‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 18 sur 88 · BÔLB DES VASO-MOTBURS DANS DIVERSES NÉVROSES · texte numérisé non relu

BÔLB DES VASO-MOTBURS DANS DIVERSES NÉVROSES

» résultat d'une simple irritation, souvent mftme à peine » sentie, de quelque nerf centripète (1 )» , et il ajoute « que » c'est par une action réflexe de Taxe cérébro-spinal sur » lui-même, au moyen des nerfs qui se rendent à ses propres » vaisseaux sanguins, que cette irritation agit pour altérer » la nutrition d'une partie de ce centre nerveux (2) » . Or, d'après un passage qui précède immédiatement celui-ci, on voit que, pour lui, cette altération de la nutrition du centre nerveux contribue à la production des affections nerveuses.

Je ne puis pas adopter complètement ces opinions de M. Brown-Séquard , et je crois qu'aucune action vasculaire réflexe n'entre en jeu, pour produire les modifications des centres nerveux, auxquelles on doive rapporter, comme à leur véritable cause, les accidents morbides de ces diverses affections, ou ces affections elles-mèones. Ce que j'ai dit de rhystérie est entièrement applicable, en principe, à la catalepsie et à l'extase. Il me paratt impossible d'expliquer ces états pathologiques des centres nerveux par un trouble, quel qu'il soit, de l'irrigation sanguine de ces centres. Il y a là autre chose. Certaines parties de l'encéphale offrent dans la catalepsie et dans l'extase une excitabilité morbide toute spéciale, et rien ne prouve qu'il faille l'attribuer nécessairement à une altération de la nutrition de ces parties. On conçoit la possibilité de modifications subies par les molécules de la substance organisée des centres nerveux, en dehors de toute influence causale due à la

(1) Brown-Séqnard. Ltçms sur les nerfs vaso-^noteurs^ sur tépikpsie et sm les actions réflexes normales et morbides, Trad, franc, par le docteur Benl- Barde; 1872, p. 52.

(2) Brown-Séquard. hoc, oit.

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nutrition, et Ton comprend que ces modifications puissent varier et avoir pour conséquence soit un aflFaiblissement, soit une exaltation des éléments ainsi atteints.

C'est de cette façon que Ton peut se représenter Tétat de certaines parties des centres nerveux dans Thystérie, la catalepsie, l'extase, etc. Il est impossible, il est vrai, d'aller plus loin et de se faire une idée de la nature de ces modifications supposées. Mais je répète qu'aucune nécessité ne nous impose l'obligation d'admettre Tintervention primitive de l'appareil vaso-moteur dans la production de ces névroses. Quant aux crises, de physionomie si caractéristique, qui se manifestent dans le cours de ces étals pathologiques du système nerveux, l'appareil vaso-moteur n'a aucun rôle essentiel à jouer dans le mécanisme qui les provoque.

Pour la chorée, elle échappe encore plus, s'il se peut, à l'explication proposée par M. Brown-Séquard. Lorsqu'on inédite sur les caractères de cette maladie, on est entratoé à la considérer comme le résultat d'une véritable lésion de certains éléments dé la moelle épinière et de Tistlime de l'encéphale. Les troubles de la circulation ne peuvent jouer, ici encore, qu'un rôle tout a fait accessoire et secondaire.

Je n'insiste pas sur les phénomènes symptomatiques de ces diverses maladies ; sur le mécanisme réflexe d'un grand nombre d'entre eux : ce serait évidemment sortir de notre sujet.

— Parmi les affections du système nerveux, dont on a essayé d'expliquer en partie les symptômes par l'hypothèse d'une perturbation fonctionnelle de l'appareil vaso-moteur, l'épilepsie est certainement celle qui a donné lieu aux recherches les plus importantes dans cette direction.

D8 l'épilepsib. 108

L'épilepsie est tantôt héréditaire, tantôt acquise. Dans ce dernier cas, elle naît le plus souvent, soit par Taction de violents ébranlements moraux, soit par suite de lésions du crâne, de Tencéphale ou de ses enveloppes membraneuses, soit enfin sous Tinfluence d'afTections périphériques (vers intestinaux, lésions des nerfs, altérations viscérales diverses, etc.).

L'épilepsie, qu'elle soit héréditaire ou acquise, se manifeste par des accès revenant à des intervalles variables, et ces accès se produisent tantôt d'une façon inopinée, sans provocation reconnaissable, tantôt sous l'influence de causes diverses, émotions, excitations douloureuses, sensations variées, etc. Les accès sont ou complets, ou incomplets. Dans tous les cas, il y a perte de connaissance pendant un temps plus ou moins long. Dans les accès complets, il y a chute et convulsions plus ou moins violentes : ce sont les attaques de grand mal; dans les accès incomplets, il peut y avoir simplement vertige, sans chute, sans convulsions, ou bien avec convulsions, lesquelles sont faibles, en général, et toujours très- passagères : ce sont les attaques de petit mal. Il n'est pas rare que des épileptiques soient pris tantôt du grand mal, tantôt du petit mal : chez d'autres, au contraire , on n'observe que de grandes attaques ; chez d'autres enfin, le petit mal seulement.

L'attaque de grand mal peut débuter par une pâleur rapidement croissante de la face, précédée ou non d'une sensation particulière désignée sous le nom à' aura. Cette aura n'est autre chose qu'une sorte d'impression variée, parfois douloureuse, qui semble partir d'une certaine région du corps et qui, de là, remonte vers les centres nerveux encéphaliques.

Cette aura varie beaucoup, comme je viens de e dire.

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C'est, dans un certain nombre de cas, une sensation douloureuse qui part de la main, du pied, des bourses, du ventre, de la poitrine, de la face, etc. Si elle part d'un des doigts de la main, par exemple, elle semble remonter le long de la main, de Tavant-bras et du bras, gagne Tépaule, le cou, la tète, et alors le malade tombe sans connaissance. Parfois c'est une sorte de fourmillement, de frémissement, de vibration, ou bien comme un souffle, une sensation de vent, qui suit la même marche centripète. Quelquefois elle n'est qu'un bruit, que le malade entend, une odeur, une saveur qu'il perçoit. Les phénomènes se passent d'ordinaire avec une telle rapidité que les malades n'en ont aucun souvenir; mais parfois l'attaque avorte après que Vaura s'est produite, et alors l'épileptique, qui s'est senti sur le point d'avoir une crise, peut bien rendre compte des caractères de ce prodrome. Souvent, au moment où Tattaque va avoir lieu, il porte la main au point du corps d'où semble partir Vaura. En général, quand il y a une aura bien reconnaissable, elle se manifeste sous la même fbrme, en affectant le même siège et la même marche, lors de chaque attaque.

