‹ Leçons sur l'appareil vaso-moteur (volume 2)Chapitre 4 sur 88 · PRODUCTION DE LA MATIÈRE GLTGOGÈNE · texte numérisé non relu

PRODUCTION DE LA MATIÈRE GLTGOGÈNE

remplacée, au fur et à mesure de sa disparition, comme chez rindividu sain, par une production nouvelle. En outre, comme on ne pratique pas les autopsies immé* diatement après la mort, mais au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, le ferment, qui se développe dans le foie pendant la maladie et après la mort, doit convertir en sucre, puis en acide lactique, ce qui reste de matière glycogène, lorsque cette matière n'a pas été entièrement changée en glycose pendant la maladie terminale, et entraînée sous cette forme hors de Torgane.

M. Cl. Bernard a constaté la présence de la matière glycogène et du sucre, d'une façon très-évidente, dans le foie de suppliciés ; on retrouve, dans ces cas exceptionnels, les mômes conditions que chez les animaux sacrifiés pour cette recherche.

Ainsi nous devons reconnaître, comme un fait aujourd'hui hors de doute, que la matière glycogène se produit dans le foie de l'homme et des animaux, ou du moins que cVst là le lieu principal de sa formation. On en a trouvé, il est vrai, dans d'autres organes, dans les muscles, par exemple, chez l'adulte, principalement dans certaines conditions d'alimentation ; mais c'est dans le foie seulement que la matière glycogène se développe en abondance (1 ) et qu'elle peut fournir une notable quantité de glycose.

La matière glycogène se trouve dans les cellules du foie à l'état de dissolution, ou peut-être à l'état de granulations extrêmement fines, comme celles qui produisent la teinte louche, blanchâtre, du décoctum aqueux du foie. La finesse

(1 ) Chez le chien, c'est au moment de la naissance que le foie m'a paru contenir la plus grande quantité de matière glycogène. Si ranimai nouveau-né n'est pas allaité, toute la matière glycogène peut disparallre du foie en vingtquatre ou trente-six heures.

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(le ces granulations serait telle, en tout cas, qu'elles ne seraient guère reconnaissables dans ce décoclum, à l'aide des lentilles les plus puissantes de nos microscopes : toujours est-il qu'il est impossible de les voir distinctement dans les préparations histologiques des foies les plus chaînés de cette matière glycogène. Il n'y a donc pas de granula* tiens glycogènes nettement visibles dans le foie, comme Ta admis M. Schiif, qui a décrit des granulations d*inuline.

La production de la matière glycogène est activée par le passage au travers du foie de diverses substances, et, entre autres, par l'introduction de substances sucrées dans le sang de la veine porte. Ainsi, par exemple, l'ingestion stomacale de sucre, et, par suite, son absorption, déterminent une augmentation de la matière glycogène contenue dans le foie. On a attribué une influence du même genre à d'autres substances, à la glycérine, par exemple. Fixons exclusivement notre attention, pour le moment, sur la glycose absorbée. Cette substance se transforme-t-elle directement dans le foie en matière glycogène? C*est une question que nous posions tout à Theure, d'une façon générale, pour les produits azotés et ternaires de la digestion. M. Rouget a émis l'opinion qu'il peut en être ainsi. Le sucre et les autres substances du même genre pourraient se convertir en matière glycogène, puis cette matière se transformerait peu à peu en glycose, pour être détruite ultérieurement, hors du foie. Cette théorie a été admise par divers expérimentateurs, par MM. Pavy, Tscherinow, Dock (1), entre autres. D'autres physiologistes, parmi

(I) F. W. Dock, Veher die GlycogenbiUung in der Lvber wi'i ihre Besiehufttj zum Ihiibehi (Plliiger's Archiv, t. V, p. 571. — AaaI. in Contrai bUlL.., 1872 p. bU),

