‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 29 sur 88 · RÉGULATION DE LA CHALEUR ANIMALE · texte numérisé non relu

RÉGULATION DE LA CHALEUR ANIMALE

traie de rhomme (pouvait s'élever ctussi dans des proportions à peu près semblables. Mais, en somme, ce sont là de bien faibles modifications de cette chaleur centrale (1).

Or, il est facile de comprendre le mécanisme de Tintervention de l'appareil nerveux vaso-moteur dans ce phé-

(i) M . Rocenthal a constaté des modifications considérables de la températore centrale ches des lapins et des chiens en liberté, soumis à l'influence d'une atmosphère artificiellement échauffée. Ainsi, dans une atmosphère offrant une température de 32 à 36^ C, la température centrale des animaux s'élevait à Al ou A2®. Ils peutent supporter longtemps cette augmentation de la chaleur intérieure : ils sont inertes; leurs Taisseaux, à en juger par ceux des oreilles, sont dilatés; les mouvements du cœur et de l'appareil respiratoire sont accélérés. Si l'on élève la température du milieu ambiant jusqu'à AO® C, la chaleur centrale des animaux peut atteindre AA ou même A5<^; il y a alors affaiblissement musculaire extrême, dilatation des pupilles, accélération excessive des mouvements cardiaques et respira* toires, et la mort survient, si les animaux demeurent pendant quelque temps dans une pareille atmosphère. S'ils en sont retirés avant l'instant où la mort est imminente, ils peuvent survivre ; on constate alors que leur température centrale s'abaisse rapidement jusqu'au-dessous du degré normal, jusqu'à 36* G», par exemple ; et ce n'est qu'au bout de plusieurs heures qu'elle revient peu à peu au degré de l'état de santé. M. Rosenlhal explique ce lent retour de la température des animaux au degré normal, en admettant que leurs vaisseaux cutanés, au sortir de l'atmosphère échauffée, présentent une demi-paraljsie qui les empêche de se resserrer sous r influence de Vimpression déterminée par le milieu atmosphérique ordinaire dans lequel ils rentrent. Les pertes de calorique seraient donc considérables, par toute l'étendue du tégument, jusqu'au moment où les parois des vaisseaux ci^^és reprennent leur coatractilité normale (*). Sans nier absolument l'existence de cette paralysie des vaisseaux cutanés, produite par la chaleur du milieu ambiant, et l'influence qu'elle peut exercer sur la température centrale des animaux retirés de ce milieu, je crois qu'il faut t^nir compte aussi des altérations subies par les tissus, qui ont été exposés pendant quelque temps au contact d'un sang ayant une température de AA à A5^ C. Les opérations intimes de la thermogenèse s'effectuent sans doute d'une frçon défectueuse dans ces tissus, jusqu'au momrnt où les altérations qu'ils ont subies ont complètement ou presque complètement disparu.

(•) J. Bo^CDtlial. Jjt* rtfroidinemeHii, (R«ina« leitntifiqne, ig73, p. 61i.)

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nomène si remarquable du maintien d'une température à peu près constante dans Tintérieur du corps des vertébrés supérieurs, malgré les variations de la chaleur du milieu ambiant.

Lorsque la saison d'hiver a succédé à l'automne et à l'été, ou bien lorsque l'homme en voyage passe d'un climat chaud dans un climat très-froid, les vaisseaux superficiels, ceux de la peau et des tissus sous-jacents, se resserrent, sous l'influence d'une augmentation du tonus vasculaire. C'est là le résultat d^une action réflexe vaso-constriclive, sollicitée par Timpression du froid sur le t^ument cutané. Malgré la réduction au minimum de Févaporation à la surface de la peau , la température des téguments et des tissus sous-cutanés s'abaisse rapidement, par suite du rayonnement considérable du corps dans l'espace et du contact avec l'air atmosphérique. Le sang des vaisseaux superficiels subit nécessairement une forte réfrigération ; mais, à cause du resserrement de ces vaisseaux, ils n'admettent qu'une petite quantité de ce liquide. Une &ible proportion de sang se trouve donc soumise à la réfrigération, par contact avec les tissus refroidis. La circulation se fait avec lenteur dans les vaisseaux resserrés. Les veines caves ne reçoivent donc, en un temps donné, qu'une minime ^quantité de sang refroidi, comparativement à la quantité qui revient des tissus superficiels du corps, dans les conditions de température ambiante moyenne. La température centrale peut donc urètre pas modifiée, ou ne l'être que très-peu. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, d'ailleurs, une faible étendue de la surfiice du corps, soit chez les vertébrés supérieurs, à cause du pelage ou du plumage, soit chez l'homme, à cause du vêtement, se trouve seule directement exposée aux coudilious