Quoi qu'il en soit, cette aura est suivie de pâleur de la face, de distorsion des traits, et ensuite de perte de connaissance. Le malade tombe à terre^ souvent comme foudroyé ; et il peut en résulter de graves contusions. Au moment où il tombe, l'épileptique peut pousser un cri particulier, dû à une expiration brusque, convulsive, qui chasse l'air de la cavité thoracique au travers de la glotte fermée spasmodiquement. Puis surviennent, dans diverses parties du corps, et surtout dans les membres, des con* vulsions toniques, qui font place, après un certain temps, à des mouvements cloniques, concentriques et plus ou

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moins rapides. Les convulsions se produisent aussi dans les muscles de la face, des yeux, des mâchoires, de la langue, du larynx. Les pupilles sont le plus souvent élargies. Il y a souvent des morsures de la langue ; une salive rendue spumeuse par son agitation avec l'air expiré, et parfois sanguinolente par suite de ces morsures, s'échappe entre les lèvres. Il y a une difficulté progressive de la respiration et comme une menace d'asphyxie, sous l'influence du spasme laryngien et des convulsions des muscles respiratoires. La teinte pâle, plus ou moins livide et cadavéreuse de la peau, fait place à une coloration rouge sombre, cyanique; et, en même temps, les convulsions cloniques peuvent devenir plus violentes.

Puis une rémission se produit, et la face se décongestionne. Très-souvent cette rémission est cependant suivie d'un nouvel accès, et l'on voit trois, quatre, cinq reprises^ ou même davantage, séparées par des remis* sions plus ou moins longues, sans que le malade reprenne connaissance.

L'accès terminé, le malade reste ordinairement dans la stupeur, ou même dans un état de coma, qui peut durer un quart d'heure, une demi-heure, une heure et même plus longtemps encore. Puis a lieu le retour progressif à l'état normal, avec abolition complète du souvenir de ce qui s'est passé, non-seulement pendant l'attaque, mais même pendant les moments qui l'ont précédée. Dans certains cas, au lieu de la période terminale de coma, Tépileptique passe de l'état de convulsion à un état d'excitation cérébrale, se manifestant par des cris, par une agitation extrême, les yeux étant ouverts et animés, ou par un délire maniaque plus ou moins violent. Cette période consécutive est bien importante à connaître sous beaucoup de rapports : ses

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caractères foumisseut un des traits les plus saillants pour le diagnostic entre Tépilepsie et l'hystérie pure«

L'accès d'épilepsie peut d'ailleurs se présenter sous des formes diverses. Son début peut se manifester d'iine autre façon que par la chute du malade : Tinvasion peut commencer par des mouvements convulsifs, par exemple, dans une partie plus ou moins étendue du corps; ou bien les malades tournent sur eux-mêmes avec une rapidité extrême, parfois après avoir jeté un cri, et ce n'est qu'ensuite qu'ils tombent. D'autres fois Taccès épileptique se traduit uniquement par une tendance invincible à courir, et tout se borne à une course désordonnée, ou bien les phénomènes ordinaires de l'attaque se produisent ensuite. D'autres fois encore, c'est l'excitatiou maniaque qui éclate tout d'un coup, sans prodromes appréciables, et cette excitation, comme vous le savez, a parfois le caractère de la folie suicide ou plus souvent homicide. En un mot, l'attaque épileptique peut se montrer sous des formes variées. Mais je dois laisser de côté les formes un peu insolites, pour ne m'occuper que de la forme la plus ordi* naire, qui est celle doni je vous ai dit quelques mots. U serait, en effet, hors de propos de chercher à tracer ici l'histoire complète de Tépilepsie.

Nous devons examiner les attaques d'épilepsie au point de vue de leur physiologie pathologique, et ce sont surtout les attaques ordinaires, celles dont je vous ai parlé tout d'abord, dont ou a cherché à expliquer les symptômes, à l'aide des données fournies par la physiologie de l'appareil vaso-moteur.

Mais nous ne devons pas non plus perdre de vue 1m attaques incomplètes, celles qui ont été désignées sous le nom Ae petit mal; car les tentatives d'interprétation, dont nous

DB l'Apilbpsib. 107

avons à nous occuper, s'appliquent aussi a ces attaques. Les petits accès ont cela de remarquable qu'ils sont également caractérisés, au moins dans la majorité des cas, par la pâleur de la face, alors même qu'ils sont très-légers et très-passagers. C'est sous la forme de vertiges qu'ils se présentent ordinairement, avec ce léger degré de perte de connaissance qu*on désigne souvent sous le nom A' absences. Hs peuvent être précédés d'une aura. Le petit mal est d'ailleurs aussi varié, au moins, que le grand mal, dans ses manifestations, dans sa durée et dans son intensité. 11 peut y avoir des contractions spasmodiques plus ou moins prononcées dans les muscles de la face et des yeux, parfois même dans ceux des membres, ou bien une tendance irrésistible à un mouvement spécial de locomotion ; mais Tensemble des phénomènes est de très-courte durée, et la perte de connaissance et l'abolition de la motilité spontanée ne sont pas suffisamment complètes pour entraîner la chute du patient. Voici comment les choses se passent assez souvent. Un épileptique est pris subitement de vertige, soit chez lui, soit dans un endroit public quelconque. 11 s'arrête brusquement, s'il marchait, et cherche instinctivement un point d'appui; ou bien, s'il parlait à des interlocuteurs, il cesse tout d'un coup de parler. On le voit pâlir, parfois à un degré extrême : en même temps ses pupilles se dilatent, ses paupières s'écartent souvent d'une façon convulsive, ses yeux peuvent se tourner spasmodiquement dans un sens ou dans un autre ; quelquefois ils s'agitent en tous sens; il peut y avoir un peu d'extension ou de flexion tonique des membres, suivie ou non de quelques secousses cloniques; fréquemment, tout se borne à la pâleur excessive de la face, accompagnée ou non des phénomènes oculo-pupillaires et d*uQ peu

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de dislorsion des traits. Mais toujours il y a absence, c'est*à-dire, perte passagère de connaissance. L'accès peut durer, en tout, quelques secondes. S'il a eu une si courte durée, le retour à Tétat normal a lieu tout aussitôt que l'accès cesse, et le malade peut parfois reprendre la phrase qu'il avait commencée et qu'il avait brusquement interrompue. Mais, pour peu que l'acx^ès ait duré un peu plus longtemps, quelques secondes de plus, il y a une courte période de stupeur ou, bien plus rarement, d'excitation cérébrale, lorsque la pâleur se dissipe et que les mouvements reprennent leur liberté; et le malade a perdu tout souvenir de ce qui s'est passé dans les instants qui ont précédé son attaque.

