ACTION DES SUBSTANCES HTPNAGOGUES
pUtement; pois, lonqae ranimai a repris entièrement possession de sa sensibilitéy on le soumet de nonteau A l'inhalation des Tapeurs d*éiher. On avait préalablement examiné arec soin l'état des vaisseaux de la pie-mère et la coloration de récorce grise du cerreau. Lorsque le chien est profondément ânes* tbésiéy on constate que les mouvements du cerveau (respiratoires et circulatoires) ne sont pas, d'une façon notable, différents de ce qu'ils étaient avant l'éthérisation. Il en est de même de l'état des vaisseaux de la pie-mère.
On chiorofamUse l'animal quelques minutes après que le sommeil provoqué par réther a cessé. Le chien résiste d'abord, suspend sa respiration, se débat, puis il fait dnq ou six grandes inspirations : on sent aussitôt les pulsations de l'artère crurale qui s'affaibliisent, et l'on cesse la chloroformisation. Le pouls cmral reprend un moment sa force normale, mais il s'affaiblit bientôt, et au bout de quelques secondes, on ne peut plus le sentir. Les mouvements respiratoires continuent A s'opérer, mais iU cessent aussi quelques secondes après qu'on a cessé de sentir le pouls. On pratique la respiration artificielle par des pressions méthodiques du thorax, mais inutilement : l'animal est mort.
Oo n'a, comme on le voit, observé aucun changement notable des vaisseaux superficiels du cerveau, pendant l'éthérisation, chez cet animal. On avait voulu comparer chez lui les efiets de Téther à ceux du chloroforme, mais le chien est mort très-rapidement après quelques inspirations de chloroforme. C'est là un accident si fréquent, lorsqu'on emploie les vapeurs de chloroforme pour insensibiliser les animaux mis en expérience, que nous nous servons presque toujours de Télher sulfurique, dont les efifets sont beaucoup moins dangereux et moins traîtres. On a observé chez ce chien la persistance, trèscourte d'ailleurs, des mouvements respiratoires après la cessation des battements du cœur : c'est un fait qu'on a remarqué dans ces conditions et qui doit empêcher de se fier aux indices donnés par la respiration, lorsqu'on fait usage du chloroforme comme anesthésique. C'est le poub qui doit servir de vigie.
Exp. Vll.—- Le 1*' juin 1873, un chien terrier, Tigonrenx, de morenne taille, est cihérisé, Loraque l'uuesthésie est complète, on enlève à Taide du
158 DIX-HUlTliUB LEÇON.
trépan, lur l'os ptriétal droit, une rondelle de 2 centimètres de diamètre, A 2 h. iO m. ropération eit finie sans perte de sang. On excise U dore-mAre dans toute l'étendue de l'ouverture du crâne.
2 b. 20 m. L'effet de Télhérisation s'étant entièrement dissipé, on soumet d« nouTeau ranimai à des inhalations d*éther sulfttrique, L'anesthésie est bientM complète. A ce moment, la surface de l'encéphale mise à nu est on peu moins rouge qu'avant l'éthérisation; la différence est d'ailleurs bien peu accusée. Une Teine asseï Yolumineuse de la pie-mère parait au contraire plus gonflée, et elle contient un sang plus rouge qu'auparavant. Les mouvements respiratoires du cerveau sont moins amples qu'ils ne l'étaient : le cerveau, qui proéminait au tmvers de l'ouverture crânienne au moment des expirations, reste maintenant audessous de cette ouverture, et il se soulève à peine pendant les expiraiio&s : on voit bien les mouvements du cerveau, correspondants aux battements dn eeeor. Congestion des vaisseaux des conjonctives oculaires et des membranes niclitantes.
2 h. 25 m. La veine que nous venons de mentionner a repris une oonlanr plus foncée ; l'animal commence à se réveiller.
2 h. Si m. L'animal se réveille entièrement, et les mouvements respiratoires dn cerveau reprennent leur amplitude; la surface cérébrale proémine de nouveau au travers de l'ouverture crânienne, comme avant l'éthérisation.
