‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 20 sur 88 · THÉORIE DU SOMMEIL PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

THÉORIE DU SOMMEIL PHYSIOLOGIQUE

» coup de personnes non épileptiques, le sommeil res- » semble à une légère attaque d'épilepsie (i) » ; ou bien encore quand il dit : « Quelle que soit la nature du som- » meil, il est bien certain que c'est, en partie, un état de » sub-asphyxie^ et, qu'à cet égard encore, cette perte » quotidienne de connaissance ressemble à une attaque • d'épilepsie (2) » .

Je me refuse de même à admettre que la cause du sommeil naturel puisse être Taccumulalion progressive des acides produits pendant la veille, dans le cerveau, sous l'influence de son travail fonctionnel; accumulation qui aurait lieu dans ce centre nerveux comme elle a lieu dans les muscles, lorsqu'il y a fatigue musculaire (3).

Pourquoi ne pas nous résigner? Il s'agit là d'un fait inexplicable par les données actuelles de la physiologie. Le sommeil existe à des degrés et avec des caractères différents chez tous les êtres vivants, animaux et végétaux. Il est difficile de supposer que cette période de repos physiologique, qu'on nomme le sommeil, ait pour cause, chez tous les animaux et végétaux, une simple modification circulatoire. Pour ne parler que des animaux, il est beaucoup plus probable que ce sont les éléments anatomiques eux-mêmes, ceux, par exemple, de la substance grise de certaines parties de l'encéphale, chez les animaux supérieurs, qui s'engourdissent pour ainsi dire, et cela primitivement, d'une façon indépendante. Les modifications vasculaires, cardiaques, etc., ne sont qu'accessoires, adjuvantes, qu'elles soient d'ailleurs concomitantes ou

(1) 6rown<-Séqiurd, leçons sur les nerft va^o^mofcurs, sur l'épiiepsie ,

(2) Ldc. eit, p. 121.

(3) Obenteiner (ArchU fur Psychiatrie);

15& Dix-HurriÈtfB leçon.

consécutives ; et elles ne jouent aucun rôle essentiel dans la physiologie du sommeil. Je n'ai naturellement pas l'intention d'étudier en détail cette question de physiologie si complexe ; je ne voulais que vous montrer l'inanité des théories qui prétendent expliquer le sommeil par ces modifications.

Je ne dirai plus qu'un mot de l'état des vaisseaux de Tencéphale pendant le sommeil naturel. Il me semble pro* bable que cet état ne reste pas le même pendant toute la durée de cette période de repos. En laissant de côté les modifications qui peuvent avoir lieu, suivant que les fonctions digestives s'exécutent plus ou moins facilement pendant le sommeil, suivant qu'il y a ou qu'il n'y a pas de rèveSy etc. • je suis porté à croire que, pendant les premiers moments du sommeil, il y a un degré plus ou moins accusé de congestion encéphalique, plus ou moins analogue à la congestion de la face et des conjonctives qu'on observe alors. Mais, suivant toute vraisemblance, la respiration devenant ensuite plus calme, plus régulière, un peu moins fréquente, les mouvements du cœur devenant un peu plus lents et moins énergiques, la circulation cérébrale doit se modifier aussi, et la congestion du début doit faire place à un léger degré d'anémie relative. Peut-être aussi Tappareil vaso-moteur, par suite du repos fonctionnel relatif du centre cérébro-spinal, prend-il une légère prédominance d'action, ayant pour conséquence un état de faible augmentation du tonus des différents vaisseaux du corps, de ceux de Fencéphale, entre autres.

