‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 31 sur 88 · THÉORIE DE M. MARET · texte numérisé non relu

THÉORIE DE M. MARET

sensation iotease de froid, le tremblement réflexe ou frisson, la saillie des bulbes pileux, produite aussi par action réflexe, etc. D'autre part, comme nous l'avons vu dans nos considérations théoriques sur le rôle que joue l'appareil vaso-moteur par rapport à la chaleur animale, les causes de production et celles de déperdition du calorique sont, dans de telles conditions, réduites à peu près à leur minimum de puissance. L'évaporation des produits de la transpiration sensible et insensible devient presque insignifiante; et le rayonnement dans Tespace est bientôt bien plus faible que dans Tétat normal. Le sang qui traverse ces parties superficielles des membres; de la face, s'y refroidit évidemment d'une façon considérable; mais le sang ainsi refroidi est peu abondant, il circule lentement et ne rentre que peu à peu dans les grosses veines de ces parties, et, de là, dans les veines caves. Le sang des veines caves subit donc une réfrigération moindre que dans l'état normal, et, par suite, le sang du cœur lancé dans l'artère pulmonaire et dans l'aorte, doit avoir une température plus élevée que chez l'individu sain. Tous les organes des cavité viscérales reçoivent donc du sang plus chaud que dans l'état normal ; et comme il ne trouve pas là les conditions de refroidissement, qui existent à la surface du corps, la température de ces organes doit être plus élevée que chez rindividu sain.

Ainsi s'expliquerait, dans la théorie de M. Traube, laugmentation de la température centrale, dans la période du frisson des fièvres, de la fièvre intermittente, par exemple.

La théorie de M. Marey offre une grande analogie avec celle de M. Traube. M. Marey explique la période algide de la fièvre intermittente par le resserrement des petites

artères dans les parties éloignées du centre da corps. U admet que, la circulatiou étant ainsi enrayée dans oes parties, le sang ne va plus s'y refroidir, de telle sorte que ce fluide acquiert bientôt, à Tintérieur du corps, une température plus haute que celle de Tétat normal. La production de la chaleur est-elle, en même temps, plus active dans les parties intérieures? M. Marey, s*appuyant sur les observations qui ont démontré une augmentation de l'exhalation d'acide carbonique par les voies pulmonaires, dans les cas de fièvre, incline à penser qu'il y a, en effet, accroissement de production de calorique dans la période de froid.

Quant à la période de chaleur, où les t^uments prennent une température élevée, elle serait due surtout, d'après M. Marey, à une sorte de nivellement de la chaleur, entre les parties centrales et les parties périphériques du corps. Les vaisseaux des parties périphériques, qui s'étaient resserrés dans la période algide,sous l'influence d'une excitation de leurs nerfs vaso-moteurs, se dilateraient, dans la période de chaleur, par paralysie vasonnotrice ; la circulation deviendrait plus active, plus rapide dans ces parties périphériques ; le sang s'y refroidirait moins, et par conséquent y conserverait, à peu de chose près, le degré de chaleur qu'il possède dans les cavités du cœur. C*est ainsi qu'un nivellement de la température tendrait à s'établir dans toutes les parties du corps, centrales et périphériques. Gomme on constate que la température centrale est plus élevée alors que dans l'état normal, il faudrait bien admettre qu'il y a, en outre, une augmentation dans la production du calorique, mais cette augmentation serait très-légère. M. Marey fait remarquer que Taccélération du mouvement du sang dans les réseaux capillaires périphériques tend à

KÉFUTAÎION i)Ë LÀ ÎHéORtE DE M. tRAUBK. itOl

refroidir le fébricitaut ; mais le refroidissement est empêché, en partie, par l'augmentation de la production de chaleur à Tintérieur du corps, et, d'autre part, il l'est aussi par les conditions dans lesquelles se trouve la peau, dont les glandes sudoripares ne sécrètent plus, ce qui annihile une des causes les plus puissantes de déperdition de calorique 9 c'est-à-dire l'évaporation des produits de cette sécrétion. Enfin, il faudrait tenir compte, lorsqu'il s'agit de l'homme, des moyens artificiels employés pour entraver le refroidissement du fébricitant : les couvertures, les boissons chaudes, réchauffement du milieu extérieur.

La théorie de M. Marey s'éloigne surtout de celle de H. Traube, en ce qu'elle tient compte, plus que celle-ci, de l'augmentation de la production de chaleur chez les fébricitants; mais elle n'apprécie pas encore ce facteur physiologique à sa valeur réelle.

Quant à la théorie de M. Traube, il est facile de voir qu'elle est tout à fait impuissante à expliquer l'élévation de la température centrale, qui persiste pendant le stade de chaleur des fièvres intermittentes, ou qui se montre et se maintient pendant plusieurs jours dans les phlegmasies, dans les pyrexies continues, etc. Elle n'explique pas non plus les températures dites hyperpyrétiques, car ces températures ne se produisent pas pendant le refroidissement des parties périphériques, mais bien pendant que ces parties présentent elles-mêmes une chaleur plus ou moins élevée.

La théorie de M. Traube présente donc un point trèsvulnérable, et ce point a été aperçu peu de temps après qu'elle a été émise. M. Auerbach combattait cette théorie dès 186A (1), seulementil allait un peu troploin, en n'admettant

(1) Auerbach, Erwâgungen ûber die Ursachen der SigemvÛrme, (Deutscbe Kliiûk, 1864, b9* 22 et 23). CitaUon de H. Wimdedkb.

même pas la constrictiou vasculaire de la période de frisson. Il est bien difficile de ne pas croire que les vaisseaux se resserrent pendant cette période, et que ce soit là, en grande partie du moins, la cause du refroidissement des parties périphériques et de la sensation de froid éprouvée par les malades. Mais, je le répète, la plus grave objection qu'on puisse opposer à la théorie de M. Traube, est l'existence d'une température élevée, non-seulement pendant le stade de froid, mais encore pendant le stade de chaleur de la fièvre intermittente. Nous avons vu, en effet, que la température reste à peu près slationnaire pendant toute la durée de ce stade. Or, les conditions de la circulation périphérique sont alors tout à fait changées. Les vaisseaux cutanés sont dilatés (1) ; la circulation capillaire est très-active dans toute l'étendue de la peau et des tissus sous-cutanés, et la peau est plus ou moins rouge ; le rayonnement du calorique dans l'espace est accru ; la transpiration cutanée insensible est probablement augmentée; et, bien que les phénomènes de production de calorique dans toutes ces parties aient plus d'activité, cependant les causes de déperdition de calorique ont acquis une plus grande puissance, et la température centrale, diaprés la théorie même de M. Traube, devrait s'abaisser. Et que dire des cas de fièvre palustre anormale où la période

(1) M. Bftumler pense que, cbei rhomme, dans la période de chaleur de toutes les flèTres, les vaisseaux cutanés, comme l'avaient d^à Indiqué M. Heidenhain et M. Senator, pour l'état de fièvre expérimentale provoquée ches les animaux, sont «plus excitables que dans Tétat normal. Il considère la dilatation des vaisseaux cutanés, dans la fièvre, comme un phénomène régulateur, tendant à faire dispandtre une certaine quantité de la chaleur produite par Torganisme (^).

f) Chr. Bitimler, Ueher daê Trrhalten drr Hnutarterten fn 4er FiehrrhUu. fCaotralbUtt.... IgTJ, p.l19).-Vo]rM ftiuKi : H. 8«iMU>r.W«it«r« Btitrûg* but FUUrlehn (CentnJUaU .., 1873, f. M.)

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