Pendant les accès d'épilepsie, surtout dans les accès complets du grand mal, les muscles de la vie organique peuvent être aussi plus ou moins atteints. Il peut y avoir miction et défécation involontaires, émission de sperme ; les mouvements du cœur peuvent être plus ou moins troublés : affaiblis au début, au point de paraître s'arrêter pendant quelques moments, ils deviennent parfois violents dans la dernière période de l'accès.

On a cherché dans quel ordre se produisent les phénomènes caractéristiques de l'épilepsie. Pour certains auteurs, la perte de connaissance aurait lieu tout d'abord ; pour d'autres, ce seraient les (contractions spasmodiques des muscles de la face et des yeux qui seraient les phénomènes initiaux ; pour d'autres encore, Marshall-Hall entre autres, l'attaque débuterait par les convulsions des muscles du larynx et du cou {laryngisme eX trachélisme). Pour d'autres enfin. Trousseau, M. Delasiauve et Bland Radcliffe, par exemple, la pâleur de In face précéderait les autres phé-

ÉTAT DBS GENTUBS NEBVfiUX DANS l'ÉPILEPSIB. lOÔ

Domènes. M. Brown-Séquard teud à considérer aussi la pâleur de la face, bientôt suivie de la perle de connaissance) comme étant une des premières manifestations, sinon la première, de Tatlaque d'épilepsie.

L'épilepsie implique d'ailleurs, quel que soit Tordre de succession des phénomènes, un état particulier des centres nerveux, constituant l'imminence morbide, que telle ou telle circonstance fera éclater. Cet état des centimes nerveux consiste, d'après M. Brown-Séquard, dans un accroissement d'excitabilité réflexe de certaines parties de Taxe cérébro-spinal, le plus souvent de la base de Tencéphale et spécialement de la moelle allongée. Il 7 aurait aussi abolition du contrôle que la volonté exerce, dans les couditions normales, sur la faculté réflexe. C'est là, à peu près textuellement, ce que dit ce physiologiste (1). Et il ajoute, dans un autre passage (2), que l'excitabilité réflexe de l'axe cérébro-spinal peut être modiQée soit directement, comme dansPépilepsie syphilitique, scrofuleuse ou rhumatismale, soit indirectement, par le fait de quelque irritation d'une partie périphérique ou centrale du système nerveux. Très -probablement, ce serait, dans la plupart des cas, par l'intermédiaire des vaisseaux sanguins de Taxe cérébro-spinal, que cette irritation produirait cette modification de l'excitabilité des centres nerveux.

Ainsi, suivant M. Browu-Séquard, Tétat anormal particulier des centres nerveux, et spécialement du bulbe rachidien et de la base de Veucéphale, qu'il regarde comme la condition productrice de Tépilepsie, serait une conséquence de troubles vaso-moteurs, du moins dans un grand nombre

(1) Browa-Séquard, Leçons sur les nerfs vaso-moteurs , p. 84<

(2) Loc. cit., p. 10«.

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de cas. Pour lui, ce serait la dilatation des vaisseaux de ces partiesde Tencéphale qui y déterminerait une augmentation de nutrition, et, par suite, une exaltation de reicitabilité réflexe. La dilatation des vaisseaux pourrait être produite, soit directement, par impuissance fonctionnelle des centres d'origine des nerfs vaso-moteurs destinés à ces vaisseaux ; soit indirectement, et d'une façon secondaire, par la fatigue résultant d'une excitation vive et prolongée des vaisseaux.

Une fois la modification spéciale du bulbe rachidien et de la base de Tencéphale déterminée par ce mécanisme, les attaques d'épilepsie pourront avoir lieu, dès que des causes efficaces agiront. Dans un bon nombre de cas, une aura epileptica^ perçue ou non perçue, se manifestera au début de l'attaque. Pour M. Brown-Séquard, V'aura véritable ne serait pas sentie, mais elle serait souvent accompagnée de sensations diverses, perçues. D*après lui, cette aura consisterait probablement en une violente excitation, ayant son siège dans les fibres excito-motrices (1), c'est-à-dire dans des fibres difiérentes des fibres nerveuses sensitives, et qui, comme l'avait imaginé Marshall-Hall, ne prendraient part qu'aux actions réflexes. Ces fibres excitomotrices seraient elles-mêmes plus excitables chez les épilepliques que chez les individus sains, et celte augmentation d'excitabilité pourrait être due, entre autres causes, à une paralysie des vaisseaux sanguins qui servent à leur uulrition f2).

J'ai à peine besoin de vous rappeler les belles recherches

(i) loc, cit.t p. HO.

(2) Loc at.^ p. iii.

DE LÉPILEPSIB EXPÉRIMENTALE. !1|

de M. BrowD-Séquard sur l'épilepsie expérimentale. Vous avez tous, sans doute, été témoins des expériences si nombreuses qu'il a faites sur ce sujet et dont il a répété les principales ici même, dans ses Cours. Vous savez que c'est chez le cochon d'Inde que l'on produit le plus facilement l'épilepsie expérimentale, mais qu'on a pu la provoquer aussi sur d'autres mammifères, le lapin, le chat, le chien. H. Brown-Séquard a fait voir que les lésions de la moelle épinière, du bulbe rachidien, que celles des nerfs, et, en particulier, du nerf sciatique, déterminent, au bout d'un certain nombre de jours, la production d'une affection très-analogue à l'épilepsie (i).

