‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 36 sur 88 · CENTRE MODÉRATEUR THERMIQUE · texte numérisé non relu

CENTRE MODÉRATEUR THERMIQUE

OU confuse du rôle physiologique de Tisthme de l'encéphale, et en particulier des parties de la protubérance annulaire et du bulbe rachidien qui sont contiguës les unes aux autres.

Nous ne devons nous occuper, en ce moment, que du centre modérateur de la calorification. L'hypothèse de M. Tscheschichin a soulevé de sérieuses objections.

S'il existait un centre modérateur des combustions oi^niques, tel que l'admet cet expérimentateur, l'excitation de ce centre devrait avoir pour résultat infaillible de faire baisser la température centrale du corps des animaux opérés. Or, c'est TinTcrse qui a lieu. MiM. Bruck et Gunter (1) ont fait voir que l'on peut provoquer une élévation de la température centrale du corps, en se bornant à piquer simplement le bulbe rachidien ou la protubérance. Une première piqûre, dans certaines de leurs expériences, déterminait déjà une élévation de cette température : une seconde piqûre augmentait cette élévation. Le résultat donné par ces expériences est le même, pour la température centrale, que celui qu'on observe, en piquant la moelle épinière, dans la région du corps située en arrière du siège de la lésion.

Une autre objection a été tirée des expériences pèmes de M. Tscheschichin. Ce physiologiste a constaté, comme nous l'avons dit, que les sections transversales du bulbe rachidien, ou de la moelle épinière dans la région cervicale, ont pour effet un abaissement progressif de la température. On s'est demandé comment ces lésions, si l'hypothèse

(i) L. Bnick et A. Gunter, Versuche ûber den Btnftuss der Verletsung gewiiter Himtheiie auf die Temperaiur des Thierkôrpers (Pflûger's Arcbiv, 1870, p. 678-585).

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en question est exacte, n'ont pas aussi pour conséquence une élévation de la température centrale, puisque Ton doit sectionner dans le bulbe et la moelle cervicale un certain nombre au moins des fibres modératrices de la thermogénèse , fibres que M. Tscheschicbin Tait natlre en avant de la moelle allongée.

Notons qu'il n'y a aucun doute sur le fait de l'abaissement progressif de la température centrale, chez les animaux qui ont subi, dans les conditions ordinaires, une section transversale de la région cervicale de la moelle épinière. M. Tscheschicbin n'a fai(, sous ce rapport, que confirmer une donnée établie depuis longtemps déjà, c J'ai » autrefois montré, dit M. Cl. Bernard , qu'on pouvait » amener le refroidissement d'un animal à sang diaud » (chien, lapin), en faisant la section de la moelle épinière » au niveau de l'union de la région dorsale et de la région » cervicale (l). » A l'appui de cette assertion , M. Cl. Ber* nard présente à son. cours un lapin sur lequel cette opération a été faite cinq heures auparavant. I^ température rectale qui était de &0* C. avant la section de la moelle, n'est plus que de 2&% la température de l'atmosphère étant de IS*" C. On constate que la respiration a diminué de fréquence et d'amplitude, et que les battements car* diaques ne peuvent presque plus être perçus.

Ces faits ont été vérifiés par la plupart des physiologistes qui ont répété ces sortes d'expériences. Je ne ferai qu'une citation. M. Pochoy, dans son intéressant travail sur les . centres de température (2), relate une expérience faite sur un cobaye adulte, dans laquelle on voit une lésion do

(1) loe. cit., p. 1067.

(2) J. Pochoy, Recherches exp4Hmeniaie$ sur les centres de tempérmtwrtm (Thèse de Faris, 1870, n» 120, V, p. 24).

