‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 34 sur 88 · THÉORIE DES NERFS THERMIQUES · texte numérisé non relu

THÉORIE DES NERFS THERMIQUES

» accélérée. Pourtant, dans ce cas, la combustion ne de- » vient pas plus intense dans le sang. C'est môme le con- » traire qui a liea, et dans cette expérience il serait bien » difficile de dire, à première vue, si Tactivité circulatoire » est la cause ou la conséquence de la production de cha- » leur (1). » M. Cl. Bernard revient à plusieurs reprises sur cette manière de voir, pour la formuler d'une façon plus nette encore : « J'ajoutai » , dit-il dans un autre passée où il parle de la même expérience, « qu'il y avait » même là un phénomène irtitial de caloriQcation dont la 9 vascularisation des parties ne devait être que la consé" » quence » (2).

Pour prouver que l'élévation de température peut se produire sous Tinfluence des modifications physiologiques de certains nerfs, sans l'intermédiaire de phénomènes vasculaires, M. Cl. Bernard invoque le résultat de l'électrisation des nerfs de muscles qu'on a séparés du corps et dans lesquels il n'y a plus, par conséquent, de circulation.

Dans ces conditions, la température du muscle s'élève pendant sa contraction. Cette expérience montre, en effet, de la façon la plus nette que la contraction musculaire s'accompagne d'un dégagement de chaleur, qui n'est pas sous la dépendance nécessaire des variations de la circulation du sang (3).

D'autre part, si on lie les veines de la glande sousmaxillaire, et si on électrise d'abord le filet nerveux fourni à la glande par la corde du tympan, puis le nerf sympathique glandulaire, on observe un échauffement, puis un

(1) Loe. eiU, p. 672.

(2) loe. cit.^ p. 843. — Vpyei aussi p. 1232-1233. '3) i/K. ra,y p. iilS.

220 yniGTiàifB leçon.

refroidissement du tissu de Tor^ne, comme dans le cas où les vaisseaux de la glande ont été laissés intacts (1).

«Ainsi, dit M. O. Bernard, la glande sous-maxillaire » possède bien nettement un nerf calorifique et un nerf » frigorifique » . Quant aux muscles, il faudrait sans doute admettre, d'après les résultats de Texpérience que nous venons de rapporter, que leurs nerfs contiennent des nerfe calorifiques.

Non-seulement, la chaleur, qui se produit sous l'influence de l'électrisation de certains nerfs ou de la section de certains autres, ne dépendrait pas des modifications circulatoires déterminées dans ces conditions ; mais sa production ne serait pas liée intimement, d'après M. Cl. Bernard, aux phénomènes de la combustion qui a lieu dans les tissus, ou du moins à ceux qui s'opèrent dans le sang. Il rappelle qu'il a montré que le sang veineux, qui revient des parties de la tète échauffées à la suite de la section du cordon cervical du grand sympathique, contient moins d'acide cartK>nique que dans l'état normal, bien qu'il ait une température plus élevée. Il en est de môme du sang veineux qui revient de la glande sous-maxillaire, lorsqu'on faradise la corde du tympan (2). Le sang veineux, dans ces deux cas, offre une coloration plus rouge, moins sombre, que le sang veineux ordinaire.

Les résultats des analyses comparatives du sang veineux dans les conditions normales et dans celles dont nous venons de parler, ont-elles absolument la signification qu'on leur a attribuée? La combustion intime, et môme, pour préciser notre remarque, la formation d'acide carbonique

(1) ljx.cit.,p, 125 ^

(2) Loe. cit. y pi. 84S.

