JACOPO DELLA QUERCIA-GHIBERTI
et en valeur, il pratiqua loule sa vie t-elle maniôre un peu confuse de traiter les draperies mouvementées, que lui avait enseignée Técole gothique renouvelée des dernières années du xiv'^ siècle et que lui avaient vraisemblablement inspirée les écoles française, flamande ou bourguignonne ou sa propre école nationale pénétrée à ce moment des sentiments communs à toute FEurope. Exécutée de J409à 1419^ la Fonte Gaja, à Sienne, peut servir de pièce justificative et permettre les rapprochements que je signale avec le style des écoles du Nord au commencement du xv'' siècle.
De même pour le rétable de marbre de la famille Trenta, à San Frediano de Lucques, ouvrage signé du maître et daté de 1422. On y remarque un encadrement de style absolument gothique, des plis embarrassés et compliqués comme ceux de l'école de la fin du xiv'' siècle. Ce morceau capital — appuyé par un grand nombre d'œuvres contemporaines dans les conclusions auxquelles il conduit — montre d'une façon bien évidente combien, dans les vingt-cinq premières années du xv" siècle, l'art italien, à la porte de Florence, était encore dans le courant d'une renaissance gothique et spontanée sans aucune intervention des éléments antiques. Ce courant est analogue à celui qui entraînait la sculpture française et la sculpture flamande acclimatée à Paris, telle qu'elle était cultivée sous Charles VI et telle que nous la révèlent les monuments de Pierrefonds, de La Ferté-Milon et de Poitiers.
C'est fort bien de signaler, comme on l'a fait, les traits communs qu'on peut distinguer et qui relient Jacopo délia Quercia à Michel- Ange, c'est-à-dire tout ce qui a survécu de son œuvre dans lart de l'avenir. Mais il n'est pas moins indispensable de rechercher par quelles attaches ce puissant chaînon des traditions glorieuses de l'Italie se relie au sentiment du passé. La correction relative que lui donnèrent les conseils de l'art antique n'altéra pas la puissance des inspirations qui lui vinrent de la nature entrevue avec les yeux d'un gothique émancipé mais non pas renégat. Jacopo délia Quercia vécut de 1371 à 1438.
Le sentiment qu'inspire l'œuvre de Jacopo délia Quercia a été
1. Gaëtano Milanesi, Documenti per la sloria dell'arte Senese, tome II, p. 44 à 51.
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liiiciiK-iit analysé par BurckharcU quand il a dit dans son Cicérone: « .\ regarder l'ensemble de son œuvre, les lignes encore à demi gothiques et les plis tourmentés de ses draperies, son ornementation lourde, obscure, encore trop gothique, Jacopo paraît moins un maître de la Renaissance, comme Donatello, qu un maître de transition, comme Niccolo d'Arezzo et Nanni di Banco de Florence, bien qu'il leur soit supérieur en talent. » Parlant ensuite du tombeau d'ilaria del Caretto dans la cathédrale de Lucques, datant de 1413, tombeau appartenant aussi bien au style dit de la Renaissance qu'à celui du moyen âge, il écrit : i< Sur un soubassement aux profils encore gothiques est couchée la grande et noble figure de la jeune Ilaria. » 11 ajoute plus loin : « La même trace des modèles gothiques se retrouve encore dans les deux pierres tombales de Federigo Trenta et de sa femme à Saint-Frediano il4l6) — deux figures pleines de grandeur et d'effet, malgré l'excès de richesse de la draperie — et dans le grand autel de marbre de la famille Trenta, achevé en 14'2'2... La draperie excessive et tourmentée, tout révèle le souvenir et la tradition du gothique. Il y a pourtant dans plusieurs figures et surtout dans les petits bas-reliefs de la prédelle une maestria de composition, un intérêt dramatique que Donatello surpasse à peine. »
Nous ferons remarquer que ce goût particulier pour une draperie lourde et embarrassée passa de Jacopo délia Quercia à son élève Xiccolo deir Arca et prolongea fort avant dans le xv'' siècle les rapports de similitude si évidents entre les écoles du Nord et l'école italienne. La célèbre madone sculptée par Niccolo sur la façade du Palais public de Bologne et datée de 1478 rappelle, par les plis larges et compliqués de sa jupe, la manière des maîtres de l'école de Bourgogne; et par son style elle paraît être cependant moins un emprunt immédiat fait aux doctrines ultramontaines que la continuation et le développement du premier germe de renouvellement général auquel, même en Italie, 1 art antique avait été étranger.
D'autres Siennois, les Turini, — Turino di Sano et son fils Giovanni — ne surent jamais, non plus, se débarrasser complètement des plis lourds multiples etquelquefois encombrants qui furent un des caractères de l'art international tel qu'il était pratiqué par les derniers gothiques. Cela démontre qu'ils n'entrèrent pas de plain-pied
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dans la compréhension et dans lassimilalion de lart antique, sans passer par la préparation du naturalisme {gothique, de ce naturalisme encore gothique qui est, pour moi, le début du style dit de la Renaissance.
La genèse de l'esthétique nouvelle et l'existence de l'évolution mentale n'est pas plus difficile à établir dans l'esprit de Ghiberti. Gomment admettre qu'il soit parvenu algébriquement, antérieurement à toute initiation pratique, à pénétrer le sens caché de l'art antique avant d'avoir été éclairé par les démonstrations du naturalisme? L'observation judicieuse et l'application raffinée de cet art entra sans doute de bonne heure dans sa méthode ', mais on sent, même dans ses plus beaux bas-reliefs, tout ce qu'il doit aux procédés du xiv'' siècle, parmi lesquels le meilleur et le plus fécond, dans les écoles d'élite, était la copie passionnée du modèle. D'ailleurs, ses grandes statues de bronze, inférieures à ses bas-reliefs et à ses statuettes, sont très franchement empreintes d'un naturalisme encore assez cru et souvent assez brutal. Preuve nouvelle que le grand artiste n'avait pas été formé directement par l'imitation de l'art antique et qu'autre avait été le levain qui fermentait dans son génie-.
Ghiberti ne se transforma pas du premier coup; loin de là. Le saint Jean-Baptiste d'Or-San-Michele, commencé en lil4, le saint Mathieu, commencé en 1419, sont absolument en communication avec le goût général de la fin du xiv'' siècle. On y remarque les draperies à plis fluides et collants sur le torse, à plis traînants sur la jambe, qui lui sont communes avec la plupart des sculpteurs italiens, ses contemporains. Les premières œuvres sculptées de Ghiberti n'échappent donc pas d'abord, par une intuition directe de l'antique, aux défauts ordinaires pas plus qu'aux simples habitudes des artistes
1. Voyez Vasari, Le Vite, édition de Gactano Milancsi, tome II, pp. 223 et 232,
2. « Quant à moi, » dit Ghiberti dans ses Commentaires (Perkins, Ghiberti et son école, p. 126) « o très Excellent Seij;neur, je me suis adonné avec enthousiasme et persévérance à l'art depuis mon enfance, et je préfère cela à la conquête de l'or. Dans cette seule intention, j'ai toujours tâché d'épier les secrets de la nature, de découvrir comment je pourrais me rapprocher d'elle, aussi pourquoi les objets frappent les yeux, et encore d'approfondir les lois de l'optique. »