2 h. 35 m. Nouvelle éfhérùatian. On observe les mêmes résultats qu*â la soita de Téthérisation précédente. Très-léger degré d'anémie de la pie-mère crânienne, suivie de réplétion des petiti vaisseaux, lorsque Tanimal ae réveilla. Retrait du cerveau au-dessous du niveau de l'ouverture crânienne, pendant toute la durée du sommeil anesthésiqne.
2 b. â5 m. L'animal qui est réveillé complètement est soumis â Tinbalaiiott du ehioroforme^ Le sonuneil se produit rapidement et il est plus proldnd q«e celui qu'avait déterminé l'étber. L'anémie cérébrale, peu marquée sous Tiiifluence de l'éthérisation, l'est encore moins pendant le sommeil chloroformiqu^ ; les petits vaisseaux de la pie-mère paraissent conserver leur diamètre; U vdae d^â observée pendant l'éthérisation semble plus distendue et elle offre urne teinte plus foncée qu'avant l'inhalation. La surface cérébrale est plus déprimén que lors de la précédente expérience et les mouvements respiratoires do cerveau sont trèt-faibles ou même n'existent pas.
2 b. 57 m. L*animal commence â se réveiller. La veine offre une teinte «n peu moins sombre.
3 b. Réveil complet. La veine a de nouveau pris une teinte foncée; lea mouvements respiratoires du cerveau sont peu étendus.
3 h. 12 nu On injecte, sous la peau des aines et des sisselles, une solution de 2 grammes d*opntm cTAubergier dans 5 grammes d'eau.
3 h. 18 m. L'animal est d^i engourdi, quoique un peu agité. U y a 12 respirations inégales et 180 puliations artérielles par minute. Pas de mouvements respiratoires du cerveau, pu de modifications des vaisseaux de la pie-mcte. Pupille très-étroites, presque réduites â nn point.
8 lu 40 m. le sommeil est complet; mêmes observations.
ACTION DES SUBSTANCBS HTPNA60GUES. 159
3 h. 50 m. On enfonce dans l'hémisphère cérébral droit une sonde cannelée, qne Ton cherche à diriger len la couche optique du même côté, et on la fait pénétrer jusqu*à la base du crâne. On renouvelle cette ponction de la même façon presque aussitôt en cherchant à suivre le même trijet. Il y a eu, chaque fois, pendant Topération, une légère dilatation des pupilles. On recoud la plaie de la peau du crâne ; pendant qu'on fait cette suture, l'animal dort profondément et fait entendre des ronflements sonores.
5 h. L*animal se réveille incomplètement; il se relève un moment sur ses deux membres antérieurs, puis se couche sur le flanc droit. Il se rendort, mais sans ronfler.
5 b. 5 m. Grise épileptiforme qui dure quelques secondes. A la suite de cette crise, l'animal se dresse pendant quelques instants sur les membres antérieurs, puis se recouche â terre et se rendort.
5 h. 20 m. Seconde attaque épileptiforme violente qui dure A5 secondes. L'animal a de l'écume à la gueule*
5 h. 26 m. Attaque pareille d*une durée de 45 secondes.
5 h. 30 m. Attaque d'une durée de 35 secondes.
5 h. 32 m. Attaque violente, épileptiforme comme les précédentes, d'une durée de 30 secondes. A partir de ce moment jusqu'à 6 h. 20 m., heure de la mort, on a constaté une attaque épileptiforme violente, d'une durée de 25 à 40 secondes, toutes les trois minutes euTiron.
Examen néeroscopique. Un peu de sang épanché entre le cerveau et le cervelet, au niveau de la petite circonférence de la tente du cervelet. Le trsjet suivi par la sonde cannelée, lors de l'opération fiidte à 3 h. 50 m., se retrouve facilement à cause de la congestion et de l'état déchiré de ses parois : il commence à la ikce supérieure de l'hémisphère cérébral droit, à 3 ou 4 centimètres en dehors de la grande scissure interhémisphérique et â la réunion des deux cinquièmes postérieurs avec les trois cinquièmes antérieurs de l'hémisphère, et se prolonge Jusqu'à la face inférieure du pédoncule cérébral du même côté. L'instrument a traversé ce pédoncule vers sa partie antérieure et près de son bord externe. Le trajet est tout entier en dehors du ventricule latéral, et, par conséquent, en dehors de la couche optique.