THËORIE DES NERFS THERMIQUES. 221

dans les tissus et dans le sang, est-elle diminuée dans la moitié de la tète d'un mammifère, sur lequel on a coupé le cordon cervical du grand sympathique, ou arraché le ganglion cervical supérieur ? Cette formation d*acide carbonique est-elle amoindrie aussi dans la glande sousmaxillaire et la quantité de ce gaz est-elle plus faible dans le sang que les veines en ramènent, lorsqu'on électrise la corde du tympan? Je crois que les analyses, telles qu'elles ont été faites, ne sauraient donner une réponse à ces questions. Ce qu'il faudrait comparer, sous le rapport du contenu en acide carbonique, ce n'est pas la même quantité de sang veineux provenant d'une même veine, dans l'état ordinaire, et lorsque les artérioles qui fournissent le sang à cette veine, par l'intermédiaire des vaisseaux capillaires, sont dilatées ; mais c'est la quantité de ce sang obtenue dans la même unité de temps. En supposant que la formation d'acide carbonique dans les tissus d'une moitié de la face, chez un animal dont le ganglion cervical supérieur correspondant est détruit, soit plus abondante que lorsque le sympathique est intact, la quantité de cet acide qui prendra naissance dans une minute, par exemple, se trouvera en dissolution dans une quantité de sang beaucoup plus considérable dans le premier cas que dans le second. Si l'on compare seulement la proportion du contenu d'acide carbonique dans le sang veineux recueilli dans ces deux conditions, sans tenir compte du volume de sang fourni par les veines dans une même unité de temps, on n'est pas à même d'apprécier s'il se forme plus ou moins d'acide carbonique dans une des conditions que dans l'autre (1).

(1) J*ai fait pluneun expériences, pour chercher à établir la comparaison,

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M. Cl. Bernard toutefois, hâtoDS-nous de le dire, bien qu'il assure que la quantité d'acide carbonique produit dans le cas où le sympathique cervical est coupé, est plus faible dans les tissus de la région correspondante, que lorsque ce nerf a conservé sa continuité, attribue bien l'augmentation de température, observée dans le premier cas, à la suractivité des autres phénomènes chimico-physiques dont ces tissus sont le siège. Et il en est de même pour les résultats de rélectrisation de la corde du tympan.

Pour lui donc, les variations de la production de chaleur, sous l'influence des modifications physiologiques des nerfs qui se rendent aux parties où Ton observe ces variations, ne dépendent p&s essentiellement de l'action de ces nerfs sur les vaisseaux. Elles seraient, au contraire, directement soumises aux changements qu'éprouve l'activité de certaines fibres nerveuses qui agiraient sur les tissus, de façon à régir l'intensité du travail physico-chimique qui donne naissance à de la chaleur. 11 y aurait, d'après M. Cl. Bernard , une fonction physiologique de la calorification {l)^ et celle fonction serait sous ladependance.de fibres nerveuses qui, pour la plupart, appartiennent au système du grand sympathique, « Il faudra dire qu'indé- » pendamment de Vaction vaso-motrice^ le grand sympa- » Ihique exerce une action thermique. Son excitation pro- 9 duit un effet frigorifique ; sa section ou sa paralysie, un

telle <iiie je U comprends, entre le sang qui s'écoule de la Teine jagnlaire, dans les conditions normales, et celui que fournit cette ^eine, après la section du cordon cervical du grand sympathique. Mais j'ai rencontré des dinicultes que je n'ai pas pu aplanir jusqu'ici. La principale de cet diificaltcs consiste en ceci, qu'il est presque impossible de réunir deux animaux, ayant des reines jugulaires d'un même calibre, et donnant, à l'état normal^ une même quantité de sang, dans un temps déterminé.

Loc eti., p. 672.