Ces lésions ne sont pas les seules conditions expérimentales qui donnent lieu à des crises épileptiformes. M. Brown-Séquard a rendu épileptiques des cobayes, en sectionnant le grand sympathique dans l'abdomen (2). M. Westphal a montré qu'on en provoque par une percussion assez l^re sur la tète d'un cobaye; et l'on peut voir naître, à la suite, un état épileptique qui dure de six semaines à deux mois (3). D'après les recherches

(i) H. Brown-Séipurd aTait pu, en 1869, réunir quarante et une obsenrations d'épilepeie rarrenue cbes l'homme i la suite de lésion traumatique, ou d*irriiation de cause interne, soit des nerb lombaires, soit du nerf sciatique ou des ramifications de ces nerfii. Quatre ou cinq de ces observations étaient relatiTOS à des amputés (Comptes rendus de la Société de biologie, 1869, p. 121) Depuis lort, des Ikits du même genre ont été publiés. Je me contenterai de signaler deux cas : Vun, publié par M. Billroth, dans lequel Tépilepsie^ provoquée par la contusion du nerf sciatique, a été guérie par une incision faite sur le tr^et du nerf (Archives de Langenbeck, t. XIII, 2* fascicule. — Union méd.^ 7 mai 1872); l'autre, publié par M. Sch&iTer (Epilepsie nach Queischung des Nervut isehiadicus, Gentralblatt... 1873, p. 188.)

(2) Brown-Séquard. Comptes rendus de la Société de biologie, 1872« pp. 1

et 17.

(8) Westpbalf Sur VépUepHe artificiellement produite chez Uê eochoru d^lndf. Anal, m Archives de physiologie, 1872, p. 264.

112 DlX-HUlTlàHE LEÇON.

de M. Ferrier, on peut susciter aussi une attaque d'épilepsie en soumettaut la surface des hémisphères cérébraux, chez le lapin ou le chat, à un courant faradique assez intense (1). Enfin^ je citerai aussi les recherches de M. Magnan sur Tétat épileptiforme produit par Fessence d^absinlhe (2). Mais je n'insiste pas sur ces faits. Je veux me borner à parler de Tépilepsie qui se développe sous rinfluence des lésions de la moelle épinière ou des nerfs sensitifs.

Lorsque les animaux sont devenus ainsi épileptiques, ils sont pris de temps en temps, assez fréquemment, d'attaques spontanées; et, ce qui est particulièrement intéressant, on peut provoquer ces attaques en excitant une certaine région de la peau, que M. Brown-Séquard a nommée zone épileptogène^ et qui est située vers Tangle de la mâchoire inférieure, s'étendaut de là vers rœil, et, dans un autre sens, vers la région latérale du cou. Cette zoue siège du même côté que la moitié lésée de la moelle, ou que le nerf sciatique coupé. C'est de cette zone que part sans doute Y aura dans les attaques spontanées. Or, la peau, dans cette région, pendant tout le temps que dure Tépilepsie, est beaucoup moins sensible que celle de la région homologue du côté sain; on peut la froisser, la pincer fortement entre les doigts, sans provoquer de cris, tandis que si Ton fait la même excitation du côté sain, le cochon dinde pousse immédiatement des cris et se débat.

Du reste, vous pouvez constater, en ce moment, celte différence sur le cobaye que je mets sous vos yeux et qui

(1) David Ferrier, Expérimental Researcfies in Cérébral Phyuohgy and Pathology, Londoo, 1873. ^Trad. franc, par M. Duret, p. 6 et suiv.

(2) Magoan. Recherches de physiologie pathologique avec Cakool et tessenee d'absinthe. — Épilepsie (Archives de physiologie normale et paUioloffî(|Qe, 1873, p. 115. Voy. p. 125 etiuiv.).

DE LA ZONK ÉPILEPTOGÈNB. 113

a subi, il y a plusieurs semaines, la sectiou du tronc du nerf sciatique gauche. Vous entendez Tanimal crier, vous le voyez s'agiter dès que je pince, même assez légèrement, la peau de la face, vers Tiangle de la mâchoire inférieure du côté droit. Au contraire, lorsque je pince la peau de cette même région du côté gauche, il n'y a pas de manifestation dp douleur; mais vous voyez Tan i mal porter son pied postérieur gauche vers la partie latérale gauche du cou, en inclinant la têle de ce côté : il frotte vivement, plusieurs fois de suite, cette partie avec son pied; puis survient l'attaque épileptique, caractérisée par des mouvements coDvulsifs généralisés, avec chute à terre dès le début des convulsions. Voici l'attaque terminée; elle n'a duré que très-peu de temps. L'animal est resté quelques secondes immobile, mais il s'est bientôt relevé, et il se met à faire quelques pas d'une façon mal assurée; puis, le voilà qui est repris, sans nouvelle excitation, d'une autre attaque, semblable à la première : il y en a ainsi parfois plusieurs de suite, séparées par de courts intervalles, pour une seule excitation. Sur ce cochon d'Inde, on peut voir une autre particularité, signalée aussi par M. Brown-Séquard. La peau de la zone épileptogène offre une éruption croûteuse ; elle est moins garnie de poils que la région correspondante du côté opposé; enfin, elle est couverte d'un nombre énorme de poux.

C'est cette diminution de la sensibilité cutanée dans la zone épileptogène, que M. Brown-Séquard a considérée comme une preuve à l'appui de son opinion sur le siège de Vaura epileptica véritable : je vous ai dit qu'il place ce siège dans les fibres nerveuses excito-motrices, à l'exclusion des fibres sensitives.

Chez l'homme épileptique, on ne constate qu'exception-

TDLPIAlf. li. — 8

i\k Dlt-HUrriÂMB LEÇOK.

Dellement l'existence d'une zone épileptogène ; mais M. Brown-Séquard a pourtant réuni plus de trente cas, dans lesquels il suffisait d'irriter une partie de la peau pour déterminer une attaque épileptique ; et il est probable que le nombre des cas de ce genre augmenterait rapidement, si l'on pouvait, sans scrupule, examiner sous ce rapport tous les points du tégument chez les malades. Le siège de la zone épileptogène, dans les cas connus, a été assez varié.

Vaura epileptica^ d'après M. Brown-Séquard, serait encore un phénomène de Tépilepsie, qui pourrait s'expliquer à l'aide des données fournies par la physiologie des nerfs vaso-moteurs. L'aura epileptica serait due à une excitation particulière des fibres excito-motrices de telle ou telle région du corps, suivant le point de départ du phénomène; l'excitabilité de ces fibres étant accrue par suite de conditions probablement diverses, entre autres, par suite de la dilatation des vaisseaux sanguins en relation avec ces fibres, et de l'augmentation de nutrition qu'elles reçoivent en conséquence de cette dilatation.

