveloppée dans ses langes et enlevée au ciel par des anges. Voir Perkins, pi. LIIL « Le type des visages et le mouvement des draperies est bien de l'école de Giotto, qui n'aurait certes pas désavoué la sei^eine confiance empreinte sur le visage et dans l'attitude entière de l'enfant. »
Je ne partage pas du tout l'opinion de Perkins. Le bas-relief des anges portant au ciel l'âme de Marie de Durazzo a été moulé pour le musée du Trocadéro. V^ous pouvez le voir dans le sous-sol de ce musée. Il est assez laid pour n'avoir pas été jugé digne de l'exposition publique.
Marie, femme de Charles, duc de Durazzo, gît dans un tombeau
gothique placé de l'autre côté du chœur de Santa Chiara. « Les
figures massives et à visage plat qui le décorent sont en marbre
blanc et se détachent sur un fond noir. Dans ces reliefs, comme
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dans tous ceux dont nous venons de parler, les figures manquent de caractère, de vie et de mouvement; mais dans le bas-relief du Christ mort, entre la ^'ierge et saint Jean, sur le tombeau d'Agnès de Périgord, mère du duc, les fig'ures se livrent à de telles extravagances de gestes et de mouvements, font de telles grimaces, qu'il serait difficile de dire si elles pleurent ou si elles rient, »
On peut voir ce bas-relief dans le sous-sol du Trocadéro. Nous le verrons quand nous nous réunirons au Trocadéro.
« Nous reconnaissons, dit Perkins, dans les sculptures de Santa Ghiara, six différentes manières que nous classons ainsi qu'il suit : la première est la meilleure ; c'est celle à laquelle appartiennent les anges soulevant des draperies, et les statuettes dans les niches du tombeau du roi Robert, qui sont dues sans doute aux artistes locaux appelés à Naples par la reine Jeanne. La seconde, en même temps la plus mauvaise, se personnifie dans la statue du roi Robert, qui ressemble à une affreuse idole. La troisième, inolfensive, sans vie aucune, mais relativement pure, se traduit dans les effigies et les figures en relief des tombeaux du duc Charles de Calabrc, de la reine Jeanne I'"'' et de Mariede Durazzo. La quatrième appartient à l'école de Giotto et n'est représentée que par l'enfant porté au ciel par des anges. La cinquième, extravagante et maniérée, est celle du tombeau d'Agnès de Périgord ; et enfin, dans les'secs et maigres contours des sépultures de la chaire et de la balustrade de l'orgue, nous trouvons la sixième. »
Milan, nous l'avons vu, subit d'assez bonne heure l'influence de l'école de Pise par son contact avec Arnolfo di Cambio, qui sculpta la châsse de saint Pierre martyr, dans l'église San Eustorgio en 1339. Mais j'ai à vous parler de la statue équestre de Barnabo Visconti exposée au musée archéologique de Brera. Barnabo resta trente et un ans sur le trône de Milan. « La statue équestre de ce prince, dit Perkins, est une œuvre d'art si pauvre qu'il est nécessaire de rappeler le personnage qu'elle représente pour la regarder avec quelque intérêt. » Revêtu d'une armure, le bâton de commandement dans la main gauche, Barnabo monte un cheval, dont les caparaçons, décorés de son chiffre et des emblèmes des Msconti, étincelaient autrefois d'or et de peinture. Deux petites figures de la Force et de la Justice remplissent les fonctions de pages. Perkins est trop
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sévère, La statue ne manque pas d'une grande allure et la tête du cheval est assez belle. Ce tombeau était autrefois placé derrière le maître-autel de San Giovanni a Conca, de telle sorte que les fidèles, venant faire leurs dévotions, semblaient adorer Barnabo. Le scandale fut tel que peu de temps après la mort du tyran, le tombeau fut mis dans une place plus convenable, près de la porte. Burkhardt fixe à l'année 1354 la date de ce monument. On peut accepter cette date ou croire le tombeau de très peu postérieur.
Matteo da Campione, dit Perkins à propos du monument de Barnabo, aurait sculpté ce tombeau; mais, ajoute-t-il, nous sommes disposés à l'attribuer plutôt à Bonino, car le groupe équestre ressemble à celui dont cet artiste a couronné le monument gothique de Can Signorio à Vérone. A cet égard, je partage tout à fait l'avis de Perkins et j'ai retrouvé dans mes notes de voyage la constatation de la même ressemblance.
Ecole de Balduccio, c'est-à-dire école de Pise : les Campionesi, élèves de Giovanni Balduccio.
Les artistes lombards qui coopérèrent aux travaux de Balduccio propagèrent son style en I^ombardie, ainsi que le montre, entre autres, la fameuse châsse de san Agostino, à Pavie, exécutée sans doute par Matteo et par Bonino da Campione, les deux plus célèbres artistes qu'ait formés Balduccio pendant son séjour à Milan.
Vasari attribue la châsse de san Agostino à Agostino et Agnolo Sanesi. Mais c'est impossible, car le monument porte la date de 1362 et à cette époque les deux artistes siennois n'existaient plus.
L'érection de cette châsse — arca en Italien — dans la sacristie de San Pietro in Cielo d'Oro, dura douze ans et coûta 4.000 écus d'or. Elle fut plus tard transportée dans la cathédrale. L'effet d'ensemble est imposant. « L'effigie du saint, recouverte d'un linceul soulevé par six anges, gît étendue sur une couche mortuaire, qu'on aperçoit à trar vers des arcatures ajourées, sur lesquelles s'appuie l'étage supérieur. Les statuettes des apôtres placées deux par deux remplissent des renfoncements pratiqués dans l'étage inférieur et séparés entre eux par des piliers, entre lesquels s'appuient les statuettes des \>rtus. »
Comme conception générale, la châsse de san Agostino est de beaucoup supérieure à l'arca de San Domenico de Bologne, Si les
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reliefs sont meilleurs que ceux de Balduccio à Milan, il nen est pas de même des statuettes, qui ne sont le plus souvent que de simples reproductions de celles de ce dernier artiste. Les ligures, tout empreintes de style pisan, sont soigneusement polies ; les bordures des vêtements sont très travaillées et la pupille, d'après une coutume assez répandue à cette époque, est coloriée en noir.