RÔL£ DU STMt*ATHlQUK DAHS LA CALORIFtiïAIION. ^l'2i

» effet calorifique. Il est non-seulement un nerf constricteur • des vaisseaux : il est encore un nerf frigorifique (1). »

Ailleurs, parlant de l'influence de la douleur sur la chaleur animale, il dit: «La conclusion à laquelle nous sommes » conduit, c'est que le sympathique excité par action » réflexe, devient un agent frigorifique par suite de Tin- » fluence motrice (?) qu'il exerce sur les tissus, en enrayant » les mutations chimiques et en abaissant en iqôme temps » les phénomènes thermiques. Hais l'excitation du nerf » ^nsitif n'a pas seulement, pour conséquence, l'abaisse - » ment de température. On constate en môme temps une » augmentation de la tension vasculaire dans les artè- B res(2).i» Et encore, un peu plus loin, il s'exprime ainsi : « La douleur (par l'intermédiaire du sympathique) arrête » les échanges chimiques et suspend les phénomènes de » la vie (â). »

Le grand sympathique agirait donc sur les phénomènes physico-chimiques qui engendrent de la chaleur, comme une sorte de modérateur, comme un frein ou un appareil d arrêt y pour employer les expressions mêmes de M. Q. Bernard, tt II refroidit les parties qu'il innerve, d'où le nom » de nerf frigorifique que nous lui avons donné : il resserre » les vaisseaux et rend ainsi les organes pâles et exsangues, » d'où son nom de nerf constricteur : il modère et ralentit » le mouvement nutritif, et mérite le nom de nerf réfré- » nateur (4). »

Je vous citerai encore un passage de l'avanl-dernière leçon où M. Cl. Bernard résume ce qu'il a dit précédem-

(1) Lac. et/., p. 4233.

(2) £oc. ciU, 123d.

(3) Loc. cit., p. 1236 (&) Loc. cit., ibid.

^k VINGTIÈME LEÇON.

ment sur le rôle du grand sympathique: «On se rend » compte (par les exemples cités avant ce passage) à quel » haut degré l'action frigorifique ou calorifique du système » sympathique retentit sur les phénomènes généraux de la p vie* n agit sur eux de deux manières: il les atteint di- » rectement, car c'est en influençant les échanges intimes » de la nutrition qu'il produit la chaleur ou le froid ; il » les atteint indirectement, car la chaleur ou le froid

» tiennent sous leur dépendance la plupart de ces phéno-

» mènes. Par ces considérations et par tous les exemples » déjà exposés, nous voyons que l'action du grand sympa- » thique porte bien réellement sur les phénomènes de la » nutrition élémentaire. Nous sommes ainsi ramené à Topi- » nion de nos prédécesseurs, à l'opinion de Bichat, qui » considérait l'appareil nerveux sympathique comme Tap- » pareil de la vie organique, comme l'instrument de la vie » végétative. 11 agit sur les tissus primitivement et secon- » dairement. Nous savons de plus comment il agit. Excité, » il modère leur énergie fonctionnelle, il la réfrène ; en n suspendant son intervention, en cessant de fonctionner, » il leur laisse la carrière libre. La comparaison que j'ai » faite avec un frein est la plus juste qu'on puisse donner. » Le frein étant serré restreint la nutrition, il la retarde » ou l'arrête même d'une façon complète. Le frein étant » lâché, les mouvements nutritifs auxquels il faisait » obstacle s'accélèrent et se précipitent (1). »

La lecture de ces passages montre que M. Cl. Bernard, bien qu'il n'admette pas l'existence de nerfs trophiques, ne s'éloigne pas beaucoup en somme des physiologistes qui ont admis ces nerfs; à cela près pourtant, que l'influence

(1) Loc. cit., p. 1254.

THÉOfilB DB H. CL. BERNARD. 225

qu'exerce, suivant lui, le système nerveux sympathique, est une influence directement modératrice et non une influence excitatrice. Mais ne doit-il pas être conduit logiquement à accepter, sous une désignation ou sous une autre, l'existence des nerfs trophiques, c'est-à-dire excitonutritifis, lorsqu'il assure que certains tissus du moins possède des nerfs calorifiques ? N'a-t-il pas reconnu dans les nerfs destinés à la glande sous - maxillaire deux sortes de nerfs : un nerf frigorifique ^ le nerf sympathique glandulaire, et un nerf calorifique ^\q nerf glandulaire provenant de la corde du tympan? Et les muscles eux-mêmes, devons-nous aussi leur attribuer deux sortes de nerfs thermiques: les nerfs calorifiques contenus dans les nerfs musculo-moteurs, et les nerfs frigorifiques proveuant du grand sympathique?