L'aura est suivie immédiatement de l'attaque épileptique. Dans la plupart des cas, ainsi que je l'ai rappelé, celte attaque, d'après Trousseau, Bland Radcliffe, M. Brown- Séquard, commence, chez Thomme, par la pâleur du visage, précédée, ou accompagnée, ou suivie immédiatement de la dilatation des pupilles; puis surviennent quelques convulsions de la face, et presque aussitôt a Heu la perte de connaissance, avec chute à terre, s'il s'agit d'un accès de grand mal.

M. Brown-Séquard a attribué ces premiers phénomènes de l'attaque à une contraction vasculaire, déterminée par une excitation des nerfs vaso-moteurs des-

MÉCANISME DE l' ATTAQUE ÉPtLEPTIQUE. 415

tioés à la face et aux hémisphères cérébraux (r. MM. Kussmaul et Tenner, sans conuattre les travaux de leur prédécesseur, ont expliqué, peu de temps après, la perle de connaissance épileptique par le même mécanisme (2). Voici, suivant M. Brown-Séquard, quel serait ce mécanisme. Sous l'influence d'une excitation partant du centre nerveux, si la cause de l'épilepsie réside dans ce centre, ou de la périphérie, si la cause est périphérique , les foyers centraux d'origine des nerfs vaso-moteurs de la face et des hémisphères cérébraux seraient mis en activité : il se produirait ainsi un resserrement des petits vaisseaux de la face d'abord, d'où la pâleur du visage, t'A des hémisphères cérébraux ensuite, d'où l'abolition de leurs fonctions et« par suite, la perte de connaissance. Si l'anémie s'étend aux corps striés, aux couches optiques, aux pédoncules cérébraux, les contractions coordonnées, nécessaires à la station ou aux diverse»- attitudes, deviennent impossibles; il y a forcément chute à terre.

Le sang, chassé du cerveau proprement dit, s'accumulerait, d'après M. Brown-Séquard, vers la base de l'encéphale et dans la moelle épinière. Ce sang pourrait produire, par le fait même de son accumulation, une excitation de la moelle épinière et de l'isthme encéphalique, et déterminer ainsi les convulsions qui ne tardent guère à se montrer dans les diverses parties du corps. Mais, en outre, il faut tenir compte des difQcultés de la circulation et de la respira •

(1) Brown-Séquard, Hesearches on Epilepsy; ils artificial production in animais, and iU etioîogy y nature and treatment in man* Boston, 1856-1857.

/2) A. Kunmaul et A, Tenner, Recherches sur P origine et les conditions dexistence des convulsions épilepli/ormes, consécutives à une hémorrhagiCf et sur fépilepsie en général. (Untcrsuchungen zur Naturlehre d. Menschen u. d. Thiere, yon J. Moleschott. 1857, p. 1. — Conclusions accompagnées de remarques par If. Brown-Séquard, in Journal de Brown-Séquard, t. T, 1858. p. 200.)

lit) DIX-HUITIÈME LEÇOTV.

tion, qui naissent bientôt par suite des convulsions du larynx et des muscles tboraciques, ainsi que de raffaiblissement des mouvements du cœur. Le sang, retenu dans la moelle épinière et Tisthme de Vencéphale, s'y charge de plus en plus d'acide carbonique, et le sang artériel, qui peut pénétrer encore dans les vaisseaux de ces parties, n'a, pour ainsi dire, pas subi d^bématose pulmonaire. Les éléments de la moelle et deTisthme encéphalique sont donc soumis à l'action irritante d'un sang contenant une forte quantité d'acide carbonique, et cette irritation doit contribuer à provoquer des mouvements convulsifs dans les diverses parties du corps.

Le sang chargé d'acide carbonique, en irritant plus ou moins fortement les éléments anatomiques des parties excitables de l'axe cérébro-spinal, épuise assez rapidement leur excitabilité, et comme il ne peut pas, comme le ferait le sang oxygéné, régénérer les propriétés de ces éléments, les convulsions doivent nécessairement cesser au bout d'un temps assez court, si l'accès se prolonge sans interruption. Le spasme des muscles laryngiens et thoraciques disparaît ; la respiration redevenant possible, du sang oxygéné parcourt de nouveau les vaisseaux de l'encéphale et de la moelle épinière, et peu à peu les propriétés physiologiques des éléments de ces centres renaissent ; le fonctionnement des diverses parties de Taxe cérébro-spinal se>rétablit, après une période plus ou moins longue d'engourdissement (période de stupeur, de coma).

On voit que, dans cette théorie, les principaux phénomènes de Tattaque auraient pour point de départ l'anémie cérébrale, due à la contraction des vaisseaux des hémisphères cérébraux.

Cette théorie ne tient, à la vérité, qu'un compte médiocre des cas, peu nombreux, je le veux bien, où l'attaque com-

PRODUCTION EXPÉRIMENTALE DE l'aNÉMIE CÉRÉRRALE. 117

mence d'une autre façon que dans ceux que nous avons pris pour types. Mais, dans ceux de ces cas, que nous pouvons nommer irréguliers, dans lesquels on constate encore la perte de connaissance avec ou sans chute à terre, cette théorie trouverait aussi son application.

L'hypothèse de M. Brown-Séquard est-elle admissible 7 Pour nous en rendre compte, nous n'avons qu'à nous rappeler ce que nous avons vu de l'action de l'appareil nerveux vaso-moteur sur la circulation cérébrale.

L'interruption delà circulation dans les eentres nerveux encéphaliques peut- elle produire une abolition presque immédiate de toutes les fonctions de ces centres et, par conséquenly une perte de connaissance complète et à peu près subite? Des expériences, qui prouvent qu'il en est bien ainsi, ont été faites, il y a longtemps déjà. Âstley Gooper a montré, en effet, que la ligature ou la compression des quatre artères principales du cerveau, chez un chien ou chez un lapin, peut produire l'abolition complète et presque subite de la motilité volontaire et de la sensibilité, c'est-à-dire une véritable perte de connaissance. L'expérience réussit toujours sur le lapin« Vous avez pu voir, par vous-mèmeS| lorsque j'ai cherché à répéter cette expérience devant vous, que la ligature des quatre artères principales de l'encéphale Çies deux carotides et les deux vertébrales) , faite sur le chien, n'amène pas constamment le résultat que je viens de vous indiquer. Lorsque l'expérience réussit, il se produit, en général, quelque chose de plus que dans la simple perte de connaissance ; il y a aussi suspension de la respiration, ce dernier phénomène se manifestant d'ailleurs on peu plus tardivement que rabolition du mou* vement volontaii*e et des perceptions

118 DlX-UUlTiÉMË LEÇON.

Ces expériences ne sont pas les seules qu'on puisse citer, pour montrer que Tinterruption du cours du sang dans Tencéphale a pour effet une abolition des fonctions encéphaliques, analogue à celle qui se produit dans la perte de connaissance des épileptiques.