\'érone. — Tombeaux des Scaligeri ou délia Scala.
Can délia Scala, surnommé il grande^ repose au-dessus du portail de Santa Maria Antica, à Vérone, dans un sarcophage orné de statuettes de la Vierge, de lange Gabriel et de bas-reliefs très peu saillants, représentant les principaux exploits de ce sage guerrier. « I/elligie, d'une grande simplicité et pleine de dignité, dit Perkins, est étendue sur le sarcophage, que recouvre un baldaquin en plein cintre, surmonté lui-même d'une statue équestre, rayonnante de vie et d'animation. »
Faute d'un échafaudage, je n'ai jamais pu voir de près la sculpture des tombeaux des Scaliger; je ne puis donc pas vous donner mon impression personnelle. Mais, grâce à une photographie, je puis vous communiquer une idée de la figure équestre qui surmonte le tombeau. Ruskin [Stones of Venice) parle de ce tombeau comme du modèle le plus achevé de la tombe gothique. Et il n'a pas tort. On a fait plus grand et plus riche, mais on n'a pas fait mieux. Les grands tombeaux de San Giovanni a Carbonara de Naples, attribués à Ciccione (qui sont bien postérieurs), tous les tombeaux de \'enise, dits tombeaux alla \'eneziana, découlent et dérivent de celui-là. Ce monument a une importance capitale pour l'histoire de la statue équestre.
Can Grande, seigneur de \'érone, mourut le "2'2 juillet 1329. La sculpture doit être considérée comme antérieure à 1350. C'est l'art contemporain des dernières années de Giovanni Pisano ou de très peu postérieur.
A 1 un des angles du cimetière des Scaliger s'élève le mausolée de Martino II délia Scala, successeur de Can Grande.
Un baldaquin, se terminant par une pyramide quadrangulaire, coui'onnée elle-même d'une statue équestre, recouvre le sarcophage dans lequel repose le prince. La face antérieure et la face postérieure sont décorées de deux bas-reliefs représentant, l'un, Martino
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agenouillé devant le Christ eu trône, l'autre, la Résurrection. Des figures de saints et une statuette de la Force ornent aussi le sarcophage .
Martino, neveu de Gan Grande était né en 1308 : il succéda à son oncle le 23 juillet 1329 et mourut en 1351. L'exécution du tombeau de Martino II fut confiée à un sculpteur milanais nommé Péri no.
Tombeau de Can Signorio, mort le 18 octobre 1375. C'est le plus somptueux de tous les tombeaux des Scaliger. Atteint d'une maladie incurable, Can Signorio se hâta de mettre en réserve une somme de 10.000 florins dor et fit venir de Milan Bonino da Campione.
Bonino s'inspira de la composition des tombeaux de Can Grande et de Martino II. Il produisit une œuvre beaucoup plus riche mais moins sévère et moins pure. On remarque quelques éléments de décoration empruntés à l'antiquité classique. C'est l'aurore des temps nouveaux.
Le tombeau de Can Signorio est lithographie dans l'album des Arts du moyen âge et de la Benaissance de Dusommerard le père. Il est également gravé au trait et avec beaucoup de détails dans Litta. Il est signé ainsi : Hoc opiis fecit et sculpsit Boniniis de CampHi'onomedioIanensis diocesis MCCCLXX\\ octob. X\'III obiit magnificus Cansignorius.
Venise. — Jusqu'au xni'^ siècle, l'art vénitien resta sous l'influence byzantine, influence qui s'était développée par suite des relations commerciales de Wnise avec l'Orient.
Preuves : chapiteaux d'un grand nombre de colonnes de saint Marc, les nombreuses Vierges by/antines qui décorent les murs de la basilique. Porte de bronze du porche central exécutée en 1112, de style exclusivement byzantin. Au xni* siècle, pas grand'chose à citer.
Les plus belles sculptures de ^'enise sont celles qui surmontent le chancel du chœur de Saint-Marc. Mais ce sont d'excellentes ligures libres et élégantes du xiv'' siècle avancé. Elles sont débarrassées de la première lourdeur des sculptures pisanes. Buckhardt les date de la fin du xive siècle et il n'a pas tort.
On voit aussi à San Zeno à Vérone, sur le chancel du chœur,
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des figures très libres, très souples, très éléj^antes, à plis plus petits. Elles doivent également dater du xiv« siècle.
Perkins suppose que les chapiteaux du Palais ducal de \'enise sont l'œuvre d'un certain Caleuderio, mis en contact (de 1284 à 1311) avec André Pisano. Mais lexistence deCalenderio ettoutau moins son intervention dans la constructiou du Palais ducal sont très problématiques.
M. Perkins dit que le travail de ces chapiteaux, qui détonne absolument avec tout ce qui se voit de contemporain à \'enise, est d'influence florentine. Cela peut être admis.
En effet, sur le premier chapiteau, celui où se voit Trajan rendant la justice à la veuve, on a représenté Numa Pompilius donnant des temples et des églises au peuple romain. On remarque dans cette composition la tour ou le campanile de F'iorence.
Donc ces chapiteaux sont postérieurs à la construction du campanile de Giotto. On arrive ainsi vers la moitié du xiv*' siècle, et la date de 13r)2 se voit sur un des chapiteaux.