Ces vues ingénieuses doivent d'autant plus fixer notre attention, qu'elles ont conduit M. Cl. Bernard à quelques déductions pathologiques intéressantes. Ainsi, d'après lui, la fièvre équivaudrait à la paralysie du grand sympathique. On retrouverait, en effet, dans la fièvre, l'élévation de la température, la rougeur, Taugmentation des combustions chimiques qui se manifestent après la section du grand sympathique (1). Je suis loin de prétendre que les fonctions du grand sympathique ne soient pas intéressées dans l'accès de fièvre; mais évidemment, il y a d'autres éléments morbides dont il faut tenir compte. L'ensemble des troubles pathologiques n'a pas pour unique point de départ une atteinte du grand sympathique, et, s'il s'agit de la fièvre intermittente, ce ne serait pas, en tout cas, à une paralysie de ce système nerveux, mais à une excitation, qu'il fau-

(1) Loc. dU^ p. 1234,

VULFlAS* U, -. 15

226 VINGTlèllE LEÇON.

drait attribuer les phénomèoes du premier stade, de celui du froid.

M. Cl. Bernard, à propos du choléra, pense que « Ton » pourrait, avec quelque raison, considérer cette terrible » maladie comme un élat d'éréthisme exagéré du système » nerveux grand sympathique (i). » Ici encore, il conyient de dire que tous les phénomènes de la maladie ne sauraient être expliqués d'une façon suffisante par l'hypothèse d'un trouble fonctionnel, si intense qu'il puisse être, du grand sympathique. Il serait d'ailleurs difficile, pour le moins, de se rendre compte de certains des symptômes du choléra, en les attribuant à un état d'éréthisme de ce système nerveux.

Revenons aux vues de M. O. Bernard, sur les nerfs qa'Q appelle thermiques et qu'il divise en nerfs frigarifiquet et nerfs calorifiques . L'existence de ces nerfs ne me paratl pas démontrée par les arguments invoqués à leur appui. Il n'est pas prouvé que tous les effets observés, sous l'influence des nerfs dits frigorifiques ou calorifiques, ne soient pas le résultat des modifications vasculaires qui ont lieu au moment de l'excitation ou de la paralysie de ces nerfs. J'excepte cependant la production de chaleur qui s'opère lorsqu'on électrise les nerfs musculo-moteurs. L^expérience indiquée par H. CI. Bernard est pleinement décisive. Puisque le muscle détaché du corps d'un animal s'échauffe encore, lorsqu'il se contracte sous l'influence de Télectrisation de son nerf, l'augmentation de la température, qu'on observe dans ces conditions, ne peut pas dépendre d*un changement dans le calibre des vaisseaux et dans la rapi-

(1) Loc. ctt, p. 128«.

CUALEUR PRODUITE Par LA CONTRACTION MUSCULAinE. 227

dite du passage du sang artériel au travers des capillaires. Les expériences faites sur les muscles en place, chez les animaux vivants, n'ont pas la même valeur. En même temps que ces muscles se contractent, il s'y produit évidemment des modifications vasculaires, qui rendent incertaine la signification de l'élévation de température, constatée dans ces conditions. Il n'en est pas de même évidemment, lorsqu'on observe cette élévation de température, soit dans un muscle séparé du corps, soit dans les muscles d'un animal qui vient de mourir. Voici le résumé d'une des expériences que j'ai pratiquées, immédiatement après l'arrêt des mouvements du cœur.