Vous savez qu'on observe un résultat du même genre quand on injecte dans les artères de Tencéphale, par une des carotides, de l'eau contenant en suspension une substance pulvérulente, de la poudre de lycopode, par exemple. Cette poudre va obstruer la plupart des artérioles de l'encéphale et détcuit ainsi, par arrêt de la circulation, toute volonté et toute perceptivité.

On va faire l'expérience devant vous, sur un chien, en poussant l'injection par une seule de ses carotides. Le résultat serait plus rapide si Tinjection, comme je Tai pratiquée plusieurs fois, était faite simultanément dans les deux carotides.

La perte de connaissance n'est jamais subite dans ces expériences. Il en est de même, lorsqu'on lie les carotides et les artères vertébrales. On aurait pu croire que l'injection de poudre de lycopode, en supprimant tout d'un coup, pour ainsi dire, la circulation dans l'encéphale, aurait dû anéantir brusquement la motilité et la sensibilité; mais il faut bien reconnaître que, même dans ce cas, il se passe quelques moments avant que Tanimal soit complètement incapable de mouvement

Vous voyez, après deux ou trois secondes, l'animal s'agiter; il se plaint, pousse même des cris; puis le voilà qui devient immobile. 11 y a perte absolue du mouvement volontaire ; mais vous pouvez constater que la respiration continue. Les mouvements respiratoires sont lents, profonds, difficiles.

PROOUCnOlf EXPÉRIMENTALE DE l' ANÉMIE CÉRÉBRALE. 119

Quand on injecte^ par les artères vertébrales, le liquide chargé de spores de lyoopode, il pénètre surtout dans le bulbe et dans l'isthme de Tencéphale et y détermine une anémie des centres respiratoires; aussi la respiration s'arréte-t-elle plus vite. Du reste, les anastomoses de la base du cerveau sont si nombreuses, que la respiration finit par s'arrêter, quelle que soit Tarière par laquelle on a poussé l'injection.

Un fait remarquable, c'est que, même lorsque l'injection est faite par les artères vertébrales, la respiration dure toujours un peu plus que le mouvement volontaire : c'est ce qu'on peut constater aussi dans les expériences de ligature de ces artères. Le bulbe rachidien, ou plutôt le centre respiratoire, par un singulier privilège, offre une résistance plus grande qiie celle des autres parties de Taxe cérébrospinal, aux causes qui affaiblissent ou anéantissent les fonctions des centres nerveux. Ici, il s'agit de l'influence de l'arrêt de la circulation ; mais il en est de même, d'une façon générale, pour l'effet des substances toxiques dont l'action porte d'abord sur les centres nerveux; tels sont les anesthésîques , le chloroforme, l'éther, le chloral hydraté, etc.; tels sont encore certains poisons convulsivanLs, la strychnine, la brucine, par exemple. C'est une remarque qui a été faite par divers physiologistes. J'ajoute que la nicotine parait faire exception ; car, chez la grenouille, au moins, les mouvements de l'appareil hyoïdien, lorsque ranimai est soumis à l'action toxique de cette substance, s'arrêtent avant que la motilité des membres ait disparu.

Vous avez pu observer sur le chien que nous venons de mettre en expérience un moment d'agitation assez vio* lente, avec douleur, ce qui lient à ce que ranémic de 1 en-

120 DUt-HUlTIÈMB LEÇON.

céphale produit une irritation momentanée de ses parties excitables. Un phénomène du même genre peut se manifester, quand on injecte dans Tartère crurale d'un chien, de l'eau tenant en suspension des spores de lycopode. L'injection, dirigée vers le cœur, pénètre, comme je vous l'ai dit, dans les artères spinales par {^intermédiaire des artères lombaires, et rinjection peut être suivie de convulsions dans les membres postérieurs, avec agitation de l'animal et cris de douleur : il paraît donc y avoir, dans ces cas, une irritation de la moelle épiuière, par suite de l'anémie déterminée brusquement dans ce centre nerveux. Mais il n*est pas inutile de noter que ces mouvements d'agitation et les cris plaintifs, qui peuvent les accompagner, ne sont pas des symptômes constants, ni dans le cas d'injection de poudre de lycopode dans les artères de l'encéphale, ni lorsque cette poudre est injectée dans les artères de la moelle épinière. U n'est pas rarede voir la perte de connaissance, dans le premier cas, et surtout la paraplégie, dans le second, se produire, sans être précédées de phénomènes indiquant une irritation des centres nerveux dont la circulation est interceptée.

Ainsi, la suppression de la circulation dans l'encéphale abolit presque immédiatement les fonctions du cerveau, et amène la perte do la connaissance. Or, l'arrêt de la circulation dans les diverses parties de l'encéphale ne peut-il pas avoir lieu, lorsque les petits vaisseaux de ces parties se resserrent sous l'influence de l'excitation des nerfs vaso-moteurs? M. Cl. Bernard, comme nous Tavous vu, avait déjà constaté, dès 1853, que la température de l'un des hémisphères cérébraux, après la section du cordon cervical sympathique correspondant, devient plus

ACTION DU STMPAT. SUR LES VAISSEAUX DE l'eNCÉPHALE. 121

élevée que celle de Thémisphère opposé ; ce qui démontre bien que ce cordon innerve les vaisseaux de T hémisphère du même côté. J'ai cité aussi les expériences de MM. Donders et Yan der Becke Gallenfels, qui ont vu les vaisseaux de Tencéphale se resserrer, lorsqu'ils électrisaient le cordon cervical du grand sympathique. Malgré ces preuves incontestables de l'action des vaso-moteurs sur les vaisseaux de Tencéphale, on a récemment agité de nouveau la question de savoir si le grand sympathique agit sur ces vaisseaux. M. NothnageU ainsi que j'ai déjà eu occasion de vous le dire (1), affirme que la section du cordon cervical du sympathique, et surtout l'ablation du ganglion cervical supérieur, ont pour résultat la dilatation des vaisseaux de la pie-mère, préalablement mise à nue par une couronne de trépan, et il a vu réiectrisation du sympathique produire le resserrement des mêmes vaisseaux. Or, M. Alex. Schultz, qui a répété ces expériences, n'a pu rien constater de semblable; les résultats de ses recherches ont été absolument négatifs (2). MM. Riegel et Jolly(â) assurent aussi que, si Ton met le cerveau à nu chez un mammifère, et si l'on électrise son grand sympathique» od n'obtient rien. Il paraît singulier que l'on puisse discuter sur des faits comme ceux-là. Je dois vous rappeler ce que je vous ai dit ailleurs (&) des expériences que nous avons faites sur ce

(1) T. I, p. 98 et p. 109.