L'estomac est un peu congestionné vers sa partie moyenne.
L'urine prise dans la vessie ne renferme ni sucre, ni albumine. Traitée par l'acide azotique, elle laisse échapper une grande quantité d'acide carbonique; il ne s'y forme pas de nitrate d'urée.
Chez ce chien, pendant le sommeil produit d'abord par l'éther, puis par le chloroforme, on a observé un léger d^ré de pâleur de la substance grise cérébrale. Mais le resserrement des petits vaisseaux, auquel était due cette pâleur, était réellement bien faible, même sous Tin-
160 DIX-HUlTliME LBÇON.
fluence de Téther. qui a paru déterminer, sous ce rapport, un effet un peu plus marqué que celui qu*on a constaté pendant la chloroformisation ; et, quant à Topium, son action sur les petits vaisseaux de Técorce grise du cerveau a paru nulle. Dans l'expérience suivante, Téther lui-même n'a paru exercer aucune influence sur les vaisseaux de Tencéphale.
Exp. vin. — Le 12 juin 1873^ sur un chien aiMi Tigour«ni et de taille moyenne, on enlève* à l*eide du trépan, une rondelle de la paroi crânienne, an niveau de la région pariétale du côté droit. La dure-mère| niie à nu, est écartée après avoir subi une incision cruciale, et Ton peut voir alors l'état des vaisseavz superficiels du cerveau, la coloration de la substance grise, et le double mo«ivement respiratoire et drculatoire, que présente Tencéphale dans ces conditions« c'est-à-dire après qu'on a ouvert le crâne dans un point limité de son étendue.
On soumet l'animal à des inhalations de vapeurs d*éther tulfurique. On n'observe pu de modifications dans l'état de réplétion des vaisseaux de la pie- mère. La substance cérébrale ne pâlit pas. La surface du cerveau reste, comme elle l'était auparavant, abaissée au-dessous des bords de l'ouverture du crâne.
Ce chien étant entièrement revenu de l'éthérisation, on lui injecte, dans le tissu cellulaire sous-cutané, une solution contenant 2 grammes d'o/n'um cTjIvbergier. Au bout d'une demi-heure l'animal est profondément endormi; les paupières sont fermées ; la membrane nictitante recouvre une grande partie de la surface du globe oculaire, et l'on éprouve une certaine difliculté lorsqu'on veut repousser cette membrane en dedans pour voir l'état des popiUes. Les pupilles sont très-resserrées ; la surface de la partie du cerveau mise à nu est sèche : sa vaKularisation n'a pas changé d'une fa^on appréciable.
Un quart d'heure après que le narcotisme s'est produit (3 h. 30 m.}, de légers coups donnés sur le dos de l'animal endormi provoquent des soubresauts convulsifs : il en est de même quand on frappe un peu fortement la table sur laquelle il est placé.
Le nerf sciatique droit est mis à découvert et coupé. On faradise son bont central : le chien redresse lentement la tête, ouvre les paupières, s'éveille évidemment, s'agite et crie un peu; au même moment les pupilles des deux côtés se dilatent coosidérablement; il y a peut-être un peu de pâleur de la substance cérébrale, mais les vaisseaux de la pie-mère ne paraissent pas subir la moindre modification. Pendant la faradisation^ la température rectale monte de 37*,8 à 38«,2.
Une deutième faradisation du bout central du nerf sciatique, faite quelques minutes après celle-ci^ lorsque l'animal est retombé dans un narcotisme pr^>
ACTION DES SUBSTANCES UYPNAGOGUliS. 161
fond, ne détermine aucune variation de la température. Les mêmes phénomènes que lors de la première faradlsation se manifestent ; réteil ineomplet» retrait Je la membrane nictitante, propulsion des globes oculaires, dilatation des pupilles, légers cris, faible agitation ; rien de net relatifement à la circulation cérébrale.
