CAUSES MORALES ET POI.ITIQIES DE LINFLLENCE ITALIENNE
ces ivoires certains émaux en grisaille sur fond translucide semé d'étoiles dorées. Ces émaux sont généralement décorés d'animaux interprétés dans le même esprit de délicat naturalisme et doivent être regardés comme les premiers essais de l'émaillerie peinte, au moment oîi, dans les ateliers de verrerie de la haute Italie, on voulut créer, par la contrefaçon, une concurrence à Témaillerie translucide sur relief. J'aurai prochainement l'occasion de revenir sur cette fahrication.
Ces émaux, dont j'ai parlé à la Société des antiquaires de France et que l'on rencontre dans les trésors de plusieurs églises d'Allemagne et de Bohème et dans la Schatzkammer de \' ienne, sont appliqués à la décoration des vases de métal précieux, ordinairement en argent. Ils n'ont jamais été remarqués par les historiens de lart ni classés à part, et cependant ils méritent bien de l'être. En elTet, ils serviront un jour, quand ils aui'ont été sévèrement étudiés, à expliquer comment l'art de l'émailleur passe des procédés de l'émail translucide sur relief aux procédés de l'émail peint. Les émaux dont je parle tendent à constituer en quelque sorte de véritables contrefaçons de l'émaillerie translucide sur relief ou de basse taille. Les ornement et les sujets des compositions sont généralement peints en grisaille, comme s'ils voulaient permettre à un émail incolore de laisser transparaître le modelé du bas-relief sous-jacent. Les fonds sont toujours translucides, bleus ou verts, et semés détoiles d'or, non pas réservées dans le métal mais peintes sur l'émail, (^est dire que les deux procédés de l'émail translucide sur relief et de lémail peint paraissent coexister sur la même pièce.
11 faut immédiatement citer une autre industrie qui se présente à nous avec les mêmes caractères. C'est celle de la tarsia in legno et des meubles en bois gravés aux traits, comme on en voit dans un grand nombre de collections et notamment au Musée industriel de Berlin. Le duc Jean de Berrv avait à sa solde ou tout au moins faisait rechercher un marqueteur italien originaire de Sienne. Son inventaire contient plusieurs ouvrages de marqueterie italienne. La marqueterie italienne fut popularisée en France par les encadrements des ivoires et des os italiens, comme le retable de Poissy... (Montrer les dessins de Pisanello, parler de l'art des cadres dans le Nord de l'Italie...)
CAISES MORALES ET POLITIQUES DE l'iNFLIENCE ITALIENNE 509
Les rapports nécessaires qui eurent lieu au point de vue religieux entre l'Italie et les différents peuples de l'Europe fournirent à une grande industrie d'art, l'orfèvrerie religieuse, l'occasion de se développer sur le sol italien ou dans un milieu exclusivement pénétrés d'éléments italiens. Je fais allusion à une prodigieuse fabrication d'objets d'orfèvrerie religieuse, que nous retrouvons actuellement disséminés par toute l'Europe et dont la France reçut une bonne part. Les principaux produits étaient des reliquaires et surtout des croix processionnelles dont la nationalité est de nos jours trop fréquemment méconnue.
Procédons dans notre démonstration du connu à l'inconnu. ^'oici d'abord la célèbre croix processionnelle du trésor du temple de Saint-Jean à Florence. C'est la plus haute expression de cet art des croix processionnelles. Personne ne niera son caractère italien. Il existe toute une série de monuments de cuivre ou d'argent repoussé, ordinaii'ement des croix processionnelles, dont la date et le lieu d'origine ne sauraient être longtemps discutées. Ces monuments ont été exécutés en Italie ou bien près de l'Italie, dans la seconde moitié du xiv'^ siècle et dans le premier quart du xv^.
C'est en effet une chose extraordinaire mais certaine, quoiqu'elle n'ait jamais été démontrée ni approfondie, que cette période de gothicité aiguë de la sculpture italienne à la lin du xiv'" siècle et surtout au commencement du xv'". Il faut donc tenir compte de ces œuvres si nombreuses de l'orfèvrerie italienne, à la laideur réaliste, d'un style tout allemand quoique d'exécution indiscutablement italienne.
Toutes ces croix si nombreuses en Italie, datant de la lin du xiv*^ siècle et du xv'' siècle, trahissent, je le répète, une influence llamande très prononcée ou même une influence allemande, \oici la photographie d'une croix de procession italienne à boules et à reliefs, au musée de la porte de Hal, u° 12. Le Christ est de physionomie vulgaire et naturaliste. Fond découpé.
A mon avis ces artistes et ces importations d'Italie n'ont guère modifié à cette date le tempérament national français dune façon très ell'ective. Mais leur trace est visible cependant et cela prouve la perméabilité, l'inquiétude et les recherches à ce moment du tempérament français et le caractère de son art.
QUATRIEME LEÇON 15 Janvier 1890.