(2) A Schultz. Zur Lehre von der Bluibewegung im Innem des Schâdels (St-Petenbnrger med. Zeitschrift. Bd. XI, 1866, p. 122). Dans ce travail, l'auteur parle de variations spontanées dn calibre des artères de U pie-mère, variations indépendantes de l'influence des mouvements respiratoires, et qu'il aurait observées à l'aide du microscope.

(3) Frani Riegel et Friedrich Jolly. Ueber die Verûnderungen der Piage fasse inFolgevon Reizung seruibler Nerven (Vircliuw's Archiv, 1>}71, T. LU, p. 218 etsttiv.).

422 DIX-HUITIÈME LEQON.

sujet. Nous avons répété plusieurs fois rexpérience, en découvrant le cerveau sur des lapins, et en électrisant avec un fort courant induit le cordon cervical du grand sympathique d'un côté. Les vaisseaux se sont, dans plusieurs cas, resserrés de la façon la plus manifeste.

Je me bornerai à vous citer deux expériences : l'une, faite sur un lapin ; l'autre, sur un chien.

Exp. I. — Sur un Upin adulte, non curarisé, on met à nu, de chaqae cbîé de U ligne médiane, la surface convexe des hémisphères cérébraux, en cnleTant la Toute crAnienne dans une certaine étendue. On coupe les deux cordons cervicaux sympathiques.

A 3 h. 35, on électrise, à l'aide d'un courant intermittent d'nne médiocre intensité (appareil à charriot, pile de Grcnct ; bobine au fil induit écartée de 10 centimètres de son point de départ), le bout supérieur, périphérique, du cordon cervical sympathique du c6té gauche. Les vaiueaux de la pie-uère cérébrale du côté correspondant se resserrent. Ce resserrement a été précédé d'une dilatation bien visible, qui n'a duré qu'un instant, et qui s'est iirodvite au moment de l'application des électrodes. Lorsqu'on cesse rélectrisation, les vaisseaux resserrés se dilatent très-rapidement.

Le même résultat (resserrement des vaisseaux de la pie-mère) est obtenu, quelques moments pins tard, avec le courant farad iqne porté à son maximum d'intensité.

A 3 h. 55, on électrise le bout central d'un des nerb sdatiquet, que l'on vient de diviser transversalement. Il semble se produire un peu d'hyperémie de la pie-mère cérébrale; mais cet effet n'est pas très-certain.

Une seconde électrisation de cette partie centrale du sdaiique détermine une syncope, pendant laquelle les vaisseaux de la pie-mère reviennent sur euxmêmes et se vident d'une grande partie du sang qu'ils contenaient. La syncope dure ploiieurs secondes, après lesquelles l'animal recommence à se mouvoir : les vaisseaux de la pie-mère reprennent leur calibre primitif.

On électriie de nouveau le bout central du nerf sciattque. Une nouvelle tjn* cope se produit; et, presque annitôt, on voit se manifester une anémie considérable de la pie-mère. Pendant cette syncopej on électrise un des cordons cervicaux du sympathique, et l'on détermine ainsi une dilatation notable de la pupille. La syncope se dissipe spontanément» après une duéôàpeii prèségak à celle de U précédente.

Sur le chien, les effets m'ont paru moins nets que chez le lapin. Je cite cependant l'expérience suivante,

ACTION DU SYMPAT. SUE LES VAISSEAUX DE l'ëNGÉPHALE. 123

à cause de quelques particularités intéressantes qu'elle a présentées.

ExF. H. — Chien terrier mâtiné, Tigoureux, de moyenne taille, Cnrarisation et respiration artificielle.

A l'aide d'un trépan, on fait, sur le milieu du pariétal droit, une ouYerturo de 18 millimètres de diamètre. Pas de lésion de la dure-mère pendant l'opération. On incise cette membrane de façon à découvrir^ dans cette région, le cerveau rcTêtu de la pie-mère.

Le nerf Tago-sympathique droit est mis à nu dans la région cervicale, et on l'étreint fortement en le liant avec un fil ; puis on le coupe au-dessous de la ligature.

Faradisation dn bout supérieur du nerf vago-sympathique droit avec un courant de moyenne intensité. La partie de l'encéphale mise à découvert pâlit légèrement, et les vaisseaux se resserrent un peu : mais ces effets ne sont pas trèsmarqués; ils ne se montrent qu'après une électrisation assex prolongée. Il se produit un écoulement de larmes du côté électrisé, pendant le passage du courant. La pupille droite se dilate au point qu'on ne voit presque plus l'iris.

On cesse l'électrisation, puis, au bout de quelques minutes, on cherche à constater les résultats de la paralysie du nerf vago-sympathique coupé. En examinant le nez, les lèvres supérieure et inférieure» r intérieur des joues et la langue, on constate que la moitié droite de ces parties est sensiblement plus rouge que la moitié gauche : pour la langue, la différence n'est guère visible qu'à la face inférieure, oh Ton voit que les vaisseaux du côté droit de cet organe contiennent un sang plus vermeil que ceux du côté gauche.

Un thermomètre placé en contact avec la face interne des joues, la bouche étant fermée, marque :

Côté gauche 33%2

Côté droit. .« 34o,8

Placé dans les narines, il marque :

Narine gauche 33<*,6

Narine droite. 35

On électrisé de nouveau le bout supérieur du nerf vago-sympathique* Le thermomètre qui marque 35<> dans la narine droite et qui y est laissé à demeure pendant Félectrisation, ne marque plus que 3â<>,6 au bout de quelques minutes ; puis, Félectrisation ayant cessé, la température monte rapidement de deux dixièmes de degré.

On faradisê la surface de l'hémisphère cérébral h l'aide d'un courant de moyenne intensité (bobine au fil induit mise à 10 centimètres de son point de départ). Un des électrodes est mis en contact avec les muscles temporaux ; l'autre, avec la surface du cerveau* Miction presque aussitôt que le courant est

t2& DIX-HUlTlèUB LEÇON.

