‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 30 sur 88 · DE LA. CHALEUR DANS LE STADE DE FRISSON · texte numérisé non relu

DE LA. CHALEUR DANS LE STADE DE FRISSON

La température, dans la fièvre, monte très- rapidement ou lentement. Vous savez en effet qu'il y a une grande différence entre la scarlatine, où la température atteint son degré le plus élevé, son acmé^ son fastiginm^ dès le premier jour, et la fièvre typhoïde, dans laquelle lé faite n'est atteint que le troisième ou le quatrième jour, quelquefois même plus tard.

Il y a des maladies où la température s'élève bien plus rapidement encore que dans la fièvre scarlatine, ce sont les fièvres intermittentes où, dans l'intervalle de moins d'une heure, la température axillaire peut s'élever de ZT à ÛO- C.

Je laisse de côté la plupart des fièvres pour ne m' occuper que de cette dernière, parce que c'est surtout sur elle qu'ont été faits les travaux relatifs à Tinfluence des vaso-moteurs sur la fièvre.

La fièvre intermittente franchCi ordinaire, est caractérisée par des accès revenant après des intervalles réguliers d'apyrexie. Chacun de ces accès, vous le savez, comprend trois stades successifs de frisson, de chaleur et de sueur, suivis du retour à l'état normal.

Voyons comment se comporte la température dans ces trois stades.

Si l'on s'en tenait aux apparences, on pourrait penser que la température subit un abaissement considérable pendant le stade de frisson. La sensation de froid, souvent extrême, éprouvée par le malade ; le refroidissement trèsréel, et parfois considérable des extrémités des membres, de la face; le frissonnement violent, la petitesse du pouls, la diminution du volume des doigts et des orteils ; la teinte pâle ou cyanique de la face et des extrémités, avec ou sans onglée ; la peau anse ^ ne, tous ces phénomènes sont de

302 DIX-NEimÈME LEÇON.

nature à faire croire qu'il y a uo refroidissement pénétrant jusque dans les cavités viscérales, et, par conséquent, un abaissement considérable de la température centrale du corps. Et c'est là, en effet, ce que pensaient encore les médecins à une époque peu éloignée de la nôtre, bien qu'au siècle dernier on eût déjà reconnu que la température centrale s'élevait lors du stade de frisson. C'est De Haën qui avait fait cette observation bien remarquable, n avait constaté cette augmentation de chaleur intérieure, en prenant la température dans l'aisselle. Cette donnée, qui pouvait paraître alors si extraordinaire et qui eût dû, à cause de cela, frapper les esprits, passa inaperçue. On ne la retrouva dans les ouvrages de De Haën, que lorsque M. Gavarret eut de nouveau découvert et démontré cette augmentation de la température centrale dans le stade de frisson de la fièvre intermittente (1). Ce fait est devenu classique, et nul d'entre vous ne l'ignore. Ainsi, pendant la période du frisson, un thermomètre placé dans l'aisselle, ou introduit dans le rectum, marque une température de i'', 2% Si" C, plus élevée que la température normale. La température atteint môme le degré le plus élevé de toute la durée de l'accès, vers la fin de la période de frisson. Elle se maintient, en général, au même dc^ré à peu près, pendant le stade de chaleur, et commence à baisser peu à peu vers la fin de cette période et pendant le stade de sueur, pour revenir à Tétat normal.

Quel est le mécanisme de l'augmentation de la chaleur centrale dans la fièvre 7

(1) J. GaTarrety Becherchei sur la température du corps dans la fihfre Uter" mittenta» (L*£ipérience, 1880.)

THÉORfC D8 H. TRAUBE. 903

Pendant longtemps on a cru qu'il y avait, dans la fièvre, accroissement de production de calorique. On supposait, d'un accord à peu près unanime, que, sous l'influence des causes morbifiques connues ou inconnues, qui donnaient lieu à la fièvre, tous les processus d'oxydation de la combustion respiratoire intime devenaient plus actifs, et que, . par conséquent, il y avait ainsi production d'une plus grande quantité de chaleur. C'était, en réalité, l'interprétation scientifique de l'hypothèse des anciens. Cette théorie de l'élévation de la température centrale dans la fièvre paraissait la seule en état de rendre compte de ce phénomène remarquable.

M. Traube, de Berlin, qui avait adopté cette théorie, comme tous les médecins, et qui l'avait développée, fut conduit par ses méditations sur le rôle physiologique de l'appareil vaso-moteur, à proposer une autre hypothèse qu'il fit coonattre en Allemagne, en 1863 (1). A la même époque, H. Harey émettait, en France, une hypothèse différente aussi de celle qui avait cours dans la science (2) .

D'après H. Traube, l'augmentation de température, pendant la fièvre, n'aurait pas pour cause principale un accroissement de production de chaleur dans l'organisme ; elle serait due surtout à une diminution de la perte de calorique, qui s^efTectue par toute la surface du corps et par la membrane qui tapisse toute l'étendue des voies respiratoires. La production de chaleur ne varierait pas, ou ne varierait que très-peu. Au début de Taccès de fièvre intermittente, la cause morbifique supposée pourrait exer-

(1) TmlM. (AUgemrin med. Centrtlsettung, t. XXXU, 1863, nos 52, 54 et 102). CiUlMMi de M. Virunderlicb.

(2) J. Marey. Physiologie médicale de la circulation du tang, Paris, 4863, p, S58 et toir.

20& DIX-NeUYliME LEÇON,

cer directement son influence sur les centres nerveux et y opérer une excitation, déterminant une contraction des vaisseaux de toutes le^ parties périphériques du corps; ou bien son action pourrait porter primitivement sur une autre région de Torganisme, sur les viscères abdominaux, par exemple, et l'impression provocatrice de lacontracti< n réflexe des vaisseaux pourrait avoir cette partie du corps pour point de départ. Cette contraction des vaisseaux s'accompagne bientôt du frisson^ lequel n'est autre chose qu'une sorte de tremblement réflexe. Ce phénomène réflexe est dû surtout à l'impression déterminée par le refroidis* sèment de la peau et des tissus sous-cutanés dans toute l'étendue du corps. Peut-être, pour expliquer la production du frisson, faut-il tenir compte aussi de l'influence que peut exercer directement la cause morbifique sur les centres nerveux.

La plupart des phénomènes du premier stade de la fièvre intermittente seraient, diaprés M. Traube, le résultat de cette contraction des petits vaisseaux superficiels du corps, avec expulsion du sang hors des capillaires et des veinules, ou, au contraire, avec stase du sang dans les capillaires et les veines. La circulation est amoindrie et ralentie dans la peau et les tissus sous-jacents, et ces modifications du cours du sang sont d'autant plus marquées qu'elles ont lieu dans des parties plus éloignées des cavités viscérales. Les phénomènes d'exosmose qui se produisent à Tétat normal et qui entretiennent les tissus dans uu certain degré de rénitence deviennent presque nuls, aussi ces tissus peuvent-ils perdre de leur épaisseur. La peau pâlit plus ou moins, et peut devenir cyanosée dans certains points. Les membres se refroidissent , surtout à leurs extrémités ; il en est de même de certaines parties de la face. De là, la

Page 1