On cesse la faradisation, l'animal se rendort. Vers A heures, un accès tétanique se produit, avec roideur des membres postérieurs et extension, et avec opistbotonos. Cet accès est suivi d'autres crises semblables, à plusieurs minutes d'intervalle. A A b. 30 m., on cherche à léier la protubérance annulaire, en faisant pénétrer un scalpel au travers du cerveau, par l'ouverture du trépan. Violente crise tétanique avec pleurothotonos du côté gauche. Hémorrhagie considérable par la plaie du cerveau, mais de peu de durée. Température rectale: 38%4.
A 5 b., nouvel accès tétanique, très>fort, semblable au précédente Température rectale : 38^6.
L^animal est alors sacriflé par section du bulbe rachldien.
Dans cette expérience, l'opium absorbe à haute dose a provoqué un profond sommeil, et pendant que le narcotisme était à son plus haut degré d'intensité, les vaisseaux de la pie-mère et la teinte générale de la substance grise cérébrale offraient absolument les mêmes caractères que lorsque l'animal n'avait encore été soumis à l'influence d'aucun agent anesthésique ou narcotique. L'étber, administré par inhalation avant les injections hypodermiques d'opium, n'avait pas non plus modifié la circulation cérébrale. .
L'expérience que je citerai en dernier lieu est relative aux effets du chloral sur la circulation cérébrale.
Exp. IX. — 2 juin 1873. Jeune chien de chasse, mâtiné, de forte taille. Éthérisation. Lorsque Tanesthésie parait complète, on constate une dilatation considérable des pupilles. On enlève^ à Taide d'un trépan, une rondelle osseuse de 2 centimètres da diamètre, au niveau de la partie moyenne* du pariétal du côté droit. L'opération est faite sans hémorrhagie.
A 3 h., ranimai est en partie réveillé. On incise la dure-mère et on Técartc. La pie-mère est congestionnée. Les pupilles sont moins dilatées que pendant le sommeil; salivation abondante.
3 b. 16 m. li^ection dans le tissu cellulaire sous-cutané, en plusieurs points, d'une solution de 5 grammes de chloral dans 50 grammes d'eau.
VDLPtAir. u. — ii
162 DIX-HUITlèHB LEÇOK.
3 h. 30 m. Le chien •ommeiUe. Les pupilles sont contidénbleoieat rélr^ pies; elles sont dirigées fortement en bas, et la membrane nfetitaate de duqne œil s'avance beaucoup au-doTant du globe oculaire. On n^obserre pas de modifications de l'état des Taisseanx de la pie-mère, ni des mouTements dn cerrein qui conespondent anx mouvements respiratoires. On voit nettement lea mon- Tements du cerreanqui coïncident avec les pulsations des artères.
ft b. 45 m. Sommeil très-profond ; même état des yeux ; il fuit écarter les membranes niditantes arec des pinces pour pouvoir observer les pupilles qù sont presque punetiformes et dirigées comme spasmodlquement en dedans et en bas. On injecte une goutte de solution concentrée de sulfate d'atropine dans la paupière supérieure du cAté gauche. On a noté depuis le commencement de l'expérience l'absence de congesti<m des vaisseaux péri-coméens.
3 b, 47 m. Faradiiation dn bout central dn nerf sdatique gauche. L'animal s'agite, pousse des cris plaintifs; la re^iration devient plus ample; les mouvements respiratoires du cerveau s'exagèrent; les vaisseaux de la pie-mère k congestionnent un peu. 11 y a un réveil presque complet.
Pour empêcher ces mouvements et ces plaintes, on éthérise l'animal de BO>aveau, à 8 h. 50 m. Lorsque Tinsensibilité parait obtenue, on soumet le bout central dn nerf sdatique A une nouvelle fanuUaation, avec le courant maiimi de l'appareiL II n'y a pas d'agitation de l'animal. Les petits vaisseaux de la hce de la pie>mère se dilatent un peu. On constate une dilatation extrême dee deux pnpiQes, produite sans doute par l'atropine.
à h. Ponction de l'hémisphère cérébral droit à l'aide d'une sonde cmnnelée dirigée vers la couche optique droite. L'instrument est enfoncé à denx reprises, jusqu'à ce qu'il atteigne la base du crftne. On recoud la plaie des tégomenti.
