LÉSIONS DE LA MOELLE PAR IRRITATION PÉRIPHÉRIQUE
Si la lésion traumatique abolit tout aussitôt, et pour ud temps assez long, les fonctions d'une région de la moelle épiniëre, c'est qu'elle détermine des altérations immédiates dans cet organe, particulièrement dans sa substance grise.
Si une affection des reins, ou d'un autre organe, est la cause productrice véritable d'une paraplégie, il faut admettre qu'une altération de la moelle épinière est survenue dans le cours de cette affection.
Pour chercber à comprendre le mécanisme par lequel une affection des reins, par exemple, peut agir de la sorte sur la moelle, on a examiné, à l'aide d'expériences faites sur les animaux, si les lésions irritatives des nerfs peuvent faire naître des altérations de ce centre nerveux.
M. Tiesler a soumis le nerf sciatique, sur des lapins et sur des chiens, au contact d'agents pouvant déterminer une inflammation de ce nerf. Dans une expérience sur un lapin, l'animal devint paralytique et mourut au bout de trois jours. On trouva un foyer inflammatoire au niveau du point où le nerf avait été lésé et un autre foyer dans le canal vertébral, dans l'endroit correspondant au lieu d'ori* gine des racines du nerf sciatique. Il y avait un ramollisse* ment de la moelle en ce point, et l'on trouvait dans le tissu ramolli des globules de pus et des corps granuleux. Le segment central du nerf sciatique était sain (1). D'autre part, M. Frinberg (2) a rapporté aussi des expériences, dans lesquelles la cautérisation d'un des nerfs scia* tiques, faite avec de la potasse caustique, avait déterminé
(1) Tiesler, Ueber NeuriHs. Inaugr. Dissert., Rôoisbergr. 1866, p. 25 (GiUtiOb de If. Lancereanz, De la maladie expérimentale comparée à la maladie spon» ianée, thèse d'agrégation. 1872, p. 115).
(2) Frinberg, Ueber Reflexlâhmungen (Berlin, klin. Wochenscb., 4871, ■•• 41, 42, àk, 45. Anal, in Gentralblatt..., 1871, p. 810).
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un ramollissement de la moelle lombaire. M. Frinberg ajoute que, daus ce cas, il n^y avait ni altération de la partie centrale du nerf sciatique, ni inflammation remontant vers le canal vertébral.
M. Leyden (1), s'appuyant sur ce qu'avait constaté M. Tiesler, a pensé qu'on pouvait trouver là une explication satisfaisante pour un grand nombre de paralysies dites réflexes; et M. Charcot, d'après M. LAncereaux, a invoqué aussi ces faits dans le même sens.
Je dois dire que je n*ai rien vu de semblable, dans les cas où j*avais cautérisé un des nerfs sciatiques, sur des cochons d'Inde, avec de l'acide acétique cristallisable ou avec d'autres substances toxiques, ni sur un lapin, chez lequel j'avais cautérisé un de ces nerfs avec de la potasse caustique.
Voici le résumé de l'expérience faite sur le lapin :
Ezp. U. «— Le Si mai 1878, on met k nu ie nerftcitUque, au milieu de la cniiae, sur un lapin adulte; on toulèTe ce nerf sur le manche d'un scalpel, et l'on applique sur un point de la partie du nerf soulevée un petit fragment de potasse causUque. Au bout de quelques minutes, on lave avec soin le point du nerf qui a été cautérisé. Les Jours suivants, la plaie s'enflamme, la peau se décolle dans une certaine étendue, et le 11 juin on ouvre un abcès asseï votuminenz qui s'est formé dans cette région. Le lapin meurt le 21 Juin.
On trouve une collection de pus au niveau du poiot où la cautérisation a été pratiquée, et U le nerf est interrompu par une solution de continuité, dans une longueur d'un centimètre au moins.
La moelle épinière est mise è nu : il n'y a aucune lésion reconnaiasable à I'cbU nu, ni dans les méninges, ni i la surlace de la moelle. Les racines des nerlii ont, des deux cdtés, leur apparence normale. La partie supérieure du nerf scîatique gauche n'offire aucune altération à l'examen microscopique. Le bout périphérique de ce nerf présente plutèt nue diminution qu'une augmentation de diamètre : les altérations hiitologiques paraissent être les mêmes que dans un eu de simple section.
Les muscles de la région jambière antéro-exteme du membre postérieur
(1) Leyden, Sammiung kiinitehê Vortrûge.,»; Vebêr ReflexUlhmung , Leipsig, 1870, p. 16 (atation de M. Lancereaux. loc, cit., p. 115 et 116).