établi. Il se produit ea même temps de violentes convulsions générales (nrasclei des membres, du cou, de la mâchoire inférieure, etc.). Ces convulsions persistent pendant deux ou trois minutes après la cessation de Télectrisation.

On voit que, dans celle expérience, la contraction des vaisseaux de la pie-mère et du cerveau, sous l'influence de Télectrisation, n'a pas été très-accusée, et c'est ainsi, je le répète, que les choses se passent d'ordinaire chez le chien. Chez le lapin, il peut arriver aussi que lé résultat de l'expérience soit douteux ou même nul; mais il suffit d'avoir vu très-clairement la constriction vasculaire se produire dans quelques cas, pour qu'on soit en droit de supposer que les faits d'insuccès s'expliquent par des circonstances étrangères à l'expérience elle-même (1). D'ailleurs, il faut ne pas oublier que tous les vaso-moteurs, destinés aux vaisseaux de l'encéphale, ne sont pas contenus dans le cordon cervical du grand sympathique. Ces vaisseaux reçoivent d'autres fibres nerveuses vaso-motrices, dont les unes, passant par le ganglion cervical supérieur, ou provenant de ce ganglion, n'ont pas été amenées là par le cordon cervical sympathique, et dont les autres accompagnant l'artère vertébrale, ou naissant des parties supérieures de la moelle épinière ou du bulbe lui-même, ne sont nullement en relation avec le ganglion cervical supé-

(1) MM. Prévost et Aug. Waller ont vu, sur un lapin, l'eicitation électriqve du bout céphalique des uerrs sympathiques cervicaux déterminer l'apparition de convulsions (Comptes rendus de la Soc. de biol., 1871, p. 142). C'est vne expérience que j*ai faite bien des fols sans obtenir un résultat de ce genre, ai ce n'est dans les cas où des courants dérivés allaient atteindre les parties profondes du cou. On voit alors le plus souvent, si le courant est intense, la respiration et les mouvements du cœur s'arrêter momentanément, par suite de Texcitation des nerfs pneumogastriques. J'ai constaté cet eOet des courants dérivés, même lorsque les électrodes étaieut placés sur les bouts supérieurs des cordonssynipatbiques cervicaux tirés hors de lu plaie, et maintenus ainsi à dis» tauce des tissus mis à nu par rnpération.

ACTION DU SYMPAT. SUR LES VAISSEAUX DE l'eNCÉPHALE. 125

rieur, et conservent par conséquent leurs fouctions, même après Tarracbement de ce ganglion. Il n'est donc pas surprenant que rarracheinent, ou Télectrisation, soit du ganglion cervical supérieur, soit, et à plus forte raison, du cordon cervical sympathique, ne produisent que des effets incomplets de dilatation ou de constriction des vaisseaux encéphaliques.

L'existence de nerfs vaso-moteurs destinés aux vaisseaux de l'encéphale, et ne passant pas par le cordon cervical du sympathique, ni par le ganglion cervical supérieur, est bien prouvée par les expériences de M. Nothnagel que nous avons citées aussi déjà(l). Je vous rappelle que ce physiologiste a vu les artères de la pie-mère cérébrale se resserrer, sous l'influence de Télectrisation de nerfs sensibles, du nerf crural entre autres, chez des lapins qui avaient subi un arrachement complet du ganglion cervical supérieur du même côté. Il a constaté que cet effet s'obtenait plus facilement lorsqu'on soumettait à des excitations mécaniques ou électriques les expansions terminales de ces nerfs, que lorsqu'on agissait sur leurs troncs. Les vaisseaux de la pie-mère se resserraient encore, quand on excitait la peau de différentes régions, de la face en particulier. Ces expériences étaient faites sur des lapins, et presque toujours sans l'emploi préalable de narcotiques ou d'anesthésiques.

Ces expériences ont été répétées par MM. Riegel et F. Jolly, qui n'ont pas pu obtenir ces contractions réflexes des vaisseaux de l'encéphale. Leurs recherches ont été faites sur des chats, des chiens, des lapins, qui tantôt ont été opérés sans avoir subi tout d'abord l'action du curare, ou des anesthésiques, ou des narcotiques, et tantôt ont

(1) Voy. f. î. p. 110.

12") DtX-HUITlÉUË LEÇON'.

été mis, avant l'opéralioD, sous l'intluence du chloral, ou de la morphine, ou de l'opiura, ou du curare (1), Lorsque les animaux a'étaient pas narcotisés, MM. Ri^l et Jolly ont observé un resserrement des vaisseaux de la pie-mère, au moment où l'oo électiisait un nerf sensible (nerf sciatique ou nerf crural); mais ils attribuent ce résultat aux cris, à l'agitalion de l'animal, à l'augmenlaticm de fréqueuce des mouvements respiratoires. Quand les animaux étaient narcotisés, ces expérimentateurs n'ont observé aucune constriction des artères de la pie-mère, en les examinant avec le plus grand soin, au travers de la duremère, ou après section de cette membrane , soit direct tement, soit en enchâssant dans l'ouverture faite au cr&ne, à l'aide du trépan, un diapliri^me de verre, et en remplissant l'intervalle entre le verre et la surface cérébrale par une solution de chlorure de sodium. Peut-être faut-il attribuer en partie les résultats nuls de quelques-unes de leurs expériences, à l'intoxication préparatoire à laquelle ils avaient, dans ces cas, soumis leurs animaux ; si l'une des substances employées, le curare, n'empêche pas les actions réflexes vasculaires de se produire, elle peut cependant les modifjor dans certaines parties du corps; c'est ce que nous avons constaté, par exemple, pour les vaisseaux de l'oreille ('2). J'ai répété aussi cette expérience, sans réussir à voir le résultat indiqué par M. Notbnagel {S). Il est vrai que l'animal, soumis à l'expérience, avait été chloralisé, et que, peut-être, l'action du chloral avait é!é

(1) F. Ricgcl et F. JoUj (loc. cit.).

(î) Vnt. l. l, p. 257; p. 27», Eip. VI ; p. 293, Eip. II.

1^) Plu* ricemment, U. F. Kriuspo • chercliù il.: nuurrau i protoqacr du l'unlractioD* rélleici dei luisioaui de h pic-nièri', lur dsi Inpîm, miu oblrnir iluirciulUU bicnorb (l'cber di« reflecloiii,lif H<>i>ifiuisuiiy iter Piiiailt' i:i. Vlrebow'i ArchiY, 1871 ; t. LIX, p. ili et kuiv.J.

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