L'animal déUché est, en partie, léveillé. O est très-lûble, et ne pont pas se dresser sur ses membres.
8 Juin* L'animal est très-Csible; il reste couché sur le côté sur lequd on le place. Il remne cependant ses quatre membres; le membre postérieur drdt nst peutpétre un peu plus faible que les autres. Il n'a pu uriné.
4 Juin. Même état. L'animal a uriné. L'urine ne contient ni sucre, ni albomine prédpitable par la dialenr ou l'adde aiotique. L'dcool y produit un pré* dpité abondant
5 Juin. Même état. L'animal meurt à midi.
Examen nécro$copique, Épancbement de sang sous la dure-mère crânienne. La partie mise à nu par la couronne de trépan (kit hernie au-dessus dn niveau du reste de l'encéphale; elle est noirâtre à sa surfkce.
La ponction (Ute an travers du cerveau se termine près du bord interne dn pédoncule cérébral droit, à 4 millimètres en avant du point d'émergence dn nerf oculo-moteur commun.
On n'a pu ooté l'état des viscères tboradques.
L'estomac renlèrme quelques aliments, parmi lesquels se volent des fragments d'os, oflhnt des pointes aiguës et des arêtes saillantes. Il y a des ecchymosrn
\CnON DES SUfiSTANGBS HTPNA606UBS. 163
noir&trc!» raperfîcielles, dans la membrane muqueuse de l'estomac, vers la partie moyenne de l'organe. On trouve en outre cinq uleérations superficielles, de forme et d'étendue variables, à contours irréguliers, dans cette m6me région de la membrane muqueuse de Testomac.
La Tessie est distendue par une quantité considérable d*urine ayant une coloration safranée. L'adde azotique n'y produit pas de précipité aibumineui ; mais il y fait naître une coloration bleu verdAtre, qui passe A la teinte pelure d'oignon, lorsqu'on ijoute une plus grande quantité de cet acide. L'urine ne contient pas de sucre.
Il n'y a eu, dans ce cas, sous rinfluence du chlora), aucune modification appréciable des vaisseaux de la piemère et de la couche grise des hémisphères cérébraux. Le sommeil chloralique n'est donc pas dû, plus que celui qui est provoqué par Téther, le chloroforme ou l'opium, à une anémie ainsi produite dans le cerveau.
Nous pouvons donc dire que l'action hypnotique des diverses substances que nous avons étudiées, sous ce rapport, s'exerce sans que les effets qu'elle produit puissent être rattachés à des modifications vasculaires des centres nerveux. Ces substances n'agissent pas, en effet, sur ces centres, par l'intermédiaire des vaso-moteurs, comme on Ta admis sans la moindre preuve directe : c'est sur les éléments anatomiques mêmes des centres nerveux que porte leur influence. Ce sont ces éléments qui sont directement modifiés, probablement parce que les agents en question y pénètrent et y produisent une altération hisfo-chimique.
DIX-JNEUVIÈME LEÇON
Action des nerb mo-moteiin tnr la circulation intra-muaculure.
Influence de Tappareil Tuo-motenr tnr la chaleur animale. — Sources de U chaleur animale. — Influence de l'appareil taio-moteur sur le travail de production de la chaleur ches les animaux et snr la déperdition dn calorique qui a lien par la peau et par les voies respiratoires. — Phénomènes régulateurs de la chaleur intérieure des vertébrés supérieurs.
De la fièvre. — - Théorie de M. Traube sur le mécanisme de l'augmentation de la chaleur intérieure dans la fièvre. — Théorie de M. Ifarey. — Réftita» tion de ces théories. — La cause véritable de l'élévation de U température dans la fièvre est l'augmentation des actes physico*chimiques qui s'accom* plissent dans la substance organisée et qui produisent de la chaleur.
Pour terminer Tétude de Taction de Tapparetl ?asomoteur sur les principaux organes, je tous dirai quelques mots des relations physiologiques qui existent entre cet appareil et les muscles. Je m'y détermine surtout par cette raison que, d'après certains travaux récents, l'influence des nerfs vaso-moteurs ne s'exercerait pas sur les vaisseaux des muscles d'une façon tout à fait semblable à ce que nous avons constaté jusqu'ici pour les autres organes.
