‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 50 sur 93 · FRAGMENT DE LA SIXIEME LEÇON · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE LA SIXIEME LEÇON

d'un retable en bois de la fia du xv'^ siècle ou plutôt du commencement du XVI*, conservé en Bretagne près de Quimper.

Je suis bien joyeux d'être compris par quelques-uns d'entre vous ; mais je suis désolé de n'être pas compris par tout le monde. Mes procédés spéciaux de démonstration par le caractère des œuvres, procédés quelquefois exclusivement employés, n'en sont pas moins très légitimes toujours. En effet, je prétends affranchir le plus possible l'histoire de l'art de la tutelle de l'histoire documentaire et paléographique. Mais soyez certains que je respecte et que je sais pratiquer au besoin la paléographie et les documents d'histoire pure. Je combats seulement l'emploi abusif dans notre matière de la paléographie littéraire et historique, mais c'est pour créer une autre paléographie, la paléographie pittoresque. Je veux vous apprendre à lire des formes et des lignes comme on lit des lettres et des monogrammes.

Quand j'étais à l'École des Chartes, des maîtres éminents m'ont appris à juger avec une certitude presque absolue, à vingt-cinq ans ou à trente ans près, de la date de lécriture dune charte et de son lieu d'origine. C'est une science que j'ai perdue faute de la pratiquer. Pour arriver à ce résultat, on n'a pas besoin de lire explicitement une date et un nom de lieu sur la charte en discussion. L'habitude et l'éducation de l'œil suppléent à tout ce qui manque. Je voudrais qu'il en soit de même pour les monuments.

Nous faisons ici, ou nous avons la prétention de faire ici de la science de première main. Nous sommes dans un laboratoire. Vous assistez à la production et à l'analyse des phénomènes. Vous voyez naître les théories et vous collaborez à leur formation. Nous estimons que, dans une chaire d'enseignement supérieur, le devoir du professeur est d'êli'c en avance et non en retard sur l'opinion publique. Nous pensons qu'il ne suffit par pour celui qui enseigne à l'Ecole du Louvre de n'enseigner que ce qui est tombé dans le domaine public. Nous croyons que le professeur a le droit et le devoir d'initier ses auditeurs aux résultats les plus récents des découvertes, ces découvertes ii'eussent-elles pas encore été consacrées par la publicité. En un mot, nous regardons notre tcuvre comme étant plutôt une œuvre de divulgation qu'une œuvre de vulgarisation. Nous suscitons, nous nous efforçons de créer les principes d'une science nouvelle. A d'autres de l'exploiter.

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On indique au public les sources où il devra aller puiser, s'il veut être bien renseigné et tenu toujours au courant des progrès de la science. C'est à lui de faire ensuite lui-même son éducation. Qu'il ne croie pas pouvoir y suppléer par la lecture des manuels et par l'étude des livres de science vulgarisée. Ces livres sont toujours en relard d'une vingtaine ou d'une quinzaine d'années sur le mouvement scientifique. Comparez, en effet, certaines découvertes du marquis de Laborde qui datent de 1849 avec l'état des manuels et des livres qui traitent de la Renaissance et qui portent la date de 1889. Savez-vous ce qu'a fait le marquis de Laborde ? Je vais employer une image pour me faire comprendre. Le marquis de Laborde a créé, il y a quarante ans, des clichés photographiques que j'ai développés aujourd'hui seulement devantvous. Les théories que je vous expose, elles existent virtuellement depuis quarante ans.

Les livres qui copient d'autres livres n'enseignent qu'une science morte déjà au moment où elle apparaît. Repaissez-vous de doctrines vivantes. La vérité est comme la nature , dont Léonard de \inci disait qu'il valait mieux être le fils que le petit-fils ; c'est-à-dire communiquer avec elle et la toucher sans intermédiaire.

Permettez-moi donc de ne laisser en dehors de notre examen aucun des problèmes que nous rencontrons sur notre route, quoique ces problèmes n'aient pas encore mérité d'attirer l'attention publique. Ce qui est le plus connu n'est pas toujours ce qui est le plus nécessaire à connaître. Ici, au Louvre, n'attendons pas l'œuvre toujours trop tardive de la justice.

.Au sujet de ces influences secrètes, de ces courants d'art, de ces entraînements, de ces courants électriques, comme disait le marquis de Laborde, dont l'existence, pour être quelquefois inexplicable ou inexpliquée, n'en est pas moins certaine, il me resterait beaucoup à vous dire, afin d'étudier complètement les moyens de propagande à l'aide desquels certaines théories et certaines doctrines d'école se sont développées, ou tout au moins manifestées au xiv*^ et au XV® siècle

Celle sixième leçon, destinée surtout aux nouveau.\ auditeurs, ne fui qu'un résumé de ce qui avait clé dit précédemment sur les constructions de Charles V, de Louis d'Orléans, sur l'art parisien à la cour de Charles VI, les miniatures de Beauneveu, la Chaise-Dieu, etc

SEPTIÈME LEÇON 5 Février 18 89.

La septième leçon ne fut, comme la sixième, qu'une récapitulation des monuments français du temps de Charles V et de Charles VL dont il a déjà été question dans les cours de la première et de la seconde année.

Nous croyons devoir en reproduire seulement le fragment suivant.

J'estime qu'il y a deux courants dans la sculpture, à la fin du xn*" siècle : le courant franco-flamand, aux plis larges, abondants, rythmés, tvpe de Pierrefohds et de La Ferté-Milon ; art aristocratique, distingué, de grand style; — le courant ou le style purement flamand ou bourguignon ; art plus rustique, plus populaire, plus naïf. Ces deux styles se donnent la main et se coudoient dans les œuvres d'art laissées par le duc de Berry.

Le premier courant disparaît en France où le style bourguignon, c'est-à-dire le style flamand pur, celui de Claux Sluter, règne sans partage à partir de 1410 ou 1420, en se mélangeant au goût de la draperie inaugurée par l'école des \'an Eyck. Ce premier style franco-flamand persiste en Italie, surtout dans l'Italie du Nord, bien plus longtemps et même dans les premières œuvres des grands innovateurs, comme Pisanello et Jacopo délia Quercia. ^'ous verrez des projections qui vous expliqueront cela.

Dans une certaine mesure, le courant général de lart de la fin du xiv^ siècle, courant dans lequel l'école française tenait un rang distingué, se trouva continué par l'école italienne jusqu'au jour de la conversion complète de cette école aux doctrines de l'art classique.

Courant franco- flamand. — Couronnement de la Vierge de La Ferté-Milon ; couronnement de la Vierge du tombeau de Louis II à

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