Mais, je le répète, le sommeil naturel ne saurait être attribué à une modification quelconque de l'état de l'appareil nerveux vaso-moteur. En est-il autrement, lorsqu'il s'agit du sommeil ou de l'engourdissement produits par

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les agents anesthésiques et hypnotiques? Nous ne le croyons pas. Les expériences de Durbam, de M. Bedford Brown (1), de M. Regnard (2), de M. Haramond, de M. Langlet, ont donné des [résultats contradictoires. Pour ne citer qu'un seul de ces résultats, nous voyons que H. Hammonda observé chez un chien, soumis à l'action du chloroforme, une congesti on permanente de la surrace du cerveau, mise à nu par une couronne de trépan ; tandis que Durham avait constaté chez des chiens opérés de même, pendant la période du sommeil qui persistait après la cessation de l'administration du chloroforme, une pâleur marquée du cerveau et un affaissement de sa surface au-dessous du niveau de l'ouverture du crâne. D'autre part, d'après M. Hammond, Téther produirait, chez les chiens mis en expérience, un effet diffé* rent de celui que l'on obtient quand on emploie le chloroforme ; car, chez les animaux endormis par l'éther, il y aurait, dès le début de l'inhalation, production d'une pâleur non douteuse de la surface du cerveau, et, pendant les progrès ultérieurs de l'éthérisation, le cerveau s'affaisserait au-dessous des bords de l'ouverture du crâne, le sang de ses vaisseaux prenant une teinte de plus en plus sombre (3) .

(1) Bedford Brown (American Journal of Médical science, oct, 1860. — * Citation de M. Langlet, loc, cit., p. 12. — M. Bedfort Brown a étudié les effets des sobftances anesthésiques dans un cas de fracture très-étendue du crâne, avec mise à nu du cerveau sur une large surface. Le patient était soumis à rinbalation d'un mélange d'éther et de chloroforme. Voy. Hammond, loc, cit.^ p. 81 et soiT.}.

(2) Regnard (Thèse de Paris, 1868* — Voyei aussi le travail déjà cité de MM. Patrick Nicol et Isaac Mossop« Veberdie Wirkung gewisser Neurotika auf die Circulation im Htm (Anal, m Scbmidt's Jarfabûcher, 1871, et BriUnn. Rev. IV, p. 200, July 1872).

(3) Hammond, /oc. ci/., p. 38 et suiv.

J'ai fait aussi de nombreuses expériences sur ce sujet, et vous avez pu en voir quelques-unes dans nos leçons expérimentales. Toutes ces recherches ont été pratiquées sur des chiens avec de l'éther, ou du chloroforme, ou de rhydrate de chloral, ou de Topium. L'animal mis en expérience était d'abord éthérisépour faciliter l'opération. On enlevait une couronne de trépan au niveau du pariétal droit; puis on divisait la dure-mère par une incision cru* ciale, et l'on avait sous les yeux la partie postéro-supérieure de l'hémisphère cérébral droit. Il s'écoulait un peu de liquide céphalo-rachidien et l'on pouvait alors examiner à loisir les vaisseaux de la pie-mère.

Lorsque les effets de l'éthérisation préparatoire étaient bien complètement dissipés, on administrait la substance à étudier, ou par inhalation, ou par injection hypodermique, ou par injection intraveineuse. L'examen des vaisseaux de la pie-mère cérébrale était fait avec le plus grand soin, en se servant de la loupe. Or, nous n'avons que bien rarement constaté une modiBcation nette et persistante de ces vaisseaux ; et encore, lorsque les vaisseaux se sont modifiés, le changement a-t-il été bien faible*

Je ne citerai que quelques-unes de ces expériences. On pourra juger, par les détails qui y sont consignés, que les modifications, subies par les vaisseaux de la pie-mère cérébrale et de l'écorce grise du cerveau, n'ont pas été assez prononcées pour qu^on ait pu leur attribuer le sommeil artificiel obtenu à l'aide de ces divers agents.

Rxp. VI. — 5 Juin 187S. Sar un chien terrier rigoureox^ de moyenne ttHle, ancstbétié à Taide d'inhtUtioni d*é(her snlftiriqne, on enlète, tu moyen d'un trépan, une rondeOe du pariétal de 2 ceotimètrei de diamètre, au nireau du milieu de ^oi. On indie la dnre-mère (incision cruciale) el Ton écarte Mi lambeaui.

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