Les travaux auxquels je fais allusion sont ceux qui ont été entrepris par divers physiologistes, sous la direction de M. Ludwig. Le point de départ de ces recherches est le fait publié par M. Sczelkow, à savoir que le courant sanguin devient plus rapide dans le muscle en contraction que dans le muscle en repos. M. Cl. Bernard avait déjà
DE LA CIRCULATION IlITRA-MCSCULAmE. 165
constaté cette accélératioD du courant sanguin dans les muscles en contraction. Dans ses leçons sur la chaleur animale (1), il rappelle, dans les termes suivants, ce qu'il a observé à cet égard : a Dans le muscle en contraction, le » sang veineux coule beaucoup plus noir et en plus grande « abondance. J'ai noté que cette plus grande abondance » succède immédiatement à la contraction; car si l'on » produit un tétanos violent, le cours sanguin peut être » momentanément interrompu, pour redevenir extrè- » moment abondant aussitôt après. Toutefois, il n'en ré^ > suite pas moins que la masse totale du sang qui s'écoule » d'un muscle en contraction, est plus considérable que » celle du sang qui s'écoule pendant le repos. Sadler et » Ludwig, qui ont fait plus récemment des expériences » sur le même sujet, sont arrivés au même résultat. » M. Sadler (2) a, en effet, confirmé les observations de M. Cl. Bernard et de M. Sczelkow. Cet expérimentateur a reconnu que l'excitation du bout inférieur d'un nerf musculaire coupé (celui du biceps fémoral), chez des chiens narcotisés par la morphine, provoque une accélération du courant sanguin intra-musculaire, et cette accélération était plus considérable quand on produisait des contractions tétaniques, que lorsque ces contractions étaient cloniques. Le résultat de la section du nerf n'était pas l'inverse de celui-ci, comme on aurait pu s'y attendre, car OD observait alors aussi, en général, une accélération du courant sanguin. M. Sadler examine la plupart des hypothèses qui pourraient expliquer cet effet de la sec-
(1) Court du GoQége de France, 1871 (Reme scientifique» 1871-72, p. 1064).
(2) W. Sadler, Veber dm Biutstram in den rukenden, verkurzten und ei^mù" deten Muskeln des [febenden Thieres' (Arbeiten aus der pbysiol. Anstalt su
Df, 1869, p. 77-101. Anal, tu Gentndblatt..., 1870, p. 691).
466 DH-immÂiiE leçon;
tioD des nerfs musculaires; il les rejette successivement et, finalement, il ne trouve aucune hypothèse plausible pour en rendre compte.
Je ne mentionnerai pas non plus les suppositions à l'aide desquelles il cherche à donner la raison de Taccè* léralion du courant sanguin dans les muscles tétanisés, car elles me paraissent tout à fait insoutenables. Hais je signalerai une particularité intéressante : c'est que H. Sadier a constaté, lorsque les muscles étaient fatigués, des résultats entièrement inverses de ceux qu'il avait obtenus au début des excitations. Un autre fait à mentionner, c'est que, chez les animaux curarisés, Télectrisation du bout périphérique des nerfs musculaires coupés ne modifierait pas, suivant lui, la rapidité du courant sanguin dans les muscles correspondants.
M. Generisch (1) publiait, peu de temps après, des recherches sur la circulation de la lymphe dans les muscles, dans les tendons et les aponévroses, et il obtenait des résultats très-analogues, pour cette circulation, à ceux que M. Sczelkow et M. Sadier avaient fait connaître pour la circulation sanguine. Je n'y insiste pas, puisque nous nous occupons, en ce moment, uniquement de la circulation sanguine; mais il convient pourtant de noter que, de l'effet à peu près semblable produit par la contraction musculaire sur la circulation sanguine et la circulation lymphatique dans les muscles, on serait en droit, jusqu'à un certain point, de conclure que l'accélération du cours du sang dans les vaisseaux musculaires, provoquée par la
(1) Oeneriieb, Dk Aufiiahme der i^fmphe durch die Sehnen und Fa»cim der Skeietmuikein* (Terhandl. d. K. S. GeselUch. d. Wb. lu Leipiig, I87d« l-]I,p. 142-188. AdqI. tu Gentrtlblttt..., 1870, p. 855).