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lesquels nous citerons M. Weiss (1), ont pensé qu'on pourrait expliquer autrement l'influence de l'absorption de la glycose sur la quantité de matière glycogène. Pour eux, c«tte glycose pénétrerait dans les éléments du foie; elle passerait ensuite dans le sang des veines hépatiques et serait entraînée hors de Torgane, sans avoir subi aucune modification. Les cellules hépatiques, fournissant ainsi au sang des veines hépatiques du sucre venu de l'intestfn par la veine porte, n'effectueraient pas, comme d'ordinaire, la conversion en glycose d'une certaine partie de la matière glycogène qu'elles contiennent. Et cette matière continuant à se former dans le foie, sans subir une destruction parallèle, s'y accumulerait nécessairement.

On peut avancer, sans hésiter, qu'aucune preuve décisive n'a été apportée à l'appui de l'une ou de l'autre de ces théories.

On n'a pas démontré, en effet, que la glycose peut se transformer en matière glycogène. On a bien allégué qu'une solution de glycose, injectée avec lenteur dans la veine porte, ne donne pas lieu à la glycosurie et qu'elle semble, par conséquent, être retenue dans le foie ; tandis que si cette solution est injectée avec rapidité, elle traverse en partie l'appareil circulatoire du foie et une certaine quantité de sucre se montre dans l'urine (Schôpffer) (2). Mais

(1) s. Weiss. Vther die Quelle der Leberglycogens. (Sitzungsb. d. Wien. /Uad. d. Wissenscb., Bd. LXVII, 3 AbUi. — Anal, m Centralblatt..., 1873, p. 552).

(2) Schôpffer (ArcbiY f. exp. Pathologie und Pharmacologie, t. I, p. 71). M. Seelig, dans un travail fait sons la direction de M. Naunyn, assure que lorsqu'on iigecte de la glycose dans les veines mésentériques; chef deux lapins à jeun depuis plusieurs jours, et dont l'un a subi, avant l'injection, la piqûre du plancher du quatrième ventricule, on ne trouve pas de sucre, on on n'en trouve quj des traces dans l'urine du lapin non lésé, tandis qu'il en passerait une

ik SEtZlÈHE LEÇON.

cela déinontre*t-il que le sucre, qui provient de TiotesUa et pénètre dans le foie, s'y transforme en substance glycogène? Peut-on donner de la force à cet argument, en rappelant que rinjection de glycose dans une des veines crurales donne naissance à la glycosurie, et que le même trouble morbide se produit, lorsqu'on lie la veine porte ches des animaux soumis à un régime de matières féculentes (Cl. Bernard.)? Dans ce dernier cas, le sang chargé de glycose, ne pouvant pas se rendre au foie par la Veine porte, est forcé de passer par des voies collatérales et arrive dans la veine cave sans avoir traversé la glande hépatique. Tous ces faits prouvent bien que la glycose provenant des intestins est retenue et probablement détruite, au moins en partie, par le foie ; mais ils ne sauraient être invoqués à l'appui de l'opinion qui veut que la glycose se transforme en substance glycogène dans le foie. J'en dirai tout autant d'un autre fait signalé par AI. Tscherinow (1) : cet expérimentateur a constaté que l'injection d'une petite quantité de sucre dans l'estomac, chez des animaux à jeun et chez lesquels toute trace de substance glycogène a disparu dans le foie, est promptement suivie de la réapparition de cette substance dans cet organe.

quantité notable ches l*onima1 qui a subi la lésion ventriculaire. 11 pense que, chet les diabétiques, le foie a perdu le pouTotr de transformer le sucre en matière glycogène : cet organe se laisserait alors traverser par le sucre que lui amène la veine porte, et ce sucre, entraîné dans la circulation générale, serait excrété par l'urine (Vergieichende Untersuchungen aber den Zucherverbravch im d»a~ betischen und nicht diabeUschen Thiere. Inaug. Dissert., Rônigsberg, 1873. — Anal. i« Centralblatt..., 1873, p. 98A). Mais comment cette hypothèse rendraitelle compte des ces de diabète, où la glycosurie persiste, malgré la suppression aussi complète que possible des matièros féculentes ou sucrées dans le régime' des malades T

(I) Tscherinow (Wiener Akad. Sitiber., t. U, Abtli, 2), et Zur Uht-e von dern Oiabeies meiiHus {Virebom's Archiv, 1869, L XLVIT, p. 102).

