‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 73 sur 93 · LE MILIEU TOURANGEAU BOURDICHON · texte numérisé non relu

LE MILIEU TOURANGEAU BOURDICHON

Dans l'enseignement que j'ai l'honneur de professer devant vous depuis quatre ans et dont vous avez bien voulu saisir la pensée directrice et la méthode, tout se tient. Les faits acquis et démontrés ont toujours besoin d'être présents à l'esprit des auditeurs pour leur faciliter l'acquisition et l'assimilation des démonstrations nouvelles. Les fractionnements que nous sommes obligés de faire pour les besoins de la démonstration n'existent pas en etTet, ou n'existent que bien rarement dans la réalité. D'abord les corps simples, à l'état de pureté essentielle, n'existent presque pas dans la nature et sont même, en quelque sorte, incompatibles avec l'idée de la vie qui, à tous les degrés de l'échelle des êtres, n'est que combinaison, combustion, amalgame, dégagement et transformation. L'isolement des principes constitutifs de la vie ne peut être que le produit de l'analyse. Or, l'analyse chimique ou morale suspend, au moins momentanément, la vie de l'être qu'elle examine et qu'elle explique.

Pour nous rendre compte de la vie artiste d'un peuple, à une certaine heure donnée de l'histoire de l'art, il faut donc ne pas séparer, dans notre pensée, au moment de la synthèse, les éléments divers dont cette organisation vitale est formée, et que nous nous appliquons précisément, pendant l'analyse, à isoler dans le sujet de notre étude. Il faut toujours être prêt à reconstituer immédiate-

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BUlRDICHON

ment au moindre signe ce que nous avons provisoirement et momentanément désuni; et, pour cela, il faut toujours avoir le reste de l'ensemble à sa disposition dans sa mémoire et, en quelque sorte, tous les éléments isolés de cet ensemble dans sa main. Le corps décomposé se reforme alors aussitôt et sa vie n'est pas interrompue.

Je me crois obligé de dire cela, Messieurs, par ce que je crains de ne pas être compris par les personnes qui voudraient juger ma doctrine sur l'audition dune seule de mes propositions. On devra réunir et additionner toutes ces propositions successives et fractionnées pour en établir les conclusions d'ensemble. J'espère que mon total général est juste. Mais, pour que ce total général soit juste, il faut n'omettre aucun chiffre de l'addition

Aujourd'hui nous étudierons le mouvement particulier de pénétration italienne, avec sa modalité spéciale, qui se produisit dans la vallée de la Loire.

Avant de vous parler des «Euvres de sculpture et des hommes qui apparurent dans la vallée de la Ivoire pendant le xv*' siècle, j'estime qu'il convient de vous entretenir du milieu particulier où l'école qui devait être celle de l'avenir allait se former, trouver sa nourriture et préparer son rapide développement.

La Touraine, ou, pour parler plus exactement au point de vue géographique, la vallée de la Loire, depuis sa brusque direction de l'Est à l'Ouest, la Touraine avec les provinces voisines a été destinée à devenir le théâtre d'une importante évolution de l'art par une double raison : par une cause politique et par une cause morale. L'école franco-italienne ne pouvait pas naître ailleurs, et son berceau était d'avance tout préparé. La construction des nids et des bauges, dans la prévoyance instinctive de la nature, a toujours précédé la ponte des œufs et la naissance des petits.

En effet, depuis le commencement du règne de Charles VII, la royauté, on peut dire la France, car alors c'est la même chose, la France, pour éviter la gangrène de l'invasion, est obligée de se mutiler. I<]lle s'ampute courageusement de tous ceux de ses membres qui sont attaqués par la maladie ; elle s'évade des provinces du Nord devenues anglaises. Paris est abandonné, et avec Paris, toute cette tradition de culture officielle, tous les résultats acquis par quarante ou cinquante ans d'efforts dans une voie

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