Exp. I. — Ghten cnrarué et soumis à la respiration artificielle. On oufre le thorax avec un sécateur, en coupant le sternum sur la ligne médiane, de façon à éviter les bémurrhagies. Les deux bords de l'ouTerture sont maintenus écartés. On met à découvert le ganglion ceriical inférieur du côté gauche» On incise le péricarde dans toute sa hauteur, afin de poutoir observer directekent les TaîsKanx du cœur.

La faradisation, même très-énergique, du ganglion cerrical inférieur, ne produit aucun changement appréciable de la coloration du cœur, et les vaisseaux superficiels de cet organe conservent leur calibre.

On coupe les deux pneumogastriques à la partie inférieure du cou ; il ne se manifeste non plus aucun changement, soit du calibre des vaisseaux superficiels du cœur, soit de la teinte du myocarde.

On coupe le nerf sciatique droit : on place alors, dans les muscles antérieurs de la cuisse droite, • une aiguille thermo-électrique. L'autre aiguille, reliée à ceUe-d, a sa soudure enfoncée dans un cylindre de moelle de sureau. Les deux aiguilles sont mises en communication avec un galvanomètre à gros fil et à miroir.

On Ikradise ces muscles avec un courant d'une intensité moyenne (la bobine au fil induit de notre appareil à chariot est à 8 centimètres de son point de départ). Le fil de repère de la lunette, qui indiquait 27«,i sur la règle diviséei passe peu à peu à 27^,8 ; puis bientôt il descend à 25,8.

On recommence l'expérience, en plaçant l'aiguille thermo-électrique dans les muscles antérieurs de la cuisse gauche. Le nerf sciatique, de ce côté, eit intact. Le repère s'arrête à 3&',5. On faradise ces muscles. Le repère passe à 33*,4. On interrompt alors la faradisation. Le mouvement du miroir continue et le reper l'arrête à 3i«,2. U reste à ce degré.

328 YINGTIÈMB LEÇON.

Noufélle tandisation. Le repère passe, dans les premières secondes, de 81«,2 à 8i«,5 ; mais il reTÎent rers son point de départ^ le dépasse, atteint 30<,6 : c n cesse alors la fSuadisation. Le monvement continue ; le repère s'arrête à 28*y3.

k ce moment, on faradise, aToc le courant maximum, mais pendant quelles secondes seulement, le sillon intenrentriculaire. Ausaitôt les mouTements de systole et de diastole du cœur s'arrêtent ; il n'y a plus qu'un tremblotemeat destentricnles, puis des frémissements musculaires, et les Tentricules devienneat immobiles, tandis que les oreillettes continuent à se mouvoir d'une iêçom rfaythmique. L'animal est mort.

On Cuadise anssitêt les muscles de la cuisse gauche, dans lesquels l'aiguille thermo-électrique est restée implantée.

Le repère qui était à 32<,8 remonte d'abord à 83', puis descend i 30*,5. On interrompt la fsradisation ; le répère remonte presque aussitôt et revient peu i peu jusqu'à SS'yd.

On répète la faradisation. Le repère descend à 32*, et, après qu'on a enkfé les électrodes, le mouvement du miroir continue : le repère marque bientôt 31*,2. n s'arrête en ce point, et remonte de quelques millimètres.

On enlève alors raiguille thermo-électrique des muscles dans lesqaeb eik était plongée. Le repère passe rapidement de 3i*,5 à 40*.

Le passage du fil de repère d'un degré de l'échelle à un degré plus âevë ndiquait donc, dans l'expérience^ un refroidissement, et le mourement en sens inverse, un échauffement.

Cette expérience confirme toutes celles qui ont démontré que la contraction des muscles détermine un dégagement de chaleur.

