LEÇON' DE CLÔTIRE DV PREMIER SEMESTRE
caractère, assez infinitésimal, de latins, leur titre de citoyens romains^ je répondrais, l'histoire à la main et à Taide d'une citation qui légitime la rudesse essentiellement latine de mon langage tout rétrospectif ; je répondrais : Silence, Grecs et Romains de contrebande ; silence, pédants inconscients, cuistres involontaires ; silence, faux fils de l'antiquité et de l'Italie; silence, esclaves d'hier. Vous ne méritez pas d'avoir la parole. J'ai le droit de vous répéter le mot terrible de Scipion Emilien à la populace devenue facticement romaine, ce mot vengeur conservé par Valère Maxime et par Velleius Paterculus : « Taceant quibus Italia noverca est. » « Taisez-vous, vous pour qui l'Italie n'est qu'une marâtre. » (\'alère Maxime, VI, 2. Velleius Paterculus II, chap. 11).
Enfin, Messieurs, en prononçant ces mots, je suis une vivante démonstration de ma thèse. Nous sommes imbus, je suis moi-même tellement pénétré de l'antiquité, que c'est en latin et en empruntant des arguments à l'histoire romaine que je prêche devant vous la croisade contre la tyrannie de l'antiquité.
QUINZIEME LEÇON J6 Avril 1890.
Il ne reste de cette leçon, qui fut consacrée principalement à l'histoire du dôme de Milan, que les lignes d'introduction suivantes :
Messieurs,
Vous avez vu comment le style gothique, comment l'art du Nord s'est défendu pied à pied sur le sol delà France, comment il a lutté contre l'art de l'antiquité importé par Tltalie. II nous reste à voir comment l'art gothique, comment l'art septentrional, subi par l'Italie, s'est comporté sur le sol italien en face des principes ressuscites de l'art antique. Nous allons étudier aujourd'hui l'effort que le gothique italien fit pour survivre à l'inondation, au déluge des principes de l'art antique. Nous verrons en même temps comment l'art du Nord, profondément pénétré par l'art du Midi, essaya de se défendre en portant à son tour la guerre sur le territoire de son adversaire. Nous étudierons les influences de l'art franco-flamand sur l'art italien pendant le xv" siècle et leurs preuves les plus manifestes. Notre étude sera pratique, et nous ne nous appuierons que sur des faits.
Les idées ont singulièrement marché en avant, depuis le jour où nos entretiens ont commencé, il y a quatre ans.
Vous vous souvenez des obstacles que mes propositions rencontrèrent au premier abord. La thèse déclarée paradoxale par l'hono-
rable auteur du volume de la Henaissance e»l aujourd'hui acceptée et même enseignée par lui. lia publié un travail intitulé : la Propagande gothique en Italie dans V Ami des Monuments parisiens, dans lequel tous les textes relatifs aux artistes du Nord travaillant au XIV- etxv^ siècle en Italie sont relevés et groupés.
Je suis bien heureux de ce concours et de ce précieux encouragement. Ces textes, je vous en ai déjà signalé un grand nombre, et j'espère que vous ne les avez pas oubliés. Cependant, je continue à penser, et j'espère que vous commencez à comprendre, qu'on peut s'en passer. Nous continuerons donc à étudier les œuvres directement et à leur demander de nous indiquer, sans l'intermédiaire des constatations notariales, quelle fut la marche de l'art...