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de rérrigératioD dues à la basse température du milieu ambiant (1).

C'est rinverse qui arrive, lorsque la chaleur du milieu ambiant augmente. Une action réflexe vaso-dilatatrice est provoquée sous l'influence de l'air chaud ; les vaisseaux superficiels se dilatent. Les glandes sudorifiques sécrètent avec plus d'activité. H y a une évaporation plus considérable à la surface de la peau. Le rayonnement dans l'espace tend à diminuer; mais cet affaiblissement d'une des grandes causes de réfrigération des tissus superficiels du corps est loin de contrebalancer l'augmentation de l'autre cause, c'est-à-dire de l'évaporation. Les vaisseaux cutanés et soascutanés, par suite de leur dilatation, admettent une plus grande quantité de sang que dans les conditions de température ambiante moyenne ; une plus grande proportion de ce liquide se trouve donc influencée par la réfrigération des tissus superficiels, et les veines caves reçoivent une plus grande masse de sang refroidi. Quelque faible que soit le refroidissement de ce sang, celui des veiues caves éprouve une réfrigération plus prononcée que dans les conditions moyennes normales, et fl y a abaissement de la température centrale.

11 faut bien savoir d'ailleurs que le maintien d'une température constante chez Vhomme, chez les mammifères ei les oiseaux, n'est pas dû exclusivement à cette intervention

(i) Oa ne peni pas combattre ce mode d'explication en alléguant les résultats produits' par l'appUcation de la glace sur une partie assez étendue du corps, la t6te, la flsce inférieure de Tabdomen, par exemple. La température centrait* peut s'abaisser de quelques dixièmes de degré dans ces conditions (*)• Mais il n'y a aocane assiiDilation à établir entre ces résultats et les elTets de Faction de Tair atmosphérique refroidi sur le corps des animaux.

(*) Frad. SchalM, Action toeafa dt la glace tur VorgwtUme animal (Deutschet Arehir fur Utk. Maàtcin, jnin 1874, p. 500. — AjmI. M Gax. habd., 1874, p. 805).

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de Tappareil nerveux vaso-moteur. Les actions réflexes, provoquées par l'influence des variations de température, ne se bornent pas à modifler le tonus des vaisseaux cutanés dans un sens ou dans un autre. Le travail physiologique du cœur doit subir aussi de notables modifications. D'autre part, la respiration , les combustion^ organiques, le travail nutritif, prennent une activité plus grande lorsque le milieu ambiant se refroidit, et deviennent moins intenses, lorsque ce milieu se réchauffe. Des expériences bien connues le démontrent d'une manière incontestable. Letellier (1), puis William Edwards (2) ont constaté, en expérimentant sur des oiseaux et sur de petits mammifères, que la quantité d'acide carbonique exhalée par les poumous augmente en hiver et diminue en été (3). Il se fait ainsi une adaptation des plus intéressantes de l'une des sources les plus importantes de la calorification aux conditions thermiques extérieures. Ce qui a été directement prouvé pour les oiseaux peut assurément être appliqué aux mammifères et à rhomme (&).

L'homme, par un instinct bien précieux, modifie ses vêtements et sa nourriture suivant les conditions de température auxquelles il est exposé. Les modifications de la

(1) LeteUier. (Annal^ de chimie et de physique, 3* lérie, 2. XIU, p. ABS et 400.) Citation de Longet.

(2) W. Edward!, bifluence det agent» phy tiquât sur la vie, p. 200. OtatîoQ de Longet.