Mais nous ne sommes pas tenus à voir là une preuve en faveur de l'existence de fibres nerveuses calorifiques dans le nerf musculo-moteur excité. C'est la contraction musculaire qui s'accompagne d'une production de chaleur, et ce sont, par conséquent, les fibres musculo-motrices ellesmêmes qui déterminent ces phénomènes. Si l'action des ner& moteurs a été supprimée par le curare, avant que Ton détache du corps un des muscles avec son nerf pour répéter cette expérience, on verra que l'électrisation de ce nerf ne produira plus d'augmentation de la température. Et si l'observation porte sur un muscle en place, chez un animal curarisé et soumis à la respiration artificielle, l'électrisation

HTPOTHÂSE DES NERFS THERMIQUES. 229

du nerf de ce muscle, loin d'y produire une élévation de température, y déterminera, au contraire, un refroidissement. Ce nerf contient, en effet, des fibres vaso-constrictives qui conserveront leur action, si la dose de curare n*a pas été trop forte, et qui provoqueront un resserrement des vaisseaux dans le muscle.

L'expérience de M. CI. Bernard sur la glande sous* maxillaire ne me paratt pas décisive non plus. La ligature des veines qui ramènent le sang de la glande, empêche bien certainement la circulation de s'opérer librement au travers de la glande ; mais elle n'oppose pas un obstacle absolu aux mouvements de va-et-vient du sang dans les artères et les capillaires. Or, lorsqu'on électrise la corde du tympan, dans ces conditions, on conçoit que les artérioles puissent aussi se dilater et que les vaisseaux capillaires puissent encore se suremplir de sang provenant de ces artérioles. Cette modification dans la quantité de sang chaud qui s'amasse dans les artérioleS| les capillaires et les veinules de la glande, ne peut-elle pas donner lieu à une augmentation de la température de l'intérieur de cet organe? Si l'on électrise, au contraire, le nerf sympathique glandulaire, ne voit-on pas que l'on produira encore une constriction des artérioles de la glande, et que le sang contenu dans les capillaires correspondants, ne se mêlant plus ou presque plus avec le sang provenant de l'aorte, devra subir une réfrigération plus ou moins marquée?

D'ailleurs ici, l'électrisation porte sur un nerf qui agit très- vraisemblablement sur les éléments glandulaires euxmêmes. Les expériences de M. Cl. Bernard, de M. Keucbel et de M. Heidenhain, semblent mettre cette action hors de doute. L'excitation de ce nerf active le travail organique dont la glande sous-maxillaire est le siège et dont la sécré-

230 YTNGTlèMB LEÇOTf.

tioD salivaire est un des résultats. Ce travail organique, comme Ta démontré M. Ludwig, n'a pas lieu sans une production concomitante de chaleur. Le nerf glandulaire émané de la corde du tympan et, d'une façon générale, tous les nerfs sécréteurs peuvent être assimilés, jusqu'à un certain point, aux nerfs musculaires. Ici, comme pour les muscles, la production de la chaleur ne peut pas être considérée comme l'effet de l'action de 6bres spéciales, thermiques. Ce sont les fibres excito-sécrétoires qui sont ea même temps thermiques, eMeur action thermique est liée indissolublement à leur action sécrétoire. Si les fibres glan-' dulaires de la corde du tympan perdent leur action sous l'influence de l'intoxication par l'atropine, elles cessent, en même temps, de produire dans la glande l'élévation de température due à cette action sécrétoire. Mais l'expérienoe est moins nette que lorsqu'il s'agit de Télectrisation d'un nerf musculo-moteur sur un animal curarisé, parce que la corde du tympan, outre ses fibres excito-sécrétoires , contient des fibres vaso-dilatatrices, et que, comme l'a démontré M. Heidenhain, ces fibres, chez les animaux atropinisés, conservent leur action sur les vaisseaux. On peut donc observer encore, dans ces conditions, une certaine élévation de température dans la glande, lorsqu'on électrise le nerf tympanico-glandulaire ; mais cet échauffement, qui est alors moins considérable que chez l'animal non atropinîsé, doit être regardé comme dâ exclusivement à la dilatatioD vasculaire que l'on provoque ainsi.