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inème genre produire aussi un abaissement considérable de température. La température rectale était â8*,9 C. à S h. 15 m., dix minutes après que l'animal avait été attaché, la température du laboratoire étant 15*,26. A 3 h. 20 m., la moelle est coupée à la partie antérieure de la région dorsale, à l'exception d'une faible partie du cordon antérieur gauche, comme on s'en est assuré par la nécropsie. Immédiatement après la section, on trouve dans le rectum 38*,4. Respiration abdominale ; battements du cœur lents et saccadés. Au bout de vingt minutes, la température rectale est de &T. Sans reproduire tous les détails donnés par l'auteur, je me con^ tenterai de dire que la température rectale continua à baisser progressivement. Le thermomètre marquait 34'',5 à & h. 15 m.; 32%A à 5 h. 15 m.; 30%2 à 6 h. 15 m.; 30%5 à 9 h.'lO m.; 28%9 à 2 heures du matin ; 19* à 10 heures et IG"" à 3 heures du soir, au moment où ranimai meurt sans convulsions.

On voit qu'en vingt-quatre heures, la température rectale de l'animal s'était abaissée de 38%9, degré initial, à 16*, c'est-à-dire de près de 23 degrés. Cet abaissement avait été progressif, sans temps d'arrêt bien notable.

L'objection que l'on peut tirer de ces faits contre l'hypothèse de M. Tscheschichin a une grande valeur. On pourrait, bien se demander si le refroidissement observé dans les cas où Tanimal a été attaché, après avoir subi la section de la moelle épinière, n'est pas dû en grande partie au fait même de Timmobilisation : mais cette interprétation ne saurait s'appliquer à l'expérience de M. Pochoy, car le cobaye avait été détaché trois heures après Topération. C'est le seul moment où il y ait eu un léger temps d'arrêt ; la température avait même remonté de 0%1 dans le quart

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d'heure qui a suivi la mise de ranimai en liberté; puis l'abaissement thermique avait repris sa marche progressive. Ce n'est donc pas ainsi que l'on peut expliquer la réfrigération progressive des animaux, dont la moelle épinière a été sectionnée^ soit à la partie inférieure de la région cervicale, soit à la partie supérieure de la région dorsale. Ce n'est pas ainsi, par conséquent, que l'on peut réfuter l'objection que fournissent les résultats de ces expériences centre l'hypothèse de M. Tscheschichin. Mais, a priori^ od voit que l'on peut imaginer une autre réfutation. Si nous considérons les conditions de ces expériences, nous voyons que la section transversale de la partie supérieure de la moelle épinière , ou du bulbe rachidien, — car, d'après M. Tscheschichin, cette section produit le même résultat, — doit déterminer, par suite de la paralysie généralisée des nerfs vaso-moteurs, une dilatation de la plupart des petits vaisseaux du corps, des vaisseaux cutanés entre autres (1). Cette dilatation a nécessairement pour conséquence, comme nous Tavons dit, d'augmenter considérablement la puissance des causes de déperdition du calorique, dans toute l'étendue du tégument cutané, et peut-être aussi dans les organes respiratoires (2). L'accroissement de l'intensité de

(i) Dans une de nos expériences, une plaie, faite sur un chien pour acilre le nerf sciatique à nu« est devenue le siège d'une légère bémorrliagie, au momeat où, après avoir enlevé, à l'aide d'un trépan, une rondelle d*an des pariétaux, on a fait pénétrer un scalpel au travers du cerveau et de la prolii» bérance. Cette hémorrhagie a-t-elle été le résultat d'une paraljsie vas»motrice généralisée? Ne doit-on pas l'attribuer plutôt à un effet vaso-dilatateur réflexe déterminé, par Tirritation de la protubérance annulaire, dana toate l'étendue du corps T

(2) C'est de cette façon que Ton doit expliquer la diminution prograsivt de la température centrale, ches les animaux qui sont soumb à la piration artincieile, après avoir subi une section transversale du bvlbe chidien.

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celte déperdition peut être tel, que la suractivité des processus IheriDOgèDes, provoquée par la lésion bulbaire ou médullaire , puisse être compensée , et au delà, par les pertes de calorique.