(3) Longet, Traité de phyiiologie, 3« édition, t. Il, p. 538 et 639.

(4) M. Liebermeitter a constaté que la quantité d*acfale carbonique «dbalée par on homme plongé dans un bain froid, s'accrott pendant toute ta diarée àà bain et pendant les vingt minutes qui suivent, pour s'abaisser enmite, pendant quelque temps, au-dessous de la normale. La chaleur intérieure a'aceroll ^ même pendant la durée du bain froid f ).

{*) Li«lMnD«i«t«r, JltrAireAM aur U» vtHàtwni quanti tativet que iMbit cha t'tUnumu U fr^ Aierjon faeid» cnrboniqut. (Dcnttrbea Archir ffir klini»rhe Medieio, 10* vol., MpU |87i. — Au«i>M te R«TV« dM MÎMioM médi<«ie*, iSlS, 1. 1, p. C3.)

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nourriture portent à la fois sur la quantité et la qualité des aliments. Les voyageurs qui ont été à même d'étudier les mœurs des Esquimaux, par exemple, les ont vus engloutir des quantités d'aliments qui auraient efirayé les matelots les plus robustes. En outre, les peuplades du nord font entrer dans leur régime une grande quantité de substances grasses, c'est-à-dire de substances facilement combustibles et qui donnent, dans les phénomènes de combustion interne, une plus grande quantité de chaleur que les aliments purement azotés (1). La civilisation a fourni aussi son contingent, en mettant à la disposition de ces peuples les liquides alcooliquesy qui leur donnent la faculté de résister plus facilement aux attaques du froid extérieur.

Telles sont les notions préliminaires que je tenais à vous exposer, avant de vous parler de l'influence des vasomoteurs sur les variations de la calorification dans les maladies. Ce sujet, si nous voulions l'étudier dans tous ses détails, serait beaucoup trop vaste, vu le temps que nous pouvons Y consacrer. Aussi serai-je obligé de me restreindre à l'étude de ces variations dans une catégorie bien déterminée de troubles morbides. D est vrai que je prendrai pour types les troubles morbides les plus intérasants, ceux dont l'ensemble constitue le syndrome Dommé fièvre. Les notions acquises dans le cours de cette étude seront d'ailleurs applicables, à peu près directement, à tous les autres cas de modiQcations morbides de la chanteur animale.

La fièvre est un phénomène morbide très-complexe, connu de toute antiquité, et qui consiste en un ensemble

(1) Unget, Traité de physiologie, 3* édit., t. U, p. 528.

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de troubles variés des diverses fonctions de Torganisme. On peut dire que, lorsque la fièvre est bien développée et qu'elle atteint une certaine intensité, il n'y a presque aucune fonction impc^rtante qui ne soit troublée à un degré quelconque.

La circulation est modifiée; les battements du cœur sont accélérés et plus forts que dans Tétat normal ; las pulsations artérielles^ devenues plus fréquentes, sont on plus larges, ou, au contraire, plus petites; la respiration s'accélère aussi, en général.

Les troubles de l'appareil digestif sont constitués par do Tanorexie, par de l'embarras gastro-intestinal avec état saburral de la langue, et accompagné, ou non, de tendance au vomissement. Les sécrétions gastrique et intestinale, la formation du sucre, la sécrétion de la bile, de Turine, de la sueur, etc., toutes les sécrétions, en on mot, sont plus ou moins modifiées. On constate une soif plus ou moins vive, coexistant avec une grande sécheresse de la peau, ou, au contraire, avec de la moiteur, ou avec des sueurs plus ou moins abondantes.

n y a des troubles de l'appareil nerveux : malaise général, lassitude, affaissement, courbature, assoupissement et quelquefois excitation des centres nerveux.

En dehors de tous ces phénomènes^ il en est un qui a été considéré comme le plus important ; c'est l'augmentation de la chaleur profonde du corps. Il y a, le plus souvent encore, augmentation de la chaleur de la peau. Aussi ce phénomène a*t-il pu frapper, dès la plus haute antiquité, Tattention des médecins. Ce symptôme est le plus constant, le plus facile à apprécier, surtout à notre époque, où nous disposons de moyens de précision pour reconnatlre les moindres variations de température.