Nous ne considérons donc pas les expériences dont noœ avons examiné la signification comme démontrant Texistence de fibres nerveuses thermiques. Toutefois, nous venons de voir, à propos de la glande sous-maxillaire, qu*il V a des fibres nerveuses qui agissent ou paraissent agir

HYPOTHESE DES NERFS THEflMIQUES. 331

directement sur les éléments anatomiques de cet organe, pour y déterminer une suractivité de leur travail sécrétoire, et qui, comme résultat connexe, donnent lieu à un développement de chaleur. Le travail sécrétoire des glandes semble être une simple modification du travail nutritif, commun à toute substance organisée vivante. On peut donc se demander si les éléments anatomiques de tous les tissus ne sont pas en relation avec des fibres nerveuses, pouvant influencer leur travail nutritif, et, par suite, leur production thermique, comme la corde du tympan le fait pour la glande sous-maxillaire. Nous sommes ainsi ramenés à la question de l'existence des nerfs trophiques, question dont je renvoie Tétude à une autre leçon. Disons seulement, dès à présent, que rien ne prouve que les éléments anatomiques de tous les tissus aient leur nutrition soumise à Tinfluence directe de nerfs analogues, fonctionnellement, à la corde du tympan. Les sécrétions, en réalité, quelque ana* logie qu'elles offrent avec les phénomènes ordinaires de la nutrition intime, sont cependant des actes organiques tout spéciaux, et, suivant toute vraisemblance, les nerfs sécréteurs n'existent que pour modifier dans les glandes les phénomènes de la nutrition ordinaire, et leur imprimer l'intensité et la direction nécessaires pour que les fonctions de ces organes s'accomplissent.

La conclusion à laquelle je suis amené par cette discussion, c'est que l'existence de fibres nerveuses directement thermiques, c'est-à-dire influençant directement, immédiatement, les processus thermiques qui ont lieu dans tous les tissus de l'organisme, n'est pas démontrée. J'ajoute que l'existence de pareilles fibres nerveuses n'est pas vraisemblable. Enfin je dis que, si elles existaient, le nom de fibres thermiques serait même difficilement justifiable, car les

232 yniGTiftiiB leçon.

variations subies par la calorificatioD, sous Tinflueiice des modificalions fouctionnelles de ces fibres, ne seraient pas des effets directs de ces modifications; ce seraient des effets subordonnés, se produisant en même temps que les changements dans la nutrition intime, provoqués par l'excitation ou la paralysie de ces fibres : ce seraient même de simples conséquences de ces changements.

Quant à la manière dont M. CL Bernard envisage les fibres nerveuses du grand sympathique, en les considérant comme constituant des nerfs réfrénateurs, des nerfs d'arrêt, agissant comme des freins sur la nutrition intime, nous ne saurions Tadmettre non plus, ou du moins nous pouvons dire aussi qu'elle manque de preuves ; car elle n'est, en réalité, qu'une autre façon de formuler, soit l'hypothèse des nerfs thermiques, soit celle des nerfs trophiques.

Une hypothèse analogue à celle de M. Q. Bernard a été récemment émise, et l'on a cru pouvoir en démontrer expérimentalement l'exactitude.

Dans cette hypothèse, il n'est plus question de nerf$ fi> goriftqxÂes ni de nerfs calorifiques^; mais on considère le système nerveux comme pouvant modérer les phénomènes de la combustion intime. Les nerfs, surtout les ner& sympathiques, contiendraient des fibres nerveuses modératrices des processus thermogènes. La combustion intime qui s'opère dans nos tissus» tendrait sans cesse à prendre une activité bien plus grande que celle qui se révèle dans l'état normal. Elle serait sans cesse maintenue au degré qu'elle doit avoir dans cet état, par Taction de ces fibres nerveuses modératrices. Si les nerfs qui contiennent ces fibres sont coupés, les combustions deviendraient plus intenses dans la partie correspondante du corps, et la température s'y

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