Pour examiner jusqu'à quel point les résultats obtenus par H. Tscheschichin peuvent être interprétés de cette façon, MM. Naunyn etQuincke (1) ont eu Tidée de répéter les expériences dont il s'agit^ en cherchant à diminuer, autant que possible, le refoidissement qui a lieu à ta sur* face de la peau des animaux opérés.

Ces expérimentateurs ont fait leurs expériences sur des chiens d'assez forte taille, et ils ont divisé la moelle épinière par broiement, afin d'éviter autant que possible Thémor* rhagie , qui se produit lorsque la moelle est sectionnée à l'aide d'un instrument tranchant. L'opération était pratiquée au niveau de la sixième vertèbre cervicale. Les animaux opérés étaient placés dans une caisse chauffée, dont la température intérieure était de 26 à 30 degrés. Ils ont trouvé que, dans ces conditions, la température, au lieu de s'abaisser, s'élève. Dans une de leurs expériences, en une heure quarante minutes, la température rectale monta de 38*,5 à 41%7, c'est-à-dire de S degrés et 2 dixièmes. Dans d'autres expériences, faites en été, ils se contentèrent d'envelopper d'ouate leurs animaux et de les coucher sur de la paille. La température extérieure étant de 19 degrés, ils virent, dans une de leurs expériences, la température rectale qui était, au début, de 39%6, s'élever progressivement après l'opération et atteindre, au bout de 6 h. 50 m., au moment où Tanimal mourut, &2*,3.

(1) B. Naunyn et H. Quincke (Reicherfs und Du BoU^Reymond's ArchîT , 1869.)

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Dans UD6 autre expérience, en huit heures et demie» la température rectale monta de 0%& seulement. Dans une troisième expérience, elle monta en douze heures, de ft0*,4à ft2%l, c'est-à-dire de 1%7.

M. Pochoy, qui cite oes expériences de MM. Naunyn et Quincke, a cherché à reproduire les résultats obtenus par ces auteurs. Biais, dans le fait qu'il rapporte (1), bien que le chien, sur lequel il avait coupé la moelle épinière, fût placé dans une chambre où la température était de 22 à 28* G., la température rectale de cet animal s'abaissa progressivement, en présentant toutefois quelques oscillations, et» de SG'',^, au moment de l'opération, elle tomba à S2*,2, au bout de cinquante-huit heures, au moment où ranimai mourut <2).

Ces faits contradictoires ne sont pas très-faciles à concilier, ce qui tient sans doute surtout à ce que nous ne connaissons pas bien toutes les circonstances des différentes expériences. Il faut tenir compte d'abord de la

(1) lûc ea., p. 39.

(2) Lm faits publiés par lOf • Naunyn et Quincke ont tronré d*aiiti«s trtdicteun. II. Riegel, M. Rosenthal (*) n*ont pu vn la température cortraic t'élefer ches des animaux (lapins, chiens) dont ils afaient sectionné la awelk en travers, fers la partie supérieure de la colonne vertébrale, et qu'ils plaçaicst dans des boites chauffées. Au contraire, la température de ces animaux haimsil progressifement, lorsque la chaleur du milieu ambiant n'était pas très-élevét. SI Ton chauffait davantage l'air de la boite, la température intérieure des animaux opérés 8*élevait alors, mais cette élévation de température n'était pas plus rapide que ches un animal sain, ce qui semblait prouver aussi, contrairement à l'opinion de IIM. Naunyn et Quincke, que la production de chaleur n'était pas devenue plus active sous Tinfluence de l'opcration. La température des animaux opérés ne commençait i monter qu'un certain tempo après l'opé* ration, et M. Rosenthal attribue cet effet à l'intervention de U fièvre tnumatique.

(<*) J. RomdIImI. Zur Kènntnis$ der Wârmengulirvno M tkm wrtnklM§en Tkknm ( IfttioBftehnft, Crluigto. * Anal. M C«DtnU»latt.., 1819. p. §40).

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