‹ Leçons professées à l'École du LouvreChapitre 89 sur 93 · GAILLON, FOLLE VILLE, FEGAMP · texte numérisé non relu

GAILLON, FOLLE VILLE, FEGAMP

Embarqués à Gênes, les marbres de cette fontaine avaient été transportés par mer à Honfleur, et de là, par la Seine, à Rouen, où ils lurent transbordés sur un grand bateau qui les amena aussi près que possible du château. Ils y entrèrent non sans peine traînés sur des charrettes.

Un maître fontainier, Pierre Valence, avait travaillé sans interruption plusieurs mois, de février à septembre 1506, pour amener les eaux des hauteurs du parc, au milieu de la cour du château oîi la fontaine devait être assise. Ce fut un Génois, nommé Bertrand de Mey nal, lequel avait été chargé delà conduite de la fontaine en F'rance, qui en opéra la pose conjointement avec le maître fontainier. Cette opération fut terminée le l'^'mai 151)8. » (Deville, Comptes du château de Gaillon, Introd., p. lxiv).

Comptes du château de Gaillon : u A Bertrand de Meynal pour ses peines d'avoir besongné à la fontaine par quictance du "29'' juin

... A Géraulme Pacherot, maçon, pour sa peine d'avoir besongné à la Fontaine. »

C'est très clair, tout cela. Eh bien! pour les besoins d'une cause mauvaise et perdue, cela a été contesté. M. Palustre a prétendu que Bertrand du Meynal était un genevois et non un génois. Genevois est la traduction littérale de Genovese. Cela ne se discute pas.

Les monuments de la nature de celui que Meynal et ses collaboteurs avaient fabriqué, étaient certainement la spécialité de leur pays — plusieurs textes dans Alizeri le relatent. Ces monuments étaient devenus indispensables à lout palais princier, suivant les exigences de la mode du xv*' et du xvi'^ siècle. La forme de ces fontaines vous est connue par le dessin de Ducerceau ; de plus elle nous est exactement conservée dans plusieurs dessins du recueil de Jacopo Bellini, acquis récemment par le musée du Louvre. On en voit aussi une représentation sur le revers de la médaille de Guarino de Vérone par Matteo da Pasti.

Ce n'est pas lout. Il n'y eut pas seulement une fontaine italienne à Gaillon. Il y en eut deux ! Georges d'Amboise n'avait pas attendu le cadeau des Vénitiens pour se donner ce luxe-là. Les archives notariales de Gênes nous renseignent à cet égard, aussi bien que le

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monument qui a survécu et qui est conservé dans la salle de Michel- Ange au Louvre; un contrat fut passé en 150(5 à Gênes.

Cest une association de trois sculpteurs : Agostino Solari, Antonio délia Porta, Pace Gazini da Bissone, pour exécuter à Gènes, en I50t), une fontaine pour le cardinal de Rouen. La vasque de cette fontaine devait être décoré de huit tètes de lions. Pas de confusion possible avec l'autre donnée par les \'énitiens. Voyez la description dans Alizeri. Il y a beaucoup de chances pour que ce soit la fontaine de marbre conservée actuellement dans la salle de Michel Ange au Louvre. Comparer la description d'Alizeri et la vasque du Louvre... Je n'ose pas affirmer plus fermement parce que Georges dWmboise aimait tant T Italie et les fontaines italiennes qu'il n'eut pas seulement deux fontaines de Gènes, mais qu'il en eut trois et qu'il en fît installer une troisième dans son palais archiépiscopal de Rouen. Après tout, le texte d'Alizeri pourrait aussi bien se référer à celle-ci qu'à la seconde de Gaillon.

Tous ces sculpteurs étaient de la région des lacs. Tamagnino, (Antonio délia Porta ! était de Polezza, sur le lac de Lugano, les Gazini ou Gagini, de Bissone. L'école lombarde, c'est-à-dire Vécole des lacs, l'école de Côme et de Milan, envahit la Ligurie dans la seconde moitié du xv*^ siècle (Alizeri, vol. I\', p. 85).

Il y avait à Gènes, nous lavonsdit, un personnage italien, fort bien en cour auprès du roi de France et des officiers de la couronne, qui s'appelait Spinola di Serravale. Ce personnage passait tout son temps à s'entremettre pour faire exécuter des monuments en marbre pour le roi de France et pour ses ministres. Il servit, comme nous l'avons vu, d'intermédiaire entre les sculpteurs de Gènes et Louis XII, Georges d'Amboise. Antoine Bohier, abbé de Fécamp, etc., etc. Tout cela est prouvé par des textes d'archives et des contrats notariés. Spinola de Serravalle a passé plusieurs années de sa vie à expédier en France le plus d'œuvres italiennes qu'il pouvait. C'était une sorte d'agent général de surveillance, un consul en matière d'art au service de la France. Il se chargait de tout jusqu'aux détails de l'embarquement,

-Au mois d'août 1502, un secrétaire de Louis XII, se trouvant à Gènes, commanda au nom de son maître à quatre sculpteurs italiens établis à Gènes ou près de Gênes et par conséquent à proximité de

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