‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 45 sur 93 · JACOPO DELLA QUERCIA-GHIBERTI · texte numérisé non relu

JACOPO DELLA QUERCIA-GHIBERTI

nous les retrouvons dans les composilions qui décorent la première des deux portes du baptistère. Ce naturalisme presque violent des têtes, nous pouvons le reconnaître dans la tête de la statue de saint Jean à Or-San-Michele.

Quand on analyse et qu'on connaît bien la sculpture du Nord de l'Europe, particulièrement celle de l'école franco-flamande sous le règne de Charles \l, on n'est pas surpris par l'apparition relativement tardive du style de Ghiberti, même dans son caractère le plus grand et le plus noble. Il me suffira, pour prouver cette assertion, d'évoquer le souvenir de certaines miniatures d'André Beauneveu, par exemple. Dieu le Père représenté sous le costume (/'h/? joa/>e, publié par Gurmer dans les Évangiles, une sculpture du portail de l'église de la Chaise-Dieu, certains émaux translucides sur reliefs de la galerie d'Apollon au Louvre, la prodigieuse statuette de Charlemagne fixée avant 1380 sur le sceptre de Charles V, enfin le Couronnement de la Vierge du château de I>a Ferté-Milon.

Par bien d'autres moyens encore, on peut voir que le vaste mouvement auquel Ghiberti s'associa et qu'il dirigea ensuite dans une certaine mesure était né manifestement avant lui et en dehors de lui. N"a-t-on pas, en elTet, le droit de supposer que l'introduction à outrance et l'abus même du paysage pittoresque dans les bas-reliefs de Ghiberti proviennent précisément de l'impression produite sur l'art européen par l'interprétation naturaliste si nouvelle inventée par les Flamands, notamment par Pol de Limbourg et les autres précurseurs de Van Eyck. S'il ne fut pas consécutif, le même mouvement de retour à la nature fut tout au moins parallèle en Italie et dans les Flandres, et ce n'est pas sur les conseils de l'art antique qu'il fut inauguré. Le sentiment tout particulier du paysage vrai, ce sentiment profond et intime de la nature qui est, avec le portrait, le trait caractéristique de l'art moderne, ce sentiment absolument étranger au premier âge gothique et que nous devons à la Renaissance, les Italiens le connurent comme les autres nations avant d'avoir reçu aucune tradition des Anciens. Je me hâte de dire que ce n'est pas chez eux qu'il reçut son expression la plus sublime. Mais il importe de constater que, même en Italie, il précéda plus ou moins spontanément l'invasion de l'esthétique antique.

« L'artiste, dit Burckhardt, qui est d'habitude désigné comme

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