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D'autre part, on n'a pas fait voir, par des expériences significatives, que la pénétration du sucre, provenant des aliments, dans le foie, arrête la transformation delà matière glycogène en sucre. C'est là une théorie bizarre et qui ne devrait pas même être discutée, jusqu'au moment où elle pourrait invoquer Tappui d'un argument expérimental quelconque. Les seules expériences entreprises pour contrôler cette théorie sont loin de lui être &vorabIes : ce sont celles de M. Luchsinger (1). M. Weiss, se fondant sur des expériences fttites sur des poules, avait pensé que la glycérine peut, comme la glycose, se convertir en sucre aux lieu et place de la matière glycogèoe formée dans le foie. M. Luchsinger a fait voir que Tinjection de glycérine sous la peau d un lapin , mis à jeun pendant quatre jours, ne détermine pas d'accumulation de la substance glycogène dans le foie, et il se croît autorisé par celte expérience à nier l'exactitude de la théorie de fépar' gne^ ou théorie de M. Weiss.

Ne peut-on pas donner une explication plus simple de l'augmentation de la quantité de matière glycogène contenue dans le foie, chez les animaux qui absorbent des produits de la digestion de substances féculentes et sucrées? Pourquoi ne pas admettre que la glycose agit sur le foie, en stimulant d'une certaine façon l'activité fonctionnelle des cellules hépatiques, et en augmentant ainsi la formation de la matière glycogène? C'est encore là une hypothèse; soit : mais au moins c'est une hypothèse facile à comprendre et vraisemblable.

(1) B. Luchsinger^ Zur Glycogenbildung m der leber, (Pflûger's Arcbiv,

1873, Ba. VIU, p. 289-80A. •— Anal, in Rente des scteces médicales, t. IV, p. 49.) — Voy. aussi : Salomon, Glycogenbildung inder Leber (Centralblalt...,

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Ce que nous disons du sucre inti'oduit dans les voies digestives, à plus forte raisou le dirons-nous de la glycérine, si l'influence qu'on lui a attribuée sur la glycogénie hépatique est réelle. Au lieu de supposer que la glycérine se transforme en matière glycogène dans le foie, je crois qu'il faudrait admettre que cette substance, conduite dans le foie par le sang de la veine porte, provoque une glycogénie plus active dans les cellules hépatiques.

En résumé, les cellules hépatiques, lorsqu'elles sont en pleine jouissance de Tintégrité de leur fonctionnement, produisent de la substance glyc(^ène, à l'aide des matériaux nutritifs que leur apporte le sang. Celte matière glycogène se convertit en sucre, sous l'influence de l'action de ferments qui se développent, soit dans les cellules ellesmêmes, soit dans le sang en passage dans le foie, soit dans d'autres parties du corps, et qui, dans ce dernier cas, sont amenés au foie par la circulation sanguine, soit enfin dans ces différents points de l'économie. Ce sucre est entraîné hors du foie par les veines sus-hépatiques et par les vaisseaux lymphatiques de cet organe.

Étant donné ce mode de formation de la matière glycogène dans le foie, et de métamorphose de cette matière en glycose, on est en droit, jusqu'à un certain point, de supposer que les variations de la circulation sanguine hépatique doivent agir d'une façon puissante sur ces phénomènes physiologiques. Nous avons déjà, dans notre précédente leçon, prouvé qu'il en est ainsi pour la sécrétion biliaire : la théorie indique qu'il ne peut pas en être autrement pour la glycc^énie. Les variations de la composition et de la quantité du sang qui traverse le foie doivent avoir une influence, non-seulement sur la formation de la matière

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