DE LA GIRCULATKHI INTRA-HUSCULAIRB. 167
faradisatioD des Derfs destinés aux muscles, ne tient pas à une excitation des fibres vaso-dilatatrices contenues dans ces nerfs ou à une paralysie des fibres vaso-constrictives par épuisement. En effet, quoiqu'on ne puisse pas refuser au système nerveux toute espèce d'action sur les lymphatiques, il est certain que l'influence directe des nerfs sur ces vaisseaux est relativement très-faible et hors de proportion avec l'accélération du cours de la lymphe observée par M. Generisch. Cet expérimentateur attribue d'ailleurs lui-même l'accélération de la circulation lymphatique, qui a lieu sous Tinfluence, soit des contractions provoquées par la faradisation des nerfs, soit des mouvements passifs communiqués aux membres (et l'accélération était plus grande dans ce dernier cas), à la pression exercée sur les lymphatiques par les muscles contractés ou par la tension des tendons et des aponévroses* Il est donc présumable que l'accélération de la circulation sanguine intra-musculaire, dans les mêmes conditions, est due, au moins en partie, aux mêmes causes.
Nous avons dit que Taccélération du cours du sang dans les muscles ne se manifeste pas, lorsque l'excitation des ner& musculaires est pratiquée sur un animal curarisé, et c'est là un iait qui confirme entièrement notre argumentation. Puisque le curare» à doses modérées, ne paralyse pas, ou plutôt ne paralyse qu'à un faible degré, les nerb vaso-moteurs, si l'accélération du courant sanguin intramusculaire, au moment de la faradisation des nerfs destinés aux muscles, était la conséquence d'une action exercée sur les nerfs vaso-moteurs musculaires, on devrait la constater chez un animal curarisé, tout aussi bien que chez un animal non intoxiqué, ou narcotisé par la morphine.
168 DIX-NBUVIÈME LEÇON.
Le ourare, au contraire, supprime l'intervention de la contraction des muscles de la vie animale, et il semble, par suite, que Taccélération de la circulation sanguine intra- musculaire est bien due, dans les conditions où elle a été observéOi à cette contraction des muscles.
Si Télectrisation des nerfs destinés aux muscles produit une accélération du courant sanguin dans ces organes, il faut admettre que ces nerfs ne contiennent qu'un bien faible nombre de fibres vaso-constrictives : sinon, les autres causes qui entrent en jeu pour déterminer cette accélération, seraient énei^iquement contre-balancées par le resserrement des artérioles musculaires. Mais celte donnée, fournie par le raisonnement, ne pouvait suffire ; il était nécessaire d'examiner, par des investigations directes, si les vaisseaux musculaires se resserrent^ quand on soumet à des excitations expérimentales, soit les nerfs qui animent les muscles, soit la moelle épinière, d'où naissent ces nerfs. C'est une recherche que M. Hafiz (1) a entreprise dans un travail fait sous la direction de H. Ludv^ig.
Sur des animaux curarisés, on séparait, par une section transversale, la moelle épinière de la moelle allongée ; puis on excitait la partie supérieure de la région cervicale de la moelle, à l'aide d'électrodes en forme d'aiguilles. la rapidité de la circulation dans les muscles était appréciée par divers moyens; entre autres, par Tabondanoe de Thémorrhagie ayant lieu par la surface de section d'un
(1) Htfii, Uêber diê ffwtorUchen Nerven der Arterien toelche ùtnerhaih der querff€$trtiften Muikein verkmfèn (Ber. d. Stchs. GeseUich. der WIm. Mtth.-pbTi. Kl., 1870, p. 215. — An^. in Centr&lbUtt..., 1871, p. 385. -- Voy. ansri : Ariieiten aoi der physiol. AniUlt la Leipng, 1870^ p. 05. — Et Mobam. Effendi Hafix, TbèM de Paris, 1871, u« 35)