TEMPÉRATURE INTÉRIEURE DU CORPS BÀIVS Lk IflkvMi 199

C'est à ce phénomène que le nom donné à la fièvre paf les Grecs et les Romains doit son origine. lUp^ig qui, en grec signifie fièvre, vient du mot nîip (le feu), el le febris des Latins est peut-être dérivé de/ervere, être chaud.

Ainsi donc, les anciens considéraient la chaleur comme le principal symptôme de la fièvre. Aujourd'hui, après Jes efforts en sens variés, pour définir la fièvre par telle ou telle lésion, à laquelle on rattachait le développement de tous les phénomènes morbides réunis sous le nom de fièvre, on est revenu aux idées des anciens. Certains auteurs ont délibérément laissé de côté toutes les autres manifestations de la fièvre, dans leur définition de cet état morbide. Us ont donc défini la fièvre : une augmentation notable et durable de la température normale.

La fièvre peut d'ailleurs exister sans lésions très-appré-ciables. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a aucune modification organique concomitante ou même préalable. Nous admettons, au contraire, que tout trouble morbide, quel qu'il soit, n'est que la traduction, la manifestation d'une altération matérielle de la substance organisée vivante. Dans certaines circonstances, la fièvre est la conséquence plus ou moins directe d'une lésion primitive et patente, comme dans le cas de la fièvre traumatique.

La fièvre existe, dès que la température normale a subi une augmentation notable, à condition, avons-nous dit, que cet accroissement persiste pendant un certain temps. On sait que la température normale est Zl"* C. dans Taisselle et hTyb dans le rectum (I). Il y a fièvre, quand la

(i) C'est dans raisselle, dans le rectam ou dans le Tagin, qae Ton prend d*ordioaire la température des malades. On a proposé aussi de la prendre dans la cavité buccale. C'est un des points du corps où la température est le pins eiposée à varier ; eUe diffère, en effet, suivant que la cavité buccale a été

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température de l'aisselle s'élève de quelques dixièmes de degré, et, à plus forte raison, si elle dépasse 38\ Il en est de même quand la température du rectum monte vers 38% 38%5. Elle peut, du reste, s'élever bien plus haut. Le thermomètre placé dans raisselie, ou dans le rectum, peut marquer 39% 40% 41% et jusqu'à 42* C. Quoique celte dernière température soit du plus fâcheux pronostic, on Ta vue cependant, dans quelques cas exceptionnels, se produire sans que la maladie, dans le cours de laquelle on l'observait, se soit terminée par la mort.

Enfin, on a vu, surtout dans la dernière période des maladies zymotiques, la température s'élever à 43% à 44* C. D'après M. Bennett-Dowler, la température a pu s'élever, dans' la fièvre jaune, jusqu'à 45% M. Wunderlich indique comme la plus haute température observée dans le tétanos, /i4'',75, chiffre qui se rapproche du précédent (1). Ces températures ne se rencontrent que dans la période ultime, pré^onique ; on les a désignées sous le nom de hyper-^ 'ùyrétiques. Ou les observe dans la variole grave, la scarlatine, la fièvre typhoïde, moins souvent cependant dans cette dernière ; on les rencontre aussi dans des maladies non fébriles, comme le ramollissement, l'hémorrhagie cérébrale, le télanos« C'est dans cette dernière afiection que Ton a observé les températures les plus hautes, en faisant exception toutefois pour la fièvre jaune.

ottTeiia on fermée pendant un certain tempi aftnt rintredntUon dn tbervie» mètre. M. Mendel (*) a récemment émis ropinion que la températurv ffo conduit anditir eiterne pourrait fonmir des renseignements utiles, surtout dans les affectiMs cérébrales.

(!) a A. Wunderlich. De ia température dans iee maladiet, Traduc. franc., i87S, p. 438.

fitdkem Verhâltn»ê»m (Vire^w't AKhiv. i«74, t. LUI, p. 131 .

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